Eaux usées et engrais agricoles favorisent la prolifération des « Cyanobactéries ».

On pensait pouvoir au moins tremper les pieds, mais c’est interdit » : les proliférations de cyanobactéries empêchent la baignade dans des lacs et rivières de France

Par  ( Bairon-et-ses-Environs [Ardennes], envoyé spécial)

Publié aujourd’hui à 15h30, modifié à 16h19 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/19/dans-les-lacs-et-rivieres-de-france-les-proliferations-de-cyanobacteries-empechent-la-baignade-on-pensait-pouvoir-au-moins-tremper-les-pieds-mais-c-est-interdit_6749874_3244.html

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Reportage

Ces micro-organismes se développent de plus en plus l’été dans l’eau douce, entraînant des restrictions, comme au lac de Bairon, dans les Ardennes.

Malgré un thermomètre qui dépasse les 30 °C, la plage de sable fin du lac de Bairon, dans les Ardennes, est déserte ce jeudi 13 août. Sur l’eau, d’ordinaire animée par les nageurs, canoës et planches à voile, règne un calme inhabituel. « Normalement, à cette période, on a du mal à trouver une place pour poser sa serviette », soupire une habituée des lieux. Mais, depuis le 30 juillet, la baignade et les activités nautiques sont interdites sur ce plan d’eau de 120 hectares, en raison d’une prolifération de cyanobactéries détectée par l’agence régionale de santé (ARS) Grand-Est.

Résultat, la fréquentation du lac s’est effondrée. « Ce qui attire les gens, c’est la possibilité de se baigner, surtout en période de caniculeQuand la baignade est autorisée, il y a de l’ambiance et du monde partout, on a l’impression de se retrouver dans une station de vacances », raconte le maire (sans étiquette) de la commune de Bairon-et-ses-Environs, Elie Dorido. Le site, l’un des plus prisés des Ardennes, attire chaque année près de 250 000 visiteurs. Mais, depuis l’interdiction, le contraste est saisissant. « Avant, on avait entre 400 et 450 personnes tous les jours au lac. Maintenant, on tourne autour de 50, c’est presque mort », constate un agent du pôle nature loisirs de Bairon.

Installées à l’ombre des arbres bordant la plage, Louise, 22 ans, et Chloé, 23 ans, jouent aux cartes en maillot de bain. « On pensait pouvoir au moins tremper les pieds, mais c’est interdit aussi. C’est dommage avec ce beau temps », regrettent les deux habitantes de la région. Pour elles, la situation n’a rien d’inédit : en 2025 déjà, la baignade avait été fermée une grande partie de l’été à cause des cyanobactéries. « On a cette problématique depuis quelques années », confirme Noël Bourgeois, président (Les Républicains) du conseil départemental des Ardennes.

Une famille venue de Reims pour profiter de la baignade au lac de Bairon (Ardennes), avant de découvrir en arrivant qu’elle était interdite, le 13 août 2026.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »

Le lac de Bairon est loin d’être un cas isolé. Depuis le début de l’été, de nombreux plans d’eau français sont concernés par de telles restrictions pour ce même motif. « Les cyanobactéries sont naturellement présentes dans les milieux aquatiques, comme les lacs et les rivières. Le problème, c’est quand elles prolifèrent », explique Catherine Quiblier, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle. Certaines espèces peuvent alors produire des toxines susceptibles de présenter des risques pour la santé humaine et animale.

La chercheuse distingue deux familles aux dynamiques bien différentes. Les cyanobactéries planctoniques vivent en suspension dans les lacs et prolifèrent depuis une quarantaine d’années sous l’effet de l’eutrophisation, c’est-à-dire l’enrichissement excessif de l’eau en azote et en phosphore. Ces nutriments, qui favorisent leur développement, proviennent notamment des eaux usées et des engrais agricoles.

Les cyanobactéries benthiques, elles, forment des tapis appelés « biofilms » sur les cailloux et les plantes au fond des rivières et des plans d’eau peu profonds. Leur expansion, généralisée en France depuis 2017, est favorisée par le changement climatique. Des eaux plus chaudes et des périodes d’étiage plus longues, lorsque le niveau des cours d’eau baisse, laissent davantage de lumière atteindre le fond, créant des conditions propices à leur prolifération.

