Écoles, logements : la rénovation énergétique, éternelle variable d’ajustement budgétaire
Des logements bouilloires devenus invivables, des écoles contraintes de fermer… Malgré les températures exceptionnelles de ces derniers mois, le gouvernement a choisi de saborder la rénovation thermique des bâtiments.
9 septembre 2026 à 19h49 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/090926/ecoles-logements-la-renovation-energetique-eternelle-variable-d-ajustement-budgetaire?utm_source=quotidienne-20260909-182253&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260909-182253&M_BT=115359655566
Les lambeaux de film or et argent autour des fenêtres des écoles qui subsistent en cette rentrée scolaire sont là pour nous le rappeler. Avec les températures record enregistrées depuis le printemps, l’impréparation de l’État devant l’intensification du dérèglement climatique s’est révélée avec brutalité.
Face à des salles de classe soumises à des chaleurs insupportables pour les organismes – des adultes, et encore plus des enfants –, le personnel éducatif n’a eu d’autre solution que de scotcher dans l’urgence ces couvertures de survie aux fenêtres.

Un rempart bien fragile face aux températures qui s’affolent et qui n’a pu éviter la fermeture temporaire de près de 4 000 écoles, beaucoup d’établissements choisissant d’adapter leurs horaires pour parer au plus urgent.
Devant l’activation de ce mode « survie », donc, dans les écoles de la septième puissance économique mondiale, le gouvernement a annoncé fin juin un « plan d’urgence » doté de 50 millions d’euros pour adapter les établissements scolaires aux pics de chaleur. Des déclarations devant les caméras, suivies d’un recul quasi immédiat.
Une question de santé publique
Comme l’a révélé Politico, Matignon a en effet choisi, mi-juillet, d’amputer cette enveloppe de 40 millions d’euros pour la ramener à 10 millions d’euros.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Les sommes promises par le gouvernement, qui paraissaient déjà extrêmement faibles, ne devaient pas servir à rénover thermiquement les écoles mais à réaliser des « diagnostics » et des « audits ». Après des années d’annonces politiques sur le sujet – on n’en est hélas pas au premier été caniculaire –, le macronisme finissant commande encore des rapports d’expertise pour savoir où il faut agir… Désespérant.
Il y a six ans, le rapport Demarcq consacré au sujet chiffrait le coût global de la rénovation énergétique des bâtiments scolaires à 40 milliards d’euros sur dix ans. Un investissement de 4 milliards d’euros par an est donc en réalité nécessaire. Depuis ? Rien ou presque.
Plus personne ne comprend rien à MaPrimeRénov’ et les demandes de subvention par ce dispositif se sont effondrées.
Avec un bilan provisoire de 7 000 décès liés aux chaleurs extrêmes de cet été, on aurait pu également attendre du gouvernement qu’il passe à la vitesse supérieure sur la rénovation énergétique des logements. Une question de santé publique qui se pose, et va se poser, année après année, de manière plus cruelle. Avec un très fort renforcement des inégalités sociales.
Et là encore, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le projet de loi de « relance du logement » du ministre Vincent Jeanbrun, adopté au Sénat le 8 juillet et qui va revenir à l’Assemblée nationale cet automne, prévoit d’offrir cinq ans supplémentaires aux propriétaires qui louent des passoires thermiques pour réaliser des travaux. Un cadeau fait aux propriétaires au nom de la crise du logement mais qui passe par pertes et profits les difficultés à vivre dans leur logement – gelé ou bouillant, selon la saison – des locataires.
Pour masquer son impéritie, le gouvernement a donc publié un arrêté le 26 août pour modifier le calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements chauffés à l’électricité. Un bidouillage ultra-technique, largement passé sous les radars médiatiques, mais qui permet de faire disparaître d’un coup de baguette magique – sans aucuns travaux dans les logements – plus de 300 000 passoires thermiques interdites à la location.
Enfin, pour compléter le tableau de ce désengagement général, le gouvernement a procédé en cette rentrée à une nouvelle réforme des aides à la rénovation viaMaPrimeRénov’. Des aides drastiquement réduites pour résumer. Et le vingtième changement des règles d’attribution en seulement trois ans, dénonce le secteur du bâtiment.
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Plus personne n’y comprend rien et les demandes de subvention par ce dispositif se sont effondrées. Le nombre de dossiers déposés à l’Agence nationale de l’habitat (Anha) a été divisé par quatre entre le premier semestre 2025 et les six premiers mois de 2026.
La prise en compte de la chaleur extrême dans les logements n’est, par ailleurs, toujours pas d’actualité pour accéder à ces enveloppes.
Bercy, qui a toujours considéré la rénovation énergétique des bâtiments comme une pure variable d’ajustement budgétaire, peut se frotter les mains.
Une cécité politique qui aura traversé les deux mandats d’Emmanuel Macron et que l’histoire jugera.