“La reconnaissance des pathologies causées par les pesticides progresse”, mais l’usage des pesticides augmente à nouveau en France.

Empoisonnés par les pesticides, plus de 1.000 agriculteurs réclament réparation : le fonds d’indemnisation à bout de souffle

Les demandes d’indemnisation de la part de victimes de pesticides ont explosé.

Lire dans l’application

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Par Emilie Zaugg avec AFP

Publié le 06 septembre 2026 à 13h57
• Mis à jour le 06 septembre 2026 à 13h574 https://www.lamontagne.fr/france-monde/economie/empoisonnes-par-les-pesticides-plus-de-1-000-agriculteurs-reclament-reparation-le-fonds-dindemnisation-a-bout-de-souffle_15042138/?at_content=OeS&at_campaign=social_organic&at_account=journal.lamontagne&at_creation=facebook&at_medium=social_media_nonli

Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a reçu plus de 1.000 demandes en 2025, une première, selon son rapport annuel, qui souligne qu’il a dû de manière inédite piocher dans ses réserves pour payer les prestations aux victimes.

Le fonds a reçu 1.044 demandes en 2025, soit une augmentation de 6,8%, la plupart venant de victimes exposées professionnellement et le reste (20 demandes) concernant des enfants exposés durant la période prénatale, selon le rapport publié jeudi 3 septembre 2026, sans communication officielle.

Majoritairement des hommes

Les demandeurs sont à 92,5% des hommes, avec une part de retraités qui augmente, travaillant ou ayant travaillé dans des fermes en polyculture élevage (30%), des cultures céréalières, légumineuses ou industrielles (13,4%) ou en viticulture (12,6%).

Le rapport souligne un découpage nord-sud, avec plus de demandes venant du nord, notamment des zones Armorique (ouest de la Bretagne), Maine-et-Loire et Bourgogne. Le cancer de la prostate reste l’affection prédominante dans les demandes.

En 2021, première année pleine de fonctionnement du fonds, celui-ci avait reçu plus de 300 demandes, un chiffre qui avait doublé en 2022 et s‘était stabilisé en 2023 à près de 700. L’année 2024 avait enregistré une progression exceptionnelle de 44%, à 978 demandes.

“La reconnaissance des pathologies causées par les pesticides progresse”.

Laurent Habert, président du conseil de gestion du FIVP

Laurent Habert évoque notamment dans le rapport l‘élargissement récent de la prise en compte de la maladie de Parkinson et d’hémopathies malignes.

“Il reste toutefois encore possible de mieux informer et de faire mieux connaître le fonds: les taux de saisine par région sont ainsi encore disparates sans explication évidente”, ajoute-t-il. Des ONG déplorent régulièrement le manque de visibilité de ce fonds.

Plus de 25 millions d’euros versés en 2025

La mutualité sociale agricole (MSA) est chargée du pilotage et de la gestion statistique, économique et financière du fonds mais la communication ne fait pas partie de ses missions. Le rapport annuel est publié chaque année discrètement, sans communication du gouvernement.

L’ensemble des prestations versées au titre de la réparation des dommages subis par les personnes exposées aux pesticides a atteint 25,9 millions d’euros en 2025, en augmentation de 35,5% par rapport à 2024.

Ce montant n’a cessé d’augmenter avec le nombre de demandes, dont une large majorité est acceptée chaque année, mais les recettes du fonds ont elles baissé, ce qui l’a poussé à recourir pour la première fois en 2025 à ses réserves financières, constituées lors des premières années.

En 2025, le fonds a enregistré 795 accords de demandes et 180 refus. Les victimes reconnues peuvent ensuite percevoir des indemnisations sur le temps long en fonction de la pathologie.

Taxe en chute libre

Le fonds est financé par une taxe sur la vente de produits phytopharmaceutiques et par des cotisations accidents du travail et maladies professionnelles. Mais les recettes de la taxe ont chuté depuis 2023, passant de 18,16 millions à 13,61 millions cette année. Le presque doublement du montant des cotisations dédiées au fonds, à 4,7 millions d’euros, n’a pas compensé.

