À l’Assemblée, Sébastien Lecornu passe en force pour réintroduire les néonicotinoïdes
Après avoir promis de laisser la main aux députés pour voter le retour de pesticides dangereux, le gouvernement a fait volte-face et refusé tout débat sur le sujet. La loi a été votée par l’extrême droite, la droite et une partie du « bloc central ».
Pauline Graulle et Estelle Levresse
21 juillet 2026 à 09h30 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/210726/l-assemblee-sebastien-lecornu-passe-en-force-pour-reintroduire-les-neonicotinoides?utm_source=quotidienne-20260721-195207&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260721-195207&M_BT=115359655566
UneUne « trahison », un « filtrage arbitraire et contraire à l’esprit démocratique », une « incompréhension totale », une « humiliation »… Aux alentours de minuit, les député·es, de la gauche au MoDem en passant même par plusieurs figures de la macronie, sont tombé·es de leur chaise. Alors que Sébastien Lecornu avait expliqué l’après-midi même qu’il laisserait la main au Parlement pour trancher sur le retour des néonicotinoïdes, le gouvernement a finalement rejeté tous les amendements de suppression de l’article 2 quater du projet de loi d’urgence agricole permettant de déroger à l’interdiction de deux insecticides interdits en France.
« Je vous en supplie, au nom du peuple français, réintroduisez les amendements ! », a tempêté le député du MoDem Richard Ramos, quand le socialiste Dominique Potier a vilipendé la « trahison de la parole du premier ministre ». « Pourquoi les amendements ne sont pas examinés et reçus par le gouvernement ? Ayons ce débat, c’est la démocratie ! », s’est exclamée l’ancienne ministre de l’écologie Agnès Pannier-Runacher, visiblement sous le choc de l’annonce.
Même Gabriel Attal, patron du groupe Ensemble pour la République (EPR) et candidat à la présidentielle, a fait part de son « sentiment de gâchis » face à une « séance pourrie par une forme d’incompréhension », avant de réclamer à son propre gouvernement une « explication ».
À gauche, là aussi, la stupeur et la colère ont parcouru les rangs, le député insoumis Manuel Bompard rappelant la mobilisation contre la loi Duplomb, adoptée à l’été 2025 puis retoquée par le Conseil constitutionnel, qui prévoyait le retour de l’acétamipride, un insecticide neurotoxique aux effets nocifs pour la biodiversité et la santé. « On a une pétition signée par plus de deux millions de personnes et vous ne leur répondez pas ! », s’est insurgé l’élu des Bouches-du-Rhône.

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Après de multiples suspensions de séance, des interventions en pagaille et une prolongation de séance après l’heure prévue de minuit, les député·es ont finalement adopté le projet de loi d’urgence agricole à une large majorité : 296 voix pour, 224 contre. Droite et extrême droite ont voté pour, macronistes et centristes étaient divisé·es.
En dépit de ses cris d’orfraie quelques instants plus tôt, Gabriel Attal a voté en faveur du texte. Son groupe est apparu très fracturé : un peu plus de la moitié des député·es EPR ont soutenu le projet de loi, quinze ont voté contre et seize se sont abstenu·es, parmi lesquel·les l’ancienne première ministre Élisabeth Borne ainsi qu’Agnès Pannier-Runacher.
La gauche a fait bloc contre le texte, fustigeant non seulement le retour des néonicotinoïdes, mais aussi les nombreuses dispositions qui fragilisent la gouvernance de l’eau ou celles qui favorisent l’élevage intensif.
« Un texte totalement obscurantiste »
Annoncé en janvier par Sébastien Lecornu en pleine mobilisation des agriculteurs et des agricultrices, puis présenté début avril en conseil des ministres comme une réponse aux difficultés de la profession, ce projet de loi répond aux desiderata du modèle productiviste, porté par la FNSEA et la Coordination rurale, les deux syndicats majoritaires.
« C’est un triste jour », a déclaré avec gravité la députée écologiste Delphine Batho à la sortie de l’hémicycle. « C’est un texte totalement obscurantiste qui vient d’être adopté contre l’avis de plus de deux millions de Français, contre l’avis du Conseil national de l’ordre des médecins et de l’ensemble de la communauté scientifique, dans un pays, la France, qui est normalement attaché aux Lumières », a ajouté l’élue des Deux-Sèvres, dénonçant elle aussi l’absence « d’une délibération démocratique ».
