Dans les médias de droite et sur les réseaux, la machine à taper sur les « escrologistes » tourne à plein régime depuis le départ des incendies catastrophiques en Gironde et dans les Landes.

Incendies de forêts : est-ce vraiment la faute des « escrologistes » ?

Accuser les défenseurs et défenseuses de la biodiversité d’être responsables de l’ampleur des incendies est devenu une marotte des médias de droite depuis une semaine. Mais en réalité, la situation légale et les pratiques de terrain contredisent ces vociférations.

Jade Lindgaard

29 juillet 2026 à 19h28 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/290726/incendies-de-forets-est-ce-vraiment-la-faute-des-escrologistes?utm_source=quotidienne-20260729-191922&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260729-191922&M_BT=115359655566

LundiLundi 27 juillet, la forêt brûle entre Bordeaux et le bassin d’Arcachon, et dans le studio de Sud Radio, on traque les coupables. Question du journaliste : « Une partie de l’écologie est responsable de ces dégâts avec ces incendies ? » Réponse de l’invité, Franck Chaumès, président d’un syndicat patronal de la restauration : « Mais bien sûr ! », à force d’imposer « qu’on n’irrigue pas », « qu’on n’abat[te] pas un arbre ».

Dans un commentaire en réaction à cette interview, dont l’extrait vidéo a été publié sur Facebook, un utilisateur se gausse : « Attendez, je vais demander à mon ostéopathe de venir témoigner. Il est spécialiste en gestion du territoire et des espaces forestiers. »

Dans L’Opinion, le maire de Biganos, commune girondine évacuée le 25 juillet, Bruno Lafon, également président de l’association de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) en Nouvelle-Aquitaine, tempête : « Dès que l’on veut créerun pare-feu, on se heurte à des normes environnementales. »

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Captures d’écrans de posts sur X et du titre d’un article dans «L’Opinion». © Montage Mediapart

Sur CNews, c’est l’escalade. Gilles-William Goldnanel parle de « la folie de certains écolos » qui font mourir les animaux à cause de « leur bêtise » tandis que le « spécialiste des radicalités écologiques » Olivier Vial renchérit : « Sur la biodiversité, ils nous embêtent sur la hauteur des débroussaillages, soi-disant pour améliorer la biodiversité. »

Sur le réseau social X, l’avocat Thibault de Montbrial monte un cran encore plus haut, et s’en prend au « diktat des associations écolos radicales qui s’opposent depuis des années à l’entretien de la forêt »

Même l’ancien ministre de l’écologie François de Rugy s’y met pour réclamer « moins de pouvoir aux ONG, plus de science… et de bon sens », accusant l’association Canopée, spécialisée dans la protection des forêts, d’avoir fait « annuler un décret sur l’aide au renouvellement forestier ». Le vice-président des Pays de la Loire y voit la marque d’un « nouveau choc entre la réalité – les mégafeux de forêts – et l’action de certaines ONG ».

Dans les médias de droite et sur les réseaux, la machine à taper sur les « escrologistes » tourne à plein régime depuis le départ des incendies catastrophiques en Gironde et dans les Landes.

Mais qu’en est-il en réalité ?

Une vérification s’imposait. Résultat : la situation légale et les pratiques de terrain apparaissent bien différentes de toutes ces vociférations.

La loi articule débroussaillement et protection des espèces

Le débroussaillement est obligatoire dans les territoires particulièrement exposés au risque incendie – et donc pas dans toutes les forêts. Il s’agit de couper ou de réduire la quantité de végétaux dans un périmètre qui varie en fonction des constructions : 50 mètres au moins autour d’une habitation, 200 mètres autour d’un site Seveso (installations industrielles potentiellement dangereuses), de part et d’autre des voies ferrées, des routes, des lignes électriques, etc.

« Nous avons des remontées d’incertitudes de la part de personnes qui pensent qu’on va leur tomber dessus si elles coupent des arbustes où se trouvent des espèces protégées », explique à Mediapart Christophe Chantepy, expert DFCI à l’Office national des forêts (ONF). Mais sur le terrain, « on cherche la meilleure articulation possible, elle est trouvable », assure-t-il.

D’autant que la loi du 10 juillet 2023 sur la prévention des incendies reconnaît le besoin de cette « articulation » avec la protection de la faune et de la flore sauvages, reconnue explicitement.

« Depuis, tous les arrêtés préfectoraux ont été revus », résume le spécialiste de l’ONF, en application de l’arrêté ministériel du 29 mars 2024 : le débroussaillage doit se faire progressivement depuis l’habitation vers la forêt, des petits îlots de biodiversité doivent être conservés, ainsi que quelques souches d’arbres morts, etc.

« L’idée est d’amoindrir l’impact du débroussaillement, mais pas du tout de l’interdire. Il a un impact sur les espèces s’il est mal fait au mauvais moment », précise l’expert. Car « le gain final est énorme : moins de départs de feu à proximité des habitations, plus de pompiers à l’attaque du feu, réouverture du milieu aux insectes, chiroptères et végétaux qui aiment la lumière ».

Contrairement à une idée reçue, débroussailler n’est pas interdit au printemps, période de nidification pour les oiseaux et de repousse végétale, « mais il faut réduire » le débroussaillement à cette époque. Et si la coupe de végétaux ne peut pas éviter des destructions des espèces protégées, des mesures de réduction et de compensation peuvent être requises par les préfectures.

