PISA 2025 : alerte globale sur les savoirs des enfants
Éditorial
Le Monde
Selon l’évaluation PISA 2025 du niveau des élèves de 15 ans, la France affiche ses résultats les plus bas depuis le début de la mesure internationale, en 2000. Le rapport révèle une diminution globale des capacités cognitives des jeunes ainsi qu’une forte baisse du niveau des élèves très performants.
Publié le 08 septembre 2026 à 12h00, modifié le 08 septembre 2026 à 14h34 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/08/classement-pisa-alerte-globale-sur-les-savoirs-des-enfants_6768341_3232.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=larevuedumonde&lmd_send_date=20260911&lmd_email_link=la-revue-du-monde_les-essentiels_titre_titre_4&M_BT=53496897516380
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La France continue de chuter, brutalement, dans le classement PISA, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans, développé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dévoilée mardi 8 septembre, cette édition triennale portant sur l’année 2025 a évalué 760 000 élèves (dont 6 501 Français) dans 91 pays ou territoires.
Dominée par la Chine (avec quatre régions développées testées), Singapour et le Japon, cette évaluation des compétences en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en culture scientifique place certes toujours la France dans la moyenne de l’OCDE. Mais le pays affiche ses résultats les plus bas depuis le début de la mesure internationale, en 2000. Surtout, ils plongent plus vite que d’autres. En mathématiques, le score français baisse de 16 points par rapport à 2022, quand la moyenne perd 9 points.
Les résultats français restaient jusqu’alors bons pour les bons élèves, moyens pour les moyens, mauvais pour les derniers de classe, la photographie du classement PISA illustrant ainsi l’élitisme d’un système scolaire incapable de réduire de façon significative les écarts sociaux et d’assurer ainsi sa promesse d’égalité des chances entre les enfants.
Les tâches complexes les plus touchées
A présent, non seulement les écarts mesurés de « statut » (économique, social, culturel) demeurent, massifs, et supérieurs à la moyenne mais le niveau des élèves très performants chute lui aussi fortement, en mathématiques comme à l’écrit – les tâches complexes, telles que la réflexion ou la lecture de textes longs étant les plus touchées. La part des adolescents en difficulté, elle, a doublé en vingt-cinq ans, passant de 15 % à 33 % à l’écrit et de 15 % à 36 % en mathématiques.
On ne saurait relativiser ces résultats alarmants, qui appellent, comme les précédents, des réformes profondes de l’école française. Mais l’OCDE invite à les placer dans un contexte mondial : si le classement PISA 2025 inquiète doublement, c’est qu’à l’exception d’une partie de l’Asie, il révèle une diminution globale des capacités cognitives des jeunes. L’édition réalisée en 2022 avait convoqué la pandémie de Covid-19 pour expliquer la dégradation des scores de systèmes scolaires habituellement cités en exemple, en Allemagne ou en Norvège. Cette cassure continue de marquer une génération, mais le problème va au-delà. Il touche aux effets de la révolution numérique en cours.
PISA établit que les élèves ne sont plus que 20 % à 30 % (selon les usages) à ne pas recourir à l’intelligence artificielle (IA). Les bons scores en sciences sont corrélés à une moindre utilisation de l’IA et à un emploi maîtrisé des appareils numériques à des fins d’apprentissage. La recherche éclairera mieux la nouvelle donne des écrans et des réseaux sociaux, mais il apparaît déjà que les réformes ayant prouvé leur efficacité sur les savoirs des élèves – meilleure formation des enseignants, aide aux élèves en difficulté – ne suffisent plus.
Alerte globale, chantier considérable. En France, responsables politiques et enseignants peuvent toutefois prendre appui sur une réalité très positive : les élèves déclarent avoir toujours plaisir à apprendre les sciences, ils se montrent persévérants et curieux. Et une large majorité d’entre eux, supérieure à celle de la moyenne de l’OCDE, jugent que l’intelligence n’est pas donnée une fois pour toutes, mais qu’elle peut se développer grâce au travail et à la pédagogie des adultes.