Les prestations financées par la taxe ont dépassé pour la première fois en 2025 les recettes issues de celle-ci.

Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a reçu plus de 1 000 demandes en 2025, un chiffre inédit

Le rapport annuel de l’instance souligne par ailleurs un découpage nord-sud, avec plus de demandes venant du nord, notamment des zones Armorique, Maine-et-Loire et Bourgogne. Le cancer de la prostate reste l’affection prédominante dans les demandes. 

Le Monde avec AFPPublié le 06 septembre 2026 à 11h49 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/06/le-fonds-d-indemnisation-des-victimes-de-pesticides-a-recu-plus-de-1-000-demandes-en-2025-un-chiffre-inedit_6767193_3244.html?srsltid=AfmBOoqVTy50GGRf19D1hk_hD4JJZFpM0uEnIQzpKZ-Od57mR6FcFHEp

Lors d’une manifestation organisée par plusieurs associations pour protester contre le projet « Loi d’urgence agricole », notamment concernant les pesticides et l’eau, près de l’Assemblée nationale, à Paris, le 20 juillet 2026.
Lors d’une manifestation organisée par plusieurs associations pour protester contre le projet « Loi d’urgence agricole », notamment concernant les pesticides et l’eau, près de l’Assemblée nationale, à Paris, le 20 juillet 2026.  DIMITAR DILKOFF/AFP

Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a reçu plus de 1 000 demandes en 2025, une première, selon son rapport annuel, publié en septembre et qui souligne qu’il a dû de manière inédite puiser dans ses réserves pour payer les prestations aux victimes.

Le fonds a reçu 1 044 demandes en 2025, soit une augmentation de 6,8 %, la plupart venant de victimes exposées professionnellement, le reste (20 demandes) concernant des enfants exposés durant la période prénatale, selon le rapport publié jeudi sans communication officielle.

Les demandeurs sont à 92,5 % des hommes, avec une part de retraités qui augmente, travaillant ou ayant travaillé dans des fermes en polyculture élevage (30 %), des cultures céréalières, légumineuses ou industrielles (13,4 %) ou en viticulture (12,6 %).

Le rapport souligne un découpage Nord-Sud, avec plus de demandes venant du nord, notamment des zones Armorique (ouest de la Bretagne), Maine-et-Loire et Bourgogne. Le cancer de la prostate reste l’affection prédominante dans les demandes.

En 2021, première année pleine de fonctionnement du fonds, celui-ci avait reçu plus de 300 demandes, un chiffre qui avait doublé en 2022 et s’était stabilisé en 2023 à près de 700. L’année 2024 avait enregistré une progression exceptionnelle de 44 %, à 978 demandes.

25,9 millions d’euros de prestations

« La reconnaissance des pathologies causées par les pesticides progresse », souligne dans le rapport Laurent Habert, président du conseil de gestion du FIVP, évoquant l’élargissement récemment de la prise en compte de la maladie de Parkinson et d’hémopathies malignes.

« Il reste toutefois encore possible de mieux informer et de faire mieux connaître le fonds : les taux de saisine par région sont ainsi encore disparates sans explication évidente », ajoute-t-il. Des ONG déplorent régulièrement le manque de visibilité de ce fonds.

La mutualité sociale agricole (MSA) est chargée du pilotage et de la gestion statistique, économique et financière du fonds mais la communication ne fait pas partie de ses missions. Le rapport annuel est publié chaque année discrètement, sans communication du gouvernement.

L’ensemble des prestations versées au titre de la réparation des dommages subis par les personnes exposées aux pesticides a atteint 25,9 millions d’euros en 2025, en augmentation de 35,5 % par rapport à 2024.

Ce montant n’a cessé d’augmenter avec le nombre de demandes, dont une large majorité est acceptée chaque année, mais les recettes du fonds ont, quant à elles, baissé, ce qui l’a poussé à recourir « pour la première fois » en 2025 à ses réserves financières, constituées lors des premières années.