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Son collègue écologiste Benoît Biteau a également vivement critiqué le texte : « On a un gouvernement qui piétine les attentes sociétales avec une loi qui, en plus, ne sera pas à la hauteur de la crise agricole telle qu’elle se présente aujourd’hui. » La députée socialiste Mélanie Thomin a déploré auprès de Mediapart « le pire scénario qui s’est produit ». « Réintroduire des pesticides dangereux pour la santé humaine et pour l’environnement est vécu comme une grande injustice par une large partie de nos concitoyens », a-t-elle ajouté.
La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a pour sa part salué sur le réseau social X « le vote des députés qui font ce soir le choix de la responsabilité ». La FNSEA s’est félicitée d’« un tournant majeur ».
Pendant des jours, le suspense a plané sur le sort qui serait réservé à l’article 2 quater permettant de déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes et de réautoriser l’usage, à titre dérogatoire, de l’acétamipride pour les producteurs de noisettes et le flupyradifurone pour les producteurs de betteraves, de pommes et de cerises.
Les « pro » et les « anti » ont bataillé ferme, ravivant de profondes divisions au sein même de l’exécutif.
En coulisses, Matignon a multiplié les coups de fil aux député·es du « bloc central » pour peser au trébuchet l’état des forces en présence, et les réunions de groupes parlementaires se sont succédé. Juste avant l’examen en séance, un « cocktail dînatoire » était même organisé rue de Varenne par Annie Genevard, pour tenter de lever les ultimes réticences.
Tout le week-end, les « pro » et les « anti » ont bataillé ferme, ravivant de profondes divisions au sein même de l’exécutif. Dimanche, la ministre de l’agriculture, favorable à la réintroduction de l’acétamipride, estimait dans Le Journal du Dimanche que « la loi d’urgence agricole ne [pouvait] échouer par idéologie ou calcul politique ». Le même jour, dans La Tribune dimanche, sa collègue de l’écologie, Monique Barbut, défendait tout l’inverse, affirmant être « opposée à la réintroduction de ce pesticide en France ». Elle n’était pourtant pas dans l’hémicycle, lundi soir, pour la séance qui a conduit au vote du texte.
Au sein du « bloc central » à l’Assemblée, dont vingt-six député·es avaient voté contre la loi Duplomb 1 il y a un an, la pression a continué de s’intensifier lors de cette journée décisive. « Si on veut porter dans la prochaine présidentielle un projet d’avenir, on ne peut pas voter ça ! », s’alarmait auprès de Mediapart le député du MoDem Pascal Lecamp, appelant le gouvernement à déposer un amendement en séance pour supprimer l’article, « comme ça on sauve le texte ». « On ne peut pas se plaindre le lundi des reculs environnementaux et réintroduire l’acétamipride le mardi […]. Le Sénat […] a plombé ce projet de loi », regrettait quant à lui le député macroniste Éric Bothorel dans un communiqué posté sur ses réseaux sociaux, annonçant qu’il voterait contre le texte issu de la commission mixte paritaire (CMP).
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Lundi en début d’après-midi, le premier ministre, Sébastien Lecornu, se voyait donc contraint de convoquer une réunion avec les président·es des groupes EPR, Horizons, MoDem, Les Républicains ainsi que Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) pour essayer de trouver une issue au blocage. Mais à la sortie du rendez-vous, le locataire de Matignon, qui estimait pourtant en mai qu’il ne fallait pas que la question des néonicotinoïdes « pren[ne] en otage » l’ensemble du projet de loi, a demandé aux député·es de « trancher », leur laissant la main pour déposer eux-mêmes un amendement de suppression.
Au tout début de la séance du soir, des amendements de suppression émanant de la gauche, mais aussi de députés du MoDem, et même de l’ex-première ministre Élisabeth Borne et de l’ancienne ministre de l’écologie Agnès Pannier-Runacher, étaient donc déposés, mais le gouvernement a finalement décidé qu’ils ne les étudieraient pas.
« La souveraineté alimentaire en jeu »
Quelques heures avant le vote, lundi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées sur l’esplanade des Invalides, à Paris, à l’appel d’une vingtaine d’organisations écologistes, agricoles et citoyennes, pour dénoncer un projet de loi qu’elles jugent dangereux pour l’environnement et l’agriculture.