Le Monde
PISA 2025 : le décrochage inédit des résultats des élèves en France, comme dans l’ensemble de l’OCDE
Les scores en compréhension de l’écrit et en mathématiques des élèves de 15 ans n’ont jamais été aussi bas en France depuis 2000, comme dans les pays comparables. Parmi les raisons invoquées, le rapport aux apprentissages, la place du numérique, les effets durables de la crise due au Covid-19 et le désinvestissement des parents.
Par Sylvie Lecherbonnier, Violaine Morin et Eléa Pommiers
Publié le 08 septembre 2026 à 09h30, modifié le 09 septembre 2026 à 10h43 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/08/pisa-2025-le-decrochage-inedit-des-resultats-des-eleves-en-france-comme-dans-l-ensemble-de-l-ocde_6768129_3224.html
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L’édition 2022 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans, dit PISA, avait sonné comme un signal d’alarme sur le décrochage des résultats des élèves en France et dans le monde. Les nouvelles conclusions de cette enquête phare de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), publiée mardi 8 septembre, ne font que le renforcer. Les moyennes de la France et de l’OCDE atteignent leur niveau le plus bas jamais enregistré en vingt ans en culture scientifique, culture mathématique et compréhension de l’écrit.
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« On avait déjà observé une chute entre 2018 et 2022 que nous avions expliquée en partie par les effets de la crise sanitaire, contextualise Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE. Cette nouvelle baisse doit nous interroger sur ce qu’il se passe, et pas seulement en France. »
L’étude a été menée en 2025 auprès de 760 000 adolescents dans 91 pays. Un échantillon de 6 501 élèves français a participé à cette enquête qui teste les élèves de 15 ans, quelle que soit la classe dans laquelle ils se trouvent, non pas sur leur maîtrise du programme scolaire, mais sur leur capacité à mobiliser leurs compétences dans des situations de la vie quotidienne.
En mathématiques, le score moyen des élèves français (458) perd 16 points par rapport à 2022, et près de 30 points depuis 2018, alors qu’il était resté stable auparavant. Depuis 2006, les résultats des élèves français ont baissé de 35 points, une érosion considérable puisque l’OCDE estime que les apprentissages d’une année scolaire correspondent à un score de 20 à 30 points dans PISA.



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Même trajectoire en compréhension de l’écrit : la moyenne baisse de 18 points et décroche de plus de 40 points en dix ans. Les résultats ne fléchissent, en revanche, que légèrement en culture scientifique, thème majeur de PISA 2025.
Dans les trois domaines, la France reste cependant, comme elle l’a toujours été, dans la moyenne des 37 pays de l’OCDE ayant participé à l’enquête, et qui enregistrent un décrochage comparable de leurs résultats globaux.
L’affaissement moyen des résultats s’accompagne d’une augmentation de la part des élèves en grande difficulté, notamment en mathématiques et en compréhension de l’écrit, où ils représentent désormais plus d’un tiers des adolescents soumis aux tests. Dans le même temps, la proportion de ceux ayant les résultats les plus élevés ne cesse de diminuer. En France, la contraction la plus nette concerne la culture mathématique, pour laquelle la part des élèves en difficulté atteint 36 % tandis que celle des adolescents les plus performants tombe à 5 % (contre 8 % dans l’OCDE). En 2003, les élèves français étaient 15 % à être parmi les meilleurs élèves testés.
En France, les résultats moyens masquent cependant des réalités très contrastées parmi les élèves de 15 ans, qui n’étaient pas tous au même niveau de scolarité au moment de la passation du test en mai 2025. Les élèves de 2de générale (65 % des adolescents ayant participé à PISA) obtiennent ainsi des scores comparables à la moyenne des pays européens les plus performants dans les trois thématiques, tandis que leurs homologues de 2de professionnelle (20 %) apparaissent à l’autre extrémité du spectre des pays de PISA, parmi ceux ayant les plus faibles résultats.