Lire aussi le décryptage |   L’usage des pesticides augmente à nouveau en France, en particulier les substances de la famille des « polluants éternels »*

Le Monde avec AFP

Voir aussi:

L’usage des pesticides augmente à nouveau en France, en particulier les substances de la famille des « polluants éternels »

Devant l’absence de mise à jour récente de l’indicateur historique par l’Etat, l’association Générations futures publie, jeudi, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle. 

Par Stéphane Foucart et Stéphane Mandard

Publié le 25 juin 2026 à 10h30, modifié le 25 juin 2026 à 11h20 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/25/l-usage-des-pesticides-repart-a-la-hausse-en-france-en-particulier-les-substances-de-la-famille-des-pfas_6713391_3244.html

Le ministère de l’agriculture va-t-il continuer à publier l’indicateur historique d’usage des pesticides en France, comme il s’y était engagé ? Rien n’est moins sûr. Baptisé « NODU » (nombre de doses unités) celui-ci est calculé chaque année sans interruption depuis 2009 pour suivre le recours de l’agriculture à ces intrants de synthèse. Mais, en février 2024, un nouveau référentiel a été introduit, reprenant le très contesté indice européen dit « HRI-1 ».

Devant l’absence de mise à jour de l’indicateur historique, Générations futures publie, jeudi 25 juin, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle. Selon l’association, le NODU a augmenté d’environ 6 % entre 2023 et 2024, dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Depuis 2019, note l’ONG, l’indicateur suit une tendance à la hausse et a grimpé de plus de 10 %.

Le recours aux pesticides n’a donc jamais été aussi élevé depuis cinq ans. A son lancement en 2009, le plan Ecophyto avait pourtant pour ambition de voir baisser de 50 % le NODU en dix ans. Cet objectif, plusieurs fois repoussé – avec les plans Ecophyto 2, Ecophyto 2 +, puis Ecophyto 2030 – n’a jamais été atteint, pas plus que n’a été obtenue une baisse effective du recours aux pesticides. Selon les dernières données communiquées par le ministère de l’agriculture, le NODU s’est élevé de près de 8 % entre la fin des années 2000 et 2023.

Disparités d’usage

Le nouvel indice adopté par le ministère – jugé trompeur par le conseil scientifique du plan Ecophyto, mais aussi par d’autres groupes d’experts européens –, se montre bien plus conciliant puisqu’il baisse de près de 50 % sur la même période.

Lire aussi |    Pesticides : le gouvernement entérine le choix d’un indicateur jugé trompeur dans le nouveau plan Ecophyto 2030

Le NODU masque toutefois des disparités d’usage, selon le danger des produits. L’utilisation du glyphosate, par exemple, ne montre pas d’orientation à la baisse. Entre 2023 et 2024, les tonnages de cet herbicide controversé ont grimpé de 6 752 à 8 268 tonnes, et oscillent depuis 2019 autour de ces valeurs.

Générations futures a également calculé l’évolution du NODU, restreint aux substances officiellement classées « cancérogène, mutagène ou reprotoxique ». En 2024, cet indicateur baisse de 5,5 % environ par rapport à 2023, mais il demeure plus élevé qu’en 2019. L’usage des pesticides classés « perturbateur endocrinien » (une catégorie de danger ajoutée à la réglementation européenne en 2018) est presque stable en 2024 par rapport à l’année précédente, mais la tendance lourde est à la baisse depuis 2019.

C’est pour les pesticides appartenant à la famille des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées ou « polluants éternels ») que les chiffres rassemblés pour la première fois par l’association sont les plus inquiétants. Pour ces pesticides, le NODU est fortement orienté à la hausse depuis cinq ans. Entre 2019 et 2024, le recours à ces substances a augmenté de près de 50 %. Or, celles-ci se dégradent en métabolites persistants qui peuvent contaminer durablement les ressources en eau, à l’image de l’acide trifluoroacétique (TFA).

