Les incendies sont le symptôme d’une Europe rattrapée par les effets du changement climatique.

« La France brûle » : la presse européenne s’inquiète des incendies en Gironde et pointe l’absence de débat sur les « causes profondes » des feux

Les incendies qui ravagent la forêt girondine sont suivis de près par les médias des pays voisins. Ils y voient le symptôme d’une Europe rattrapée par les effets du changement climatique. 

Par Pierre Boitel et Sophie Dupont

Publié le 30 juillet 2026 à 19h23, modifié le 30 juillet 2026 à 19h42 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/30/la-france-brule-la-presse-europeenne-s-inquiete-des-incendies-en-gironde-et-pointe-l-absence-de-debat-sur-les-causes-profondes-des-feux_6737061_3244.html

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Des pompiers et des volontaires interviennent sur des reprises de feu, près de la route entre Blagon (commune de Lanton) et Le Temple, en Gironde, le 29 juillet 2026.
Des pompiers et des volontaires interviennent sur des reprises de feu, près de la route entre Blagon (commune de Lanton) et Le Temple, en Gironde, le 29 juillet 2026.  BENJAMIN CARROT/ENCRAGE POUR « LE MONDE »

« Apocalyptique »« gigantesque »« désastre »« cauchemar » : dans la presse européenne, les superlatifs affluent pour décrire les incendies qui ont brûlé plus de 42 000 hectares en Gironde depuis le 22 juillet. De l’Espagne à l’Allemagne, en passant par le Royaume-Uni, la Suisse ou l’Italie, les médias étrangers suivent de près la progression des flammes. Les images de milliers d’hectares de forêt dévorés par le feu, de pompiers mobilisés et de vacanciers évacués des campings ont fait la une de tous les journaux.

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« La France brûle », écrivent plusieurs médias. En Allemagne, la Süddeutsche Zeitung compare l’incendie à Godzilla, soulignant son caractère gigantesque et incontrôlable. Comme le célèbre monstre de cinéma, le feu dévaste tout sur son passage et semble résister à toutes les tentatives humaines pour le maîtriser. Le quotidien insiste sur le contraste avec l’image traditionnelle du Sud-Ouest français, associé aux vacances et à l’art de vivre : « Les berlines familiales pleines à craquer ont laissé place aux camions de pompiers venus de tout l’Hexagone, aux colonnes d’ambulances et aux voitures de police. »

Le chiffre des évacuations est celui qui frappe le plus les rédactions étrangères. Depuis le début de l’incendie en Gironde, plus de 220 000 personnes ont dû quitter leur domicile ou leur lieu de vacances. La Frankfurter Allgemeine Zeitungévoque même « l’exode le plus important en France depuis la seconde guerre mondiale » – une formule reprise par d’autres rédactions. Plusieurs médias ont envoyé leurs journalistes au parc des expositions de Bordeaux, transformé en centre d’hébergement d’urgence, pour recueillir les récits des personnes évacuées et raconter le travail des bénévoles.

Les touristes étrangers occupent une place particulière dans cette couverture. La presse britannique s’intéresse notamment aux vacanciers évacués de leur camping. Le site de la chaîne GB News prévient même ses lecteurs qu’ils pourraient ne pas être remboursés s’ils annulent leurs séjours en France ou en Espagne. En Suisse, La Tribune de Genève raconte le choix d’une Vaudoise de renoncer à ses vacances à Biscarrosse (Landes) et de rester sur les rives du lac Léman.

« Cohésion nationale »

Les médias européens soulignent que l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce sont également touchés. Le brasier girondin devient ainsi le symptôme d’une crise qui dépasse les frontières nationales. « L’été est là, et l’Europe brûle », résume le média européen Voxeurop. Le journal britannique Daily Mirror évoque lui aussi « l’enfer des vagues de chaleur » et un « été chaotique » pour le continent.

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Sur la gestion de la crise, le regard étranger est contrasté. En Suisse, Blick adopte un ton résolument admiratif dans un éditorial intitulé « Face aux incendies, vive les Français ! ». L’hebdomadaire salue la mobilisation de la population autour des zones sinistrées et y voit la preuve que la France n’est pas dans « l’état de déliquescence et de désordre » souvent décrit. Dans un ton plus mesuré, la Süddeutsche Zeitung souligne la surprenante « démonstration de cohésion nationale »des Français face aux incendies, contrastant avec l’image d’un pays habituellement présenté comme « chaotique et profondément divisé ».

Des dons de bouteilles d’eau à la Maison des associations de Mérignac (Gironde), le 25 juillet 2026.
Des dons de bouteilles d’eau à la Maison des associations de Mérignac (Gironde), le 25 juillet 2026. BENJAMIN CARROT/ENCRAGE POUR « LE MONDE »

Cette admiration n’empêche pas les critiques sur les moyens engagés. Le manque d’avions bombardiers d’eau revient régulièrement dans la presse allemande et suisse. « Où sont les moyens aériens promis ? », s’interroge Der Spiegel, qui rappelle qu’après les incendies historiques de 2022, déjà en Gironde, Emmanuel Macron avait promis l’achat de nouveaux Canadair. Quatre ans plus tard, ces derniers « sont restés des chimères politiques », constate le magazine allemand.

A rebours de son éditorial élogieux, Blick reproche lui aussi à l’Etat français de ne pas avoir suffisamment anticipé la catastrophe dans un article intitulé « Les cinq leçons que Macron doit tirer des incendies en France »« L’année 2026 restera tragiquement dans les annales des feux de forêt en France », conclut l’article. En Italie, le Corriere della Sera fait état des critiques de l’opposition qui dénonce l’impréparation du gouvernement et sa sous-estimation des risques.

Silence des politiques

D’un pays à l’autre, les incendies sont replacés dans le contexte du réchauffement climatique, avec un ton souvent alarmant. Dans un éditorial, le quotidien britannique The Guardian estime que « la politique doit rattraper la nouvelle réalité » et appelle les gouvernements européens à renforcer leurs politiques climatiques et d’adaptation. Il critique notamment les coupes annoncées en juin dans le fonds vert destiné, en France, à aider les collectivités locales à réaliser des projets écologiques.

De son côté, la Süddeutsche Zeitung déplore surtout le silence des responsables politiques hexagonaux depuis le début des incendies : « Pour le moment, il n’y a même pas l’ébauche d’un débat sur les causes profondes et les conséquences politiques de cette catastrophe. »

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Le site d’information anglophone The Local partage ce constat, en pointant lui aussi l’incapacité du débat public français à se saisir de l’urgence climatique. Il qualifie de « lâches » les responsables politiques français, à l’exclusion des écologistes et d’une partie de la gauche. Le média doute que les incendies de 2026 suffisent à faire du réchauffement climatique une priorité de la campagne présidentielle de 2027.

En Espagne, également frappée de plein fouet par les incendies, une chroniqueuse du quotidien El País appelle, elle, à « politiser les incendies » et à apporter « une réponse politique dès maintenant ». Pour La Libre Belgique : « Le changement climatique n’est plus une courbe ou une échéance pour 2050. (…) Il est déjà entré dans nos maisons. »

Pierre Boitel et  Sophie Dupont

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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