TRIBUNE 8 AOÛT 2026

Les habitantes et habitants guettent les reprises de feux à la nuit tombée, dans la nuit du 25 au 26 juillet 2026. © Photo Hugo Lemonier / Mediapart
Secrétaire général de la CFDT Nouvelle-Aquitaine Membre du bureau national de la CFDT
Après les incendies : qu’une crise serve enfin à changer de cap
En quelques jours des pans entiers de la forêt de Gironde et des Landes ont brûlé. Cette terrible catastrophe aurait sans doute été pire sans le combat acharné de centaines d’hommes et de femmes contre les flammes. De cette catastrophe, il faut faire une opportunité. Qu’une crise serve enfin à changer de cap : ce n’est pas une formule, c’est une exigence. Par Grégory Gaudel, Secrétaire général de la CFDT Nouvelle-Aquitaine.
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En quelques jours des pans entiers de la forêt de Gironde et des Landes ont brûlé. Cette terrible catastrophe aurait sans doute été pire sans le combat acharné de centaines d’hommes et de femmes contre les flammes. Les sapeurs-pompiers, les forces de sécurité, les agents des services publics, les collectivités territoriales, les associations et les bénévoles ont tenu, de façon exemplaire.
Autour d’eux, la société civile s’est mobilisée et a organisé une grande solidarité. La CFDT salue leur engagement et les en remercie. La protection et la sécurité des populations et des travailleurs des territoires concernés demeurent la première des responsabilités.
Par respect pour leurs actions au plus près des incendies, les grandes déclarations vides de sens – « qui aurait pu prévoir ? » , et les engagements sans lendemain – « désormais, plus rien ne sera comme avant » – , ne sont plus tolérables. Les citoyens qui ont tremblé face aux murs de feu, les travailleurs qui ont dû évacuer… garderont longtemps en mémoire ces journées sombres du mois de juillet 2026. Tous n’expriment qu’un souhait. Que les actes supplantent les discours. L’ampleur de la catastrophe impose un changement de cap, rapide et radical.
Les habitations, les entreprises et les infrastructures ont été frappées. Ce sont des salariés, des saisonniers, des agents, des agriculteurs, des artisans, des commerçants, qui ont subi et qui subissent encore les conséquences des méga-feux, directement ou indirectement. Les décisions à venir ne peuvent être prises sans les écouter, sans les concerter. Ces transformations, elles touchent au travail, aux emplois, aux compétences et à l’organisation des activités. Les transformations nécessaires ne peuvent pas se faire à la petite semaine, imaginées par quelques-uns pour ripoliner une société terriblement meurtrie et repartir comme si rien de tout cela n’avait existé.
De cette catastrophe, il faut faire une opportunité. Le monde dans lequel nous sommes entrés avec fracas est un monde où la norme est désormais un thermomètre qui atteint voire dépasse les 40 degrés. N’en déplaisent aux climato-sceptiques qui, fin juin, s’offusquaient du rouge trop écarlate des cartes météo.
Ces incendies ont des causes déjà largement documentées : sécheresse, chaleur, gestion des espaces forestiers, urbanisation, usages du sol. Les territoires incendiés sont à la fois des écosystèmes, un cadre de vie et des filières économiques. Les adapter au climat qui vient engage notre modèle de production, d’aménagement du territoire, et donc des milliers de métiers. Une transition écologique n’est ambitieuse que si elle est juste, et elle n’est juste que si elle est partagée et négociée. Rien d’efficace et de concret ne pourra être engagé contre les travailleurs des filières concernées.
Une catastrophe ne frappe pas tout le monde de la même manière. Bas revenus, difficultés pour se loger ou se déplacer, grand âge, isolement, handicap : ces situations réduisent la capacité à affronter une évacuation, un arrêt d’activité ou la perte d’un toit.
La justice sociale est un critère de réussite pour sortir d’une crise. Cela vaut aussi pour le travail : activité partielle, indemnisation, santé et sécurité des salariés exposés aux fumées et à la chaleur, protection des saisonniers et des plus précaires. Autant de sujets qui ne se règlent pas par des oukases mais par la concertation et la négociation, au nom de l’intérêt général, dans les branches, dans les entreprises et dans les territoires.
Cette crise rappelle le rôle décisif des services publics, des collectivités et de la sécurité civile. Elle révèle aussi leurs fragilités. Les moyens humains, matériels et financiers de la prévention et du secours doivent suivre. Anticiper coûte toujours moins cher que subir.
La reconstruction résiliente de la Gironde et des Landes comme la protection des autres régions françaises de métropole et d’outre-mer, qui ne sont nullement à l’abri de ces phénomènes climatiques ne se fera que dans le dialogue. Organisations syndicales, représentants des salariés, employeurs, élus locaux : On ne reconstruit et on ne protège pas un territoire sans celles et ceux qui y travaillent.
Qu’une crise serve enfin à changer de cap : ce n’est pas une formule, c’est une exigence. Une exigence vis-à-vis des personnes sinistrées, une exigence démocratique. C’est un travail de fond. La CFDT y prendra toute sa part, à tous les niveaux.
Grégory Gaudel,
Secrétaire général de la CFDT Nouvelle-Aquitaine
Membre du bureau national de la CFDT