Quatrième arrêt de la centrale nucléaire d’EDF à Golfech.

La canicule met les réacteurs nucléaires à l’arrêt

Publié le 10/08/2026 08:18Mis à jour le 10/08/2026 08:20 https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/la-canicule-met-les-reacteurs-nucleaires-a-l-arret_8141474.html

La centrale de Golfech de nouveau à l’arrêt en raison des conditions climatiques, annonce EDF

Ce nouvel arrêt est le quatrième depuis le début de l’été, en raison des fortes chaleurs. Le réacteur 2 avait été redémarré vendredi, après avoir été arrêté le 29 juillet. 

Le Monde avec AFP

Publié hier à 11h27, modifié hier à 12h54 https://www.lemonde.fr/climat/article/2026/08/09/la-centrale-de-golfech-de-nouveau-a-l-arret-en-raison-des-conditions-climatiques-annonce-edf_6742267_1652612.html

La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 23 juin 2026
La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 23 juin 2026  LIONEL BONAVENTURE/AFP

A peine redémarré vendredi, le seul réacteur en activité de la centrale de Golfech, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Toulouse, a été de nouveau arrêté samedi 8 août dans la soirée, selon un communiqué d’EDF.

La réglementation exige une modulation de puissance ou un arrêt temporaire du réacteur de la centrale lorsque la température moyenne journalière de la Garonne dépasse 28 °C, le site de Golfech y rejetant ses eaux de refroidissement à une température déjà un peu plus élevée que celle du fleuve.

« Les conditions climatiques de ces derniers jours ont entraîné une montée importante de la température de la Garonne qui devrait atteindre 28 °C, ce dimanche 9 août 2026 », souligne EDF dans son communiqué.

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« L’indisponibilité d’un système nécessaire à l’alimentation en eau des générateurs de vapeur »

« Pour respecter la réglementation (…) , en anticipation, l’unité de production no 2 de la centrale nucléaire de Golfech a été mise à l’arrêt samedi 8 août 2026, à 21 heures », ajoute l’opérateur, précisant que le réacteur no 1 est quant à lui « déjà à l’arrêt pour maintenance et remplacement du combustible ».

Ce nouvel arrêt est le quatrième depuis le début de l’été, en raison des fortes chaleurs. Le réacteur 2 avait été redémarré vendredi, après avoir été arrêté le 29 juillet. Malgré une baisse de la température de la Garonne en dessous de 28 °C dès le 31 juillet, il était resté à l’arrêt jusqu’à vendredi, « en raison de l’indisponibilité d’un système nécessaire à l’alimentation en eau des générateurs de vapeur », selon EDF.

Les conditions climatiques de cet été, avec une troisième vague de chaleur qui persiste dans le pays, ont pesé sur la production du parc nucléaire d’EDF.

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« Pas d’alerte »

L’exploitant nucléaire estime à environ 1 térawattheure (TWh) la perte de production en juin, puis à 2 TWh en juillet, soit 3 TWh au total sur deux mois « en raison des conditions climatiques ».

Rapporté aux quelque 33 TWh produits en juin puis en juillet, cela représente un manque à produire d’environ 3 % en juin et 6 % en juillet, soit une perte équivalente à 4,5 % de la production nucléaire réalisée ces deux derniers mois.

Ces chiffres mensuels sont nettement plus élevés que la moyenne annuelle de pertes de production liées à la sécheresse et aux fortes chaleurs. « Depuis 2000, les pertes de production pour cause de température élevée et de faible débit des fleuves ont représenté en moyenne 0,3 % de la production annuelle du parc », déclare EDF, en soulignant que cet « impact » environnemental « est très faible ».

« Il n’y a pas d’alerte, le niveau de production est suffisant pour répondre à la demande », ajoute EDF qui précise aussi qu’« au premier semestre 2026 et malgré une période de canicule, la France est à un niveau record d’exportation d’électricité de 51 TWh ».