Les dérogations aux espèces protégées sont courantes

« La loi n’interdit pas d’intervenir, elle permet de déroger à la protection des espèces protégées », confirme Cédric Marteau, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). L’association a l’habitude de saisir la justice pour empêcher les atteintes à la faune sauvage, mais ne dépose jamais de recours contre des coupes forestières en lien avec la prévention des incendies, précise-t-il.

Même dans le cas où des espèces protégées ont été repérées sur une parcelle à élaguer ou à débroussailler, « une intervention reste possible », assure-t-il, mais avec des conditions : une période d’intervention est préconisée, une certaine forme d’intervention conseillée. Tout est affaire de connaissance du terrain et d’arbitrages subtils « Est-ce qu’on peut réduire la surface à débroussailler ? S’il y a une tourbière magnifique, peut-on la contourner ? », donne-t-il en exemples.

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En période de nidification, ce qui est impossible n’est pas de débroussailler mais de le faire « sans aucune attention », analyse Pierre-Xavier Feron, responsable juridique de l’ONG Canopée : « C’est un vrai métier de bien débroussailler, c’est un travail de terrain. »

Et si les destructions de faune sont inévitables, charge à la préfecture de valider un programme de compensations qui se calculent en points et doivent se situer dans la continuité de l’écosystème affecté. « Il existe plein de zones où la biodiversité est banale, précise Cédric Marteau. Et si on fait bien les choses, donc hors période de reproduction, vous coupez des arbres, d’autres repoussent, et tout fonctionne. »

« Bien sûr que débroussailler les forêts, c’est important », assure Pierre-Xavier Feron. Il en appelle à la responsabilité des propriétaires et exploitant·es de parcelles forestières : « Il faut se renseigner sur l’habitat d’espèces protégées qui peuvent s’y trouver, faire passer des naturalistes pour vérifier et s’il y a un risque, demander une dérogation à la préfecture. »

Contactée par Mediapart, Fransylva, l’organisation représentant les propriétaires forestiers privés, n’a pas répondu.

Le débroussaillement en Gironde est autorisé par la préfecture

Une simple consultation du site de la préfecture de Gironde permet de voir que les travaux de broyage de végétation dans les zones soumises à protection forte (réserves naturelles, arrêtés de protection de biotope, Natura 2000, zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique…) étaient autorisés jusqu’au 15 mars 2026 dans le département.

Pour Cédric Marteau, directeur général de la LPO, « dire qu’il n’était pas possible de débroussailler dès la reprise de la végétation est tout simplement faux ». Avec les inondations de février 2026, à la suite d’une crue spectaculaire de la Garonne, qui ont laissé les arbres des pinèdes les pieds dans l’eau pendant de longues semaines, « tout le monde est tombé d’office dans le régime dérogatoire » de la protection des espèces, ajoute l’expert.

Entrepreneur spécialisé dans l’entretien des parcs solaires et habitant du lieu-dit de Cestas-Pierroton, entre le bassin d’Arcachon et Bordeaux, Sébastien Ackermann remarque néanmoins qu’autour de lui, « les zones ont été impraticables jusqu’en avril car elles étaient inondées. Il y avait 30 centimètres d’eau partout ». Pour lui, « il était effectivement difficile de débroussailler et d’être à jour de ses obligations avec l’hiver qu’on a eu ».

Il remarque par ailleurs que le feu s’est arrêté au niveau de la centrale solaire de Constantin, à Cestas, « malgré des vents qui soufflaient toujours dans sa direction ». Et d’ajouter qu’en 2022, autre année de feux catastrophiques dans la région, des installations photovoltaïques au sol avaient arrêté des flammes sur les communes.

« Je ne suis pas un défenseur des centrales solaires en milieu forestier, explique-t-il à Mediapartmais si la végétation au sol sous une centrale est bien entretenue, il y a très peu de matière à brûler, d’autant que les panneaux photovoltaïques ne brûlent pas. »

L’annulation du décret sur le renouvellement forestier a-t-elle un lien avec les mégafeux ?

C’est le sujet du post de François de Rugy taclant l’association Canopée. Mais le rapport avec les incendies du Sud-Ouest est vraiment difficile à trouver.

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Le Conseil d’État a annulé, le 15 juillet, le décret sur les aides publiques en lien avec le plan pour « un milliard d’arbres »qu’avait présenté Emmanuel Macron en 2022. Pour le juge administratif, ce dispositif aurait dû faire l’objet d’une consultation publique. Celle-ci n’ayant pas eu lieu, le décret a été retoqué. C’est donc pour un argument de respect de la démocratie que le plan a été censuré – sans rapport avec la protection des espèces.

Sur le fond, si le contentieux vise la politique publique de plantation d’arbres et le renouvellement forestier, il ne concerne pas du tout les méthodes de la prévention des incendies.

« Depuis 2020, Canopée dénonce une politique du chiffre qui privilégie trop souvent les coupes rases suivies de plantations, plutôt que l’amélioration et l’adaptation progressive des forêts existantes », avait alors réagi l’association, s’appuyant sur le Haut Conseil pour le climat et le rapport de la Cour des comptes sur l’adaptation climatique.

Mercredi 29 juillet, l’association répond à l’ancien ministre qu’il se trompe dans sa lecture de la décision du Conseil d’État et que « la consultation aurait justement permis d’écouter les scientifiques » et de transformer le plan de renouvellement en véritable « restauration » des forêts.

Jade Lindgaard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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