Dangerosité

Selon une campagne nationale menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, le TFA est retrouvé à des taux supérieurs au seuil de qualité réglementaire dans 92 % des échantillons d’eau potable distribuée en France. Or, le 10 juin, l’Agence européenne des produits chimiques a classé le TFA comme « toxique pour la reproduction suspecté ». Deux jours plus tard, le député écologiste de la Gironde, Nicolas Thierry, a écrit à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, pour lui demander de rendre publique la liste des pesticides autorisés en France dont la dégradation conduit à la formation de TFA. Contacté par Le Monde, le ministère de l’agriculture n’a pas répondu à nos questions.

« Ces données conditionnent non seulement la bonne information des citoyens, des collectivités, des gestionnaires de services d’eau potable et des agriculteurs eux-mêmes, mais également la capacité des pouvoirs publics à prévenir une contamination dont les conséquences sanitaires, environnementales et économiques pourraient être considérables », commente Nicolas Thierry, à l’origine de la loi de février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS, en interdisant l’usage dans certains produits de grande consommation comme les cosmétiques et les textiles d’habillement.

A la lumière de la reconnaissance par l’Agence européenne des produits chimiques de la dangerosité du TFA, le député demande également à la ministre de préciser « les démarches engagées afin de réexaminer les autorisations des produits concernés ». Seule réponse obtenue à ce jour par le parlementaire : « Bien reçu, merci. »

Lire aussi |  Pesticides : comment le changement d’indicateur permet artificiellement d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto **

Stéphane Foucart et  Stéphane Mandard

**Pesticides : comment le changement d’indicateur permet artificiellement d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto

Par Romain Imbach

Publié le 03 mai 2024 à 15h00, modifié le 03 mai 2024 à 16h23 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/05/03/pesticides-comment-le-changement-d-indicateur-permet-artificiellement-d-atteindre-les-objectifs-du-plan-ecophyto_6231374_4355770.html

Temps de Lecture 8 min.

Décryptage

Une publication scientifique démontre que le nouvel indice de suivi des pesticides, choisi par le gouvernement, a des effets trompeurs sur la réduction de leur usage et permet artificiellement d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto. On vous explique pourquoi.

En réponse à la colère des agriculteurs, et pour satisfaire une revendication de la FNSEA, le premier ministre, Gabriel Attal, devrait confirmer dans le cadre du nouveau plan Ecophyto l’abandon, annoncé en février, de l’indicateur permettant de quantifier l’usage des pesticides français, le NODU (nombre de doses unités), pour le remplacer par un nouvel indice : l’indicateur européen de risque harmonisé (HRI, pour Harmonized Risk Indicator).

Ces indicateurs sont centraux pour le suivi des politiques publiques de réduction de l’usage des produits phytosanitaires. La France s’est engagée à travers les plans Ecophyto successifs à réduire de moitié le recours aux pesticides, à un horizon plusieurs fois repoussé : la mise en pause de ce plan en début d’année faisait aussi partie des réponses du gouvernement pour calmer le mouvement des agriculteurs.

Des spécialistes, tous membres du comité scientifique et technique du plan Ecophyto, accompagnés d’autres chercheurs, ont déposé, vendredi 3 mai, un article sur le site de prépublication HAL, très critique sur ce changement d’indicateur. Leurs résultats montrent que le nouvel indicateur, le HRI, ne reflète pas correctement les baisses d’utilisation des substances actives faiblement dosées, même si elles ont des effets significatifs sur l’environnement ou la santé. En revanche, ce HRI est très sensible aux changements de réglementation des produits, en particulier lorsque ceux-ci deviennent interdits d’utilisation.

De plus, les auteurs montrent que la suppression récente du mancozèbe (un fongicide interdit depuis 2022) fera tomber le nouvel indice à quelques points de l’objectif du plan Ecophyto, sans réduction des quantités de produits utilisés ni changement de pratiques agricoles.

Pour comprendre ces conclusions, nous devons d’abord étudier quels sont les différents « thermomètres » utilisés pour mesurer l’usage des pesticides.

Quels indicateurs pour suivre l’utilisation des pesticides ?

Pour suivre l’évolution du recours aux produits phytosanitaires, le premier référentiel utilisé est, logiquement, la quantité de produits vendus année après année. Ces données servent de base à tous les indicateurs.