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Le Monde avec AFP

Des méduses contraignent EDF à arrêter trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines

La présence de ces animaux gélatineux sur le littoral du nord de la France est régulière et saisonnière. Mais cet incident intervient alors que le parc nucléaire français a déjà atteint son record d’indisponibilités liées à la sécheresse et à la canicule. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 13h29 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/11/des-meduses-contraignent-edf-a-arreter-trois-reacteurs-de-la-centrale-nucleaire-de-gravelines_6743796_3244.html

Des méduses échouées près de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), le 11 août 2026.
Des méduses échouées près de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), le 11 août 2026.  SAMEER AL-DOUMY/AFP

Un afflux massif de méduses dans les stations de pompage d’eau de mer de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) a contraint, lundi 10 août, EDF à arrêter trois de ses réacteurs, a annoncé le groupe sur son site, mardi. Gravelines, la plus grande centrale nucléaire d’Europe occidentale, située au bord de la mer du Nord, avait déjà été confrontée au même problème il y a exactement un an.

Les réacteurs numéro 2, 3 et 4 ont été arrêtés et la puissance de l’unité de production numéro 1 a été réduite à 50 %. Seul le réacteur numéro 6 fonctionne actuellement à 100 %, le cinquième étant en arrêt programmé pour maintenance, a précisé EDF. « Cette situation n’entraîne aucune conséquence sur la sûreté des installations, la sécurité du personnel ou sur l’environnement », a assuré EDF.

En 2025, quatre des réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines s’étaient automatiquement arrêtés à cause d’un afflux similaire de méduses. Leur redémarrage avait été progressif : le dernier réacteur n’avait été reconnecté au réseau électrique national qu’au bout d’une dizaine de jours.

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Le réchauffement climatique en cause

La présence de méduses sur le littoral du nord de la France est régulière et saisonnière. Mais le signalement de grands bancs dans ce secteur chaque été devient plus fréquent, selon un expert interrogé l’an dernier par l’Agence France-Presse (AFP). Différents facteurs expliquent la prolifération des méduses dans le monde. Parmi eux, l’augmentation des températures dans les océans, en lien avec le réchauffement climatique.

Cet incident intervient alors que le parc nucléaire français a déjà atteint son record d’indisponibilités liées à la sécheresse et à la canicule, avec un taux de 15,6 % de puissance manquante dimanche, selon des calculs de l’AFP réalisés à partir des données publiées depuis 2015 par EDF. En d’autres termes, jamais autant de puissance nucléaire électrique n’avait manqué en France à cause de la hausse des températures des cours d’eau et de la baisse de leur débit.

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Le Monde avec AFP

*Canicule : incertitudes pour plusieurs réacteurs nucléaires d’EDF, mais RTE se veut rassurant sur l’ensemble du réseau

EDF a arrêté un réacteur nucléaire et réduit la puissance de deux autres. Si les fortes chaleurs font monter la demande d’électricité, la France a les moyens d’y répondre, assure le gestionnaire du réseau de transport national. 

Par Adrien PécoutPublié le 23 juin 2026 à 19h09, modifié le 24 juin 2026 à 18h11 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/23/canicule-incertitudes-pour-plusieurs-reacteurs-nucleaires-d-edf-mais-rte-se-veut-rassurant-sur-l-ensemble-du-reseau_6710002_3234.html

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La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) dont l’un des réacteurs est à l’arrêt depuis la veille, le 23 juin 2026.
La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) dont l’un des réacteurs est à l’arrêt depuis la veille, le 23 juin 2026.  LIONEL BONAVENTURE/AFP

C’est un cas de figure bien connu en période de canicule, du fait de l’élévation de la température des fleuves. Dans la nuit du lundi 22 juin, à 23 h 45, EDF a mis à l’arrêt le réacteur numéro 2 de sa centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), d’une capacité de 1 300 mégawatts (MW).

Quant au réacteur numéro 2 de la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), sa puissance a été abaissée de 1 300 à 400 MW à partir de mardi 23 juin, selon une information donnée en fin de journée par l’électricien national.

Autre réduction en perspective, cette fois en bordure du Rhône : la puissance du réacteur numéro 3 du Bugey (Ain) sera ramenée de 900 à 180 MW à compter du mercredi 24 juin. Au total, ces indisponibilités concernent 4,6 % de la puissance installée des 57 réacteurs français.

Comme à l’accoutumée, les mesures d’EDF obéissent à des contraintes environnementales, pour préserver la flore et la faune environnantes. En temps normal, le site de Golfech, par exemple, après avoir prélevé de l’eau dans la Garonne pour faire refroidir ses installations, en restitue une bonne part à une température plus élevée (plus de 0,2 °C en moyenne, selon l’exploitant).

Or, en vertu d’un arrêté de 2006, la centrale peut être amenée « à moduler la puissance de ses unités de production ou les mettre à l’arrêt temporairement lorsque la température moyenne journalière de la Garonne en aval de la centrale dépasse 28 °C ». Contacté par Le Monde, EDF assure que ces arrêts ne sont pas liés à un éventuel « risque de sûreté » nucléaire.

L’arrêt du réacteur numéro 2 de Golfech est pour l’instant prévu jusqu’au mardi 30 juin à minuit. « Le placement et la durée de cet arrêt pour contraintes environnementales seront modifiés en fonction de l’évolution des prévisions météorologiques », précise EDF. Sachant que le réacteur numéro 1 de la centrale de Golfech est, lui aussi, à l’arrêt, depuis le mois de mai, pour des opérations classiques de maintenance et de rechargement de combustible.

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L’électricien français a fait savoir que la canicule pourrait aussi affecter la production des centrales du Blayais (Gironde),à partir du mercredi 24 juin, et de Saint-Alban (Isère), à partir du jeudi 25 juin. Depuis 2000, selon les moyennes d’EDF, les pertes de production liées aux fortes chaleurs n’ont pesé que 0,3 % de la production annuelle des réacteurs français.

Des dérogations

En cas de risque pour l’équilibre du réseau électrique, des réacteurs peuvent bénéficier de dérogations. Durant la canicule de 2022, certaines centrales ont eu l’autorisation de fonctionner malgré des rejets à une température plus élevée que la norme prévue : celles du Tricastin (Drôme), du Bugey, de Golfech et de Saint-Alban ; au total, ces décisions ont représenté vingt-quatre jours de production, tous réacteurs cumulés.

A l’heure actuelle, « EDF n’a pas formulé de demande » en vue de nouvelles dérogations, explique l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. « EDF ne peut formuler ce type de demande que si l’état du réseau électrique nécessite de maintenir les réacteurs concernés en fonctionnement. »

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Or, contactée mardi 23 juin en début de journée par Le Monde, le gestionnaire national du réseau de transport d’électricité, RTE, s’était voulu rassurant. « La France dispose des moyens de production pour couvrir les besoins en électricité des Français, y compris en cas d’arrêt de moyens de production dans les prochains jours », déclare l’entreprise, détenue à 50,1 % par EDF.

En période de forte chaleur, la demande électrique du pays croît de l’ordre de 0,7 à 1 gigawatt (GW) par degré supplémentaire, notamment pour la climatisation, selon le gestionnaire du réseau. « Soit trois fois moins que l’impact d’un degré en moins l’hiver », lorsqu’il s’agit de se réchauffer, relativise RTE, dans un communiqué diffusé le 22 juin.

Mardi 23 juin, un pic de consommation a mobilisé une puissance de 57 GW, vers 14 heures. La production électrique du pays s’appuyait alors encore en majorité sur le nucléaire (à hauteur de 55 %), mais elle comptait aussi sur le renfort notable de l’énergie solaire (31 %).

Mise à jour le 23 juin à 20 h 15 : ajout de nouvelles annonces d’EDF.

Adrien Pécout

**Comment EDF tente d’adapter le fonctionnement de ses centrales nucléaires au dérèglement climatique

L’électricien national, qui a dû stopper lundi un réacteur à Golfech (Tarn-et-Garonne), pour limiter les rejets d’eau chaude dans la Garonne, reste rassurant sur les effets à court terme des vagues de chaleur sur le parc nucléaire. Mais son autorité de sûreté comme la Cour des comptes l’incitent à accélérer son adaptation. 

Par Adrien Pécout

Publié le 02 juillet 2025 à 10h00, modifié le 02 juillet 2025 à 16h56 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/07/02/comment-edf-tente-d-adapter-le-fonctionnement-de-ses-centrales-nucleaires-au-dereglement-climatique_6617344_3234.html

Temps de Lecture 3 min.

Un ouvrier traverse une route d’accès à la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 22 janvier 2024.
Un ouvrier traverse une route d’accès à la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 22 janvier 2024.  ED JONES / AFP

Quel est l’effet, dès à présent, du réchauffement climatique sur les installations d’EDF ? La question n’est pas à prendre à la légère pour l’unique exploitant du parc nucléaire français, principale source de production électrique dans le pays (à plus de 60 % encore, mardi 1er juillet). D’autant que le recours aux climatiseurs, donc à l’électricité, est appelé à croître. Selon les données du gestionnaire Réseau de transport d’électricité (RTE), la consommation électrique a bondi de 13 %, lundi 30 juin à 13 heures, jour de canicule, par rapport à la même date en 2024 – même si les facteurs précis de cette hausse ne sont pas connus.

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Pour l’heure, les phénomènes de sécheresse et de canicule n’ont qu’un effet « très faible » sur le fonctionnement du parc nucléaire français, fait valoir EDF. Selon le groupe public, depuis 2000, les pertes de production pour cause de température élevée et de faible débit des fleuves n’ont représenté en moyenne que 0,3 % de la production annuelle des réacteurs. D’après ses modélisations, « l’impact du changement climatique pourrait conduire à des indisponibilités moyennes de 1,4 % de la cible de production » pour 2025. Soit plus ou moins le même pourcentage que durant la grande canicule de 2003. Mais « les dernières études d’EDF laissent augurer un taux d’indisponibilité multiplié par trois ou quatre d’ici à 2050 », écrivait la Cour des comptes, en mars 2024, dans son rapport public annuel.

Pour fonctionner en toute sûreté, les réacteurs nécessitent d’être refroidis en permanence. D’où leur emplacement, soit à proximité de la mer, soit près d’un fleuve ou d’une rivière. Or, une période de sécheresse peut faire baisser le niveau d’un cours d’eau ainsi que son débit. Déjà entre 2015 et 2020, la grande majorité des pertes en énergie (71 %) était due à des « débits trop faibles de la source froide », précise RTE.

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Autre conséquence possible de la canicule : selon les températures, des normes environnementales empêchent les réacteurs de restituer de l’eau dans un fleuve, après l’avoir prélevée pour leur refroidissement. C’est ainsi que, dimanche 29 juin, peu avant minuit, l’électricien national a mis à l’arrêt le réacteur numéro un de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), en principe jusqu’au lundi 7 juillet. « Les conditions climatiques de ces derniers jours ont entraîné une montée importante de la température de la Garonne, qui devrait atteindre 28 °C », expliquait EDF, lundi 30 juin. Or, un arrêté de 2006 demande à l’exploitant de moduler la puissance de ses réacteurs ou de les arrêter, pour éviter que le fleuve du Sud-Ouest dépasse cette température journalière en aval ; dans cette zone, l’échauffement de l’eau lorsqu’elle sort de la centrale est en moyenne de l’ordre de 0,2 °C, selon EDF.

« Lourdes questions d’arbitrage pour l’usage de l’eau »

A l’inverse, à l’été 2022, l’Autorité de sûreté nucléaire avait accordé une dérogation à quatre centrales, dont celle de Golfech, pour fonctionner malgré la canicule, au nom de la stabilité du système électrique à préserver. « Toutes ces normes sur l’eau sont là pour des questions de protection de la biodiversité et de l’environnement, pas pour des questions de sûreté des centrales », souligne Nicolas Goldberg, spécialiste de l’énergie pour le cabinet de conseil Colombus Consulting et le cercle de réflexion Terra Nova. Celui-ci fait par ailleurs remarquer que des réacteurs tournent aussi dans des contrées plus chaudes encore, par exemple aux Emirats arabes unis.

Depuis les canicules de 2003 et de 2006, EDF a étoffé les systèmes de ventilation et de climatisation des locaux dans lesquels se trouvent les systèmes de sûreté des réacteurs.

Selon le rapport de la Cour des comptes, qui appelle les responsables d’EDF à « encore intensifier leurs actions d’adaptation », la mise en œuvre de dispositifs liés au changement climatique a déjà mobilisé 960 millions d’euros de dépenses pour le parc nucléaire français entre 2006 et 2021 : notamment pour la construction de digues en cas de montée des eaux, ou pour la rénovation de tours aéroréfrigérantes censées réduire les rejets thermiques dans les cours d’eau. Quelque 600 millions d’euros supplémentaires ont été fléchés pour la période 2022-2038. Très loin, cependant, des dizaines de milliards d’euros programmés dans le cadre plus large du « grand carénage », vaste chantier de rénovation et de modernisation.

Avec 2050 en ligne de mire, EDF entend « comprendre et évaluer les conséquences du dérèglement climatique sur l’outil de production nucléaire et thermique » ; c’est le propos de son programme Adapt, conçu dès 2021.

Parmi les 57 réacteurs en fonctionnement dans le pays, les 32 plus anciens ont en moyenne 42 ans révolusComme elle l’a formulé en décembre 2024, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection considère que les cinquièmes visites décennales de ces unités-là devront se pencher en priorité sur le « renforcement de la prise en compte des effets du changement climatique ». Une « nécessité » pour prolonger ensuite le parc au-delà de 60 ans, salue Gwénaël Plagne, secrétaire CGT du comité social et économique central d’EDF.

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A supposer que de futurs réacteurs soient mis en service dans la décennie 2040, la réflexion pourrait mener jusqu’au siècle suivant. « L’évolution du débit des fleuves aura un impact majeur pour le secteur nucléaire, avec, en cas de pénurie d’eau, de lourdes questions d’arbitrage pour l’usage de l’eau, voire des discussions difficiles avec des pays voisins », alerte Stéphane His, président de l’association Energies renouvelables pour tous, et observateur critique du nucléaire. Dans un autre registre, la question des précipitations et des sécheresses sera tout aussi déterminante pour les installations hydroélectriques d’EDF, principal acteur français dans ce domaine.

Adrien Pécout

***Près de 6 milliards de poissons, de crustacés et de méduses sont victimes des centrales nucléaires françaises chaque année

En se fondant sur des documents internes à EDF, le réseau Sortir du nucléaire alerte sur les conséquences des systèmes de refroidissement des réacteurs pour les organismes aquatiques. L’électricien tricolore assure que cela n’a pas d’impact sur le maintien des espèces. 

Par Perrine MouterdePublié le 15 juin 2026 à 06h00, modifié le 15 juin 2026 à 12h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/15/pres-de-six-milliards-de-poissons-de-crustaces-et-de-meduses-sont-victimes-des-centrales-nucleaires-francaises-chaque-annee_6703147_3244.html

La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), en novembre 2024.
La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), en novembre 2024.  BERTRAND GUAY/AFP

Que se passe-t-il sous la surface de la mer, des rivières ou des estuaires à proximité des centrales françaises ? Dans un rapport, publié lundi 15 juin, intitulé « L’Hécatombe invisible », le réseau Sortir du nucléaire révèle qu’au moins 5,9 milliards de poissons, de crustacés et de méduses, aspirés dans les systèmes de refroidissement des réacteurs, sont victimes du parc nucléaire chaque année. La relance de l’atome ne devrait qu’alourdir ce bilan : la construction de quatre nouveaux réacteurs à Penly (Seine-Maritime) et à Gravelines (Nord) devrait porter le nombre d’individus concernés à 7,7 milliards par an – les estimations pour les futurs EPR2 de Bugey (Ain) ne sont pas encore connues.

Ces chiffres, spectaculaires et inédits, n’émanent pas de militants antinucléaires, mais bien de l’entreprise EDF elle-même : l’organisation Sortir du nucléaire a obtenu l’accès à 38 documents internes de l’exploitant du parc. Des études confidentielles, réalisées entre 1981 et 2025, qui évaluent les conséquences de certaines centrales sur différentes espèces. «EDF ne fait jamais de synthèse des mortalités toutes centrales confondues, mais il y a des rapports spécifiques à chaque site, précise Marjorie D’Agostino, chargée de la surveillance citoyenne et de la veille technique au sein de Sortir du nucléaire. Nous avons simplement fait la somme des individus capturés pour les centrales pour lesquelles nous avions les chiffres. »

Pour assurer leur refroidissement, les réacteurs prélèvent de grandes quantités d’eau dans le milieu naturel. Lors de ces prélèvements, des animaux aquatiques sont aspirés dans les systèmes de prise d’eau. Les organismes les plus petits, c’est-à-dire les œufs et les larves de poissons et de crustacés, vont passer à travers les mailles d’un tambour filtrant et transiter dans le circuit de refroidissement, où ils connaissent des chocs thermiques, chimiques et mécaniques. Les plus grands, des poissons et des invertébrés, sont bloqués sur le tambour filtrant, où ils subissent là aussi des chocs violents, des traitements à l’eau de Javel et où ils peuvent mourir de suffocation à l’air libre.

Mortalités largement ignorées

La mortalité à l’issue de ces deux phénomènes, appelés « entraînement » et « piégeage », varie selon les espèces, mais peut atteindre 100 %. Sortir du nucléaire rapporte qu’EDF considère, dans ses dernières études, que la mortalité est totale par souci de simplification. Une centaine d’espèces sont touchées dont des sprats, des gobies, des crevettes blanches et grises ou encore des harengs, mais aussi des espèces protégées (anguilles, aloses, lamproies…).

Dans certains cas, ces phénomènes deviennent particulièrement visibles : en août 2025, par exemple, une arrivée massive de méduses dans les stations de pompage d’eau de la centrale de Gravelines a entraîné la mise à l’arrêt de quatre réacteurs. Mais, la plupart du temps, ces mortalités sont largement ignorées : pour Sortir du nucléaire, l’enjeu est d’abord de les rendre visibles.

L’organisation a ainsi fait le choix de communiquer sur le nombre d’individus plutôt que sur des volumes. « Personne ne se rend compte de ce que représentent 46 tonnes ou 600 tonnes de poissons », insiste Marjorie D’Agostino. Raisonner en fonction d’un tonnage aurait aussi pour conséquence « de “valoriser” une espèce par son poids et non pour sa valeur écologique et écosystémique ou simplement pour son existence en tant qu’individu », ajoute le rapport.

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Interrogé par Le Monde, EDF ne dément pas les chiffres mis en avant, mais précise que les centrales font l’objet « d’une surveillance poussée de l’écosystème aquatique » et que ces suivis, « réalisés annuellement », ne « mettent pas en évidence d’évolution des peuplements de poissons ou d’organismes aquatiques qui puisse être imputable au fonctionnement » des installations nucléaires.

Un avis de 2025 de l’Autorité environnementale sur l’implantation de deux EPR2 sur le site de Penly semble aller dans le même sens. L’organisme affirme que les quelque 575 tonnes de sprats, 13,4 tonnes de harengs, 13 tonnes de gobies, 2,8 tonnes de merlans, 1,1 tonne de soles, 2,9 tonnes de seiches ou 5,7 tonnes de crevettes grises capturées chaque année par les deux réacteurs déjà en fonctionnement représentent « des proportions faibles des biomasses régionales » – moins de 1 % pour la plupart des espèces – et que « l’effet sur la dynamique des populations semble limité ». L’Autorité environnementale ajoute toutefois que « la pression est continue et s’exercera année après année » et que l’efficacité réelle du dispositif de rejet des organismes vivants dans le milieu naturel, qui doit être installé dans les EPR2 pour réduire les pertes, n’est « pas documentée ».

Renforcer la réglementation

Si cette question de l’impact des centrales sur les organismes aquatiques reste peu connue du grand public, elle est clairement identifiée par EDF depuis des décennies. Dans un document de 2011, que Le Monde a pu consulter, et dont Mediapart s’est déjà fait l’écho, l’entreprise explique que le phénomène de piégeage a été considéré comme ayant un « impact environnemental important » sur les populations de poissons et de crustacés dans les années 1970-1980, c’est-à-dire au démarrage du programme nucléaire. De « nombreux suivis » ont alors été mis en place pour quantifier les conséquences de ces piégeages et pour essayer de les réduire. Lors de la mise en service de la centrale du Blayais, dans la Gironde, par exemple, il est demandé à EDF de prévoir un dispositif particulier.

Mais les efforts semblent s’arrêter là. « Aucune demande spécifique n’ayant été formulée par la suite, les actions de recherche et développement ont été stoppées sur cette thématique en 1994 », écrit EDF. Dans son rapport, Sortir du nucléaire insiste sur le fait que le sujet a été davantage suivi et encadré dans d’autres pays.

Aux Etats-Unis notamment, une loi de 2004 oblige à réduire de 85 % à 90 % les effets du piégeage et de 60 % à 90 % ceux de l’entraînement. « Techniquement, il est possible de concevoir des systèmes qui réduisent les piégeages en empêchant les organismes les plus grands d’entrer, explique Peter Henderson, un biologiste marin qui a travaillé pendant des décennies sur les impacts environnementaux des centrales. Mais il n’existe aucune technologie permettant d’empêcher l’entraînement des petits organismes. Aux Etats-Unis, cela a été identifié comme un problème majeur, et les centrales doivent désormais fonctionner en cycle fermé, ce qui réduit les prélèvements d’eau. »

Au Royaume-Uni, EDF a également été contrainte, sous la pression de la société civile et des autorités, de prévoir différents dispositifs de protection dans le cadre de la construction de la centrale de Hinkley Point, qui se trouve dans un estuaire protégé. L’entreprise va notamment installer un système acoustique permettant d’éloigner les poissons, surnommé « disco fish ». « Ce sont des dispositifs que vous n’avez pas dans les centrales françaises », note Peter Henderson. Au Canada, les exploitants doivent mettre en œuvre des mesures de compensation en restaurant des habitats.

Sortir du nucléaire appelle à renforcer le suivi des mortalités dans les centrales françaises, à les rendre publiques et à renforcer la réglementation. Contactée, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection confirme simplement que la centrale du Blayais a été « spécialement aménagée » pour réduire son impact et qu’EDF a prévu la mise en œuvre d’un « dispositif particulier » pour les prochains EPR2 de Penly, un prototype de système permettant le retour des espèces marines vers leur milieu naturel, via un tunnel de rejet spécifique, précise EDF.

Perrine Mouterde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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