Les craintes s’amplifient en psychiatrie à l’idée de directions communes à marche forcée
Les présidents de commissions médicales des EPSM se mobilisent contre de possibles directions communes à marche forcée avec des hôpitaux généraux. Au-delà des enjeux de gouvernance, une menace contre l’attractivité de la discipline est en vue.
Par Caroline Cordier — à Strasbourg
25 septembre 2026 à 17h13 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260925-politique-de-sante-les-craintes-s-amplifient-en?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_campaign=EDITION_QUOTIDIENNE&eq_type=SMS&eq_date=2026-09-28&eq_pos=6
Alors que les alertes remontent du terrain sur de possibles directions communes à marche forcée entre établissements publics de santé mentale et hôpitaux généraux, les présidents de commission médicale d’établissement (CME) des CH spécialisés (CHS) organisent leur mobilisation contre une application stricte de la circulaire relative aux groupements hospitaliers de territoire parue fin juillet. Celle-ci encourage des directions communes systématiques en cas de vacance de postes de direction dans les hôpitaux (lire notre article*). La psychiatrie n’a pas obtenu de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, les garanties espérées pour que ces directives épargnent les EPSM (lire nos articles ici**et là***). À l’occasion des journées de l’Association nationale des psychiatres présidents et vice-présidents des CME des centres hospitaliers (ANPCME) à Strasbourg (Collectivité européenne d’Alsace), la Conférence des présidents de CME de CHS a annoncé le 24 septembre qu’une motion sera adressée à l’ensemble des CME et proposée au vote dans les établissements psychiatriques. Ceci en vue de structurer une position commune forte au niveau national, validée par le terrain.
« Coopérer ne veut pas dire disparaître »
La profession est notamment remontée contre le « revirement » ministériel, alors que la ministre aurait assuré dans un premier temps aux représentants des praticiens hospitaliers que les EPSM ne seraient pas concernés. « L’heure est désormais à la mobilisation », a déclaré le Dr François Appavoupoullé, président de la conférence, au côté de la Dr Marie-Noëlle Petit, présidente de l’ANPCME. Il a précisé qu’une réunion en visioconférence de tous les présidents de CME de CHS se tiendrait le 28 septembre. Bien que de nombreux sujets aient été abordés tout au long des journées les 24 et 25 septembre, cette perspective des directions communes revenait dans de nombreuses interventions, cristallisant une grande partie des inquiétudes exprimées. Au-delà des enjeux de gouvernance, se profilent des problématiques d’autonomie de gestion des ressources médicales et financières en psychiatrie et in fined’attractivité de la discipline, déjà extrêmement fragilisée.
Les sujets du congrès « nous obligent à repenser la psychiatrie de demain et face à l’augmentation des besoins, aux difficultés de recrutement et aux contraintes qui pèsent sur les établissements, il est question de rester au centre de nos réflexions communes, d’accompagner le changement sans en perdre le sens », a développé François Appavoupoullé. « C’est une responsabilité pour les CME, qui restent le lieu où la communauté médicale doit pouvoir réfléchir à son établissement, à son organisation et son avenir, […] y compris sur la place de la psychiatrie dans les coopérations territoriales ».
« Nous ne sommes pas opposés à la coopération », a-t-il poursuivi. La psychiatrie « ne peut pas vivre en dehors du territoire, elle travaille avec les établissements MCO, avec la médecine de ville, le médico-social et les collectivités, les associations, les patients et leurs proches, depuis très longtemps », au sein des secteurs. Mais « coopérer ne veut pas dire disparaître », a averti le président de la conférence.
Crainte de fusions et de dilution des ressources
Dans le contexte de crise nationale de la psychiatrie, « aggravée pour la décennie 2010 par une lourde perte de moyens financiers, préjudiciables au recrutement des professionnels et au développement de leurs compétences, la perspective de fusion des [EPSM] avec les établissements MCO, ravive immédiatement les craintes », a-t-il ajouté. La profession vit ainsi dans l’angoisse d’une « dilution des ressources de la psychiatrie au profit des activités MCO » — donc des ressources « au détriment […] des soins, des patients », comme cela est « constaté dans la majorité des établissements pluridisciplinaires en CH et CHU ».
