Microplastiques dans les coronaires et pollution : un lien avec l’infarctus ?
Pr Yohann Bohbot
Rechercher des micro et nanoplastiques directement dans la circulation coronaire, au plus près de la plaque d’athérome : c’est l’approche originale adoptée par une équipe italienne.
Les auteurs de cette étude se sont intéressés à la présence de micro et nanoplastiques dans le sang coronaire de 61 patients. Parmi eux, 19 présentaient un SCA ST+, 20 une maladie coronaire chronique et 22 avaient des coronaires normales. Des prélèvements sanguins périphériques et coronaires ont été effectués au cours de la coronarographie avec plusieurs précautions destinées à limiter le risque de contamination par le matériel.
Des micro ou nanoplastiques ont été retrouvés chez 84,2 % des patients présentant un SCA ST+, 40 % chez les patients atteints d’une maladie coronaire stable et 31,8 % chez les témoins. Chez les patients ayant fait un infarctus, les analyses montraient aussi différents polymères et des concentrations plus élevées surtout dans le sang prélevé juste en amont de l’occlusion. Parmi les polymères identifiés, le polyéthylène était le plus fréquent.
Les concentrations d’IL-6 et de TNF-α étaient plus élevées dans le groupe SCA ST+, surtout dans les prélèvements coronaires et chez les patients chez qui des microplastiques avaient été détectés. Les patients avec SCA ST+ avaient aussi été davantage exposés aux PM2,5, c’est-à-dire aux particules fines de l’air, le jour de l’événement comme sur les deux années précédentes. Après ajustement, seul le tabagisme restait associé à la présence de ces microplastiques avec un OR à 5,69 mais un intervalle de confiance assez large probablement lié à la petite taille de l’effectif.
L’intérêt principal de ce travail est de montrer qu’il est possible de rechercher ces particules directement dans la circulation coronaire, ce qui avait encore été très peu étudié. Leur concentration plus élevée à proximité de l’occlusion est intéressante mais ne permet pas de conclure à un rôle dans la rupture de plaque. Ces résultats sont à prendre avec précaution car l’étude porte seulement sur 61 patients et les groupes ne sont pas tout à fait comparables notamment pour le tabagisme. On ne sait pas non plus si les particules étaient déjà présentes avant l’occlusion et si elles ont joué un rôle dans la déstabilisation de la plaque. Les résultats montrent donc surtout une association mais ne permettent pas de dire qu’il existe un lien direct de cause à effet.