  • La quantité de substance active (QSA)

La base de données des ventes de produits phytosanitaires détaille les quantités de produits vendus, la « quantité de substances actives » (QSA) en kilogrammes ou tonnes. Depuis 2008, les vendeurs de produits phytosanitaires remplissent une déclaration annuelle auprès de l’agence nationale de l’eau, Eaufrance.

La QSA est en hausse constante depuis 2011, passant de 26 200 tonnes à 39 000 tonnes en 2021, dernière année disponible. Un pic des ventes a eu lieu en 2018 (50 900 tonnes), avant un léger repli des ventes en 2019 (30 200 tonnes) et une reprise du rythme de hausse en 2020 et 2021.

Des ventes de substances actives en hausse continue

Mais chaque produit étant efficace à un dosage différent, la comparaison de ces quantités de molécules différentes n’a pas de sens. Par exemple, 30 grammes de cyperméthrine seront nécessaires pour traiter un hectare, quand il faudra 2,16 kilos de glyphosate ou encore 7,5 kilos de soufre sublimé pour traiter la même surface agricole.

  • Le nombre de doses unités (NODU)

Pour « évaluer notre dépendance aux pesticides, en évitant les biais liés aux grandes différences de doses homologuées entre molécules », l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a proposé un nouvel indicateur : le NODU. Pour chaque produit, on tient compte de la dose unité (DU), la quantité de substance maximale à utiliser pour traiter un hectare, à l’instar de la posologie pour les médicaments. Une des complexités réside dans la définition de ces doses unités, qui varient selon les substances, mais aussi dans le temps, puisque les dosages maximaux font l’objet de réévaluation.

Le NODU est calculé en divisant les quantités de substances actives de chaque produit par leur dose unité associée. Il s’élevait à 85,7 millions d’hectares en 2021, c’est-à-dire la surface théorique qui pourrait être traitée par la quantité de produits vendus cette année-là. Cette valeur est nettement supérieure à la surface agricole française (environ 27 millions d’hectares) puisque les cultures sont généralement traitées plusieurs fois par an.

Le niveau du NODU est globalement stable : − 0,4 % en 2021 par rapport à la moyenne 2011-2013. L’indicateur montre cependant un recours plus important aux produits phytosanitaires à partir de 2014 jusqu’à un pic en 2018.

Le NODU au même niveau qu’il y a dix ans

2021
● NODU : 85,7 millions d’ha.

Malgré la difficulté de le calculer et de le rendre facilement compréhensible à tous, le NODU constitue un indicateur cohérent de suivi, puisqu’il montre le nombre de traitements potentiellement réalisés sur une surface comparable d’un hectare avec les produits vendus chaque année.

  • L’indicateur de risque harmonisé (HRI)

Le nouvel indice retenu par le gouvernement pour se substituer au NODU, l’indice de risque harmonisé (HRI) a été défini en 2019 au niveau européen, même s’il était déjà envisagé par la directive européenne du 21 octobre 2009 obligeant les Etats membres à se doter de plans nationaux de réduction des pesticides. Il se décompose en deux sous-indicateurs : le HRI-1, qui concerne l’ensemble des produits, et le HRI-2, qui évalue spécifiquement les dérogations accordées aux produits dont l’utilisation est interdite.

A l’inverse du NODU, le HRI ne tient pas compte des doses d’application de chaque substance, mais distingue les produits selon quatre catégories de risque pour la santé humaine et pour l’environnement, de la moins risquée (catégorie 1) à la substance interdite (catégorie 4). En France, la grande majorité des quantités vendues correspond aux catégories 2 ou 3. La quantité de produits de catégorie 1 est si faible qu’elle est presque imperceptible dans le graphique ci-dessous.