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L’origine sociale pèse également très lourd sur les résultats des élèves français, même si les inégalités entre les adolescents les plus favorisés et les plus défavorisés se sont légèrement tassées. « C’est presque une bonne nouvelle », salue Eric Charbonnier, avant de nuancer : « Entre 2015 et 2025, on assiste à une forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés, signe que les difficultés se sont généralisées et amplifiées. » L’écart entre les élèves de différents milieux sociaux dépasse encore les 90 points dans les trois domaines et reste l’un des plus importants de l’OCDE.
A ces inégalités sociales s’ajoutent des disparités de genre. Si les filles et les garçons obtiennent des résultats similaires en culture scientifique, les adolescentes sont bien meilleures en compréhension de l’écrit. Leur avantage s’est même creusé depuis 2012, du fait de l’attrition des scores des garçons, et est devenu l’un des plus élevés de l’OCDE. A l’inverse, les garçons obtiennent toujours de meilleurs résultats en culture mathématique.
Le collège, « angle mort des réformes »
Comment expliquer ces résultats ? Au niveau national, alors que les candidats à l’élection présidentielle de 2027 commencent à égrener leurs mesures pour l’éducation, l’analyse politique est quasi impossible. Les élèves de 15 ans en 2025 ont successivement connu un rythme de 4,5 jours d’école en primaire puis 4 jours. Ils n’ont pas bénéficié du dédoublement des classes en primaire en éducation prioritaire ni des éphémères groupes de besoin au collège. « Tout au plus peut-on constater que la France a manqué de cohérence ces dix dernières années et que le collège est resté l’angle mort des réformes », commente Eric Charbonnier.
Les pistes d’explications sont à chercher dans des causes plus systémiques, au sujet desquelles l’OCDE n’émet que des hypothèses. « Le rapport des élèves aux apprentissages a changé », juge Eric Charbonnier. En compréhension de l’écrit, par exemple, les exercices pour lesquels les difficultés des élèves de l’OCDE augmentent le plus sont ceux impliquant les tâches les plus complexes, le croisement de plusieurs sources ou la lecture de textes longs. La proportion de « lecteurs pressés », qui vont trop vite et se trompent, a presque doublé depuis 2018.


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Parmi les facteurs explicatifs communs à tous les pays de l’OCDE, Eric Charbonnier cite les effets durables de la crise sanitaire due au Covid-19 qui a affecté les élèves de cette cohorte à l’entrée au collège, mais aussi la place croissante du numérique dans la vie des adolescents. « Il y a des éléments en dehors de l’école qui contribuent à ces résultats », estime l’analyste. La France utilise peu le numérique en classe mais le temps d’écran des jeunes Français est considérable, même s’il est moins élevé que la moyenne de l’OCDE. Les adolescents âgés de 15 ans déclarent passer en moyenne 4,9 heures par jour, hors week-end et vacances scolaires, sur des appareils numériques, dont 3 heures pour leurs loisirs. Quant à l’intelligence artificielle, elle n’avait pas encore totalement déferlé dans la vie des élèves français en 2025.
Autre résultat marquant de cette édition : l’implication des parents s’est affaiblie dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Seul un élève sur deux affirme que son père ou sa mère montre un intérêt à ce qu’il apprend à l’école, quand un tiers des adolescents parlent avec ses parents des problèmes rencontrés à l’école. « L’éducation est parfois perçue comme un bien de consommation par les parents. Or, ces derniers ont un rôle à jouer dans les apprentissages », interpelle Eric Charbonnier.

