En 2025, 6,3 millions de Français n’avaient pas de médecin traitant !

« Manque de médecins traitants : les remèdes de la Cour des comptes »

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 Date de publication : 1er octobre 2026  https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=6e1e774ee212785b7ef5280835110f5d&id_newsletter=24373&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=24373&from=newsletter&slnk=8

Temps de lecture: 4 min


Nina Guérineau de Lamérie indique dans Libération qu’« en 2025, 6,3 millions de Français n’avaient pas de médecin traitant.

C’est ce que rappelle un rapport de la Cour des comptes présenté à l’Assemblée nationale ce 30 septembre, et salué par des associations de patients et des syndicats de généralistes ».


La journaliste explique que « l’institution indépendante a tiré le bilan des 20 dernières années en matière de suivi médical de la population par les généralistes référents.

Les résultats n’ont rien d’inédit : le taux global de couverture est plutôt stable depuis 2010, oscillant entre 89,5% et 88,5%, tandis que le nombre de docteurs référents résiste aux vagues de départ à la retraite ».


Nina Guérineau de Lamérie ajoute que « la Cour note plusieurs points d’amélioration.

–Premièrement, si la prise en charge des patients atteints de pathologies chroniques en affection de longue durée s’est sensiblement améliorée – on recense encore 570.000 malades sans médecin traitant –, d’autres publics fragiles restent écartés du parcours de soins ».


Le rapport observe que 

–« les assurés précaires bénéficiaires de l’assurance complémentaire solidaire de santé sont surreprésentés. Environ 850.000 n’ont pas de médecins traitants ».


La journaliste retient que « l’institution recommande d’élargir, à partir de 2027, «la cible des publics vulnérables à inclure dans le plan d’action de l’assurance maladie».

La Cour mentionne d’autres priorités bien connues, comme les inégalités d’accès aux soins, les plus défavorisés étant les habitants de Guyane, de Seine-Saint-Denis et du Cher ».


Nina Guérineau de Lamérie ajoute que « du côté des médecins, toutes spécialisations confondues, leur nombre a légèrement augmenté depuis 2020, passant de 227.298 à 237.214, et la tendance devrait se poursuivre.

Or, regrette la Cour, sur 100.000 généralistes, un peu plus de 8500 installés en libéral «n’ont pas (ou très peu) d’activité en tant que médecin traitant» ».


« Ce, alors que la population vieillit […], amenant son lot de pathologies chroniques […] qui nécessitent un suivi régulier et, souvent, un traitement coûteux », observe la journaliste.


Elle note que « l’institution suggère d’instaurer un seuil minimal obligatoire de 500 patients à prendre en charge en tant que généraliste référent. Cela «conduirait à une augmentation de 300 à 500 patients pour ces médecins. Le potentiel de prise en charge représente entre 2,5 et 4 millions de patients supplémentaires» ».


« Mais aussi «d’accroître, dans le cadre des prochaines négociations conventionnelles, la part forfaitaire de rémunération des médecins généralistes, en faveur du renforcement des missions du médecin traitant» », continue Nina Guérineau de Lamérie.


Agnès Gianotti, présidente de MG France, réagit : « Le rapport montre à quel point ce sujet est important : actuellement, le généraliste traitant gagne moins alors qu’il travaille plus ».


« Le médecin traitant opère un suivi essentiel du patient. Il permet de diminuer la mortalité des malades et de réduire les passages aux urgences. C’est le moment de réinvestir ce dispositif », poursuit-elle.

Nina Guérineau de Lamérie observe que « le rapport met aussi en exergue deux éléments essentiels du soutien à la pratique du médecin traitant :

–la coopération entre les différents établissements et les professionnels de santé d’une part,

–et d’autre part une meilleure formation ». « La Cour conseille ainsi aux autorités sanitaires d’investir plus largement dans les communautés professionnelles territoriales de santé, d’encourager le développement des maisons de santé pluridisciplinaire et de multiplier les cours sur le rôle du médecin traitant dans les facultés », note la journaliste.


Le Parisien remarque également : « Six millions de Français n’ont pas de médecin traitant : pourquoi trouver un praticien est devenu si difficile ».
Véronique Hunsinger explique aussi que « la Cour des comptes appelle les pouvoirs publics à soutenir le dispositif du médecin traitant, dans un contexte où les déserts médicaux n’ont jamais été aussi étendus ».


La journaliste retient que « la Cour recommande de rendre obligatoire «un seuil minimal de patientèle prise en charge en tant que médecin traitant pour tout généraliste libéral installé». Dans son viseur, les 8500 praticiens qui ne font pas vraiment de la médecine générale au quotidien ».
« Si chacun d’eux s’engageait à prendre en charge autour de 500 patients, une grande partie du problème serait réglé puisque 4 millions de personnes pourraient potentiellement retrouver un médecin traitant. Simple sur le papier. A charge pour la Sécu de trouver une manière de les y contraindre », ajoute Véronique Hunsinger.

Le dispositif du médecin traitant

COUR DES COMPTES 

Sécurité sociale, santé et retraite

30.09.2026 https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-09/20260930-communique-Dispositif-du-medecin-traitant.pdf

Une ambition partagée à mieux soutenir
Saisie par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, en application de l’article LO 132-3-1 du code des juridictions financières, la Cour des comptes dresse le bilan du dispositif du médecin traitant, vingt ans après sa création. Conçu comme la porte d’entrée du système de santé et le pivot du parcours de soins, le médecin traitant occupe une place croissante dans le suivi des patients, la prévention et la coordination des soins. Son déploiement demeure toutefois incomplet : en 2025, 88,5 % de la population adulte avait déclaré un médecin traitant, laissant 6,3 millions d’assurés sans médecin traitant. La Cour constate également que le fait d’en disposer ne garantit pas toujours un suivi effectif. Elle formule huit recommandations pour mieux piloter le dispositif, renforcer l’accès au médecin traitant, favoriser l’exercice coordonné autour de lui, et adapter les moyens et les modes de financement à l’évolution de ses missions.

