L’indisponibilité du parc nucléaire approche les 20 %. 

Les fortes chaleurs continuent à mettre le parc nucléaire français sous pression

Six réacteurs nucléaires d’EDF étaient à l’arrêt en raison de la vague de chaleur en cours jeudi 13 août. L’indisponibilité du parc nucléaire approche les 20 %. 

Par Marie de VergèsPublié le 13 août 2026 à 18h04, modifié hier à 01h23 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/08/13/les-fortes-chaleurs-continuent-a-mettre-le-parc-nucleaire-francais-sous-pression_6745821_3234.html

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Vue de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), le 5 août 2026.
Vue de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), le 5 août 2026.  JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

Les vagues de chaleur qui traversent le pays n’ont pas fini de perturber la production nucléaire française. Alors que 80 départements étaient placés, jeudi 13 août, en vigilance orange, six réacteurs étaient à l’arrêt : deux unités à Chooz (Ardennes) et les quatre autres à Cattenom (Moselle), à Golfech (Tarn-et-Garonne), au Bugey (Ain) et à Saint-Alban (Isère). Deux autres réacteurs, au Tricastin (Drôme), étaient contraints d’adapter leur puissance, selon EDF.

Les canicules et les sécheresses sont un défi pour l’énergéticien, dont les 57 réacteurs nucléaires de l’Hexagone, installés au bord d’un fleuve ou de la mer, doivent pouvoir être refroidis en permanence. Lors de fortes chaleurs, la hausse de la température des cours d’eau et la baisse de leur débit peuvent obliger EDF à des arrêts ou à des ajustements de la puissance afin de respecter la réglementation. Non pas à cause d’un « risque de sûreté », précise le groupe, mais pour préserver l’environnement et la biodiversité en évitant les rejets d’eau chaude.

Pour ne rien arranger, un afflux massif de méduses affecte depuis lundi 10 août le fonctionnement de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), la plus grande d’Europe occidentale. Plusieurs tonnes de ces animaux marins se sont engouffrées dans les stations de pompage d’eau de mer, conduisant trois unités à interrompre la production. L’une d’elles a été entre-temps reconnectée au réseau électrique, mais jeudi, sur les six réacteurs de la centrale, trois étaient toujours à l’arrêt − dont un pour maintenance, sans lien avec les méduses.

Le record de 2003

Avec ces événements à répétition, l’été 2026 risque de rester comme l’un des plus éprouvants qu’ait subis le parc nucléaire français. « On est à un record en matière de puissance indisponible liée à la chaleur, en considérant que le réchauffement favorise la prolifération des méduses », souligne Thibault Laconde, le fondateur du cabinet Callendar, spécialisé dans l’analyse des risques climatiques. Selon ses calculs, basés sur les données rendues publiques par EDF, cette indisponibilité approche les 20 % du parc nucléaire.

Il restera à mesurer, d’ici à quelques semaines, si les pertes de production auront dépassé le record de 2003 : sous l’effet d’une canicule exceptionnelle, elles avaient alors atteint 5,5 térawattheures (TWh), selon la Société française d’énergie nucléaire (SFEN).

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Mais de son côté, EDF relativise l’impact de ces phénomènes climatiques sur sa production nucléaire. Selon ses estimations, les pertes ont été de 1 TWh en juin, l’équivalent d’une réduction de la production mensuelle de 3 %, et de 2 TWh en juillet (− 6 %), mais n’ont entraîné aucune répercussion sur l’approvisionnement en électricité des Français. D’autant que la consommation est bien moindre pendant la période estivale.

« On a toujours suffisamment d’électricité pour en vendre à l’étranger », précise-t-on même chez EDF, en rappelant qu’au premier semestre, malgré une période de canicule, la France a exporté un volume record d’électricité de 51 TWh.

9 milliards d’euros sur quinze ans

Cette répétition inédite de vagues de chaleur a pourtant des incidences sur le groupe public, notamment financières. Fin juillet, EDF a annoncé prévoir, pour l’ensemble de 2026, un Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements) en recul « de l’ordre de 10 % ». En début d’année, il l’anticipait seulement « en léger retrait », en raison de marchés de l’électricité en berne. Une projection que le groupe s’est vu contraint d’« affiner » du fait des canicules et de leurs conséquences sur la production nucléaire et hydraulique, a-t-il reconnu.

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En toile de fond se pose la question de la vulnérabilité du parc nucléaire français face au changement climatique. « Que se passera-t-il si les prochains étés se caractérisent par des vagues de chaleur encore plus sévères et un recours accru à la climatisation, qui fera grimper la consommation d’électricité ? », interroge Thibault Laconde. EDF assure avoir pris la mesure de ces enjeux et vouloir investir près de 9 milliards d’euros sur quinze ans pour rendre ses installations plus résilientes.

Quoi qu’il en soit, les centrales françaises sont loin d’être les seules à souffrir de la chaleur et de la sécheresse. En Roumanie, le faible débit du Danube a contraint à mettre à l’arrêt jeudi la seule centrale nucléaire du pays. En Hongrie, voisine, la centrale de Paks ne fonctionne plus que partiellement.

Marie de Vergès

Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire, animateur du site refus.linky.gazpar.free.fr

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Climat : le nucléaire est médusé

Alors que ses promoteurs prétendent encore que le nucléaire serait un moyen fiable de produire de l’électricité, les évènements démontrent clairement que ce n’est pas ou plus le cas.

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Illustration 1
Nucléaire canicule 

Ainsi, en cet été 2026 qui est unanimement décrit comme caniculaire mais qui sera sous peu considéré comme en fait très ordinaire, divers pays nucléarisés sont obligés de baisser la puissance de leurs réacteurs nucléaires voire de les arrêter.

