Les émissio­ns de gaz à effet de serre de la France ont diminué depuis 2017 mais la baisse n’atteint pas les objectifs.

Le climat sous Macron : dix ans d’occasions ratées

Les émissio­ns de gaz à effet de serre de la France ont diminué depuis 2017 mais la baisse n’atteint pas les objectifs. Les secteurs des transports, de l’agriculture et des déchets sont les plus à la traîne. En cause : le manque de concrétisation politique et le détricotage de nombreux textes. À la veille de marches pour le climat partout en France, « Mediapart » fait l’inventaire.

Amélie Poinssot

25 septembre 2026 à 18h39 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/250926/le-climat-sous-macron-dix-ans-d-occasions-ratees

UnUn gazole à plus de 2,40 euros le litre, tandis que les véhicules électriques restent inabordables et que le délitement du ferroviaire – hors réseau TGV – se poursuit. Y a-t-il meilleur exemple de l’échec de la politique climatique depuis dix ans ?

Pourtant, le premier quinquennat d’Emmanuel Macron avait commencé sous les auspices de l’ambition environnementale. Les états généraux de l’alimentation, les assises de la mobilité, mais aussi la préparation de la loi pluriannuelle de l’énergie avaient rassemblé quantité d’acteurs de la société civile. Il y avait eu, deux ans plus tard, la Convention citoyenne pour le climat (CCC), avec la promesse, par le chef de l’État, de retenir « sans filtre » les propositions des 150 citoyen·nes tiré·es au sort.

À chaque fois, cependant, les textes législatifs qui ont suivi sont restés très en deçà de ce qui avait émergé dans les consultations. Parallèlement, des décisions antinomiques avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été prises. Et, au cours du second mandat – « [il] sera écologique ou ne sera pas », avait annoncé Emmanuel Macron –, la glissade s’est poursuivie, et l’exécutif a affaibli les positions françaises au niveau européen.

Retour sur cinq grands rendez-vous manqués du double quinquennat, à la veille de l’organisation samedi 26 septembre, partout en France, de plus de 260 mobilisations pour la grande marche « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ».

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© Photo illustration Armel Baudet / Mediapart avec AFP

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Transports : une transition payée par celles et ceux qui en ont les moyens

Le transport est, tous secteurs confondus, celui qui émet le plus de GES : il pesait 34 % dans les émissions de gaz à effet de serre de la France en 2025. Raison pour laquelle, selon Lorelei Limousin, chargée de campagne climat et énergie fossile à Greenpeace France, le démarrage du chantier de l’A69, dans le Tarn, a constitué l’une des décisions les plus incohérentes de la décennie. « Cela va encore augmenter le trafic routier et les émissions. On aurait dû, au contraire, faire un moratoire sur les projets autoroutiers. »Ce qui aurait pu empêcher les autres projets qui sont toujours sur la table, comme celui du contournement d’Arles ou encore celui, très contesté en ce moment, de l’A412 en Haute-Savoie.

C’est d’ailleurs sur le sujet de la voiture que les loupés du double quinquennat commencent : la hausse de la taxe carbone sur les énergies fossiles déclenche en 2018 le mouvement des Gilets jaunes, avant d’être retirée. Aux yeux de la présidente d’Oxfam, Cécile Duflot, c’est sans doute « la plus grosse erreur d’Emmanuel Macron » : « Ne pas avoir transformé cette crise en politique écologique et sociale. » Aujourd’hui, ce sont précisément les foyers « les plus dépendants au carburant et les plus vulnérables »qui en payent le prix.

Les émissions du secteur des transports n’ont diminué que de 10 % depuis 2018.

« Les séquelles sont restées très vives dans toute l’action du gouvernement ; il a beaucoup hésité par la suite à prendre des mesures contraignantes », relève de son côté Diane Strauss, directrice de l’organisme Transport & environnement (T&E) et coautrice de La Voiture. Décryptage d’une transition sous tension, tout juste paru aux éditions Terre à terres.

Et quand les contraintes ont ressurgi, elles ont visé, à nouveau, les individus, alors que beaucoup, en zone rurale, périurbaine, ou dans les quartiers non desservis par les transports en commun, n’ont pas d’autre option. C’est ainsi que le lancement des zones à faibles émissions (ZFE), sans accompagnement des plus précaires pour le renouvellement de leur véhicule, a profondément clivé, pour in fine être détricoté au Parlement.

La macronie a concentré sa politique sur l’électrification de la route, avec le déploiement des bornes de recharge, qui couvrent désormais une grande partie du territoire. En instaurant le « leasing social », qui met à disposition des plus modestes des voitures électriques pour un loyer d’environ 100 euros par mois, elle a tenté d’embarquer tout le monde. Problème : 50 000 véhicules seulement sont prévus.

« Un dispositif de niche », juge Lorelei Limousin. « C’est resté très insuffisant », estime de son côté Diane Strauss.

Aucune alternative à la voiture, en revanche, n’a été sérieusement développée. Le ferroviaire, surtout, a manqué à l’appel : pas de réouverture des lignes fermées loin des grandes villes, pas de refonte de la politique des prix qui rendrait le train accessible à toutes et tous… Tandis que plusieurs aéroports régionaux ont obtenu de pouvoir s’agrandir et que le projet d’extension du terminal 4 de l’aéroport Charles-de-Gaulle a été relancé.

Conséquence de cette politique : les émissions du secteur des transports n’ont diminué que de 10 % depuis 2018. 

Isolation des logements : le stop-and-go permanent

C’était une des avancées notables de la loi « climat et résilience », qui avait découlé des travaux de la CCC. En 2021 étaient votés le renforcement des diagnostics de performance énergétique (DPE) sur les logements et l’interdiction de louer des « passoires thermiques ». En mai 2026, alors que la France entrait dans une série de canicules record, l’exécutif annonçait le changement du mode de calcul du DPE, ouvrant ainsi la voie au retour de près de 400 000 passoires thermiques sur le marché.