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S’ajoutent à ces phénomènes communs des spécificités françaises. Au premier chef : le climat scolaire. S’il n’a pas subi de grande dégradation entre les deux dernières éditions de PISA, il reste problématique, avec des moyennes plus élevées que celles de l’OCDE. Près d’un quart des élèves français indiquent ainsi ne pas pouvoir bien travailler en classe et près de la moitié que le bruit et l’agitation perturbent les cours. Le soutien des enseignants s’en trouve affecté. Seul un élève sur deux déclare que les professeurs s’intéressent à l’apprentissage de chaque élève, un élément à mettre en regard d’autres enquêtes témoignant du manque de formation et de préparation des enseignants à gérer l’hétérogénéité.
En matière de conditions d’études, l’enseignement français se distingue également par un manque de matériel pédagogique qui touche un établissement sur cinq. Près d’un chef d’établissement sur deux signale, en outre, un manque de personnels. C’est moins qu’en 2022 (67 %) mais bien plus qu’en 2018 (17 %), et l’un des niveaux les plus élevés de toute l’OCDE.
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Mis à jour le 9 septembre à 9 h15 : correction des chiffres concernant les élèves en difficulté en maths.
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Entretien Article réservé aux abonnés PISA 2025 : « Toute modification du système scolaire devrait être pilotée avec le souci de son évaluation »*
Sylvie Lecherbonnier, Violaine Morin et Eléa Pommiers
PISA 2025 : « Toute modification du système scolaire devrait être pilotée avec le souci de son évaluation »
Alors que les résultats de la nouvelle édition de l’étude PISA doivent être dévoilés mardi, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan a mené une enquête sur les faiblesses structurelles de l’éducation nationale. Son rapporteur, Pierre-Yves Cusset, présente ses travaux au « Monde ».
Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier et Eléa Pommiers
Publié le 07 septembre 2026 à 18h30, modifié le 08 septembre 2026 à 10h31 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/07/niveau-des-eleves-toute-modification-du-systeme-scolaire-devrait-etre-pilotee-avec-le-souci-de-son-evaluation_6767976_3224.html
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Comment expliquer les « résultats décevants » des élèves français dans les comparaisons internationales ? Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan a réalisé un travail inédit pour le comprendre et identifier les leviers d’actions. Cette « vision à 360 degrés » tranche avec les recettes simplistes qui nourrissent aujourd’hui le débat public sur le sujet.
A la veille de la publication, mardi 8 septembre, des résultats 2025 de PISA, le programme international de suivi des acquis des élèves réalisé par l’Organisation de coopération et de développement économiques, Pierre-Yves Cusset, chef de projet au département société et politiques sociales du Haut-Commissariat et rapporteur de l’enquête « niveau scolaire : quels leviers pour que la France soit bonne élève ? », expose au Monde les principaux résultats de cette étude, fruit des travaux d’un groupe de chercheurs, rendue publique le 31 août.
Le niveau des élèves français est beaucoup commenté mais les raisons de leurs « résultats décevants », selon vos mots, sont peu analysées. Votre étude a-t-elle pour objectif de répondre à cette carence ?
Il existe énormément de travaux sur les inégalités scolaires et sociales en France, notamment en lien avec PISA. Mais aujourd’hui, le problème autour du niveau est général et touche aussi les meilleurs élèves. Leur proportion est désormais moins élevée qu’ailleurs. C’est pourquoi nous avons décidé de faire un état des lieux à 360 degrés des faiblesses de notre système éducatif, d’analyser ce qui nous distingue des autres pays et ce qui a changé à travers le temps. Nous mettons en avant des leviers systémiques et structurels sur lesquels il nous semble possible de travailler pour améliorer les résultats des élèves.
Quelles sont les faiblesses actuelles de notre système éducatif ?
