Année après année, le cycle de l’eau se transforme un peu plus.

Déclin du stock d’eau douce : l’Organisation météorologique mondiale alerte sur les « graves implications pour l’avenir »

L’année 2025 a été l’une des plus sèches depuis trente-cinq ans en matière de débits fluviaux, constate l’organisme des Nations unies dans son bilan mondial annuel de l’état des ressources en eau publié jeudi. 

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aujourd’hui à 06h01, modifié à 15h15 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/17/declin-du-stock-d-eau-douce-l-organisation-meteorologique-mondiale-alerte-sur-les-graves-implications-pour-l-avenir_6775972_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260917&lmd_link=tempsforts-title&M_BT=53496897516380

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Des bâches synthétiques recouvrant la neige de l’hiver précédent pour en empêcher la fonte ont été installées à côté du reste du glacier du Sex-Rouge, situé à près de 3 000 mètres d’altitude dans le massif des Diablerets (Suisse), le 6 septembre 2026.
Des bâches synthétiques recouvrant la neige de l’hiver précédent pour en empêcher la fonte ont été installées à côté du reste du glacier du Sex-Rouge, situé à près de 3 000 mètres d’altitude dans le massif des Diablerets (Suisse), le 6 septembre 2026.  FABRICE COFFRINI/AFP

Année après année, le cycle de l’eau se transforme un peu plus. Les nappes s’épuisent, les débits des rivières s’éloignent des normales et les glaciers s’amenuisent. Au niveau global, « la terre retient moins d’eau douce qu’auparavant », prévient l’Organisation météorologique mondiale (OMM), jeudi 17 septembre, dans son bilan mondial annuel de l’état des ressources en eau. Celles-ci sont malmenées par le réchauffement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, et par d’autres pressions comme les prélèvements destinés aux activités humaines.

A l’approche de la conférence des Nations unies sur l’eau, qui se tiendra en décembre aux Emirats arabes unis, l’institution basée à Genève, en Suisse, alerte sur les « graves implications pour l’avenir » que les tendances hydrologiques de ces dernières années induisent pour les humains.

A l’échelle mondiale, 42 % de la superficie terrestre présentait en 2025 un stock d’eau inférieur à la normale, contre moins de 20 % au début des années 2000. Ces volumes accumulés sur et sous la surface des continents, humidité des sols comprise, déclinent depuis 2014-2016, selon les observations spatiales sur lesquelles s’appuie l’OMM.

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La cryosphère continue par exemple de reculer. Pour la quatrième année consécutive, des pertes de masse glaciaire « généralisées » à toutes les régions sont signalées – de l’ordre de 1 400 gigatonnes d’eau entre 2023 et 2025, soit l’équivalent d’environ un tiers des prélèvements annuels d’eau douce. Certaines zones sont particulièrement touchées, comme l’Islande ou encore l’Asie centrale. En Russie, les glaciers de l’Altaï central, ont perdu 40,2 % de leur superficie totale depuis le milieu des années 1950, soit 271,7 kilomètres carrés.

Ce déclin des réserves d’eau douce de la planète, qui concerne également le manteau neigeux, gonfle provisoirement les rivières alimentées par leur fonte. Mais, une fois les glaciers trop affaiblis, leurs apports estivaux aux cours d’eau finissent par diminuer. « Certaines régions dominées par de petits glaciers (les Alpes européennes, la Scandinavie, le Caucase et d’autres) pourraient avoir déjà dépassé leur “pic d’eau” », avertit l’OMM. De quoi affaiblir les écoulements estivaux.