Le président de la conférence a jugé par ailleurs « profondément contradictoire de vouloir renforcer encore la verticalité, la centralisation et l’uniformisation des organisations et des modèles de management ». Alors que « tout démontre au quotidien la nécessité de la délégation et des modèles collaboratifs coconstruits entre les acteurs pour plus d’efficience ». Les présidents de CME de CHS n’ignorent pas que « des exemples positifs de direction commune entre psychiatrie et MCO existent depuis plusieurs années », a-t-il confié. Cependant, « celles-ci se sont construites sans intention de fusion, avec le consentement des parties et surtout un maintien des entités juridiques distinctes et des budgets séparés ». En conséquence, « pour répondre réellement aux besoins des patients […], nous continuerons à demander l’exclusion des [EPSM] des principes de regroupement automatique et systématique prévus par circulaire, sans la pression territoriale, sans l’avis favorable des instances locales et sans garantie juridique ».
La situation de l’EPSM de Quimper scrutée
Même si d’autres situations problématiques ont été signalées lors du congrès, un cas en région préoccupe particulièrement les présidents de CME, celui de l’EPSM du Finistère Sud à Quimper. Le directeur a annoncé son départ au cours de l’été mais la vacance de poste n’est toujours pas parue, a indiqué la Dr Sylvie Boivin, présidente de la CME. La perspective d’une direction commune suscite de très fortes inquiétudes. Une motion a été votée en CME, une pétition circule avec près de 2 000 signatures à ce jour, « une mobilisation régionale est en cours et […] un collectif pluriprofessionnel » est organisé. Plusieurs praticiens envisagent de quitter l’établissement si ce dernier devait perdre son autonomie, a-t-elle confié. Ces collègues psychiatres ont justement quitté « de grands hôpitaux » pour venir travailler dans un établissement spécialisé avec une direction « proche du terrain » et ils sont venus chercher « la proximité, l’existence d’une vision, d’un budget, et une transparence dans les projets ».
*Stéphanie Rist veut renforcer l’intégration des groupements hospitaliers de territoire
Une circulaire signée par la ministre chargée de la Santé Stéphanie Rist entend donner un nouvel élan aux groupements hospitaliers de territoire. Elle contient un autodiagnostic et une liste de leviers mobilisables pour renforcer les coopérations territoriales. Un calendrier en deux temps est fixé pour consolider l’offre hospitalière publique.
Par Jérôme Robillard
30 juillet 2026 à 17h51 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260730-politique-de-sante-stephanie-rist-veut-renforcer-l
Le dixième anniversaire des groupements hospitaliers de territoire (GHT) s’accompagne de la parution, le 30 juillet, d’une circulaire signée par Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Elle rappelle que le bilan de ces groupements reste « contrasté » avec une hétérogénéité entre les 136 GHT. Certains sont très intégrés tandis que d’autres sont restés en retrait. L’ambition de la ministre est désormais de renforcer la mutualisation et l’intégration entre établissements dans ces groupements mis en place depuis le 1er juillet 2016 (lire notre dossier).
Accroissement des directions communes
Les directions communes sont emblématiques de cette ambition. L’unité managériale permet un pilotage plus efficace selon la ministre. Elle veut créer en ce sens une nouvelle règle, celle de la mise en place d’une direction commune lors de toute vacance de poste. « Le processus d’instauration de la direction commune sera mis en œuvre dans les meilleurs délais », avance-t-elle. Les chefs d’établissement seront aussi évalués chaque année sur la dimension territoriale, d’après cette circulaire envoyée aux ARS.
« Je souhaite que les communautés hospitalières publiques s’engagent résolument dans le renforcement des coopérations au service d’une amélioration de la réponse graduée aux besoins des patients et de la juste utilisation des crédits d’assurance maladie. Des progrès peuvent encore être réalisés, à droit constant, dans l’intégration des stratégies territoriales des établissements », détaille Stéphanie Rist. À cet effet, une annexe de la circulaire contient une grille d’autodiagnostic permettant d’analyser les forces et les faiblesses de chaque GHT par ses membres. Celle-ci porte sur les thématiques suivantes :
- la mise en œuvre du projet médical partagé ;
- les fonctions médico-techniques obligatoirement organisées en commun ;
- les fonctions support dont la mutualisation est réglementaire, au service de l’efficience de l’offre publique de soins ;
- le pilotage stratégique intégré.
