Une COP qui remet la lutte contre la désertification à plus tard
Si la prise de conscience sur la nécessité de lutter contre la sécheresse et la désertification est partagée par la quasi-totalité des pays, la remise en cause du multilatéralisme par les États-Unis a conduit à reporter de nombreux sujets à 2028.
Biodiversité | Aujourd’hui à 17h29 |https://www.actu-environnement.com/ae/news/cop17-cnulcd-desertification-secheresse-oulan-bator-48451.php4#xtor=EPR-50

© pinanDes délégués de plus de 190 pays réunis à Oulan-Bator ont tenté, non sans difficultés, de trouver des réponses communes à la dégradation croissante des terres et à la sécheresse mondiale.
LES POINTS À RETENIR
- 34 décisions ont été adoptées malgré des blocages sans précédent à la COP 17.
- Plus de 70 pays disposent désormais de plans nationaux de lutte contre la sécheresse.
- L’Initiative phare pour les pâturages est dotée de 1,2 milliard de dollars via 45 projets.
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Elle devait être une COP de mise en œuvre, elle a été une COP du report. La 17eConférence des parties (COP 17) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), qui s’est tenue du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator (Mongolie), a été marquée par un nombre de blocages et de reports sans précédent.
« La décision des États-Unis, lors de la séance plénière d’ouverture (…), de bloquer les points de l’ordre du jour relatifs au genre, aux synergies entre les conventions de Rio et à la participation de la société civile a ouvert la voie à deux semaines de négociations houleuses », rapporte l’Institut international du développement durable (IISD). Des divergences de vues entre les parties et les contraintes budgétaires se sont ajoutées à cela pour constituer des obstacles dès le départ. « De nombreuses parties espéraient, lors de cette COP, faire progresser la participation de la société civile (…). Plusieurs autres points de l’ordre du jour, notamment la sécheresse, les migrations, l’aridité et le partage des connaissances, n’ont finalement abouti à aucun résultat », relate le think-tank canadien.
Finalement, de nombreux points ont été reportés à la COP 18, qui se tiendra en… 2028 en Égypte. Ce qui est sans précédent dans le cadre de cette convention, la moins connue des trois conventions de Rio. « C’est un concentré des enjeux et des challenges auxquels doit faire face le multilatéralisme aujourd’hui », explique la diplomatie française. Tout l’enjeu, ajoute cette dernière, a été de voir jusqu’où il était possible d’aller dans les concessions sans remettre en cause des combats menés depuis des années sur les droits humains, pour le genre, sur le changement climatique ou les populations autochtones.“ Si la frustration était palpable et les tensions bien présentes durant la majeure partie des deux semaines, la détermination des Parties était tout aussi manifeste ”Institut international du développement durable
Mais, malgré les difficultés à avancer, cette COP n’est pas un échec total. « Si la frustration était palpable et les tensions bien présentes durant la majeure partie des deux semaines (…), la détermination des Parties était tout aussi manifeste », témoigne l’IISD. « Malgré des négociations difficiles, la COP 17 a permis d’obtenir plusieurs résultats significatifs, notamment sur les tempêtes de sable et de poussière, le régime foncier, le renforcement des capacités, la mobilisation des ressources, ainsi que les pâturages et les éleveurs », rapporte l’Institut, alors que 34 décisions (1) ont pu finalement être adoptées.
Pas d’accord sur la sécheresse
Sur la sécheresse, si la COP 17 n’a pas débouché sur un accord, malgré la pression du groupe Afrique qui a bloqué momentanément les discussions en vue d’obtenir un protocole spécifique, les Parties se sont toutefois engagées à en faire un point permanent à l’agenda des futures COP. Le Partenariat mondial pour la résilience à la sécheresse, lancé lors de la COP 16 à Riyad (Arabie-Saoudite), « a progressé vers sa mise en œuvre », indique aussi le secrétariat de la CNULCD. Une progression qui se traduit par un projet de fonds commun destiné à aider environ 70 pays à revenus faibles ou intermédiaires.
La COP a également donné lieu au lancement de la Facilité d’investissement pour la résilience à la sécheresse, créée conjointement par la CNULCD et le Luxembourg et visant à mobiliser « jusqu’à 400 M$ de capitaux publics et privés pour des investissements dans la sécurité hydrique, l’agriculture durable, les solutions fondées sur la nature et la restauration des terres ». Par ailleurs, le premier indice au monde de résilience à la sécheresse a été introduit dans le cadre des travaux de l’Observatoire international éponyme.