« Faillite hydrique »

Les nappes souterraines, dont certaines mettent des années à se renouveler, sont elles aussi fragilisées, entre autres par des pompages excessifs. « Nous sommes en train de vider ce compte d’épargne », déplore dans un communiqué la secrétaire générale de l’OMM, la météorologue argentine Celeste Saulo. Dans un rapport paru en janvier, l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé avait elle aussi utilisé cette métaphore financière pour souligner la « faillite hydrique » dans laquelle entrent les sociétés humaines. « La demande croissante en eau de la population aggrave les effets du changement climatique », rappelle Thibault Datry, écohydrologue de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Selon les estimations de l’OMM, seulement 36 % de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux auraient connu des écoulements « normaux » en 2025 – contre une moyenne de 46 % entre 1991 et 2020. Il s’agit de l’une des années parmi les plus sèches des trente-cinq dernières en matière de débits fluviaux.

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A quoi s’attendre ? A court terme, « le renforcement [du phénomène naturel] El Niño va accroître le risque de sécheresse dans certaines régions et celui d’inondations dans d’autres », prévient Mme Saulo. Et, dans les années à venir, les fortes températures et les évolutions hydrologiques vont continuer de bousculer le monde vivant. De plus en plus de cours d’eau européens devraient par exemple devenir intermittents, c’est-à-dire cesser de s’écouler une partie de l’année, relevait, en 2025, une équipe de chercheurs, dans des travaux publiés par la revue Hydrology and Earth System Sciences.

Leurs projections sont d’ores et déjà rattrapées par la réalité. Dans le Sud-Ouest hongrois, l’une des zones que les scientifiques avaient étudiées, le bassin versant du Bükkösdi, qui représente 218 kilomètres de cours d’eau, est presque totalement à sec en cette année 2026, marquée par une sécheresse critique. « C’est du jamais vu, et c’est ce qu’on projetait en 2041-2070 », souligne M. Datry, de l’Inrae, et coauteur de cette publication.

« Multiplication des épisodes »

La faune européenne – poissons, insectes aquatiques… – est particulièrement vulnérable à ce manque d’eau. « Nous avons des espèces qui, physiologiquement, ne sont pas adaptées, remarque M. Datry. L’effet de l’assèchement est beaucoup plus prononcé pour les communautés biologiques d’invertébrés en Europe qu’en Amérique du Sud », comme l’a montré une étude publiée en 2025, à laquelle a contribué le chercheur.

Les sociétés humaines sont elles aussi touchées de plein fouet par les sécheresses critiques et les épisodes pluvieux intenses qui se multiplient. Au moins 62 500 décès liés à des événements hydrologiques comme des inondations ont été recensés entre 2021 et 2025, dont 80 % en Afrique et en Asie, rapporte l’OMM.

« Etant donné la multiplication des épisodes, notamment dans des zones très vulnérables, le développement de systèmes d’alerte est un important moyen d’action en matière d’adaptation », souligne Yves Tramblay, directeur de recherche en hydrologie à l’Institut de recherche pour le développement, et contributeur du chapitre sur la région méditerranéenne dans le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, paru de 2021 à 2023). Le chercheur invite également à préserver les sols, leur mise à nu par des incendies ou encore la déforestation pouvant renforcer le ruissellement : « Leur état influe à la fois sur les sécheresses et les inondations. »

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« Ce sont souvent des zones qui ne sont pas les plus “responsables” des évolutions climatiques qui sont les plus touchées », souligne André Viola, président du Partenariat français pour l’eau, une association qui réunit des acteurs de l’eau publics et privés pour faire peser cette thématique dans l’agenda politique international. « Nous espérons une bascule vers des actions plus concrètes pour s’adapter et lutter à la source de ce changement climatique », plaide M. Viola. Des chantiers d’autant plus urgents que les tendances hydrologiques menacent un accès à l’eau potable encore loin d’être universel. Environ 2,1 milliards de personnes ne disposent toujours pas d’un approvisionnement sûr.

Le manque d’eau se fait toujours sévèrement sentir en France malgré quelques pluies

Loin de se dissiper avec les précipitations de la fin d’été, la sécheresse perdure et s’accroît à travers le pays. De grosses incertitudes pèsent sur la recharge automnale des nappes sous des sols devenus très secs. 

