L’idée selon laquelle notre civilisation pourrait s’effondrer connaît un regain d’intérêt.

L’« effondrement », cette théorie aux contours flous ravivée par le réchauffement climatique

Après les catastrophes écologiques de l’été et leurs effets sur nos vies, l’idée selon laquelle notre civilisation pourrait s’effondrer connaît un regain d’intérêt. Revenue en force depuis les années 2010, elle a pourtant été beaucoup critiquée. 

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aujourd’hui à 06h00 httpsm://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/16/l-effondrement-cette-theorie-aux-contours-flous-ravivee-par-le-rechauffement-climatique_6774852_3232.html

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Les incendies au nord du bassin d’Arcachon vus depuis la place de Moutchic, à Lacanau (Gironde), le 24 juillet 2026.
Les incendies au nord du bassin d’Arcachon vus depuis la place de Moutchic, à Lacanau (Gironde), le 24 juillet 2026.  MAXIMILIEN LAMY/AFP

Un mot dans l’air. Cours annulés dans les écoles, examens reportés, centrales nucléaires à l’arrêt, coupures de courant électrique, lignes ferroviaires perturbées, baisse des approvisionnements par trafic fluvial, chute des rendements agricoles, déplacement de centaines de milliers d’individus, le tout causé par la canicule, la sécheresse et les incendies… Les conséquences des catastrophes écologiques survenues cet été sont-elles les signes avant-coureurs d’un effondrement à venir ?

Interrogée, le 17 août sur le plateau de Franceinfo, la députée (Paris, Les Ecologistes) Sandrine Rousseau y voyait « une alerte extrêmement grave sur l’effondrement qui commence ». Le terme est en vogue dans les milieux écologistes depuis la large diffusion de l’ouvrage Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie(Gallimard, 2006) du biologiste et géographe américain Jared Diamond ; il a été renforcé par l’apparition de la collapsologie dans les années 2010, un courant transdisciplinaire connu du grand public grâce au best-seller français Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, 2015).

Alors que le mot renvoie à l’affaiblissement des immeubles et des carrières au XIXe siècle, puis à la chute des régimes politiques au milieu du XXe siècle, des scientifiques s’en emparent ensuite pour désigner la possible fin de la civilisation industrielle. En 1968, le biologiste américain Paul Ehrlich prédisait, dans La Bombe P (Fayard, 1972), que de vastes famines surviendraient dès les années 1990 du fait de la croissance démographique exponentielle. Quatre ans plus tard, un rapport au retentissement planétaire écrit par quatre scientifiques du Massachusetts Institute of Technology, intitulé « Les limites à la croissance », préconisait la fin de la croissance économique, pour empêcher qu’elle ne « précipite le système mondial vers les limites de la Terre et vers un effondrement ultime ».

Dans chacune de ces études, des courbes exponentielles atteignent un pic, suivi d’une chute brutale causée par l’épuisement des ressources. Autre point commun, l’effondrement s’accompagne généralement du déclin d’une grande partie de la population mondiale. Dans un article de Libération paru en août 2017, Yves Cochet, ancien ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement (2001-2002) devenu l’une des figures de proue de la collapsologie, prophétisait ainsi la mort de la moitié de l’humanité d’ici aux années 2040.

Prisme anthropocentrique

Le terme semble cependant revêtir des significations si diverses qu’il est parfois difficile d’en saisir la pertinence. Il a d’ailleurs été critiqué pour cela par bon nombre d’intellectuels, tel le philosophe Jean-Pierre Dupuy, qui dénonçait un « flou conceptuel ». A rebours de l’idée d’« affaiblissement brusque » donnée par la définition du Larousse, Gauthier Chapelle, Pablo Servigne et Raphaël Stevens l’envisagent, dans Une autre fin du monde est possible (Seuil, 2018), comme un processus « à la fois lointain et proche, lent et rapide, graduel et brutal, [qui] a déjà commencé mais n’a pas encore atteint sa phase la plus critique ».

Une autre critique des théories de l’effondrement tient à leur prisme anthropocentrique, aux accents souvent messianiques. « L’idée d’une chute brutale suivie d’une renaissance pénible rabat la complexité des dynamiques environnementales contemporaines et de leurs conséquences économiques, sociales et géopolitiques sur un récit des récits les plus vénérables qui soit : la Genèse », affirmait l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans un article du Monde en 2019. Avant d’ajouter : « La crise environnementale contemporaine qui est avant tout un effondrement rapide des populations non humaines au profit de notre espèce (nous et notre bétail représentons 97 % de la biomasse des vertébrés terrestres) est emportée dans le récit le plus éculé qui soit : celui de “la fin de la civilisation”. »

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Les collapsologues se heurtent en outre à la relative imprévisibilité des trajectoires énergétiques. Si le spectre d’une pénurie d’électricité engendrée par l’arrêt des centrales nucléaires a ressurgi cet été en France, celui d’une chute drastique de la production d’énergies fossiles – qu’ils annoncent depuis longtemps – est pour l’instant repoussé. En 1940, le physicien américain Marion King Hubbert (1903-1989), bien connu des penseurs de l’effondrement, prédisait un pic, avant la chute, de la production mondiale de pétrole pour 1970, avant de la retarder aux années 2010. Entre-temps, l’or noir a poursuivi sa trajectoire ascendante, portée par des techniques qui, depuis la fin des années 2000, rendent plus facile l’extraction du pétrole non conventionnel.

Bien qu’ambiguë, l’idée d’effondrement a au moins le mérite de mettre en garde contre l’exacerbation des perturbations écologiques et le risque de voir advenir des catastrophes plus graves encore pour l’humanité. « Nous nous pensons puissants et nous sommes incapables de penser notre vulnérabilité. Le réchauffement climatique va menacer l’ensemble de nos structures sociales et politiques », alerte Sandrine Rousseau.

Selon un sondage IFOP publié en février 2020 par la Fondation Jean Jaurès, 65 % des Français pensaient déjà que la civilisation telle que nous la connaissons allait bientôt s’effondrer. Qu’en sera-t-il après cet été caniculaire ?

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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