Le détail des QSA prises en compte dans le calcul du HRI-1

Nombre de tonnes de substances vendues par niveau de risque


Mais pour distinguer les produits selon leur dangerosité, l’indice de risque harmonisé applique une pondération selon la catégorie 

  • catégorie 1 (substance à faible risque) : la QSA est multipliée par 1 ;
  • catégorie 2 (substance autorisée) : la QSA est multipliée par 8 ;
  • catégorie 3 (substance plus dangereuse dont la substitution est envisagée) : la QSA est multipliée par 16 ;
  • catégorie 4 (substance interdite) : la QSA est multipliée par 64.

Le HRI-1 est ensuite calculé en se basant sur une période de référence, en l’occurrence la valeur moyenne des années 2011 à 2013.

Un baisse de 32,9 points de pourcentage du HRI-1

en base 100 pour la période de référence (moyenne 2011-2013)


Alors que les QSA sont en hausse constante et que le NODU n’enregistre pas de baisse notable le HRI-1 a diminué de 32,9 points depuis le début de la période de référence (valeur = 100

Pourquoi ce nouvel indicateur est trompeur ?

Dès l’annonce de son utilisation comme indicateur de suivi du plan Ecophyto, le HRI-1 a subi les critiques des associations écologistes et de chercheurs. Ils déplorent l’absence de fondement scientifique des pondérations appliquées à chaque catégorie, la non-prise en compte des doses d’application, et surtout la forte sensibilité de l’indicateur aux évolutions réglementaires, en particulier à l’interdiction de produits.

Après avoir formulé une première alerte, les membres du conseil scientifique et technique (CST) du plan Ecophyto ont entrepris de « montrer quantitativement les problèmes théoriques soulevés », selon les mots de Corentin Barbu, membre du CST et coauteur de l’étude. Ils ont cherché à comparer la pertinence des deux indicateurs, NODU et HRI-1, pour répondre aux objectifs de la directive européenne de 2009 – limiter le risque pour la santé humaine et l’environnement associé à l’utilisation de produits phytosanitaires, favoriser la lutte intégrée contre les maladies et les ravageurs et limiter la dépendance aux pesticides.

Les résultats de leur étude sont sans appel : « Le HRI n’est un bon indicateur ni du risque ni des pratiques, donc il ne répond à aucun des critères demandés par la directive européenne », résume Corentin Barbu.

Selon les calculs des scientifiques, l’indice HRI-1 est forcément voué à baisser au gré des interdictions de substances. En effet, son mode de calcul implique de surpondérer, a posteriori, les quantités de produits utilisées avant qu’ils soient retirés de la vente. Mécaniquement, le HRI-1 baissera à l’instant où une interdiction sera actée puisqu’un coefficient multiplicateur de 64 sera appliqué rétroactivement aux quantités vendues avant l’interdiction.

De la même manière, la substitution d’une molécule par une autre peut entraîner des variations de la valeur de l’indicateur. On l’a vu, à l’inverse du NODU, le HRI-1 ne tient pas compte de la quantité nécessaire d’une molécule donnée pour traiter un hectare. Si une molécule « lourde » – qui nécessite une grande quantité de substance active pour réaliser une application – est remplacée par une molécule beaucoup plus « légère » – dont la quantité de substance active nécessaire pour traiter la même surface peut être 100 à 1 000 fois plus faible –, le HRI-1 baissera mécaniquement sans que les pratiques agricoles aient changé et sans gain pour l’environnement ni pour la santé.

Pour Corentin Barbu, ce phénomène pourrait nourrir les intérêts « de grandes firmes qui pourraient avoir des molécules légères à commercialiser et qui ne bénéficient plus de la rente de vieilles molécules puisqu’elles ne sont plus sous brevet, tout en permettant aux politiques d’atteindre des objectifs avec une baisse de l’indicateur ».

De plus, le HRI-1 serait incapable de prendre en compte le gain pour l’environnement d’une interdiction des insecticides de synthèse, utilisés à de très faibles doses à l’hectare – et dont la QSA est faible par conséquent –, mais extrêmement toxiques pour l’environnement et en particulier pour les insectes pollinisateurs. Les chercheurs ont réalisé des simulations tenant compte de leur hypothétique suppression, substitution ou interdiction.