« C’est un texte qui va à contresens de l’histoire », a lancé Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, réfutant l’idée, avancée par le gouvernement, d’un consensus dans le monde agricole : « De nombreux agriculteurs y sont opposés. On ne construira pas l’avenir de l’agriculture en organisant la guerre de l’eau. »
Même inquiétude pour Fanny Métrat, éleveuse et bergère, également porte-parole du syndicat : « La souveraineté alimentaire est en jeu. Nous cumulons les canicules, les sécheresses, la grêle et les incendies. Beaucoup de paysans sont en détresse. On nous fait croire que des lois comme celle-ci vont les aider. On sait très bien que c’est faux. On nous emmène droit dans le mur. »
L’eau était au cœur des préoccupations. Au fil des interventions, les participant·es ont symboliquement levé un verre d’eau « au vivant », aux travailleurs et travailleuses agricoles, à la réconciliation entre paysan·nes et consommateurs et consommatrices, ou encore aux mobilisations citoyennes.
« Cette loi donne davantage de poids à une partie du monde agricole au détriment des autres acteurs. C’est une véritable remise en cause de la démocratie de l’eau », s’inquiète l’hydrogéologue Florence Habets auprès de Mediapart. Pour la scientifique, le contexte climatique rend ces choix d’autant plus préoccupants. « Nous vivons une sécheresse très intense. Les canicules ont asséché les sols, les nappes phréatiques baissent, certaines villes pourraient connaître des difficultés d’approvisionnement, et la qualité de l’eau se dégrade sous l’effet des pesticides et des nitrates. »
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Plusieurs parlementaires de gauche, parmi lesquel·les François Ruffin, Delphine Batho, Aurélie Trouvé, Benoît Biteau ou encore le sénateur Daniel Salmon, étaient présent·es pour soutenir le rassemblement. Ce dernier a dénoncé auprès de Mediapart« la puissance de feu des lobbies agricoles qui entretiennent la désinformation et la fabrique du doute ». « Ce sont nos cultures, nos forêts, nos cours d’eau qui sont en train de s’assécher. En face, des députés et des sénateurs ignorent les études scientifiques pour ne retenir que les chiffres qui les arrangent », a déclaré l’élu écologiste d’Ille-et-Vilaine.
Plusieurs associations ont fait part de leur sentiment de n’être pas entendues par les responsables politiques. « Le gouvernement s’est assis sur une pétition historique et sur cette mobilisation. Mais les citoyens ne lâchent pas », veut croire Yoann Coulmont, chargé de plaidoyer à Générations futures.
Même détermination du côté de Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer colère. « Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas », a-t-elle averti, promettant une « guérilla » contre les parlementaires qui ont soutenu le texte lors de la campagne présidentielle à venir.
Si le Sénat vote le texte mardi en fin de journée, comme cela est attendu, le projet de loi sera définitivement adopté par le Parlement. Les groupes de gauche ont d’ores et déjà annoncé qu’ils saisiront le Conseil constitutionnel.
Pauline Graulle et Estelle Levresse
Pesticides : le vote de la honte
En ouvrant la voie à l’usage de deux insecticides aux effets toxiques avérés, le Parlement et le gouvernement ont choisi de s’aligner sur les demandes de l’agro-industrie et des multinationales de la chimie. Une solution : abrogation !
EnEn 2025, une pétition signée par plus de deux millions de personnes demandait aux parlementaires d’abroger la loi Duplomb, et son feu vert à l’acétamipride, un pesticide dont toutes les études convergent pour démontrer les effets toxiques pour les abeilles, les mammifères et la santé humaine. L’article incriminé est finalement censuré par le Conseil constitutionnel.
En 2026, les député·es votent à une large majorité – 296 voix pour, 224 contre – le projet de loi d’urgence agricole qui autorise cette substance pour la production de noisettes pendant une durée pouvant aller jusqu’à trois ans. Et ajoutent dans le panier des cadeaux à l’agro-industrie le flupyradifurone, un autre pesticide inquiétant, apparenté aux néonicotinoïdes, pour les cultures de betteraves, de pommes et de cerises. Celui-ci n’avait jusqu’ici jamais été autorisé en France ni par l’Anses.

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Pour ne pas trop insulter les garant·es de la Constitution qui avaient considéréen 2025 que la réautorisation de l’acétamipride ne respectait pas « les exigences de la Charte de l’environnement », les parlementaires ont refilé la patate chaude à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : charge à ses salarié·es de valider ou non les dérogations à l’interdiction de ces substances dangereuses.