Cette analyse ne porte pas sur le périmètre géographique de chacun des 136 groupements, même si des ajustements restent possibles sans augmentation du nombre de GHT dans chaque région. À l’issue de cet autodiagnostic, chaque groupement élaborera un plan d’actions en fonction des domaines prioritaires identifiés. Les marges de progrès à identifier portent sur l’intégration et l’efficience de l’offre de soins, avec une optimisation des plateaux techniques notamment, et le renforcement du maillage et de l’accès aux soins (consultations avancées, télé-expertise, gestion des lits, etc.). La circulaire cite aussi l’exemple de la gestion des autorisations, qui pourrait être davantage coordonnée le cas échéant.
Spécialités prioritaires
« La mise en œuvre d’équipes médicales de territoire constitue un levier majeur de consolidation de l’offre publique », poursuit Stéphanie Rist. Elle fixe une cible d’au moins quatre filières organisées sous la forme d’une fédération médicale interhospitalière, de pôle inter-établissements ou autre équipe médicale de territoire. La gériatrie, les urgences, l’anesthésie-réanimation, la gynécologie-obstétrique, l’imagerie, la biologie et la pharmacie sont les spécialités prioritaires pour ce chantier. Une grille en annexe est également proposée pour évaluer la maturité de la gestion des fonctions support et explorer les possibilités de les approfondir, à droit constant. « Je souhaite notamment que chaque GHT étudie l’opportunité et la faisabilité de la mutualisation d’au moins une fonction médico-technique », annonce la ministre.
Stéphanie Rist veut aussi qu’un dialogue stratégique entre chaque GHT et son ARS soit organisé, avec l’ensemble des établissements membres, au moins une fois par an. Les ARS ont aussi consigne d’aborder la dimension territoriale dans le dialogue bilatéral avec chaque établissement. La circulaire met en outre l’accent sur le levier budgétaire avec par exemple des contreparties posées au versement des aides en trésorerie ou la prise en compte de l’efficience territoriale dans les projets d’investissement.
Le calendrier fixé
La ministre précise dans sa circulaire le calendrier de mise en œuvre de ses attentes. La phase de diagnostic et d’identification des évolutions prioritaires au sein de chaque GHT doit être achevée d’ici le 15 novembre 2026. Ensuite, un délai courra jusqu’au 15 janvier 2027 pour élaborer un plan d’actions de consolidation de l’offre publique. Ce plan « décrira précisément les cibles en matière de gradation des filières de soins, de développement des équipes médicales de territoire et d’activités médico-techniques mutualisées », précise la circulaire.
**La ministre ne rassure pas la psychiatrie sur la perspective de directions communes
La psychiatrie attendait des garanties de la ministre de la Santé pour empêcher un mouvement de directions communes avec d’autres hôpitaux non spécialisés. Mais le courrier que leur a récemment adressé Stéphanie Rist renforce leurs inquiétudes.
Par Caroline Cordier
21 septembre 2026 à 17h20 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260921-politique-de-sante-la-ministre-ne-rassure-pas
Visiblement, le malentendu entre la psychiatrie et la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist perdure et n’est pas près de se dissiper. Au fil des échanges ces dernières semaines, les inquiétudes des représentants de la psychiatrie publique ne cessent de grandir quant à la perspective de la mise en place de directions communes non sollicitées par les acteurs de terrain, qui seraient à la seule main des directeurs généraux d’ARS. Le dernier courrier en date, signé le 18 septembre par la ministre, qui aurait dû rassurer les acteurs concernés, semble opérer l’effet inverse.
Espoir de dérogation pour la psychiatrie
Après des rencontres organisées au ministère les 9 et 10 septembre, à la demande de syndicats de psychiatres et des conférences nationales des présidents de commission médicale d’établissement (CME) de CH spécialisés (CHS), de directeurs et de présidents de conseil de surveillance d’EPSM, la ministre elle-même aurait été rassurante sur ce dossier, selon plusieurs sources contactées par Hospimedia. Elle se serait engagée, selon certaines de ces sources, à écrire rapidement un courrier aux directeurs généraux d’ARS pour que les hôpitaux psychiatriques aient un traitement particulier quant à l’application de la circulaire relative aux groupements hospitaliers de territoire (GHT) parue fin juillet. Celle-ci encourage en effet des directions communes en cas de vacance de postes de direction dans les hôpitaux (lire notre article).