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le 08 septembre 2026 à 17h48, modifié à 11h25 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/08/le-manque-d-eau-se-fait-toujours-severement-sentir-en-france-malgre-quelques-pluies_6768414_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=undefined&lmd_link=tempsforts-title&M_BT=53496897516380

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Le Bervezou, à Viazac, en amont de Figeac (Lot), le 26 août 2026.
Le Bervezou, à Viazac, en amont de Figeac (Lot), le 26 août 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR « LE MONDE »

La sécheresse historique qui sévit en France est loin d’être terminée. Les autorités continuent de restreindre les usages de l’eau pour soulager les nappes et les rivières, éprouvées par le manque de pluies et les vagues de chaleur qui se succèdent depuis la fin du mois de mai. En Bretagne, par exemple, l’écluse du barrage d’Arzal est fermée jusqu’au 16 septembre inclus, pour préserver les réserves d’eau douce stockées par la retenue, employées pour l’approvisionnement de la population. Dans le Tarn-et-Garonne, le 3 septembre, le préfet a décidé d’interdire la pêche dans trois lacs, pour préserver les poissons.

La situation hydrologique fragile du pays porte les marqueurs du réchauffement climatique provoqué par les activités humaines. Malgré un hiver très humide, les réserves d’eau sont mal en point, en particulier en surface. Les nappes, qui ont bénéficié d’une bonne recharge hivernale, se trouvent toutefois elles aussi dans une phase « difficile », bien que contrastée, note le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dans un bulletin publié mardi 8 septembre. « La situation des nappes reste majoritairement dégradée, en lien avec le déficit de pluie efficace du mois d’août et avec la demande en eau encore importante pour les différents usages », explique le service hydrogéologique national.

Au total, 61 % des points du réseau d’observation du BRGM se situent au-dessous des normales mensuelles. Les nappes du socle limousin, très sensibles au manque de pluies, sont par exemple dans un état particulièrement préoccupant. « Nous avons une augmentation du nombre de points qui ont des niveaux très bas », observe David Ratheau, hydrogéologue de l’institution, qui fait toutefois état d’une situation moins défavorable que lors de la sécheresse de 2022 – cette année-là, au commencement de l’été, les nappes étaient déjà affaiblies par des précipitations hivernales insuffisantes.l

Le BRGM fait état de nombreuses incertitudes quant à la recharge automnale du sous-sol, qui dépendra des pluies des mois à venir. Avant de parvenir jusqu’aux nappes, l’eau devra d’abord réhumidifier les sols. Ceux-ci ont enregistré des niveaux d’humidité historiquement bas en août, du fait du manque de précipitations et des températures très élevées, qui ont dopé l’évaporation dans tout l’Hexagone. Malgré les ondées survenues au cours de la seconde moitié d’août, les sols restent dans un état très critique, inédit pour septembre. « Depuis le début du mois, il n’y a quasiment aucune précipitation, si ce n’est quelques pluies très légères. Nous avons un temps très sec et très chaud », souligne Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France.

La sécheresse se poursuit

Evolution de l’indice d’humidité des sols en France2026Médiane 1991-2020

Source : Météo-France. Données arrêtées au 6 septembre 2026.

Les rivières en souffrent d’autant plus quand elles ne bénéficient plus des apports des nappes. S’agissant des petits cours d’eau, « le niveau de dégradation reste exceptionnel, constate l’Office français de la biodiversité, dans un communiqué daté du 3 septembre. Les situations les plus critiques restent concentrées le long d’un axe allant de la Vendée à la région Grand-Est ». Ses agents ont rapporté des assecs ou des ruptures d’écoulement sur 44 % des points de suivi à la fin du mois d’août – un pourcentage légèrement plus élevé à celui observé en 2022 à la même période, et inédit depuis la création de ce réseau d’observation, en 2012. Les pluies et les orages d’août ont redonné à certains ruisseaux et rivières un peu de vigueur – un répit mince et souvent de courte durée. Dans de nombreuses régions, le tarissement des cours d’eau a repris, et des débits très inférieurs aux normales de saison sont enregistrés.

