L’écologie, bouc émissaire facile de ceux qui n’ont rien vu venir
Éditorial
La colère et l’exaspération face aux dégâts causés par les incendies et autres catastrophes climatiques est légitime. Mais elles devraient porter sur l’insuffisance de l’action collective, et non servir à réécrire l’histoire.
Il faut une certaine audace pour reprocher aux écologistes les canicules et les incendies. C’est pourtant le curieux procès qui s’installe dans une partie du débat public, après un été où les effets du changement climatique se sont imposés avec une brutalité inédite dans la vie quotidienne des Français. Juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures météorologiques, en 1900. Après deux épisodes de canicule en juin, la France est désormais confrontée à de gigantesques incendies de forêt et à une sécheresse inquiétante.
Critiquer les écologistes n’a rien d’illégitime. Certains de leurs responsables ont parfois péché par dogmatisme, sous-estimé les contraintes économiques ou sociales de certaines transitions et défendu des solutions dont le pragmatisme était discutable. Mais il y a quelque chose d’édifiant à vouloir leur faire porter la responsabilité des conséquences d’un dérèglement climatique dont ils avaient, depuis des décennies, annoncé les dangers.
C’est pourtant le tour de passe-passe auquel se livre une partie de la droite et de l’extrême droite. Après avoir longtemps relativisé le réchauffement, contesté certaines de ses conséquences ou dénoncé l’écologie comme une idéologie « punitive », voilà que les mêmes découvrent les vertus de la lucidité climatique. Le dérèglement est désormais reconnu, puisqu’il est impossible de le nier. Mais, plutôt que de s’interroger sur les raisons pour lesquelles le pays n’a pas suffisamment réduit ses émissions de gaz à effet de serre, ni préparé les infrastructures, ils préfèrent désigner ceux qui ont sonné le tocsin.
Indécence politique
La manœuvre vise à surfer sur la colère réelle des Français. Comment accepter que des écoles, des logements, des villes entières, des forêts, des infrastructures énergétiques ou de transport restent aussi vulnérables, alors que leur inadaptation était prévisible ? L’exaspération est légitime. Mais elle devrait porter sur l’insuffisance de l’action collective, non servir à réécrire l’histoire de ceux qui ont contribué à retarder la mobilisation.

Il faut surtout se méfier de cette « lucidité » retrouvée, qui ne porte que sur les conséquences. Déplorer incendies et canicules tout en évitant soigneusement de parler d’atténuation du changement climatique revient à traiter la fièvre sans s’intéresser à la maladie. L’adaptation est indispensable, mais elle ne doit pas dispenser de poursuivre les efforts de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Plus nous tardons à agir sur ce levier, plus l’adaptation sera coûteuse, douloureuse, voire impossible.
Le plus troublant est que les attaques les plus virulentes viennent précisément de ceux qui ont longtemps expliqué qu’il ne fallait ni bouleverser nos modes de vie ni « culpabiliser » les Français. Les mêmes découvrent aujourd’hui les dégâts qu’ils contribuaient hier à minimiser. Plus qu’une contradiction, c’est une forme d’indécence politique.
Le véritable débat devrait porter sur les décennies perdues, les investissements ajournés et les arbitrages laissés en suspens. Il devrait surtout s’articuler autour de la double urgence à laquelle nous sommes confrontés : adapter la France au changement climatique qui s’impose comme une réalité physique, économique et sanitaire, sans pour autant relâcher nos efforts sur l’atténuation. Faire des écologistes des boucs émissaires permet de nourrir la colère et les frustrations. Mais cela ne prépare en rien la France aux défis qui sont devant elle.