Dans un communiqué le 17 septembre, la Conférence des présidents de CME de CHS et l’Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm) « remercient » la ministre pour « la prise en compte de [leurs] inquiétudes majeures […] et pour la décision d’exclure les établissements spécialisés en psychiatrie des préconisations de la circulaire, sur les directions communes ». Ils expliquent notamment « la nécessité de maintenir des entités juridiques distinctes »avec une gouvernance et des instances locales (CME, conseils de surveillance, etc.) conservant leurs capacités décisionnelles et d’éviter « une dilution des ressources de la psychiatrie au profit des activités MCO, comme cela est constaté dans une majorité d’établissements multidisciplinaires, CH et CHU ».
La conférence et l’Adesm confirment cependant leur « volonté de développer le volet psychiatrie et santé mentale des projets médicaux partagés des GHT, notamment en structurant les filières de soins ». Enfin, ils soulignent « les aménagements nécessaires de la gouvernance territoriale de la discipline dans ce cadre, en raison des particularités de l’organisation des soins et des parcours, ainsi que des coopérations avec les acteurs ». Mais le même jour, la délégation des syndicats grévistes reçue par le cabinet de la ministre à Paris alerte sur le fait que les garanties pour la psychiatrie quant à l’application de la circulaire GHT ne seraient plus du tout à l’ordre du jour (lire notre article).
« Appréciation » laissée aux directions des ARS
Un courrier daté du 18 septembre arrive alors, signé par Stéphanie Rist et dont Hospimedia a eu copie (à télécharger ci-dessous). Ce n’est ni le courrier aux directeurs généraux d’ARS attendu ni les garanties espérées. La missive paraphrase largement le contenu de la circulaire et le seul passage du courrier in finespécifique à la psychiatrie est jugé au mieux « sibyllin » par certains acteurs de la psychiatrie. Pour d’autres, contactés ce 18 septembre, il acte au contraire clairement que la main est complètement laissée aux directeurs généraux des agences, même pour la psychiatrie, à l’inverse de ce qui était précisément demandé à la ministre.
Stéphanie Rist écrit en préambule que « la circulaire engage les GHT dans une nouvelle étape de structuration et d’intégration territoriales », une ambition qui « suppose de renforcer les coopérations entre établissements et de mobiliser les outils susceptibles de consolider l’offre publique de soins ». Dans ce cadre, poursuit-elle, les directions communes constituent l’un des leviers à mobiliser pour renforcer la coopération et l’intégration entre établissements. « C’est pourquoi j’ai souhaité que cette possibilité soit systématiquement examinée à l’occasion d’une vacance de poste de chef d’établissement partie à un groupement », ajoute la ministre.
Elle souhaite donc que « les directeurs généraux des ARSl’évaluent au regard des réalités de chaque territoire, pour promouvoir l’organisation la plus adaptée au bon fonctionnement du GHT et à la consolidation de l’offre publique ». Puis d’ajouter : « l‘intégration des CHS au sein des directions communes constitue également une perspective à apprécier territorialement pour prendre en compte les spécificités du secteur psychiatrique, en tenant compte des particularités de leurs missions et des besoins propres aux parcours de santé mentale ».
Enfin, étonnamment, alors que la psychiatrie est l’une des disciplines médicales les plus en tension au niveau des effectifs hospitaliers, la ministre n’en fait aucune mention, à l’instar de la circulaire, lorsqu’elle évoque l’objectif des filières organisées sous la forme d’équipes médicales de territoire, de fédérations médicales interhospitalières ou de pôles inter-établissements.
***Le dialogue reste compliqué entre le ministère et la psychiatrie publique en grève
Le ministère de la Santé soufflerait-il le chaud et le froid auprès des psychiatres ? La ministre a reçu les syndicats la semaine dernière mais les promesses de Stéphanie Rist ne sont pas actées pour son cabinet ce 17 septembre.
Par Emmanuelle Deleplace — à Paris
17 septembre 2026 à 17h40 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260917-psychiatrie-le-dialogue-reste-complique-entre-le-ministere
Ce 17 septembre, une quarantaine de professionnels de la psychiatrie publique sont venus manifester sous les fenêtres du ministère de la Santé à l’occasion de la grève lancée par l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp), le Syndicat des psychiatres d’exercice public (Spep), le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et l’Union syndicale de la psychiatrie (USP, lire notre article). Une grève soutenue par l’intersyndicale Action praticiens hôpital, l’Intersyndicale nationale des praticiens d’exercice hospitalier et hospitalo-universitaire ou encore le Syndicat national des médecins hospitaliers-Force ouvrière.