Démarche cynique
Après des mois de campagnes de dénigrement contre l’Anses, droite et extrême droite espèrent désormais lui faire jouer le rôle de physionomiste de l’intoxication du monde : OK pour cette parcelle de noisetiers, pas pour celle-là, bienvenue au flupyradifurone dans ce verger, pas dans celui-là… Et tout cela en « deux mois ». Finalement, pourquoi pas en quinze jours ou même en une semaine ? Le délai ridicule laissé aux expert·es pour ce travail d’évaluation signale à quel point la démarche ressemble à un simulacre.
Alors que les expert·es de l’Anses doivent par ailleurs passer en revue des centaines d’autorisations de mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques en raison du préjudice écologique reconnu par la justice en 2025.
Le cynisme de cette démarche et le piège qu’il représente pour l’Anses n’échapperont à personne.
Dans son communiqué de 2025, le Conseil constitutionnel avait pourtant été clair : compte tenu de ce que dit la loi française : « Le législateur doit, lorsqu’il adopte des mesures susceptibles de porter une atteinte grave et durable à un environnement équilibré et respectueux de la santé, veiller à ce que les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne compromettent pas la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins, en préservant leur liberté de choix à cet égard. »
L’Histoire retiendra que le Parlement et le gouvernement ont choisi de s’aligner sur les demandes de l’agro-industrie et des multinationales de la chimie.
Il y a donc près de trois cents élu·es de l’Assemblée nationale – et le vote favorable au Sénat mardi 21 juillet ne fait aucun doute – qui pensent avoir raison contre tout un pays : les 2,1 millions de pétitionnaires ; les médecins, chercheuses et chercheurs qui n’ont cessé d’alerter sur les risques sanitaires et environnementaux liés à l’utilisation des néonicotinoïdes ; les sociétés savantes et l’ancien directeur général de l’Anses Benoît Vallet ; cinq anciens ministres dont trois ayant assumé leur portefeuille sous la présidence d’Emmanuel Macron – Marc Fesneau, Agnès Pannier-Runacher, Stéphane Travert ; et donc le Conseil constitutionnel.
On se demande parfois à quoi ressemble une démocratie qui se meurt. La réponse est là : à ce qu’il se passe sous nos yeux. Mépris pour les savoirs scientifiques au plus haut niveau de l’État, comme l’illustre, une nouvelle fois, la déclaration de la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, mardi 21 juillet sur France Inter, prétendant qu’il existe un monde où l’on peut utiliser l’acétamipride « sans danger pour la santé humaine ».
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20 juillet 2026
Mensonge quand un pouvoir dit vouloir aider les agricultrices et agriculteurs en difficulté économique par une loi qui les enferme dans un modèle de production sans avenir.
Cruauté d’un exécutif qui valide une loi aggravant le risque de diffusion de molécules toxiques dans les corps des habitant·es d’un pays déjà frappé par la hausse des cas de cancers chez les jeunes et les femmes.
Nous sommes le 21 juillet 2026. Après presque deux mois de canicule ayant causé des milliers de morts, et en pleine sécheresse d’une violence catastrophique pour le monde paysan qui voit littéralement ses cultures sécher sous ses yeux, l’Histoire retiendra que le Parlement et le gouvernement ont choisi de s’aligner sur les demandes de l’agro-industrie et des multinationales de la chimie.
Une élection présidentielle se tient l’année prochaine. C’est vrai pour les causes et les effets du chaos climatique, comme pour les pesticides toxiques : les urnes peuvent être une arme contre l’empoisonnement du monde. Alors, comme on le crie parfois en manifestation : « Une solution : abrogation ! »
Après le vote de la loi agricole, la très discrète ministre de l’écologie met sa démission sur la table
Fragile depuis le départ, la position de Monique Barbut dans le gouvernement Lecornu n’a fait que s’effacer au fil des mois. La ministre a annoncé mercredi remettre sa démission au président de la République, qui l’a refusée.
Lucie Delaporte et Amélie Poinssot
21 juillet 2026 à 21h39 https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=bS564A7L2TeTDnsURSFbVxIzlw4P24Sh9H27JN18bPwo6gPcFWlleOP6jxGWFx_EElrGnzRJWp7Yb3uWvHE
« Et« Et Barbut, elle est où ? » Sur les bancs de la gauche les esprits s’échauffent. Il est plus de 23 heures lundi 20 juillet et les débats sur le vote final du projet de loi d’urgence agricole à l’Assemblée nationale prennent un tour venimeux. Le passage en force du gouvernement sur la réintroduction des néonicotinoïdes ulcère la gauche et fracasse le clan macroniste.
