« Le névrosé a laissé sa place au dépressif », affirment l’analyste Jérôme Fourquet et le psychologue Ruben Rabinovitch
Publié le mercredi 30 septembre 2026 à 08:22 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-30-septembre-2026-8803719
Provenant du podcast
L’Invité de 8h20 : le grand entretien
Dans « Homo occidentalis. Que sommes-nous devenus? » (Seuil) , Jérôme Fourquet, analyste politique, directeur du département Opinion à l’Ifop et Ruben Rabinovitch, psychologue clinicien et psychanalyste décrivent les grands malaises des sociétés occidentales.
Avec
- Jérôme Fourquet Politologue et Ruben RabinovitchPsychologue, psychanalyste.
« A à chaque société, ses pathologies propres », analysent les auteurs de « Homo occidentalis. Que sommes-nous devenus? » publié le 1er octobre 2026 aux éditions du Seuil, un essai qui réuni un analyste politique et un psychologue pour décrire la transformation de l’individu. Pour eux, les transformations sociales ne sont pas seulement visibles dans les comportements ou les statistiques : elles produisent également des transformations psychiques.
« Les patients de Freud et de Lacan sont en voie d’extinction. Je me suis rendu compte que la société d’ancien régime psychique c’est-à-dire la société du monde d’hier était une société très verticale, très hiérarchique, très structurée par le devoir, par la répression sexuelle, par la frustration et par les commandements bibliques, et qu’on est passé dans la société du nouveau régime psychique, qui est une société qui est beaucoup plus horizontale, beaucoup plus liquide, et qui est plutôt commandée par l’impératif de jouissance ou de réussir sa vie » , explique Ruben Rabinovitch, psychologue clinicien qui considère que « le névrosé a laissé sa place au dépressif ».
« On est passé de gens qui se posaient massivement la question de ‘est-ce que je suis quelqu’un de bien ou est-ce que je suis pas quelqu’un de bien’, à des gens qui se posent la question de ‘est-ce que je suis à la hauteur ou est-ce que je suis pas à la hauteur' », ajoute le psychanalyste.
Evolution du rapport à la mort
Ils constatent une évolution dans notre rapport à la mort, notamment une très forte progression de la pratique de la crémation en lieu et place de l’enterrement. Les cérémonies ont également changé lors des obsèques. Elles ne se déroulent plus forcément à l’église, « Céline Dion, Jean-Jacques Goldman, Michel Berger ont remplacé l’Ave Maria », affirme l’analyste politique Jérôme Fourquet, pour qui « ça nous fait toucher du doigt aussi la disparition de ses rites qui pouvaient être pesants mais qui nous permettaient de passer les épreuves et à certains moments de tenir debout ». Selon le directeur du département Opinion à l’Ifop, « l’individu contemporain, aujourd’hui il s’est affranchi de tout ça mais il est livré à lui-même et il doit bricoler sa réaction, notamment dans ce type de situation ».
« Il y avait dans la religion chrétienne, dans la religion juive, des étapes qui étaient codifiées dans le deuil, pendant un mois, vous ne faisiez pas de fêtes, de cérémonies, là, les individus sont complètement livrés à eux-mêmes », ajoute Ruben Rabinovitch qui souligne que les psys remplacent les prêtres dans l’encadrement psychique de la société, il y avait 27 000 psys en 2008. Il y en a 73 000 aujourd’hui.