On ne pourra pas maîtriser le déficit budgétaire sans hausses d’impôts
OPINION

Article écrit par
Editorialiste
4 septembre 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/on-ne-pourra-pas-maitriser-le-deficit-budgetaire-sans-hausses-d-impots_04-09-2026?check_logged_in=1
Depuis plusieurs années, la France connaît un déficit budgétaire de l’ordre de cinq points de PIB ou plus. Ce sera encore le cas cette année, et le gouvernement ne vise pas mieux pour l’an prochain. C’est beaucoup ; c’est trop. Notre dette grimpe trop vite et les tensions sur les taux d’intérêt nous imposent une charge de la dette de plus en plus forte.
Face à cette situation, le Premier ministre répète sur tous les tons qu’il ne saurait être question de mettre la fiscalité à contribution du redressement des comptes publics. Philippe Juvin, le rapporteur général du budget, a tenu les mêmes propos le 2 septembre 2026 devant l’Association des journalistes économiques et financiers.
C’est pourtant une triple erreur : économique, géographique et historique.
60 milliards d’euros jetés par les fenêtres sous Macron
Economique d’abord. Lorsqu’on souhaite réduire le déficit budgétaire, il n’y a que deux solutions : réduire les dépenses ou augmenter les recettes. Problème : lorsque l’Etat ou la Sécu dépensent moins, cela fait moins de revenus distribués dans l’économie, ce qui tire la croissance vers le bas.
Cela dit, lorsque les impôts augmentent, c’est pareil, on enlève des revenus, ce qui plombe aussi la croissance. Certes, mais les économistes estiment que réduire les dépenses a un impact négatif sur la croissance deux fois plus fort que si l’on augmente les impôts.
Il existe un second argument économique. La Cour des comptes nous dit que, depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses Premiers ministres ont baissé structurellement les recettes budgétaires de 60 milliards d’euros par an. C’est énorme.
Alors que le gouvernement se bat pour réduire les dépenses de 30 milliards, le « quoi qu’il en perde » fiscal du président Macron a jeté chaque année depuis dix ans 60 milliards d’euros par les fenêtres : l’économie française ne se porte en effet pas mieux que les autres.
Côté géographie, la Cour des comptes – toujours elle −, a publié cet été une étude originale qui observe trois exemples réussis de redressement budgétaire en Allemagne, au Portugal et en Italie. A chaque fois, il y a eu des augmentations d’impôts. Cela a même représenté 80 % de l’effort au Portugal et les trois quarts en Italie.
Indispensable contribution des plus riches
Petite précision : en Italie et au Portugal, ces hausses d’impôts ont été mises en œuvre par des gouvernements de droite. Ce qui amène à l’argument historique : lorsqu’il revient au pouvoir en 1958, Charles de Gaulle met en place un plan d’ajustement budgétaire qui comporte des hausses d’impôt. Comme l’avait fait Pierre Laval en 1935.
A toutes celles et ceux qui pensent qu’augmenter les impôts est le signe d’un gauchisme sans limite, il est donc conseillé de regarder chez nos voisins et notre propre histoire.
Faut-il donc augmenter les impôts pour tout le monde ? Non. Parce que certains contribuables en paient moins que les autres. Les recherches universitaires montrent qu’en France, comme dans beaucoup d’autres pays, les ultrariches sont moins taxés que les autres.
On ne pourra donc pas échapper au débat sur la nécessaire solidarité des plus riches, sur leur patrimoine et sur leurs héritages, c’est-à-dire sur leur contribution au redressement des comptes publics.
Côté entreprises, l’Insee nous dit que si le taux d’impôt officiel sur les bénéfices est de 25 %, le taux vraiment payé par les grandes entreprises est passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022 : une perte de recettes de 20 milliards d’euros, selon l’estimation de Gabriel Zucman.
En fait, je me suis trompé. Il n’est pas besoin d’augmenter les impôts pour redresser nos comptes publics, juste de faire payer sa juste part à chacun.

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