Près de la moitié des espèces d’oiseaux migrateurs sont en déclin dans le monde
L’organisation BirdLife International estime que 45 % des 1 843 espèces d’oiseaux qui migrent sur de longues distances voient leurs effectifs diminuer. Deux cents sont même menacées d’extinction.
Par Delphine Roucaut
Le 11 septembre 2026 à 17h15, modifié le 11 septembre 2026 à 18h20
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L’extinction, en 2024, du courlis à bec grêle, cet échassier au long bec noir qui parcourait deux fois par an les milliers de kilomètres séparant les steppes de la taïga sibérienne et l’Afrique du Nord, symbolise les menaces qui pèsent sur les oiseaux migrateurs dépendants de multiples écosystèmes. Au total, près de la moitié (45 %) des 1 843 espèces d’oiseaux migrateurs est en déclin, selon un rapport de l’ONG Birdife International, publié vendredi 11 septembre à l’occasion d’un sommet organisé à Nairobi, au Kenya.
Ce rapport sur l’état des oiseaux du monde, publié tous les quatre ans, est, pour la première fois, consacré aux migrateurs et relève des données alarmantes. Parmi les quatre voies de migration traversant des terres, la plus concernée par le déclin d’espèces migratrices est celle entre l’Asie de l’Est et l’Australasie, zone qui s’étend de l’Arctique jusqu’à l’Australie et la Nouvelle-Zélande : 53 % des espèces qui la parcourent sont en recul.
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Les groupes les plus affectés sont les oiseaux limicoles, dits aussi « de rivage », auxquels appartenait le courlis à bec grêle, mais aussi les oiseaux marins, tel le puffin des Baléares, principalement menacé par les filets des pêcheurs. De plus, 58 % des zones-clés pour ces espèces sont dans un état jugé mauvais ou très mauvais.
« Directement responsables »
Plus inquiétant, quelque 200 espèces, représentant 11 % des taxons d’oiseaux migrateurs, sont aujourd’hui menacées d’extinction. Cela est particulièrement vrai sur les six voies de migration marines, dont certaines forment de grands huit au-dessus des océans Atlantique et Pacifique, mais aussi un large anneau circumpolaire autour de l’Antarctique. Soixante-trois de ces 151 espèces d’oiseaux marins (42 %) sont menacées d’extinction.
Outre le courlis à bec grêle, au moins deux autres espèces d’oiseaux migrateurs se sont éteintes en cent cinquante ans : la tourte voyageuse, dite aussi « pigeon migrateur », aperçue pour la dernière fois en 1900 et dont les immenses effectifs ont fait l’objet d’une chasse systématique en Amérique du Nord, et l’eider du Labrador (un anatidae, le genre auquel appartiennent les canards), dont le dernier signe de vie remonte à 1875.
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Quatre autres espèces sont présumées éteintes mais nécessitent une confirmation par de nouvelles études (le pétrel de Jamaïque, l’océanite de Guadalupe, le courlis esquimau et la paruline de Bachman). Ces extinctions ont pour point commun de s’être produites dans les Amériques, à l’exception du courlis à bec grêle, premier oiseau à disparaître des continents africain et eurasien au cours des derniers siècles.
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Si le réchauffement climatique d’origine humaine contribue à ce déclin global, en transformant les habitats des espèces, d’autres facteurs sont aussi à l’œuvre. « Il y a beaucoup de choses dont nous sommes directement responsables : notre mode de vie, notre façon de gérer les terres, notre manière de traiter les déchets, notre utilisation des engrais et la dégradation des sols, insiste Paul Matiku, directeur exécutif de l’association Nature Kenya. Et cela a peut-être actuellement un impact plus important sur les oiseaux que le changement climatique. »
Indicateurs de la santé de la planète
Parmi les principales menaces pesant sur ces oiseaux, Stuart Butchart, directeur scientifique de BirdLife International, cite les espèces invasives, à l’image des souris domestiques introduites il y a un siècle sur l’île subantarctique Marion (Afrique du Sud), qui ont épuisé leurs ressources habituelles et se sont mises à manger les œufs, puis les poussins, et désormais les adultes de 18 espèces d’oiseaux de l’île, dont l’albatros hurleur, qui possède la plus grande envergure au monde, pouvant atteindre 3,6 mètres.
Mais également la pollution, l’installation d’infrastructures énergétiques à des endroits problématiques pour certaines espèces, la chasse illégale ou l’agriculture non durable, notamment en Europe, où l’intensification agricole a provoqué le déclin de nombreuses espèces, comme l’alouette des champs. « En France, les études sur les néonicotinoïdes montrent qu’ils provoquent des pertes de poids et retardent le départ migratoire des oiseaux ; même après l’interdiction de ces reproduits, les populations ne se rétablissent que partiellement », souligne Stuart Butchart.
« Mais nous connaissons les solutions, qu’il s’agisse de protéger les sites-clés de halte, de stopper le braconnage ou d’éviter les captures accidentelles dans les pêcheries », explique l’écologue. L’exemple de la tourterelle des bois est peut-être le plus parlant. Alors que ses effectifs s’effondraient, un moratoire de quatre ans sur sa chasse conclu entre la France, l’Espagne et le Portugal a permis à sa population d’augmenter de plus de 40 % depuis 2021.
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Vendredi, BirdLife International et son réseau de partenaires ont signé la déclaration de Nairobi, qui reconnaît les oiseaux migrateurs comme des indicateurs de la santé de la planète et engage ses signataires à établir un réseau écologiquement cohérent de sites protégés et restaurés.
« Un oiseau qui quitte un jardin européen en automne peut se reposer dans une zone humide kényane trois semaines plus tard, sous le regard d’un agriculteur kényan qui a décidé que cet oiseau méritait d’être protégé, c’est cette décision locale qui maintient l’oiseau en vie, souligne Paul Matiku. Ce que ce partenariat apporte, ce sont des collègues situés tout au long de cette même route qui accomplissent le même travail afin que nos efforts ici ne soient pas gaspillés ailleurs. » Pour remplir ces objectifs, l’ONG a récolté six milliards de dollars (5,16 milliards d’euros) de promesses de financement.
Delphine Roucaute