Une manifestation est organisée le 3 septembre à 18H30 devant l’hôpital de Creil.

Hôpital de Creil et Senlis, Dr Cécile De Hautecloque : « Nous sommes dans une logique sournoise de transformation de notre établissement en hôpital de proximité » 

PAR  ARNAUD JANIN – 

PUBLIÉ LE 27/08/2026 https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/pneumologie/hopital-de-creil-et-senlis-dr-cecile-de-hautecloque-nous-sommes-dans-une-logique-sournoise-de

La Dr Cécile de Hautecloque, cheffe du service de pneumologie de l’hôpital de jour de médecine du groupe hospitalier public sud Oise (GHPSO) exerce depuis vingt-trois ans au sein de l’établissement. Son service a été fermé un mois à partir du 24 juillet par la direction qui a invoqué un manque de médecins. Cette pénurie n’a finalement duré que quatre jours.

La pneumologue remue ciel et terre pour empêcher désormais la fusion de son service avec celui de la médecine polyvalente. Cette mesure aurait pour but de supprimer une dizaine de lits dans cet hôpital fortement déficitaire, qui compte plus de 200 médecins et couvre un bassin de population de 300 000 personnes. Une manifestation est organisée le 3 septembre à 18H30 devant l’hôpital de Creil.

Cécile de Hautecloque, cheffe du service de pneumologie du GHPSO

Cécile de Hautecloque, cheffe du service de pneumologie du GHPS
Crédit photo : DR

LE QUOTIDIEN : Etes-vous très remontée pour participer pour la première fois à une manifestation ?  

Dr Cécile de Hautecloque. J’ai passé des vacances bien pourries à me demander ce qu’il allait advenir de mon personnel et de mes patients. Je prends une bonne partie de mon temps à alerter les élus. Pascal Rio, le directeur, reçoit une très grosse pression de l’agence régionale de santé (ARS) appelant à une très forte restructuration.

Le service de la douleur serait aussi menacé de fermeture à la rentrée. Cette violence qu’il a reçue, il nous la redistribue abondamment. Il n’a pas voulu rouvrir la pneumologie pour faire pression sur moi en tant que cheffe de pôle pour que je rentre dans le processus de restructuration. Ce projet consiste à fusionner les services de pneumologie (12 à 14 lits) et de médecine polyvalente (22 lits), pour récupérer les locaux et des équipes paramédicales. Si nous fusionnons sur un service de 28 lits, il y aura fatalement une dizaine de lits en moins.

Pour rappel, depuis le début de la semaine, les trois services de chirurgie viennent d’être fusionnés : sur un plateau de 30 lits, nous avons désormais la chirurgie digestive, l’urologie et l’orthopédie, avec des patients d’appendicite en médecine et des patients d’orthopédie dans les couloirs aux urgences. Et pourtant nous ne sommes qu’à l’été, je n’ose pas imaginer ce qu’il va se passer cet hiver.  

Etes-vous soutenue par la communauté médicale ?  

J’ai le soutien de mes collègues praticiens qui savent qu’ils seront les prochains sur la liste. De leur côté, les élus ont remonté nos demandes à l’ARS et à la préfecture.

Nous sommes dans une logique sournoise de transformation de notre établissement en hôpital de proximité dans le cadre d’un déficit financier important et d’un plan de retour à l’équilibre financier.

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Alors que vingt-cinq signalements de violences au travail de la part du personnel de l’établissement ont été transmis par mail en interne et à l’ARS, le directeur de l’ARS est au courant et ne bouge pas volontairement. Nous n’avons obtenu aucune réponse de sa part alors qu’un afflux de messages de la sorte auraient dû faire tilt.  

Quant au président de la commission médicale d’établissement, il essaie de ménager la chèvre et le chou. Le message qu’il a fait passer après des entretiens qui ont été vraiment violents en présentiel est que l’ARS a ordonné au directeur de l’hôpital de lui rendre une copie plus valable que celle-là et de se débrouiller pour restructurer.  

Pourquoi la direction de l’hôpital a-t-elle finalement rouvert le service de pneumologie ?  

Je me sens sous un couvercle : le directeur est missionné par l’ARS pour restructurer, voire nous dégommer. Tous les recours que je lance sont stoppés. Surtout la fermeture de notre service s’est fondée sur un mensonge, la direction ayant allégué qu’il n’y avait pas de praticiens détenant un RPPS et un numéro d’ordre et qu’un échange au préalable avait eu lieu avec le président de la commission médicale d’établissement (PCME) dans le domaine de la santé publique en France.

Ce qui était faux : nous étions suffisamment de praticiens pour faire tourner le service et le PCME était alors en vacances. Au final, il y a eu seulement quatre jours de fermeture réelle. Nous avions donc les forces nécessaires pour rouvrir le service après cette courte période. Accessoirement, je suis médecin, et même si je n’ai plus de service, j’ai des avis et des consultations à mener. 

Au niveau du dialogue social, c’est désastreux. M. Rio a refusé que je témoigne de la situation de la pneumologie en CSE. Tous les directeurs administratifs sont jeunes et muselés par le directeur qui a repris les rênes de la direction des affaires médicales depuis le départ de l’ancien directeur des affaires médicales (DAM) qui ne demandait pas l’avis des chefs de service et de pôles lors des recrutements et qui octroyait les gardes à la tête du client. Toutefois, une nouvelle DAM vient d’arriver cette semaine.  

Quel impact cette fermeture a sur les patients ?  

Nous avons la problématique de l’aval : quand un patient nécessite vraiment la prise en charge spécifique d’un service de pneumologie, que ce soit pour des ventilations, des gestes techniques ou des isolements comme des tuberculoses [sur notre bassin de population, nous avons quasiment un diagnostic de tuberculose par semaine, soit une moyenne annuelle de 54 cas par an], il n’est pas possible de laisser ces patients cracher leurs microbes dans un couloir dont il faut par ailleurs gérer le traitement.  

Le Samu a publié un avis sur les patients très pneumologiques qui ne devaient pas être amenées aux urgences de Creil : ceux nécessitant une ventilation ou des gestes de drainage ont été redirigés ailleurs, ce qui ne pose pas un gros problème durant cette saison du mois d’août. Mais ceux qui sont arrivés tout seuls aux urgences ont été gérés à la va-comme-je-te-pousse. Nos patients oncologiques se sont retrouvés dans le service d’oncologie qui ne travaille pas comme nous et qui s’est plaint de devoir prendre en charge nos patients au détriment des leurs.  

Qu’attendez-vous des suites de la manifestation ?  

Notre sujet de revendication porte sur le démantèlement de l’hôpital public, de l’offre de soins.

L’ARS avance masquée en faisant faire le sale boulot au directeur.

Nous voulons savoir où notre établissement se situe, à savoir dans un plan national de transformation en hôpital de proximité, où l’on fait disparaître les spécialités et où il existe un gloubi-boulga de chirurgie, de médecine et de spécialistes. J’ai alerté les élus sur le bassin de population creillois de 250 000 personnes pour leur dire que c’est inimaginable que notre hôpital pivot se transforme en hôpital de proximité, et qu’il n’y ait plus de spécialités. J’ai aussi un rendez-vous prévu avec la maire de Senlis début septembre, qui est la nouvelle présidente du conseil de surveillance depuis les élections municipales.  

Quelles mesures drastiques doivent être prises par l’ARS ?  

Nous attendons un changement de gouvernance et que le directeur s’en aille. Nous avons eu droit à un diagnostic Anap 360 bienveillant de la part des équipes de cette agence qui réclament une réelle co-construction médecin/direction du projet médical.  

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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