Plans nationaux de lutte
Les Parties ont également travaillé sur la mise en place d’un cadre et d’une vision stratégique de la convention post-2030. « Jusqu’à 40 % des terres de la planète sont dégradées, rappelle la CNULCD, alors que les pays se sont engagés à restaurer plus d’un milliard d’hectares d’ici à 2030. Plus de 70 pays disposent aujourd’hui de plans nationaux de lutte contre la sécheresse, contre seulement trois en 2013 ». Celui de la France est en cours de finalisation après que celle-ci s’est déclarée officiellement affectée par la désertification en 2024 lors de la COP 16 de Riyad.
Mais les financements et la mise en œuvre restent en deçà de l’ampleur et de l’urgence du défi, rappelle le secrétariat de la Convention. Le Brésil a présenté un engagement national majeur à travers son objectif volontaire de neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) à l’horizon 2030. Dans ce cadre, le géant d’Amérique du Sud s’est engagé à protéger 3,67 millions de km2, soit 43,1 % de son territoire, d’ici à 2030. Dans le même temps, cinq pays d’Asie centrale ont adopté des objectifs volontaires de neutralité en matière de dégradation des terres, dont la moitié ont déjà été atteints.
Des gouvernements, banques de développement et entreprises ont par ailleurs annoncé des financements à hauteur de 1,3 milliard de dollars (Md$) pour la restauration des terres et la résilience face à la sécheresse dans 23 pays sur les cinq continents. Toutefois, sur ce montant, seuls 644 millions de dollars (M$) sont identifiés comme étant de nouveaux financements. Ce budget est « certes bienvenu », réagit Susan Chomba, directrice de Vital Landscapes, World Resources Institute (WRI) Afrique, « mais il ne représente qu’une infime partie du déficit de financement annuel estimé à 278 Md$ », pointe la représentante de l’ONG.
Initiative pour les pâturages
Durant la COP, a également été lancée l’« Initiative phare pour les pâturages », une initiative mondiale multipartenaire visant à « accroître significativement les investissements pour atteindre la neutralité en matière de dégradation des terres », rapporte l’IISD. Cette initiative, soutenue par le Fonds pour l’environnement mondial, est dotée de 1,2 Md$ à travers 45 projets. Selon une analyse économique présentée à l’occasion de la conférence, les pâturages génèrent « chaque année entre 21 000 et 47 000 Md$ de services écosystémiques – soit jusqu’à près de la moitié du PIB mondial – grâce notamment à la production alimentaire, à l’eau, au stockage du carbone et à la biodiversité ». Dans les semaines précédant la COP, le Rassemblement mondial des éleveurs avait réuni des éleveurs du monde entier et avait abouti à la Déclaration d’Oulan-Bator (2) appelant à l’action des éleveurs autochtones, l’événement se tenant durant l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux.
La COP 17 devait par ailleurs définir le fonctionnement de l’Interface science-politique, qui avait été créée pour faciliter la traduction des résultats scientifiques pertinents en recommandations politiques à soumettre au Comité des sciences et des technologies (CST) et qui avait été érigée en organe permanent lors de la COP 16. Les Parties ont finalement convenu que le CST superviserait les analyses de performance des rapports phares, tels que le rapport mondial sur les terres émergées, rapporte l’IISD.
« Malgré un contexte international complexe, cette COP a donné lieu à des élans de solidarité inédits, réunissant les États et l’ensemble des parties prenantes autour d’une urgence d’agir commune, positive le ministère français de la Transition écologique. C’est cet esprit que la France continuera de porter avec ses partenaires dans les prochains mois, et en particulier lors de la COP 17 de la convention Biodiversité (Erevan, octobre 2026), la COP 31 Climat (Antalya, novembre 2026) et la conférence des Nations unies pour l’eau (Abu Dhabi, décembre 2026). »
Bien que le lien entre changement climatique et désertification fasse partie des sujets tabous pour la délégation états-unienne, les synergies entre les trois conventions de Rio sont pourtant au cœur du problème. « Les discussions d’Oulan-Bator ont confirmé que la sécheresse, la dégradation des terres, la perte de biodiversité et le changement climatique sont des crises interconnectées nécessitant des solutions intégrées », relève ainsi Linda Krueger, directrice des politiques de biodiversité et d’infrastructures chez The Nature Conservancy.
1. Accéder aux décision adoptées durant la COP
https://www.unccd.int/cop17/official-documents
2. Télécharger la Déclaration d’Oulan-Bator
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48451-declaration-oulan-bator.pdf
Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement