En Alsace au domaine Ginglinger-Fix, malgré les vagues de chaleur, les vignes matures n’ont pas souffert du manque d’eau

En pleine sécheresse, des vignes alsaciennes résistent sans irrigation

À Vœgtlinshoffen, au domaine Ginglinger-Fix, les premiers coups de sécateur ont détaché, mercredi 12 août, les premières grappes de chardonnay. Malgré les vagues de chaleur, les vignes matures n’ont pas souffert du manque d’eau. Un résultat que Hubert Ginglinger attribue notamment au travail mené depuis des années sur ses sols.

Anne Frintz (Rue89 Strasbourg)

14 août 2026 à 11h24 https://www.mediapart.fr/journal/france/140826/en-pleine-secheresse-des-vignes-alsaciennes-resistent-sans-irrigation?utm_source=hebdo-20260814-185310&utm_medium=email&utm_campaign=HEBDO&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[HEBDO]-hebdo-20260814-185310&M_BT=115359655566

VœgtlinshoffenVœgtlinshoffen (Haut-Rhin).

– Les vendanges ont commencé mercredi 12 août, à Colmar (Haut-Rhin), pour le crémant. Elles n’ont jamais débuté aussi tôt en Alsace. La veille, cinq vignerons alsaciens avaient demandé et obtenu auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) l’autorisation de prévendanger, avant même que la date officielle du début des vendanges ne soit fixée à l’issue de la réunion de l’Association des viticulteurs d’Alsace, lundi 17 août.

Cet empressement s’explique par une maturité précoce du raisin. Au domaine viticole de la ville de Colmar, qui a ouvert le bal, cela a permis de soulager les ouvriers et ouvrières chargé·es d’irriguer les parcelles caillouteuses. Pour sauver les vignes et permettre aux raisins de continuer à mûrir, le recours à l’irrigation, exceptionnellement autorisé par dérogation, s’est imposé, rapporte ICI Alsace.

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Le 12 août 2026, les vendangeurs ont démarré à 6 h 30 pour éviter les fortes chaleurs dans l’après-midi, à Vœgtlinshoffen (Haut-Rhin).  © Photo Anne Frintz / Rue89 Strasbourg

À quelques kilomètres, sur les collines d’Obermorschwihr, l’ambiance est tout autre. Au domaine Ginglinger-Fix, à Vœgtlinshoffen, Hubert Ginglinger récolte lui aussi ses premières grappes de chardonnay depuis mardi 11 août. Mais ici, pas question d’arroser les vignes matures : si les sécateurs sont déjà de sortie, c’est simplement parce que le raisin destiné au crémant est arrivé à maturité.

« Avec un taux de sucre de 11 °C, il faut y aller, sinon les crémants seront trop alcoolisés, et pour les bulles, il faut de la fraîcheur, de la légèreté, de la délicatesse », explique Hubert Ginglinger, 39 ans. Il faut donc encore un peu d’acidité dans le raisin.

Mais dans les parcelles, tout va bien. Les vignes sont vertes, les grappes bien formées, les feuilles encore vigoureuses. Pas de maladie, pas de champignon et, surtout, pas de signe apparent de stress hydrique, à l’exception des jeunes pieds, dont les racines ne se sont pas encore développées suffisamment profondément dans le sol.

Sur ces collines qui dominent Colmar, sous la protection des Trois-Châteaux du Haut-Eguisheim, le sol est argilo-marno-calcaire, un mélange qui permet de retenir l’eau dans une terre tout de même « aérée ». Malgré les quatre épisodes caniculaires et la sécheresse record de cette année 2026, les vignes matures se plaisent, ici, sans irrigation : aucun stress hydrique enregistré. « Elles résistent en Grèce aussi », ajoute Hubert Ginglinger.

Depuis 2012 et son adhésion à l’association Vignes vivantes, qui œuvre à la préservation des sols, il enherbe ses vignes. Aujourd’hui, elles le sont à 100 %, à l’exception du cavaillon, sous les pieds de vigne. Au printemps, il roule l’herbe entre les rangs. Elle se transforme alors en une sorte de paillage naturel qui protège le sol et limite l’évaporation de l’eau. Une manière de conserver au plus près des racines l’humidité apportée par les pluies.

Hubert Ginglinger a également généralisé le non-labour afin de préserver la matière organique et l’humus superficiel, mais aussi tous les « microbes » qui participent à la bonne santé du sol. Une santé qu’il compare volontiers à celle des humains.

Être agriculteur, c’est donner aux enfants une meilleure terre que celle reçue de ses parents.

Hubert Ginglinger, vigneron à Vœgtlinshoffen

Le vigneron parle de ses terres avec enthousiasme : « Ici, à Vœgtlinshoffen et à Gueberschwihr, nos terroirs sont intéressants. Ils me passionnent. Avant même d’être certifié en agriculture biologique, en 2023, je me passais déjà des produits chimiques de synthèse, par conviction, parce que je suis attaché à toutes les méthodes protectrices du vivant. Des nouveautés à base d’algues et de bactéries arrivent sur le marché pour soigner les vignes. »

Sa position face au dérèglement climatique est de garder les cépages alsaciens, coûte que coûte, car c’est « [leur] identité », dit-il. Riesling, gewurztraminer, pinot gris et pinot blanc sont les quatre principaux qu’il cultive. « L’année 2025 a été chaude et le millésime a été exceptionnel », rappelle-t-il, alors que les vendanges avaient démarré le 25 août 2025 chez lui.

Cette année aussi, il pense que la qualité sera là. Mais, à la différence de l’an passé, 2026 a connu un printemps sec. « Nous n’avons jamais vu ça. Il y a trente ans, mon père, André, se souvient d’une pluie tous les dix jours, environ. Cette année, quasiment six mois ont passé sans véritable grosse pluie », relève Hubert Ginglinger. Les vins de ce millésime seront donc une surprise.

« Il faudra planter encore plus d’arbres »

Le trentenaire sait en revanche que son vignoble devra continuer d’évoluer face aux changements climatiques. Avec son père, il plante des arbres depuis « toujours », aux limites des parcelles et dans les pointes. Sur les dix hectares du domaine, une vingtaine d’arbres fruitiers – pruniers quetsches, cerisiers, pêchers – poussent ainsi au milieu des 50 000 pieds de vigne.

« Les arbres créent de l’ombre, apportent de la fraîcheur et donnent des fruits. Aux vendangeurs, ils offrent des pauses salvatrices », souligne Hubert Ginglinger, qui a fait commencer son équipe de quinze saisonniers à 6 h 30, dans les vignes, pour éviter les fortes chaleurs de l’après-midi, mercredi 12 août. Des noyers poussent aussi, apportés par les corbeaux.

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Pour le vigneron, ces arbres pourraient être encore plus nombreux demain : « Il faudra planter encore plus d’arbres à l’avenir. Mais aussi resserrer les rangs de vignes pour qu’il y ait moins de lumière au sol, lorsque nous plantons de nouveaux plants, et arrêter le rognage qui consiste à couper les cimes et autres extrémités des plantes, parce qu’elles dérangeraient les viticulteurs. C’est une question de viabilité du métier de protéger ainsi nos sols de la chaleur et du soleil. »

D’autres pistes existent. Il imagine « d’autres couverts que l’herbe, tels les féveroles, pois, vesces ou radis qui protégeraient encore mieux les sols. Être agriculteur, c’est donner aux enfants une meilleure terre que celle reçue de ses parents ».

Toutefois, même ce vignoble pensé pour mieux résister au manque d’eau n’échappe pas complètement aux effets du dérèglement climatique. Au printemps, Hubert Ginglinger a dû arroser les jeunes vignes plantées cette année, alors qu’il était en pleins travaux dans les anciennes pour ébourgeonner, traiter, relever les tiges, un travail supplémentaire dans une période déjà très chargée.

« C’était contraignant, mais il y aurait eu un arrêt de croissance, sinon », précise-t-il. Malgré tous ses efforts d’adaptation, il a donc quand même déjà souffert de la catastrophe climatique. Il sait d’autant plus que les efforts à fournir seront de plus en plus grands, avec des étés toujours plus chauds et des pluies toujours plus rares.

Anne Frintz (Rue89 Strasbourg)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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