La ministre de la transition écologique Monique Barbut n’est pas venue dans l’hémicycle et a laissé son ministre délégué Mathieu Lefèvre parler pour son ministère. Lors du vote final au Sénat, mardi 21 juillet, la ministre ne s’est pas non plus montrée.
Mercredi, la ministre a présenté sa démission à Emmanuel Macron qui « ne l’a pas acceptée », et elle a décidé de « poursuivre sa mission à la demande » du président « qui l’a assurée de son soutien », a annoncé son cabinet à l’AFP.
Elle a accepté de rester au gouvernement « face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale », a-t-on ajouté de même source, tout en assurant qu’elle avait « confirmé son désaccord sur la version définitive du projet de loi d’urgence agricole » avec la mesure controversée sur les pesticides.
« Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés », écrivait-elle dans un message publié sur LinkedInmercredi matin, estimant que « ce revirement constitue […] le recul environnemental de trop ». Il reviendra au président de la République d’accepter ou non ce départ.

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À Matignon, tout a été tenté pour éviter un départ qui met le gouvernement dans l’embarras. Interrogée par « Télématin », la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon avait jugé qu’il était « compliqué » de démissionner sur un « vote du Parlement qui ne va pas dans votre sens », même si en réalité c’est bien Sébastien Lecornu lui-même qui a empêché les députés de supprimer l’article réintroduisant les néonicotinoïdes dans la loi.
Monique Barbut avait annoncé qu’elle était « personnellement » opposée à cette réintroduction. Ses autres lignes rouges sur ce texte qui consacre de très importants reculs écologiques concernaient la question de l’eau et des zones humides.
Le vote de l’Assemblée sur ce texte de régression environnementale aurait donc pu raison de la ministre de l’écologie, neuf mois après sa nomination.
Un malaise persistant
La menace de son départ planait en réalité depuis un moment. Chacun des arbitrages ministériels de ces derniers mois a donné à voir une ministre de plus en plus fragilisée, isolée au sein de son propre camp. Et celle qui a été nommée pour son expérience dans les négociations internationales climat et biodiversité ne cache pas son peu d’appétence pour le jeu politique français.
À Mediapart, en avril dernier, elle lâchait : « Moi je ne suis pas une politique et je le revendique », expliquant n’avoir initialement accepté ce poste ministériel que parce qu’elle pensait à un contrat de trois mois avant une dissolution. Cornaquée depuis son arrivée à l’hôtel de Roquelaure par Mathieu Lefèvre, son ministre délégué ex-conseiller de Gérald Darmanin, elle assume n’avoir « pas de copains » au gouvernement.
Elle a d’ailleurs mis une première fois sa démission sur la table lors de l’arrivée, cet hiver au Sénat, d’une étrange proposition de loi venue des rangs de la macronie : celle de réautoriser l’exploration d’hydrocarbures au large de la Guyane. Si Matignon soutenait ce texte, Monique Barbut ne pourrait pas rester à son poste, avait-elle alors fait savoir à son homologue des outre-mer avant d’obtenir, du cabinet du premier ministre, l’engagement que le gouvernement exprimerait un avis défavorable au texte.
Ces dernières semaines, alors que se sont accumulés les reculs sur le front de l’écologie, du projet de loi de simplification de la vie économique au projet de loi d’urgence agricole, la ministre a affiché un air de plus en plus désabusé.
En écho à un Macron qui s’échinait encore à affirmer qu’un « gros travail a été fait » sur l’adaptation au dérèglement climatique dans une France transformée en fournaise et manifestement aucunement préparée, Monique Barbut défendait – du bout des lèvres – le prétendu très bon bilan du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), dont 85 % des mesures ont été engagées. Les questions des journalistes lui tiraient des sourires embarrassés.
Ministre invisible
De plus en plus détachée de sa fonction, la ministre a multiplié les faux pas. Alors qu’une réunion de crise interministérielle est organisée le 20 juin sur les vagues de chaleur extrêmes, Monique Barbut a choisi de maintenir un déplacement sur la récupération des eaux usées à Argelès-sur-Mer.
