Le groupe ELSAN, soupçonné d’avoir organisé la faillite d’une clinique francilienne pour en favoriser une autre.

Antton Rouget   • Journaliste

https://lnkd.in/ethFPgcv

🏥 Des dizaines de soignant·es sur le carreau, des suivis de grossesse interrompus, une offre locale de soin qui se dégrade… et, dix ans plus tard, la perspective d’un procès.

Le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) a requis un procès contre le groupe ELSAN (ex-Vedici), leader français de l’hospitalisation privée, et quatre de ses anciens dirigeants pour des faits de « banqueroute » dans la liquidation de la clinique Ambroise-Paré de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), définitivement fermée depuis 2016, a appris Mediapart.*

Les mis en cause sont suspectés d’avoir organisé la faillite de cet établissement de proximité, qui salariait soixante-neuf personnes et pratiquait plus d’un millier d’accouchements par an, pour maximiser les profits d’une autre structure du groupe, l’hôpital privé des Noriets de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), située à quelques kilomètres de là. 👇

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*Le leader français de l’hospitalisation privée menacé d’un procès

Le parquet de Nanterre a requis un procès contre le groupe Elsan et plusieurs de ses anciens dirigeants, soupçonnés d’avoir organisé la faillite d’une clinique francilienne pour en favoriser une autre.

Antton Rouget

31 août 2026 à 12h58 https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/310826/le-leader-francais-de-l-hospitalisation-privee-menace-d-un-proces

DesDes dizaines de soignant·es sur le carreau, des suivis de grossesse interrompus, une offre locale de soin qui se dégrade… et, dix ans plus tard, la perspective d’un procès. Le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) a requis le 6 mars 2026 un procès contre le groupe Elsan (ex-Vedici), leader français de l’hospitalisation privée, et quatre de ses anciens dirigeants pour des faits de « banqueroute » dans la liquidation de la clinique Ambroise-Paré de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), définitivement fermée depuis 2016, a appris Mediapart.

Les mis en cause sont suspectés d’avoir organisé la faillite de cet établissement de proximité, qui salariait soixante-neuf personnes et pratiquait plus d’un millier d’accouchements par an, pour maximiser les profits d’une autre structure du groupe, l’hôpital privé des Noriets de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), située à quelques kilomètres de là.

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Bourg-la-Reine, le 19 janvier 2016. Rassemblement des personnels de la clinique Ambroise-Paré et de leurs soutiens.  © Photo Pascale Autran / Le Parisien / PhotoPQR via MaxPPP

« Il résulte du dossier d’information judiciaire que les dirigeants du groupe ont voulu, dans une optique d’optimisation de l’activité de la clinique des Noriets, mettre en place une fermeture de la clinique Ambroise-Paré en escomptant sur un report de la patientèle vers la structure de Vitry-sur-Seine », écrit le premier vice-procureur Camille Siegrist dans son réquisitoire définitif.

Dans le même temps, poursuit le magistrat, Elsan a opéré « une reprise des praticiens représentant la part la plus conséquente du chiffre d’affaires[de Bourg-la-Reine], ainsi qu’une petite partie du personnel soignant pour densifier celui présent aux Noriets ».

Procédure de liquidation judiciaire

Cette stratégie peut aussi permettre d’éviter l’arrivée d’un repreneur en vidant la structure de son savoir-faire. Quant à la patientèle d’Ambroise-Paré, elle a « toujours » été considérée par les dirigeants du groupe « comme un actif qu’il fallait réussir, au moins pour partie, à transférer à la clinique des Noriets pour lui permettre d’accroître son chiffre d’affaires et optimiser les marges de la clinique par un taux d’occupation qu’il fallait maximiser »

Pendant la procédure de liquidation judiciaire d’Ambroise-Paré, plusieurs médecins de la clinique avaient dénoncé les sollicitations d’une salariée d’Elsan pour inciter leurs patientes à se tourner vers les Noriets. De même, la ligne téléphonique de l’établissement de Bourg-la-Reine a été transférée vers celle de Vitry-sur-Seine, laissant croire à une fusion des deux établissements.

Une autre enquête embarrassante à Nancy

Tandis que se profile le dénouement d’une décennie d’investigations à Nanterre, avec la menace d’un procès concernant les conditions de fermeture de la clinique Ambroise-Paré, une autre enquête judiciaire a été enclenchée en 2024 pour des dysfonctionnements présumés dans une autre structure du groupe Elsan, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). 

