Gabriel Attal charge les « gens du voyage », les associations dénoncent de l’antitsiganisme
Les déclarations du candidat à l’élection présidentielle ravivent le débat sur la stigmatisation d’une population déjà confrontée à de fortes discriminations. Associations et défenseurs des droits des voyageurs déplorent une vision réductrice qui occulte les difficultés d’accueil et les obligations des collectivités.
4 août 2026 à 17h21
Mardi 4 août, Gabriel Attal a choisi la Vendée pour inaugurer une de ses nouvelles thématiques de campagne présidentielle : le durcissement des mesures concernant les communautés voyageuses en France. « Je veux en revenir au bon sens : faire payer les occupants et non les contribuables […]. Tu dégrades, tu paies », lance-t-il dans un long entretien au Figaro. Trois jours plus tôt, il glissaitau Journal du dimanche (JDD) : « Année après année, les installations sauvages et illégales des gens du voyage gâchent la vie des maires et des Français. »
Interrogé par Mediapart sur cette formulation, l’entourage du candidat à l’élection présidentielle assure qu’il n’entendait pas là que les Voyageurs et Voyageuses ne seraient pas Français·es. « De la même manière que les nuisances nocturnes gâchent la vie des Français, les installations illégales des gens du voyage gâchent la vie des Français. Il n’y a aucun sous-entendu », nous dit-on.
Plusieurs interlocuteurs et interlocutrices de Mediapart ont mentionné spontanément la temporalité douteuse de l’assaut de Gabriel Attal sur le sujet, alors que le 2 août marquait la Journée européenne de commémoration du génocide des Roms et des Voyageurs et Voyageuses pendant la Seconde Guerre mondiale. De cette commémoration, le député n’a fait aucune mention dans ses communications publiques.

Ces déclarations interviennent alors que les « gens du voyage » sont « de loin la minorité la moins acceptée » en France, comme l’a encore rappelé en 2025 la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). « Les attitudes négatives envers les communautés de gens du voyage continuent d’être, dans une partie de la population, considérées comme plus socialement acceptables que d’autres formes de racisme », relève l’institution.
Le 28 juillet, le secrétaire général de Renaissance avait déjà pris position après l’installation non autorisée d’environ 280 caravanes sur un terrain agricole à Guérande, en Loire-Atlantique. « Ça suffit ! Personne n’est au-dessus des lois. Et partout en France, des maires sont confrontés à ce scandale des installations illégales de gens du voyage », a-t-il écrit sur X, tout comme Édouard Philippe, apportant leur soutien au maire Horizons de la commune, Nicolas Criaud.
Durcissement des conditions d’accueil
L’élu local avait dénoncé une occupation « illégale » sur ses réseaux sociaux et demandé « l’expulsion immédiate » des occupant·es. Contacté par Mediapart, la mairie de Guérande n’a pas répondu à nos sollicitations. Parmi les élu·es de gauche, personne ne s’est ému de la situation, hormis Ersilia Soudais, députée insoumise de Seine-et-Marne. « Ce qui devrait faire la une des journaux, c’est l’antitsiganisme que vous contribuez à répandre et qui est la forme de racisme la plus banalisée », répond-elle sur X au secrétaire général de Renaissance.
« Gabriel Attal reprend une mesure proposée par le RN, en présentant les Voyageurs comme responsables des dégradations commises lors de leur passage en aire d’accueil, complète-t-elle à Mediapart. C’est une façon extrêmement raciste de présenter les “gens du voyage” comme des nuisibles, sans jamais s’intéresser à ce qui occasionne les stationnements illicites. »
En France, l’accueil des « gens du voyage » est organisé par les schémas départementaux d’accueil et d’habitat, qui répartissent les obligations entre les intercommunalités chargées de créer et de gérer les aires dédiées. Dans les faits, les communes de plus de 5 000 habitant·es doivent disposer d’une aire d’accueil. Le dispositif prévoit également des aires de grand passage, destinées à accueillir temporairement des rassemblements importants de caravanes.
On ne peut pas interdire aux personnes de s’arrêter partout après avoir refusé de leur permettre d’habiter quelque part.
William Acker dans le Club de « Mediapart »
Si Guérande ne dispose pas aujourd’hui d’une aire de grand passage, c’est parce que le projet initial, envisagé sur le territoire de la commune en 2021, n’a jamais abouti. À l’échelle de l’intercommunalité, aucune infrastructure d’aire de grand passage n’est actuellement disponible. Celle prévue à Herbignac, située à dix-sept kilomètres au nord de Guérande, ne devrait pas entrer en service avant 2027 ou 2028, selon Ouest-France.
Pour Michael Cunin, avocat des Voyageurs et Voyageuses à Guérande, cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement des politiques publiques envers les populations itinérantes. Il rappelle que les procédures d’évacuation reposent sur la loi du 5 juillet 2000 sur les troubles à l’ordre public.
Selon lui, l’interprétation actuelle de cette notion s’est progressivement élargie : « Le simple fait de s’installer sur un terrain non prévu pour accueillir des caravanes et de s’accorder à l’eau et l’électricité est désormais considéré comme un trouble à l’ordre public. Pourtant, l’esprit de la loi était de sanctionner un trouble objectif et manifeste, pas la seule présence de familles itinérantes », explique-t-il.
Reconnaître un mode de vie itinérant
Les déclarations de Gabriel Attal ont provoqué de nombreuses réactions parmi les représentant·es des « gens du voyage ». Pour Nelly Debart, présidente de l’Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC), son approche ne prend pas en compte les réalités vécues par les familles qui utilisent les aires d’accueil. « Nous payons pour stationner sur les aires d’accueil », rappelle-t-elle. Elle estime qu’une réforme en profondeur de ces infrastructures est nécessaire, celles-ci ayant trop souvent été conçues sans véritable concertation avec les premiers concernés.
La représentante dénonce des conditions d’accueil incompatibles avec un cadre de vie digne : terrains fortement exposés au soleil, sanitaires insuffisants et équipements vétustes. « Si des groupes cherchent à s’installer sur d’autres terrains, c’est aussi parce qu’ils recherchent de la verdure et des conditions de vie supportables. Sur certaines aires, en plein été, on brûle littéralement », affirme-t-elle, alors que la France subit sa quatrième vague de canicule.
De son côté, Ritchy Thibault, visage de la jeunesse militante pour les droits des Voyageurs et Voyageuses, dénonce sur Instagram une « campagne de communication antitsigane ». Auprès de Mediapart, il appelle à revoir la répartition des responsabilités concernant les « installations illicites ». Selon lui, lorsque des terrains adaptés sont proposés, les Voyageurs privilégient ces installations légales.
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Nara Ritz, militant et fondateur de l’Observatoire pour les droits des citoyens itinérants (ODCI), partage cette analyse. Pour lui, le débat actuel dépasse la seule question des installations : il concerne la reconnaissance d’un mode de vie itinérant dans la société française. « Il ne s’agit pas de demander un traitement particulier. Il s’agit de demander l’égalité, le respect et la possibilité de vivre dignement comme chaque citoyen français avec sa liberté d’aller et venir », affirme-t-il.
Cette controverse intervient après l’adoption de la loi Ripost, votée par le Parlement le 22 juillet, qui renforce les sanctions liées aux « installations illicites ». Pour les défenseurs des droits des Voyageurs et Voyageuses, cette évolution législative risque d’accentuer une pression déjà forte en faveur d’une sédentarisation contrainte.
William Acker, délégué général de l’ANGVC, critique aussi cette orientation. « Même lorsque les Voyageurs renoncent à la caravane, parfois par choix mais le plus souvent sous l’effet de l’épuisement et du poids des discriminations, ils continuent de se heurter à des obstacles presque insurmontables », écrit-il dans le Club de Mediapart.Ajoutant : « On ne peut pas interdire aux personnes de s’arrêter partout après avoir refusé de leur permettre d’habiter quelque part. »
TRIBUNE 6 AOÛT 2026

Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.
Lettre ouverte à Gabriel Attal : « Ce sont vos propos qui sont une honte pour la République ! »
« Monsieur Attal, vous venez de démarrer votre campagne en tant que candidat à la Présidence de la République par une attaque contre les « Gens du Voyage » qui ressemble à une déclaration de guerre. » Un ensemble d’organisations pour les droits des citoyens itinérants dénonce une stigmatisation et un discours raciste à des fins électoralistes.
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Monsieur Attal,
Vous venez de démarrer votre campagne en tant que candidat à la Présidence de la République par une attaque contre les « Gens du Voyage » qui ressemble à une déclaration de guerre.
Vous qui avez refusé de vous allier à l’extrême droite lors des dernières élections législatives. A quoi bon ? Aujourd’hui vos propos, vos projets et vos méthodes n’ont rien à envier à l’extrême droite.

Dans la plus basse des démarches électoralistes, vous attaquez des citoyens et leur mode de vie minoritaire déjà stigmatisés.
Votre discours est raciste et a des relents de la période de l’entre les deux guerres et des années quarante.
Votre jugement sur nos familles renvoie à cette période noire, exterminatrice de notre histoire : fichages, interdictions en tout genre, déportations, internements, stigmatisations d’un peuple pour mieux faire accepter son élimination.
Sachez que vous vous attaquez directement à des millions d’électeurs.
Vous nous accusez de ne pas respecter la République, alors que celle-ci ne respecte pas ses propres principes d’Égalité, notamment en matière de droit au logement, base des droits communs.
Ce sont vos propos qui sont une honte pour la République ! Vos propos sont violents, incitent à la violence, socialement destructeurs et raciste à l’encontre de personnes et de leur mode de vie.
Vous vous attaquez à nous aujourd’hui, et après à qui le tour ? Nous ne nous laisserons pas faire. Nous ne vous laisserons pas faire.
Signataires :
Action Grand Passage (AGP)
Association Départemental des Gens du Voyage Citoyens 44 (ADGVC44)
Association Nationale des Gens du Voyage Citoyens (ANGVC)
Association Représentative des Gens du Voyage (ARGV)
Association Sociale Nationale Internationale Tzigane (ASNIT)
Collectif du Camp d’Internement de Montlhery « Raymond Gurème »
Comité Européen des Citoyens Itinérants (CECI)
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De Ma Vie
La Vie du Voyage
La Voix des Roms
Mémorial des Nomades et des Forains de France
Observatoire pour le Droit des Citoyens Itinérants (O.D.C.I)
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