Des cyanobactéries observées au microscope, présentées sur le téléphone d’Ondine Thouard, doctorante à l’université de Reims Champagne-Ardenne, le 13 août 2026.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »
Ondine Thouard (à gauche), doctorante, et Emilie Lance, maîtresse de conférences, au lac de Bairon (Ardennes), le 13 août 2026. Toutes deux travaillent à l’université de Reims Champagne-Ardenne sur le projet CyanoRisk.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »

En France, aucune région n’est épargnée par ce phénomène, favorisé par l’évolution du climat et des milieux aquatiques. « Les conditions propices aux proliférations de cyanobactéries sont de plus en plus souvent réunies », souligne Emilie Lance, maîtresse de conférences à l’université de Reims Champagne-Ardenne, qui observe des épisodes « plus fréquents, plus durables et parfois plus intenses ». Selon le ministère de la santé, 141 sites de baignade ont été concernés par des proliférations de ce type au cours de la saison balnéaire 2025, soit 4,2 % des sites du pays, contre 85 en 2024 et 75 en 2023. Les données de l’association Cyanobactéries Alerte, qui recense les signalements à partir de témoignages et de données officielles, vont dans le même sens : au 15 août, elle avait déjà comptabilisé une centaine de sites fermés, contre 95 à la même date en 2025, ainsi que 533 alertes depuis janvier, pour 618 sur l’ensemble de 2025.

Toxines dangereuses

Certaines cyanobactéries peuvent produire des toxines dangereuses pour la santé. Chez l’humain, le principal risque est d’avaler de l’eau contaminée, ce qui peut entraîner nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales ou irritations de la peau et des yeux. Une exposition répétée est plus préoccupante et peut favoriser l’apparition de tumeurs du foie. Les animaux, eux, sont bien plus touchés : chaque année, des chiens meurent après avoir ingéré des neurotoxines, tandis que les proliférations les plus intenses peuvent entraîner une mortalité soudaine de poissons et d’oiseaux.

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Une prolifération de cyanobactéries ne signifie pas pour autant un danger systématique. « Toutes les cyanobactéries ne produisent pas de toxines », nuance Catherine Quiblier. C’est pour évaluer ce risque que les ARS surveillent régulièrement les eaux de baignade et peuvent en restreindre l’accès dès que les seuils sanitaires sont dépassés – ces derniers varient selon les toxines en présence. Ces seuils sont susceptibles d’évoluer rapidement : un coup de vent ou un orage suffisent parfois à faire chuter la concentration de cellules toxiques.

Sur la berge du lac de Bairon, Ondine Thouard, doctorante à l’université de Reims Champagne-Ardenne, prélève des échantillons d’eau dans le cadre d’un programme de recherche mené par Emilie Lance entre 2023 et 2028 pour mieux comprendre les causes de ces proliférations. Les chercheuses analysent la quantité de cyanobactéries, de toxines et de nutriments présents dans l’eau, ainsi que sa température, son acidité et sa teneur en oxygène. Autant de données qui aident à cerner les conditions favorables au développement de ces micro-organismes.

Ondine Thouard prélève un échantillon d’eau et des invertébrés, afin de voir l’évolution de seuils de contamination, dans le lac de Bairon (Ardennes), le 13 août 2026.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »
Les eaux du lac de Bairon (Ardennes), interdit à la baignade après une contamination aux cyanobactéries, le 13 août 2026.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »

Leur travail a déjà permis d’identifier des pistes pour limiter le phénomène. « La zone de biodiversité végétale située en amont du lac de Bairon le protège : sans elle, il y aurait beaucoup plus de cyanobactéries », note Ondine Thouard. Cette végétation aquatique agit comme un filtre en retenant une partie des nutriments dont se nourrissent les bactéries. Emilie Lance rappelle toutefois qu’« il n’existe pas de solution miracle ».

Face à ce type de prolifération, la prévention reste donc pour le moment le principal levier. « Les seuls moyens de traitement durable contre les cyanobactéries sont de réduire les apports en azote et en phosphore en agissant sur les bassins-versants, les réseaux d’assainissement, les stations d’épuration et les pratiques agricoles », insiste Catherine Quiblier. Sur de petits plans d’eau, des vidanges, des curages de sédiments ou des brassages artificiels peuvent ponctuellement limiter le phénomène. Une fois la prolifération de cyanobactéries installée, en revanche, il n’existe presque aucun levier d’action. « Pour le moment, on subit. La seule chose à faire, c’est d’attendre que ça passe », résume la chercheuse. Comme au lac de Bairon, où les baigneurs ne peuvent qu’espérer pouvoir retrouver le chemin de l’eau avant la fin de la saison surveillée, prévue le 23 août.

La plage du lac de Bairon (Ardennes), le 13 août 2026.  NICOLAS LEBLANC POUR « LE MONDE »

Pierre Boitel Bairon-et-ses-Environs [Ardennes], envoyé spécial

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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