Une interdiction des insecticides de synthèse impacterait peu le HRI-1, beaucoup plus le NODU

Ce graphique compare l’évolution du NODU et du HRI-1 dans le scénario selon lequel tous les insecticides de synthèse seraient interdits et non remplacés par d’autres produits. La base 100 correspond aux valeurs standardisées des deux indices pour la période 2011-2013.


Dans un scénario où on envisage l’interdiction de l’utilisation de ces produits, sans substitution, le HRI-1 baisserait de 4 points de pourcentage. En comparaison, le NODU aurait baissé de 16 points.  « Même si on retirait tous les insecticides de la vente, ça n’aurait qu’un effet marginal sur le HRI-1, regrette M. Barbu. Ce serait pourtant un changement absolument majeur pour l’agriculture, mais aussi pour l’environnement. Cela montre bien l’incapacité du HRI à enregistrer une baisse du risque environnemental, même quand cette baisse de risque représente un effort monumental de la part de nos agriculteurs. »

Dans cet exemple, « l’indicateur ne répond pas à l’adaptation des pratiques, qui était pourtant une critique majeure des syndicats agricoles majoritaires à l’égard du NODU » ajoute Jean-Noël Aubertot, président du CST du plan Ecophyto et cosignataire de l’étude.

D’autres scénarios ont été testés par les chercheurs, notamment celui d’un changement réglementaire concernant le glyphosate, molécule « lourde » qui représente le produit le plus vendu en quantité (13 % de l’ensemble de la QSA en France).

Si le glyphosate était interdit et remplacé par un produit équivalent à dose d’application identique, l’indice chuterait de 23,3 points. Un coefficient multiplicateur de 64 serait alors appliqué aux quantités de glyphosate vendues avant l’interdiction, alors qu’un coefficient moindre (8) serait attribué au produit de substitution, engendrant une baisse artificielle de l’indicateur.

Cette hypothèse conduirait à une réduction du HRI-1 de 56,2 % depuis la période de référence (2011-2013). En revanche, une simple substitution du glyphosate, par une molécule équivalente, sans interdiction, n’affecterait pas l’indice. En comparaison, le NODU ne serait pas affecté par une substitution du glyphosate, qu’il devienne interdit ou non, puisque ce scénario ne reflète pas de changement de pratique ni de réduction de la quantité de produit appliquée à l’hectare.

Une interdiction du glyphosate impacterait beaucoup le HRI-1 et non le NODU

Ce graphique compare l’évolution du NODU et du HRI-1 dans le scénario selon lequel le glyphosate serait interdit et remplacé par un produit de substitution. La base 100 correspond aux valeurs standardisées des deux indices pour la période 2011-2013.


NODU
● indice de référence 2021 : 94,5

La baisse de l’indicateur en cas de changement réglementaire n’est pas qu’une hypothèse lointaine. L’effet de l’interdiction récente du mancozèbe, au début de 2022, a été simulé à partir des ventes de QSA de 2021 – les données de 2022 ne sont pas encore disponibles. Ce fongicide constituait au début de la période de référence la deuxième substance la plus vendue en tonnes. Par le jeu de la surpondération rétroactive des produits interdits, la réduction enregistrée par le HRI-1 s’élèverait à 43,1 % par rapport à la période de référence.

L’interdiction récente du mancozèbe devrait permettre d’atteindre rapidement les objectifs du plan Ecophyto

Ce graphique compare l’évolution du NODU et du HRI-1 en intégrant l’interdiction du mancozèbe et son remplacement pour l’année 2021. La base 100 correspond aux valeurs standardisées des deux indices pour la période 2011-2013.


Ainsi, par le seul fait de ce changement d’indicateur, l’objectif de réduction défini par le plan Ecophyto est en passe d’être prochainement atteint (6,9 % de réduction supplémentaires à réaliser), alors qu’il faudrait encore faire baisser le NODU de 45,5 points de pourcentage pour atteindre l’objectif de baisse de 50 %.

Pour M. Barbu, « l’acceptation du HRI comme indicateur de référence signe la fin des efforts sur la réduction des pesticides »

.Romain Imbach

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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