L’association de patient·es Renaloo a porté plainte contre X pour « atteinte à l’intégrité du corps humain, mise en danger de la vie d’autrui et abus de faiblesse » après que deux médecins récemment recrutées dans ce centre ont dénoncé des pratiques de dialyse – très rentables – qui n’étaient pas forcément nécessaires.

Confirmant les soupçons de dialyses abusives, une expertise diligentée par l’agence régionale de santé (ARS) a mis en cause l’établissement, qui aurait laissé perdurer « un gros problème d’organisation » et « une charge de travail très importante, rendant difficile de consacrer le temps nécessaire pour chaque malade ».

Depuis leur mise en examen en 2018, les ex-dirigeants contestent avoir maquillé une opération de restructuration en procédure collective pour éviter au groupe d’avoir à en supporter le coût (Elsan aurait dû assumer la rupture des contrats de collaboration des médecins, notamment). Ils démentent aussi avoir masqué la réalité des difficultés financières de la clinique, retardant la déclaration de cessation de paiements jusqu’à arriver à un point de non-retour.

Devant les juges d’instruction, ils ont expliqué que le groupe lui-même, alors contrôlé par le fonds d’investissement britannique CVC, connaissait des difficultés de trésorerie. Ce contexte n’a pas empêché « tous » les dirigeants cités dans l’enquête de bénéficier d’une « augmentation substantielle » de leur rémunération entre 2015 et 2016, relève le vice-procureur dans son réquisitoire.

Elsan, un groupe très politique

Sollicités par Mediapart, les avocats du groupe Elsan, qui dispose aujourd’hui d’un parc de 212 établissements, contestent les charges de « complicité de banqueroute » avancées dans les réquisitions du parquet. « Le groupe, qui conteste vigoureusement l’ensemble des accusations depuis toujours, a réitéré sa demande de non-lieu au mois d’avril 2026, la position du parquet ne tenant aucun compte des multiples éléments à décharge recueillis au cours de plus de dix années d’instruction », indiquent les avocats Guillaume Pellegrin et Éric Dezeuze.

Également contacté, Luc-Christophe Dejean, avocat de l’ancien président d’Elsan, Jérôme Nouzarède, visé avec trois autres ex-dirigeants à titre personnel par l’enquête, n’a pas répondu. Fondateur du groupe en 2000, cet ingénieur (Polytechnique, Ponts et Chaussées) a quitté la structure en 2020, au moment de son rachat par le fonds d’investissement états-unien KKR, une des plus grandes sociétés de capital-investissement au monde. Jérôme Nouzarède a depuis créé son propre fonds dans l’économie sociale et solidaire et la santé avec Anne de Bayser, ancienne secrétaire générale adjointe de l’Élysée de 2017 à 2020.

Le juge d’instruction chargé de l’affaire doit prochainement se prononcer sur l’issue de l’enquête : il peut décider de renvoyer les protagonistes devant un tribunal ou de prononcer un non-lieu. Tous les mis en cause bénéficient de la présomption d’innocence.

Très politique, Elsan est aujourd’hui présidé par Sébastien Proto, ancien camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA et ex-« Monsieur économie » de Nicolas Sarkozy (il a notamment dirigé le cabinet d’Éric Woerth au ministère du budget).

En juillet 2024, le groupe a aussi fait appel à l’ancien président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, pour prendre la tête de son conseil de surveillance et mettre du liant dans ses relations avec les pouvoirs publics, avant que ce dernier soit nommé à la tête de la présidence du Conseil constitutionnel huit mois plus tard, ce qui a entraîné sa démission.

Lors de la fermeture des portes d’Ambroise-Paré en 2016, les représentants CGT des salarié·es avaient dénoncé un « gâchis monumental », rappelant la « dimension sociale » de la clinique. « Notre territoire perd une structure précieuse qui assurait des soins de proximité et offrait à plus de mille femmes par an des conditions d’accouchement souples et adaptées », avait aussi dénoncé le sénateur communiste des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias, rappelant que « contrairement à certains établissements voisins, celui-ci était facilement accessible aux franges les plus fragiles de la population locale ».

Antton Rouget

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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