Il n’y a pas de cause unique ni dominante. Les enseignants citent souvent l’hétérogénéité des classes liée à des diversités culturelles accrues, mais surtout à l’essor rapide de l’école inclusive [avec l’accueil des enfants en situation de handicap]. L’exposition croissante aux écrans a des effets encore difficiles à mesurer mais palpables sur le sommeil ou la forme physique. Ensuite, la dépense par élève est plutôt moyenne et déséquilibrée entre le premier et le second degré en France, si on la compare aux autres pays. Nous restons en outre une exception sur les rythmes scolaires dans le premier degré avec la semaine de quatre jours et ses journées très longues.
La perte d’attractivité du métier enseignant pose aussi problème. Cela entraîne en cascade des problèmes de remplacement et de formation. Les enseignants français ont aussi plus qu’ailleurs le sentiment d’être mal préparés à leur métier ; et la formation initiale, tout du moins jusqu’à la réforme récente [avec le passage du concours de bac + 5 à bac + 3], leur apparaît assez éloignée des réalités du terrain. L’exercice du métier est en outre assez solitaire et laisse peu de place à certaines pratiques collaboratives comme l’observation d’autres professeurs en classe.
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Peut-on identifier le poids de tel ou tel facteur ?
Non. Il n’est pas possible de construire un grand modèle économétrique à partir de ces différents éléments pour isoler le rôle de chacun dans la perte de vitesse de notre système éducatif. Ils forment un tout.
Le manque de valorisation et d’accompagnement des enseignants est néanmoins au cœur de vos propositions…
Effectivement. Nous faisons plusieurs propositions sur la formation et le pilotage pédagogique. Cela ne veut pas dire que ce sujet est plus important que la réduction de la taille des classes ou la revalorisation des salaires des enseignants. Ces deux questions, déjà ancrées dans le débat public, nécessitent des arbitrages qui dépassent le ministère de l’éducation nationale au vu des finances de l’Etat. Mais l’accompagnement pédagogique nécessite aussi des investissements. La formation initiale et la formation continue coûtent de l’argent. On doit pouvoir remplacer les professeurs absents, trouver un vivier de formateurs. L’idée de nommer un principal adjoint en charge de la coordination pédagogique au collège représente aussi un budget.
Le rôle des enseignants reste primordial. Or, ce qui se passe dans une salle de classe ressemble encore trop à une boîte noire. Au cours des dernières décennies, par exemple, les pédagogies actives ont été très prisées, peut-être au détriment de la mémorisation. Le déficit d’encadrement est en outre régulièrement signalé. On compte un inspecteur pour 280 professeurs de l’école primaire et un inspecteur pour 240 professeurs du secondaire. Les « rendez-vous de carrière » sont limités à trois, alors que les entretiens d’évaluation sont annuels dans le reste de la fonction publique.
L’accumulation des réformes est également devenue un point faible de notre système éducatif, comme vous l’indiquez. Pourquoi ?
Les réformes se sont succédé à un rythme si dense qu’elles ont rarement pu faire l’objet d’une évaluation et ont été source de stress pour les enseignants. Elles ont aussi consommé beaucoup de temps de formation, devenu un temps d’information sur les nouvelles mesures. Toute modification de notre système scolaire devrait être pilotée avec le souci de son évaluation. On ne devrait pas pouvoir changer de cap en l’absence de nouveaux éléments scientifiques invalidant la logique d’une réforme précédente.
Vous appelez à la prudence concernant l’importation de bonnes pratiques issues d’autres pays… Pourquoi ?
Toute réforme a son revers. L’Angleterre a ainsi fait évoluer son système scolaire pour améliorer ses résultats. Mais la mise sous tension a été telle que nombre d’enseignants envisagent de démissionner dans les cinq années à venir.
Autant partir de ce que l’on est. Les études internationales et nationales sur les performances scolaires des élèves français sont très riches aujourd’hui. Elles permettent d’établir des liens entre les pratiques des enseignants et les résultats. C’est un des points positifs de notre étude sur lequel s’appuyer.