Comme Mediapart l’a révélé, l’emploi du temps de ce déplacement, qui a mobilisé des moyens importants de l’État, est allégé par une ministre qui tourne le dos à la presse locale, limite ses rencontres avec les élus locaux et séjourne chez des amis. Comble de la maladresse, la ministre censée lutter contre les émissions de CO2 repart de Perpignan en avion, pour ne pas risquer d’être « bloquée dans un train », assume son cabinet.
Inconnue du grand public lorsqu’elle est nommée, Monique Barbut l’est à peine plus aujourd’hui, et la question de son invisibilité est presque devenue un motif récurrent de plaisanterie. « Il aura fallu cette canicule pour que les Français découvrent le son de votre voix », raille Benjamin Duhamel dans la matinale de France Inter le 24 juin en lui rappelant que depuis huit mois elle fuit micros et caméras.
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Novice en politique, cette ancienne présidente du WWF n’est pas exactement une « pro » de la communication. Ses récentes sorties sur la climatisation – elle s’est dite « horrifiée » qu’on envisage de la généraliser – sont apparues complètement déconnectées du quotidien des Français·es. « Cela peut se défendre d’un point de vue écologique mais elle n’a fait preuve d’aucune empathie pour les gens qui mouraient de chaud dans leurs bouilloires thermiques », regrette une représentante d’ONG.
Pour Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat (RAC), la ministre n’a jamais vraiment eu les cartes en mains pour peser dans cette macronie finissante : « Son ministère a été démembré : elle n’a plus les transports, le logement, l’énergie. Elle n’a pas les leviers pour agir sur le changement climatique. »
Face à un Sébastien Lecornu obsédé par la dette, et convaincu que l’écologie ne rapporte rien électoralement, Monique Barbut ne peut qu’enregistrer les renoncements – zéro artificialisation nette (ZAN) et zones à faible émission (ZFE) en tête. « Elle n’a pas réussi à incarner le visage de l’écologie aux responsabilités », juge la députée écologiste Marie Pochon.
En peine pour gagner des arbitrages
Monique Barbut a-t-elle seulement remporté un seul arbitrage à son poste ? « Elle se bat corps et âme pour défendre son ministère », assure la députée macroniste Sandrine Le Feur, qui a voté lundi contre le projet de loi d’urgence agricole.
À son actif, la ministre mettait d’ailleurs en avant « l’accord historique » sur la loi climat européenne dans lequel l’Union européenne s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici à 2040. « C’est grâce à elle que la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) a été enfin publiée. Cela ne fait pas l’action politique mais cela fixe des objectifs », rappelle Anne Bringault du RAC. Mais fixer des objectifs ambitieux dans un quinquennat finissant ne coûte pas bien cher.
Ce week-end encore, Monique Barbut s’est félicitée dans un entretien à La Tribune Dimanche d’avoir obtenu que le Fonds vert soit porté à 1 milliard d’euros dans le prochain budget. Une rodomontade qui ne peut masquer que ce fonds destiné à aider les collectivités à s’adapter au dérèglement climatique était de 2,5 milliards d’euros il y a encore deux ans.
Sur des sujets que cette ancienne présidente du WWF connaissait bien, comme la protection de la biodiversité, c’est aussi une défaite en rase campagne. Le loup ? Face au ministère de l’agriculture, Monique Barbut a perdu tous les arbitrages sur le statut de cette espèce protégée et, résultat de la loi agricole votée lundi soir, la bête pourra désormais être facilement abattue au moyen d’un fusil à lunette thermique.
Le renard, la corneille et toutes ces « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (Esod) ? L’arrêté actuellement en consultation reproduit à l’identique la liste de ces animaux qui peuvent être abattus tout au long de l’année sans limitation. À rebours de ce que dit la science et de ce que demandent depuis des années les associations environnementales.
Point final ? Monique Barbut a tout de même réussi à mettre en consultation deux arrêtés pour protéger le grand tétras et le lagopède alpin, deux espèces d’oiseaux gravement menacées.
Lucie Delaporte et Amélie Poinssot
Ils ont voté le retour de l’acétamipride / La vraie-fausse démission de Monique Barbut / L’été devient la « saison du confinement »
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24 juillet 2026
Bonjour !
🗓️ Voici l’infolettre hebdomadaire de Reporterre. Tous les jeudis, retrouvez une sélection de nos articles les plus marquants de la semaine sur l’actualité de l’écologie.
✒️ L’édito
Les «alliés du cancer» ont frappé fort.
