Indexer l’âge de départ à la retraite sur l’espérance de vie : la promesse explosive de 2003 que Bruno Retailleau veut ressusciter
Par Enguerrand Bedez
Publié le 28/08/2026 à 12h32, mis à jour le 28/08/2026 à 13h14 https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/programmes/retraites-indexees-sur-l-esperance-de-vie-la-promesse-explosive-de-2003-que-bruno-retailleau-veut-ressusciter-20260828?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20260828_NL_ALERTESINFOS&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=WXN76N7HI4ULKNGrRBwqagAGCKBnD_%2B%2BQHGwiDK8oM_O2km7qYr4Kbm2YiYFiR7sOEwl8UTvW0vw8wb%2BZY46LBlzUdv5d1ZNW7

DÉCRYPTAGE – Faire évoluer automatiquement l’âge de départ à la retraite avec l’espérance de vie plutôt que de le fixer par la loi, c’est le principe que la Suède applique depuis 1998, et que suivent aujourd’hui d’autres pays européens. Explications d’un mécanisme relancé dans le débat présidentiel.
Vivre plus longtemps donc travailler plus, tel est le mot d’ordre. Lors du premier débat de la présidentielle 2027 devant le Medef, ce jeudi, Bruno Retailleau a proposé de lier l’âge de départ à la retraite à l’espérance de vie, via « une équation proportionnelle ». Le candidat LR, qui promet de détailler son projet bientôt, assure vouloir une réforme qui « sauvera le régime » sans nouveau « psychodrame ».ECT – Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau dévoilera son plan sur les retraites «au mois de septembre» et assumera de «repousser l’âge légal»
Le principe est simple: au lieu de fixer un âge légal une fois pour toutes et de rouvrir le débat à chaque réforme, on ajuste automatiquement un paramètre du système à mesure que l’espérance de vie progresse. Trois leviers sont alors possibles : reculer l’âge légal, allonger la durée de cotisation requise pour le taux plein, ou, plus radical, indexer directement le calcul de la pension.
L’idée n’est pas nouvelle; elle a même commencé à être mise en œuvre, il y a plus de vingt ans. La loi Fillon de 2003 avait posé le principe d’un lien entre durée de cotisation et espérance de vie, avec des rendez-vous périodiques (2008, 2012, 2016) pour l’ajuster, visant 41 ans de cotisation en 2012. La réforme de 2010 a prolongé cette trajectoire jusqu’à 41,5 ans de cotisation en 2020, tout en relevant l’âge légal à 62 ans. Cependant, le mécanisme n’a jamais été rendu pleinement automatique, ce à quoi Bruno Retailleau compte remédier.
Une réforme en Suède dès 1998
À l’étranger, environ un quart des pays de l’OCDE, et près d’un tiers des pays de l’UE pratiquent déjà ce type d’indexation. La Suède fait figure de pionnière, puisque sa réforme de 1998-2001 a instauré l’amorce d’un volet de retraite par capitalisation et surtout des « comptes notionnels », dans lesquels la pension de chaque assuré est calculée en divisant son capital virtuel accumulé par l’espérance de vie restante de sa génération (au moment du départ).
Plus l’espérance de vie augmente, plus il faut partir tard pour toucher une pension équivalente.
Le Danemark de son côté a inscrit l’indexation dans la loi dès 2006. Elle, porte uniquement sur l’âge de départ à la retraite. Son âge légal, 67 ans aujourd’hui, pourrait atteindre 74 ans en 2060 selon l’OCDE. L’Italie, de son côté, révise son âge légal tous les deux ans en fonction de l’espérance de vie, avec une trajectoire pointée vers 70 ans.
Les Pays-Bas, la Finlande, le Portugal, la Grèce, l’Estonie ou la Slovaquie disposent de mécanismes comparables, avec des projections situées entre 69 et 71 ans à horizon 2060.
La France reste l’un des quelques grands pays européens à ne pas avoir automatisé ce lien, donc chaque ajustement a jusqu’ici nécessité une nouvelle loi et une négociation politique. Reste à savoir comment Bruno Retailleau compte mettre en œuvre une telle réforme sur un sujet aussi radioactif. La notion d’espérance de vie moyenne fait abstraction des différences sociales, de la pénibilité de tel ou tel métier et interroge forcément chacun sur son avenir individuel. Il suffit de se rappeler des manifestations relatives à la réforme des retraites en 2023 pour se convaincre que la chose est impopulaire, avant même d’évoquer un « étage de capitalisation » à long terme, comme le fait aussi le candidat LR à l’élection présidentielle.