Les réserves s’amenuisent

Cet étiage étendu et durable met sous pression la vie aquatique. Il complique aussi la navigation. Si celle-ci a, par exemple, pu reprendre sur la Moselle grâce à des pluies récentes, une part importante des 6 700 kilomètres de canaux, fleuves et rivières, gérés par Voies navigables de France (VNF), reste fermée aux bateaux. « Il y a des endroits où nous sentons qu’il y a une petite accalmie, détaille Rémi Suaire, chef de service eau et gestion hydraulique de l’opérateur, dont le réseau contribue aussi à la production d’eau potable. Mais, cette semaine, nous avons de nouveau des températures élevées et des pluies quasiment à zéro. »

Les réservoirs de VNF sont à la peine : le taux de remplissage était de 29 % au 1er septembre, contre 48 % en moyenne ces dix dernières années à la même période (cet indicateur pouvant aussi être influencé, par exemple, par la réalisation de travaux). Un niveau du même ordre que ceux atteint d’ordinaire en octobre. « Nous sommes vraiment proches de la limite basse, alors que la saison n’est pas terminée », prévient M. Suaire.

D’autres structures voient, elles aussi, leurs réserves s’amenuiser. « Tout cela donne à voir un aperçu des scénarios qui seront les nôtres dans les années à venir », signale Rémi Branco, président (Parti socialiste) du syndicat mixte du bassin du Lot, rivière qui bénéficie d’un soutien d’étiage. « Il reste septembre, il reste octobre… Et nous n’avons pas de grande visibilité sur les futures pluies », abonde Franck Solacroup, directeur général des services de l’établissement public Garonne, Gascogne et affluents pyrénéens, qui gère le soutien de la Garonne, notamment via les barrages hydroélectriques de montagne. Plusieurs épisodes pluvieux ont renfloué le fleuve au mois d’août, et les prélèvements agricoles sont désormais beaucoup moins importants qu’au cœur de l’été. Mais les déstockages ont repris. « Un quart de l’eau qui passe dans Toulouse provient de nos lâchers », relève M. Solacroup, dont la structure s’est fixé pour objectif d’« optimiser chaque mètre cube disponible » – pour tenir dans la durée.

De nombreux services d’eau appellent leurs abonnés à la sobriété. « La problématique ne vient pas que des cours d’eau, elle vient aussi des usages », notamment touristiques, rappelle Frédéric Méjassol, directeur général des services du syndicat Roannaise de l’eau, à cheval sur les départements de la Loire, du Rhône et de Saône-et-Loire. Quatre communes y sont approvisionnées par camions-citernes. Au total, en France, selon les données communiquées par le ministère de la transition écologique, 64 400 habitants sont concernés par des mesures d’urgence, celles-ci pouvant également correspondre à des distributions de bouteilles d’eau, ainsi que des coupures ou tours d’eau (distribution alternée ou restreinte de l’eau potable par secteurs).

L’urgence de s’adapter aux extrêmes hydroclimatiques se fait de plus en plus pressante. « Les syndicats d’eau potable se posent beaucoup de questions parce que d’un côté il faut engager la sobriété, donc consommer moins d’eau. Mais moins d’eau consommée, c’est moins de recettes, alors qu’ils ont des investissements énormes pour la résorption des fuites et la mise à niveau des réseaux », explique Marie-Hélène Privat, directrice du Syndicat mixte du bassin du Lot. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, présidera, mercredi 9 septembre, un « comité de suivi et d’anticipation hydrologique » à Orléans. Un déplacement au cours duquel la ministre – fragilisée par sa volte-face après l’annonce de sa démission, en juillet, à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole – doit aussi « présenter les mesures mises en œuvre pour mieux anticiper les situations de tension hydrique ».

Lire le récit :  Malgré un été marqué par les canicules, les incendies et la sécheresse, les responsables politiques incapables de répondre à l’urgence climatique

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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