Symptomatique là aussi, le dispositif MaPrimeRénov’, qui a permis, au cours des années 2022-2023, l’installation de 700 000 pompes à chaleur, a été brutalement supprimé dans la loi de finances 2024. Ce système, à la fois moins nocif pour le climat et moins coûteux pour les ménages, a été arrêté en plein déploiement, un an après un hiver à haut risque énergétique.

Des entreprises françaises qui avaient lancé les lignes de production ont fermé ; dans le Bas-Rhin, à Mertzwiller, 320 salarié·es ont perdu leur emploi. Si le dispositif MaPrimeRénov’ a finalement été relancé en septembre 2025 dans une version moins généreuse, « trois ans ont été perdus entre les deux », souligne Neil Makaroff, directeur de l’institut Strategic Perspectives.

Or le secteur du logement (hors construction) a un lourd impact sur le climat. Il pèse 15 % dans les émissions de la France. 

Agriculture et alimentation : le secteur intouchable

L’agriculture est le deuxième poste émetteur de GES en France (21 % en 2025), un secteur qui subit également une forte hausse de ses coûts de production depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022.

Las, depuis début 2024, le gouvernement a préféré répondre aux colères agricoles en ouvrant les vannes des reculs écologiques. Et non en favorisant la transition agroécologique, que ce soit à travers l’orientation des copieuses aides publiques issues de la politique agricole commune (PAC) ou à travers un meilleur accompagnement des exploitant·es.

Le Fonds vert, destiné à aider les collectivités locales pour la transition écologique, a été divisé par trois.

Avant cela, la loi EGalim, votée dès 2018, avait fixé une stratégie pour une alimentation plus saine dans les cantines. Mais, sur l’aspect climatique, elle était restée silencieuse : pas d’objectif de diminution du cheptel ou de la consommation de viande. « Ce sont des tabous totaux », dit Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau action climat (RAC).

Les émissions de l’agriculture reculent toutefois légèrement (− 9 % depuis 2018), principalement en raison d’une évolution subie dans le secteur de l’élevage. Difficultés économiques et départs massifs à la retraite entraînent en effet une diminution du nombre de bêtes à l’échelle nationale. Mais il n’y a là aucune politique publique.

Rien ne contraint, par ailleurs, les enseignes de la grande distribution à stimuler la production agroécologique, à privilégier les contrats avec des agricultrices ou agriculteurs en bio. Aucune trajectoire climatique ne s’impose non plus aux mastodontes du secteur. 

Planification : le pilotage fantôme

Sur le papier, le dispositif, avec la création du secrétariat général à la planification écologique (SGPE), qui dépend de Matignon, avait conquis les acteurs de la lutte contre le changement climatique. Dans la réalité, il s’est rapidement avéré une coquille vide. « Cette réorganisation a eu le mérite d’avoir de vrais objectifs, de faire voter des financements et d’embarquer les ministères. Mais son impact a été éphémère. Présentée à l’été 2022 et portée par Élisabeth Borne, elle est dévitalisée début 2024, avec l’arrivée de Gabriel Attal à Matignon », regrette Anne Bringault.

Depuis, le Fonds vert, destiné à aider les collectivités locales pour la transition écologique, a été divisé par trois, et il n’y a plus de pilotage au-dessus des ministères pour intégrer les objectifs climatiques dans les différentes politiques.

Est-ce lié à ce désengagement ? Entre 2024 et 2025, la baisse de l’ensemble des émissions françaises n’a été que de 2,1 %, contre un rythme de 5 % par an auparavant. Il va donc falloir accélérer. « La pente est très raide à présent, poursuit Anne Bringault. Car l’objectif, à la fin, est le même : c’est celui de l’accord de Paris, la neutralité carbone en 2050, avec les objectifs intermédiaires fixés par notre “stratégie nationale bas-carbone” (SNBC). Plus on décale l’effort, plus il va être rude. »

Au niveau européen : trop peu, trop tard

Tout comme au niveau national, Emmanuel Macron était apparu très allant à Bruxelles au début de son mandat. Il fut celui qui, avec le chef de gouvernement néerlandais d’alors, Mark Rutte, contribua à rallier la chancelière allemande Angela Merkel à l’objectif de − 55 % d’émissions de GES à l’horizon 2030. Puis, sous la présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE), en 2022, Paris avait poussé pour faire avancer la taxe carbone aux frontières.

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En juillet 2022, la France a cependant œuvré pour que le nucléaire soit labellisé « énergie de transition » par l’UE dans le cadre de la « taxonomie » européenne, une classification destinée à orienter les financements, et pour y intégrer en échange le gaz fossile. On était alors quelques mois après le début de la guerre déclenchée par Moscou.

Plus de trois ans plus tard, avec le blocus du détroit d’Ormuz, ce n’est plus une, mais deux guerres qui mettent au jour la dépendance française et européenne aux fossiles importés. « Le gaz est devenu une énergie dangereuse et coûteuse en Europe, souligne Neil Makaroff. La leçon de la guerre en Ukraine n’a été comprise qu’avec la guerre au Moyen-Orient, et le plan français d’électrification, lancé en juin 2026, arrive beaucoup trop tard, dans un moment de fin de mandat, où les marges de manœuvre sont réduites. Il aurait dû être lancé en 2022. » Les importations de gaz russe, ainsi que de gaz et de pétrole états-uniens, ont coûté en moyenne 450 euros par ménage français en 2025, selon un calcul de Strategic Perspectives.

Amélie Poinssot

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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