Pesticides interdits : l’UE évalue le coût d’une limitation des importations
L’UE a évalué les impacts d’une limitation d’importation de produits alimentaires contenant des substances actives interdites : les prix à la caisse augmentent mais l’agriculture européenne peut ressortir gagnante, en compensant les baisses d’importation.
Agroécologie | 27.08.2026 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/pesticides-interdits-ue-importations-evaluation-48442.php4

© irishmasterLes agriculteurs européens pourront compenser en partie les baisses d’importation.
LES POINTS À RETENIR
- Dix-huit substances actives interdites sont visées dans 235 produits importés.
- Le scénario intermédiaire prévoit une baisse des importations limitée à 8 %.
Alors qu’en France, la loi d’urgence agricole, qui vient d’être adoptée, prévoit de possibles interdictions d’importation de produits alimentaires contenant des produits phytosanitaires interdits en Europe, la Commission européenne se penche à son tour sur le sujet. Elle a publié, le 11 août, les résultats d’une évaluation préliminaire (1) , réalisée par le Centre commun de recherche (JRC), de l’impact, pour le marché, d’un abaissement des limites de résidus de pesticides les plus dangereux aux limites quantifiables dans les produits alimentaires et aliments pour animaux importés. En février 2025, dans sa vision pour l’agriculture et l’alimentation, la Commission avait en effet énoncé ce principe : les pesticides interdits en Europe pour des raisons de santé et de protection de l’environnement ne devraient pas revenir en Europe via les produits importés.
L’étude préliminaire porte sur 18 substances actives interdites (mutagènes, cancérogènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, polluants organiques persistants…) que l’on retrouve dans 235 produits provenant de 86 pays exportateurs. Trois scénarios sont étudiés en fonction de la réaction des pays exportateurs, selon qu’ils s’adaptent ou non à la réglementation européenne.
Trois scénarios à effet plus ou moins fort
Quel que soit le scénario, les importations baissent, entrainant une hausse de la production végétale en Europe, une réduction de la production animale et une augmentation des prix à la consommation. Cependant, l’impact peut passer de négligeable à substantiel selon les stratégies d’adaptation des pays exportateurs, souligne l’étude.
Ainsi, si cette adaptation est nulle, cela conduit à un arrêt total des importations pour les produits concernés. Autrement dit, une réduction de 41 % des importations agricoles de l’UE, en partie compensée par la production européenne. La surface agricole européenne augmente, la production de produits végétaux dont les importations sont stoppées aussi (agrumes, colza, soja) tandis que les productions animales baissent du fait d’un renchérissement du prix des aliments pour animaux. Ce qui engendre une hausse des prix à la consommation, particulièrement marquée pour certains produits (tourteaux de soja, café, agrumes). Il s’agit du scénario le plus extrême, car il est fort probable que certains pays exportateurs choisissent de s’adapter pour voir leurs ventes à destination de l’UE augmenter.
Dans ce cas, deux scénarios sont étudiés. Le premier évalue l’impact d’une interdiction limitée aux quantités de substances retrouvées dans les produits. Les importations baisseraient de 0,4 % si les exportateurs s’adaptent, avec des coûts de production en hausse, répercutés sur le prix final. Le second scénario est plus ambitieux : il évalue l’impact d’une interdiction portant sur l’utilisation par le produit exportateur de la substance interdite. Plus strict, ce scénario engendrerait des baisses d’importations de 8 %, avec des hausses modérées de prix pour les importations pouvant être compensées par la production européenne (colza, soja, oléagineux) et plus élevées pour les autres (cafés, agrumes…).
« Les résultats diffèrent considérablement selon les substances actives, les produits et les pays, note le JRC. Aucune hypothèse uniforme concernant le comportement des exportateurs ne peut être retenue ». En effet, cela dépend de l’existence de solutions de substitution et de leurs coûts d’adoption. De même, selon les produits, l’UE pourra plus ou moins choisir de se réorienter vers d’autres pays exportateurs.1. Consulter l’étude du JRC
https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/bitstream/JRC147659/JRC147659_01.pdf
Sophie Fabrégat, journaliste intégrée
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie