L’éolien et le solaire au secours du système électrique

À Roquefort-des-Corbières, dans l’Aude, en 2021. – © Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Par Elsa Souchay
26 août 2026 à 17h51Mis à jour le 26 août 2026 à 20h50 https://reporterre.net/Secheresse-et-chaleur-l-eolien-et-le-solaire-au-secours-du-systeme-electrique-Dans-cet
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En cet été caniculaire et sec, ce sont les éoliennes et surtout les panneaux solaires qui ont pallié les vulnérabilités du nucléaire soumis à des baisses de puissance et des arrêts.
Les éoliennes et le solaire en force. En cet été brûlant où les besoins électriques ont bondi durant les heures les plus chaudes — en partie du fait de la climatisation —, ce sont les énergies éoliennes et surtout solaires qui ont le mieux pallié les vulnérabilités du nucléaire, de l’hydroélectricité et même du gaz.
Ainsi, cet été, déjà 8 térawattheures (TWh) ont été perdus pour cause climatique sur le parc nucléaire, soit 20% de la production annuelle, un record. Pour les barrages, le stock d’eau est déjà inférieur à celui de 2022 à la même époque.
Les centrales à charbon en Europe ou au gaz atteignent elles aussi leurs limites techniques. Leur rendement décline sensiblement au-delà de 40 °C. Ces installations ont, comme le nucléaire, besoin d’eau froide et d’un débit suffisant pour fonctionner.
Ainsi, le 17 juillet, la centrale à gaz de Martigues (Bouches-du-Rhône) a dû obtenir en urgence une dérogation temporaire pour augmenter de 30 à 32 °C la température maximale de ses rejets dans la Méditerranée, sans quoi elle aurait dû s’arrêter.
Les éoliennes en force
Reste donc les éoliennes et les panneaux solaires pour faire tenir le système électrique. Les premières ont généralement une place mineure l’été. En France, la production des mois de juin et juillet a toutefois été supérieure à celle des années précédentes, boostée notamment par la mise en service de quelques nouveaux parcs éoliens sur terre et en mer. La production éolienne de cet été a ainsi été de 2,9 TWh, soit respectivement 6,9 et 6,5% de la production électrique de juin et de juillet.
Et pour la suite? Une étude récente de Callendar, une entreprise spécialisée dans l’anticipation des risques climatiques, a estimé les pertes potentielles de l’éolien dans le monde en 2050 du fait du réchauffement du climat. Bilan : selon les modélisations, avec une trajectoire de réchauffement intermédiaire (scénario RCP 4.5), la baisse de production éolienne sur les principaux parcs dans le monde atteindrait 2,9 à 1,3 % en Europe.
Pour Thibault Laconde, président et fondateur de Callendar, ces pertes proviennent de deux sources : « D’abord un effet physique qui fait qu’un air plus chaud est aussi moins dense », explique-t-il à Reporterre, mais également en raison d’une modification de la circulation des vents et grands courants aériens eux-mêmes. Modérée, cette baisse est calculée à puissance installée constante. Or, en vingt ans déjà, l’amélioration de la taille des rotors des éoliennes a permis de doubler, voire tripler la puissance des nouvelles machines.
Le solaire à plein régime
Surtout, ces journées à faible vent et fort ensoleillement sont précisément celles favorables à l’énergie photovoltaïque. La production d’énergie solaire a ainsi augmenté jusqu’à 17% dans les pays européens lors des vagues de chaleur de juin et juillet.
En Espagne, la production solaire a pu couvrir cet été jusqu’à 80% de la demande électrique en milieu de journée. En France, avec des capacités plus faibles (35 gigawatts (GW) raccordés mi-2026), le solaire a tout de même couvert en juin 5 TWh, soit 11,9% du mix électrique, et 5,5 TWh en juillet, soit 12,5% de la production mensuelle électrique.
De quoi largement compenser les pertes techniques liées aux fortes températures. Car les cellules photovoltaïques qui composent la plupart des panneaux actuellement installés ont été conçues pour fonctionner sous 25 °C. Selon les études récentes, leur rendement diminue ensuite d’environ 0,4% pour chaque degré supplémentaire sur le panneau lui-même. Une perte importante? Pas vraiment, car cette baisse de rendement liée à la surchauffe intervient quand l’ensoleillement est maximal et où les gestionnaires du réseau cherchent justement à limiter la surproduction d’électricité solaire.
Plus encore, au-delà de la chaleur, ce qui compte pour le photovoltaïque, c’est la durée d’ensoleillement, maximale en début d’été, qui a permis de fournir de l’électricité sans avoir à brûler plus de fossiles jusqu’en début de soirée.
Reste en revanche un manque, jusqu’ici comblé par l’hydroélectricité et le gaz : les heures de pointe du matin et de fin de journée. Pour la filière, la solution toute trouvée serait d’installer des batteries fixes pour le stockage. Depuis cette année, leur coût est désormais inférieur à celui des centrales à gaz. Si leur impact sur le réseau en France reste encore mesuré (environ 2% de la production), le Syndicat des énergies renouvelables s’attendait, au début de l’été, à multiplier par cinq la puissance installée d’ici 2030.