Dans l’Actu : diagnostic et prise en charge du coup de chaleur
Amapola Nava
04 août 2026 https://francais.medscape.com/viewarticle/débat-autour-des-recommandations-syndrome-cardio-2026a1000oqz?ecd=a2a

Avec la hausse des températures, le coup de chaleur est devenu un problème de santé publique de plus en plus préoccupant à travers le monde. Il s’agit d’une urgence médicale potentiellement mortelle qui nécessite un diagnostic et un traitement immédiats. En France, la Direction générale de la santé (DGS) et Santé publique France (SpF) ont communiqué les premiers chiffres de la mortalité sur l’exceptionnelle période de canicule qui a sévi fin juin. Ces chiffres font apparaître au moins 5 764 décès de toutes causes en excès (+ 36,2 %). En Espagne, on a enregistré plus d’un millier de décès attribuables aux fortes chaleurs. Au 8 juillet, le Mexique comptait 1105 cas et 36 décès liés à la vague de chaleur.
Mécanismes
Le coup de chaleur se caractérise par une élévation de la température corporelle centrale au-delà de 40,0 °C, accompagnée d’un dysfonctionnement aigu du système nerveux central et, souvent, d’une insuffisance multi-organique.
Sa physiopathologie est complexe : défaillance de la thermorégulation hypothalamique déclenchant une inflammation systémique, des troubles de la coagulation, une activation immunitaire d’origine intestinale avec dérégulation du microbiote et une neuroinflammation. Il peut évoluer rapidement vers une défaillance multiviscérale entraînant des séquelles neurologiques, cardiaques et systémiques à court et à long termes ; la mortalité oscille entre 21 % et 63 %, c’est pourquoi le personnel soignant doit savoir le reconnaître et le traiter sans délai.[1]
Diagnostic
La triade diagnostique clé est la suivante :
- une hyperthermie centrale (mesurée de préférence à l’aide d’une sonde rectale ou œsophagienne),
- une altération de l’état de conscience,
- et des antécédents d’exposition à la chaleur ou d’activité physique dans un environnement surchauffé.
Compte tenu du risque d’évolution défavorable, le traitement doit être instauré immédiatement, sans attendre les résultats d’examens complémentaires. Des températures < 40,0 °C n’excluent pas le diagnostic.
Les biomarqueurs de routine (créatine kinase, troponine, D-dimères et temps de coagulation) permettent de détecter les lésions et d’évaluer leur gravité, bien qu’ils ne soient pas spécifiques au coup de chaleur. Chez les patients en état critique, une surveillance continue des signes vitaux, de l’équilibre hydroélectrolytique et de la diurèse est nécessaire, ainsi qu’un contrôle de l’état de coagulation, des fonctions rénales et hépatiques, car il s’agit de complications fréquentes (par exemple, atteinte rénale aiguë due à une rhabdomyolyse, insuffisance hépatique).[1]
Le coup de chaleur peut être lié à l’effort physique, ce qui est fréquent chez les jeunes qui pratiquent une activité sportive ou un travail physique intense, ou ne pas être lié à l’effort physique, ce qui touche surtout les populations vulnérables ; ces deux formes sont potentiellement mortelles et nécessitent une intervention rapide.
Méthodes de refroidissement
L’objectif immédiat est de ramener la température centrale à 38 à 38,5 °C dès que possible ; si possible, viser une baisse de 1 à 3 °C par minute. Les mesures de refroidissement ne doivent pas être retardées, sauf si elles nuisent à la réanimation.
- méthode la plus efficace : immersion dans l’eau froide.
- autres solutions : compresses ou poches de glace sur le thorax et les membres ; refroidissement par évaporation (drap humide + ventilateurs) — plus accessible mais plus lent.
- dans les cas réfractaires : techniques invasives (p. ex., refroidissement intravasculaire).
- prise en charge des tremblements : benzodiazépines pour les frissons ; chez certains patients, on peut envisager une sédation profonde associée à un blocage neuromusculaire afin de réduire la production de chaleur métabolique.
- ne pas utiliser d’antipyrétiques (p. ex., paracétamol, AINS) : ils ne sont pas efficaces et sont contre-indiqués pour réduire l’hyperthermie due à un coup de chaleur.[1]
La prévention est essentielle : s’hydrater, rester dans des lieux frais (climatisation ou ventilation adéquate), éviter toute activité physique aux heures de chaleur extrême et limiter au maximum l’exposition à l’extérieur. Une attention particulière doit être portée aux personnes âgées, aux enfants, aux nourrissons et aux personnes suivant des traitements médicamenteux qui affectent la thermorégulation. Les autorités recommandent de rester en contact avec les proches vulnérables et de veiller sur eux pendant les vagues de chaleur.
L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur accroît les risques pour la population : l’OMS a fait état d’une hausse de 85 % de la mortalité liée à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans, en comparant les périodes 2000-2004 et 2017-2021.[2]
Article traduit et adapté de l’édition espagnole de Medscape.