Il n’est ainsi pas du tout anecdotique de noter que trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) ont dû être stoppés en urgence le 11 août de par l’aspiration, dans les circuits de refroidissements, de milliers de méduses.

En effet, ces malheureux organismes – impitoyablement broyés par EDF – se démultiplient sous l’effet du réchauffement des océans : cet évènement, qui s’était déjà produit au même endroit un an auparavant jour pour jour, est donc appelé à se reproduire de plus en plus souvent.

Par ailleurs, sous l’effet de la chaleur, l’eau de divers fleuves et rivières – Danube, Rhône, Meuse, Moselle, Garonne, etc – est trop chaude ou bien son débit est trop faible pour pouvoir refroidir correctement les réacteurs.

Parfois, il s’agit « seulement » de respecter les normes environnementales car, peu de gens le savent encore, les centrales nucléaires rejettent dans les rivières et les océans des quantités massives de produits chimiques et radioactifs, le tout dans une eau réchauffée qui menace la faune et la flore.

Tous ces produits très polluants – alors que le nucléaire est souvent présenté comme une énergie « propre » ! – se diluent d’autant moins que le débit est faible.

Les autorités de sûreté, à commencer par la très indulgente ASNR française, accordent aux exploitants toutes les dérogations qu’ils exigent mais, lorsque l’eau vient ou viendra à manquer, même les décrets les plus complaisants seront inopérants.

Nous conseillons d’ailleurs de surveiller attentivement le débit de la Loire, ramené par endroits à un filet d’eau. Ce sont quatre centrales – Belleville, Dampierre, Saint-Laurent et Chinon – qui sont en sursis. Les dirigeants d’EDF prient pour l’arrivée de pluies miraculeuses mais, même si c’est le cas cette année, le miracle ne se reproduira pas tous les ans.

La vérité est en effet que le réchauffement du climat condamne irrémédiablement le fonctionnement des 38 réacteurs français situés en bord de rivières. Quant aux 19 autres, situés en bord de mer ou d’estuaire, c’est le risque de submersion qui les menace de plus en plus au fur et à mesure de la montée du niveau des océans causée par le réchauffement.

Nous en avons déjà eu un petit aperçu dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999 lorsque la centrale girondine du Blayais a été gravement inondée et a frôlé, douze ans à l’avance, le scenario dramatique survenu en 2011 à Fukushima (Japon).

Pourtant, bien que totalement déconsidéré et finissant, le pouvoir macronien tente, avec la complicité de la direction d’EDF, de rendre irréversible le lancement d’un programme de nouveaux réacteurs : les fameux EPR2, quasi identiques à l’EPR qu’EDF ne parvient toujours pas à faire fonctionner à Flamanville… alors que cela devait être théoriquement le cas dès 2012 !

Le problème n’est pas seulement l’incapacité d’EDF – démontrée sur plusieurs chantiers en France et en Angleterre – à construire ses propres réacteurs, et le financement injustifiable de ces projets par le « vol » délibéré de l’argent du Livret A, pourtant prévu pour le logement social.

Le problème est que, si par extraordinaire EDF retrouve la notice et parvient à construire correctement des réacteurs, ces derniers commenceront à fonctionner dans les années 2040 et 2050.

MM Macron, Lecornu et Fontana (le Pdg d’EDF) vont-il expliquer aux gens qui crèvent de chaleur désormais tous les étés, que la situation pourrait s’améliorer dans 25 ou 30 ans ? 

Tout le monde sait que c’est immédiatement qu’il faut agir, à défaut de l’avoir fait depuis de nombreuses années malgré les multiples avertissements lancés par les antinucléaires et autres écolos aujourd’hui accusés de tous les maux… pour la simple raison qu’ils les ont annoncés et dénoncés en premier !

Au lieu de capter encore une fois des dizaines voire des centaines de milliards pour les offrir à l’industrie nucléaire, les dirigeants politiques doivent lancer immédiatement des plans de développement des énergies renouvelables (sans pour autant déforester pour installer des parcs solaires !), d’adaptation au changement climatique et surtout, grande absente des discours et actes de la plupart de politiciens, de sobriété.

Nous n’avons pas la place ici – il faudra une autre tribune – pour expliciter pourquoi la fuite en avant macronienne vers le « tout électrique » est une hérésie qui ne peut mener qu’à une nouvelle impasse, surtout quand il s’agit de faire venir des centres de données (data centers) qu’il faudra alimenter massivement et en continu… au lieu de répondre aux besoins vitaux de la population.

Ces dernières années, nous avons noté des effets d’annonces de construction de réacteurs nucléaires dans divers pays du monde. Il faut croire que, pour la plupart des présidents, rois, guides ou surtout dictateurs, parler de nucléaire confère encore un certain prestige.

Mais heureusement, la réalité est bien différente : la quasi-totalité de ces annonces ne sont suivies d’aucun effet et, donnée publique et reconnue par les agences internationales, la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,1% en 2001 à 8,85% en 2025 : ce n’est pas une baisse mais un véritable effondrement, qui se poursuit inexorablement année après année. Pendant ce temps, la part des énergies renouvelables approche des 40% et monte de façon exponentielle.

Il est donc grand temps d’annuler tous les projets nucléaires, à commencer le programme français EPR2 et, au lieu de rester médusés, de se projeter dans l’adaptation au climat brulant qui nous frappe déjà et attend nos descendants…

Le texte original est publié ici : https://www.observatoire-du-nucleaire.org 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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