Reprise du dialogue
La réception d’une délégation par le cabinet de Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, semblait n’être qu’une formalité. Une délégation de l’intersyndicale a été reçue en effet le 9 septembre par Stéphanie Rist et une délégation des présidents de conseils de surveillance par son cabinet le 10 septembre.
« Nous avons exposé notre incapacité à faire face à la demande de soins de la population dans des conditions dignes et humaines, les hausses de file active, les baisses du nombre de praticiens, la fatigue des personnels, les soins dégradés, notre souhait du zéro contention mais notre impossibilité à faire sans, vu la dégradation de nos conditions d’exercice », précise l’USP dans un communiqué. Près de 30% des postes de praticiens hospitaliers en psychiatrie sont vacants et 15% des postes d’internes non pourvus. Les syndicats estiment le déficit de capacités d’hospitalisation a près de 10 000 lits à l’échelle nationale.
« Il y a aussi urgence à reconnaître et valoriser financièrement la pénibilité de nos métiers qui n’est pas liée spécifiquement aux gardes et aux astreintes mais à la crise que nous traversons avec des patients que nous n’arrivons plus à prendre en charge correctement et précocement donc plus difficile à gérer. C’est une des raisons pour lesquelles la profession a du mal à séduire les internes », ajouteNorbert Skurnik, président de l’Idepp.
« Aujourd’hui, plus aucun poste de praticien hospitalier en psychiatrie n’est pourvu à l’hôpital de Laval (Mayenne), qui n’a par conséquent plus de poste d’interne », illustre auprès d’Hospimedia Marie-José Cortes, présidente du SPH. « Nous avons dit les risques de détournement de budget au profit de structures qui ne font pas de soins. La ministre a reconnu le lobbying d’une certaine fondation. Nous avons dit notre refus d’être (davantage) des acteurs du contrôle social et dénoncé la loi Rodwell (lutte contre le terrorisme), qui nous oblige à informer la préfecture de tout changement dans la prise en charge des patients en soins sans consentement, même hors d’un trouble à l’ordre public » écrit encore l’USP.
« Il faut arrêter de faire des lois qui nous concernent sans nous consulter », commente Gabrielle Allio, présidente du Spep. « Sur ce point, la ministre semble nous avoir entendus puisqu’elle a promis que les projets de loi seraient présentés à la commission nationale de psychiatrie », préciseNorbert Skurnik. « Nous sommes également revenus sur la situation des praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) », ajoute Marie-José Cortes. Autre grosse revendication des syndicats : l’exclusion des établissements publics de santé mentale du périmètre de la circulaire relative aux groupements hospitaliers de territoire (GHT) qui permettrait de faire des directions communes en cas de vacance de postes de direction dans les établissements publics (lire notre article).
Exclusion de la circulaire GHT ?
Pas d’engagement de retour en arrière sur une loi promulguée mais la ministre a rappelé la hausse et la meilleure répartition des internes. Une hausse qui, selon les syndicats, ne suffira pas à combler le départ en retraite de 20% des soignants d’ici cinq ans. Sur les Padhue, elle promet de se ranger aux propositions que la Direction générale de l’offre de soins prépare en matière de simplification. La seule vraie mesure arrachée par les syndicats a été l’exclusion de la psychiatrie du champ de la circulaire GHT. « Nous attendons maintenant un courrier officiel », a précisé Marie-José Cortes avant la rencontre de ce 17 septembre.
Lorsque la délégation sort du ministère à midi, c’est la déception. Au cours de la réunion animée par Jordan Challier, conseiller de la ministre en charge de la formation, des compétences, de l’attractivité des métiers et du dialogue social, l’exclusion de la circulaire GHT n’a plus été à l’ordre du jour. « Que vaut la parole de la ministre ? », s’étonne Marie-José Cortes. Seule nouvelle question que le cabinet veut bien étudier — si les syndicats envoient un dossier puisqu’il n’a pas connaissance du problème —, celle de la suppression prévue au 1er octobre de la prise en charge des transports sanitaires pour les affections de longue durée non exonérantes qui impactera nombre de patients. Les psychiatres se dispersent en passant devant le ministère de la Santé qui affiche les slogans de la santé mentale, grande cause nationale : « Oser, reconnaître, se confier, écouter, accompagner, consulter… Tous un rôle à jouer ».