Un dispositif central du système de soins, au déploiement insuffisant et au pilotage perfectible

Dans un contexte de vieillissement de la population, d’augmentation des maladies chroniques et de développement de la prévention, le rôle du médecin traitant est appelé à se renforcer. Pourtant, le pilotage du dispositif reste limité par une connaissance insuffisante des effectifs et de l’activité des médecins traitants. Sur les quelque 100 000 médecins généralistes que comptait la France en 2025, seule la moitié environ exerce cette fonction, une partie significative exerçant dans les établissements de santé. Le vivier de médecins traitants connaît une légère érosion et la patientèle moyenne des généralistes libéraux exerçant comme médecins traitants augmente. Surtout, 15 % des généralistes libéraux ne sont pas ou peu médecins traitants : leur mobilisation permettrait, selon les estimations de la Cour, d’accroître le potentiel de prise en charge de 2,5 à 4 millions de patients supplémentaires. 
Si la couverture de la population demeure élevée, elle masque des inégalités sociales et territoriales : 6,3 millions d’assurés adultes étaient encore dépourvus de médecin traitant en 2025 et certains publics fragiles, notamment les personnes précaires, âgées et polymédiquées ou résidant en EHPAD, restent davantage exposés. Le suivi effectif constitue un autre enjeu : en 2023, près d’un patient sur cinq ayant déclaré un médecin traitant, soit environ 11 millions d’individus, ne l’avait pas consulté dans l’année, avec des résultats en matière de prévention et de suivi proches de ceux observés chez les patients sans médecin traitant. La Cour recommande donc de mieux recenser et piloter les effectifs et l’activité des médecins traitants, de rendre obligatoire un seuil minimal de patientèle pour tout médecin généraliste libéral installé et d’élargir les actions en faveur d’une meilleure couverture des publics les plus vulnérables.

Un rôle pivot du médecin traitant à mieux organiser

L’exercice collectif constitue un levier pour améliorer l’accès au médecin traitant, faciliter la continuité des soins et renforcer l’attractivité de cette fonction. L’exercice en cabinet individuel est désormais minoritaire : le travail en groupe permet de mutualiser les contraintes, d’améliorer la disponibilité médicale et de favoriser les coopérations entre professionnels de santé. Les maisons de santé pluriprofessionnelles et les centres de santé constituent les formes les plus abouties de cet exercice coordonné, selon une approche d’équipe traitante, permettant au médecin traitant d’assurer son rôle pivot. En 2024, 21 % des patients ayant déclaré un médecin traitant étaient suivis en maison de santé et 17 % des médecins généralistes libéraux y exerçaient. La patientèle moyenne y est également plus importante et comprend davantage de patients très jeunes, très âgés ou atteints d’une affection de longue durée. 
Au-delà de ces organisations, le médecin traitant doit pouvoir mieux articuler son action avec les autres professionnels de premier recours, les médecins spécialistes et les établissements de santé. Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) peuvent faciliter cette coordination, mais la participation des médecins généralistes à ces dispositifs reste insuffisante et les relations avec les établissements doivent être davantage structurées. La Cour recommande ainsi de subordonner, à partir de 2027, une partie des aides financières accordées aux CPTS aux démarches de conventionnement avec les établissements de santé de leur territoire.

Un cadre à adapter pour soutenir les missions du médecin traitant

L’élargissement des missions du médecin traitant suppose enfin d’adapter les conditions de leur exercice. La formation initiale doit davantage préparer les futurs médecins à cette fonction et à l’exercice coordonné, tandis que l’évaluation de la qualité des pratiques reste à développer, notamment en matière de prévention. Les assistants médicaux, déployés depuis 2019, contribuent à dégager du temps médical et permettent aux médecins traitants qui y recourent d’augmenter leur patientèle, mais leur diffusion reste encore limitée, concernant environ 18 % des médecins généralistes. Les outils numériques doivent également évoluer : les médecins traitants ne disposent aujourd’hui que de données agrégées pour suivre leur patientèle et le dossier médical partagé n’a pas été conçu en intégrant pleinement leur rôle central. 
La Cour appelle notamment à développer des outils permettant un suivi individualisé des patients par le médecin traitant et à faciliter son exploitation des informations contenues dans le DMP, ainsi qu’à soutenir le déploiement des assistants médicaux auprès de lui.
Enfin, la rémunération liée à la fonction de médecin traitant représentait 1,2 Md€ en 2024 sur 10,7 Md€ de dépenses de soins de médecins généralistes en ville, le paiement à l’acte représentant encore plus de 80 % de la rémunération globale des généralistes libéraux. Les expérimentations de rémunération à la capitation engagées depuis plusieurs années n’ont pas encore débouché sur une application en droit commun. La Cour recommande d’accroître, lors des prochaines négociations conventionnelles, la part forfaitaire de la rémunération des médecins généralistes libéraux, afin de les inciter à exercer les missions de prévention et de suivi au long attendues du médecin traitant. Elle appelle aussi à accélérer le déploiement des financements collectifs favorisant l’exercice coordonné des professionnels de santé de ville autour du médecin traitant, dans une logique d’équipe traitante.Fermer

Le Rapport :

https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-09/20260930-Dispositif-du-medecin-traitant.pdf

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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