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La baisse des effectifs scolaires, une aubaine contre les inégalités
Éditorial
Le Monde
Dans les dix ans qui viennent, la France comptera 19 % d’écoliers en moins. Mais la logique purement comptable consistant à réduire les effectifs de professeurs à proportion de cette baisse ne peut s’appliquer à l’un des investissements les plus cruciaux pour l’avenir du pays.
Publié le 02 septembre 2025 à 11h02 https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/02/la-baisse-des-effectifs-scolaires-une-aubaine-contre-les-inegalites_6638405_3232.html
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Le qualificatif d’« historique » n’est pas abusif : la baisse des effectifs d’élèves attendus ces prochaines années dans le système scolaire n’a aucun précédent depuis 1945. Dans les dix ans qui viennent, la France comptera 19 % d’écoliers en moins, selon une étude de l’Institut des politiques publiques publiée en juin.
L’éducation nationale prévoit une baisse de 560 800 élèves d’ici à 2029. Vertigineuse et déjà amorcée dans l’enseignement élémentaire, la chute va se prolonger dans le secondaire. Elle résulte de l’effondrement de la natalité, passée de 828 000 naissances en 2010 à 660 800 en 2024.
Hasard de l’histoire démographique, un grand nombre d’enseignants nés pendant le baby-boom de l’après-guerre – 330 000 d’ici à 2030 – s’apprêtent à prendre leur retraite au même moment. Moins d’élèves, moins de professeurs : la tentation est forte d’utiliser cette marge de manœuvre providentielle pour ne pas remplacer les enseignants retraités, surtout en ces temps de recherche effrénée d’économies budgétaires, alors que le premier ministre, François Bayrou, souhaite ne pas remplacer un fonctionnaire sur trois à compter de 2027.
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En réduisant les effectifs de professeurs à proportion de la baisse attendue du nombre d’élèves, la France compterait 53 000 postes en moins d’ici à 2034, soit une économie de 3,4 milliards d’euros, indique l’Institut des politiques publiques. Déjà, en septembre 2024, un rapport conjoint de l’inspection générale des finances et de celle de l’éducation avait envisagé trois scénarios de « rationalisation » destinés à tirer parti de la décrue : fermetures de classes, remise en cause de la politique de dédoublement, refonte du maillage territorial se traduisant par la fermeture de près de 2 000 écoles.

Or la « règle de trois » ne saurait servir de clé pour gérer le tournant démographique en cours dans une institution scolaire percluse d’inégalités. Piètrement noté dans les classements internationaux, le système éducatif français se caractérise par le poids de l’origine sociale dans les résultats des élèves, par les écarts entre garçons et filles, et entre territoires ruraux et urbains. Réduire le nombre d’élèves par classe n’est pas la panacée, mais c’est le passage obligé, à côté des efforts de formation et de la stabilisation du système, des améliorations indispensables.
Toutes les études le montrent : la taille des classes influence le niveau d’acquisition des connaissances, en particulier chez les élèves défavorisés. Or la France se distingue par un nombre d’élèves par classe supérieur à la moyenne dans l’Union européenne. Quant à l’économie budgétaire liée à une baisse du taux d’encadrement des élèves, elle apparaît illusoire. Améliorer les performances des élèves par des effectifs réduits se traduit par de meilleurs salaires futurs, promesse d’une amélioration de la richesse nationale et de meilleures rentrées fiscales.
A l’heure des épineux choix budgétaires, la France ne doit pas se tromper. Une logique purement comptable ne peut s’appliquer à l’un des investissements les plus cruciaux pour l’avenir du pays, l’éducation. La baisse des effectifs d’élèves constitue une aubaine historique, non prioritairement pour réaliser des économies, mais pour donner à tous les acteurs d’un système essoufflé le signal du renouveau, pour améliorer les mécanismes de remplacement et pour corriger les terribles inégalités géographiques et sociales dans la distribution des moyens d’enseignement qui ébranlent le pacte social et compromettent l’avenir du pays.
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Le Monde