Retour en arrière. Juillet 2025 : une pétition contre la loi Duplomb, voulant réintroduire l’acétamipride, recueille plus d’un million de signatures. La société civile se mobilise alors massivement contre les pesticides, et le Conseil constitutionnel censure la mesure.
Un an après, l’histoire se répète. Qu’ont retenu nos élus de ce grand moment de démocratie ? Rien. Pire : se voyant barrer l’accès à la porte, les tenants de l’agro-industrie sont passés par la fenêtre, réussissant à faire adopter le retour de l’acétamipride via la loi d’urgence agricole.
Cette semaine, les députés puis les sénateurs ont définitivement voté en faveur de cette «loi Duplomb bis», actant non seulement le retour de pesticides dangereux, mais aussi l’agrandissement des élevages, le détournement de la gestion locale de l’eau, et favorisant l’irrigation toujours plus massive des cultures…
Le malaise s’est fait sentir jusque dans les rangs du gouvernement – pourtant à l’origine de cette loi – quand la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, opposée à la réintroduction de l’acétamipride, a annoncé son intention de démissionner… Avant de faire volte-face, à la demande du président de la République.
Mais dans cette histoire, tous semblent avoir oublié le poids de la colère populaire, qui n’a pas fondu malgré les canicules successives : «Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Nous considérons que ce sont des alliés du cancer et des ennemis du monde paysan», a asséné Fleur Breteau, cofondatrice de Cancer Colère, le soir du vote. À quelques mois de l’élection présidentielle, elle appelle les militants à «faire vivre un cauchemar» aux candidats des partis favorables à la loi : «Dès qu’ils mettront un pied hors de leur voiture, on sera là, on ne les lâchera pas.»
Par Scandola Graziani, journaliste à Reporterre
✏️ Le dessin de la semaine
🔎 L’enquête
➡️ Hugo Clément, et le jeu dangereux de l’écologie « dépolitisée »
➡️ « Vakita », un média financé par des milliardaires et des partenariats
🎬 Vidéo
Un médecin contre les pesticides. Louis-Adrien Delarue est médecin généraliste à Angoulême, en Charente. Il exerce ce métier avec passion. Mais depuis quelques années, il constate que de plus en plus de ses jeunes patients sont touchés par un cancer. Tumeurs au cerveau, cancers du sein… Il le voit : «Les maladies galopent, surtout chez les jeunes.» Un constat qui l’a fait sortir de son cabinet médical, pour militer contre les pesticides et les perturbateurs endocriniens.
De consultations en santé environnementale jusqu’au blocage d’une usine, Reporterre a suivi le docteur Delarue dans ses multiples actions pour sensibiliser et lutter contre les pesticides.
Dans ce portrait vidéo long format (19 minutes), on vous présente ce médecin devenu «militant en santé publique».
Voir la vidéo:
https://reporterre.net/Louis-Adrien-Delarue-medecin-en-lutte-contre-les-pesticides
Mis à jour le 20 juillet 2026 à 14h19 https://reporterre.net/Louis-Adrien-Delarue-medecin-en-lutte-contre-les-pesticides
Durée de lecture : 1 minute
« Ce que fait Laurent Duplomb c’est une honte absolue, c’est un déni de science », clame Louis-Adrien Delarue, médecin à Angoulême, à propos de la loi d’urgence agricole, dans ce portrait vidéo.
Louis-Adrien souhaitait devenir médecin depuis ses 12 ans, une vocation qu’il tient de ses parents, tous les deux professionnels de santé. Pourquoi la médecine générale ? « Parce que c’est le plus beau métier du monde ! »assure-t-il.
Cette profession, il l’exerce avec passion depuis vingt ans maintenant. Installé à Angoulême, en Charente, il voit défiler à son cabinet des patients de tous les âges, du nouveau-né jusqu’aux personnes âgées. Mais depuis quelques années, le docteur Delarue constate que de plus en plus de ses jeunes patients sont touchés par des cancers. Des tumeurs au cerveau, des cancers du sein… Il le voit : « Les maladies galopent, surtout chez les jeunes. »
Face à ce constat — selon Santé publique France, les nouveaux diagnostics de cancer des 15-39 ans ont augmenté de près de 20 % en 20 ans — Louis-Adrien Delarue a décidé de sortir de son cabinet médical. Pour prévenir les maladies en plus de les soigner. Depuis plusieurs années, il mène une bataille contre les pesticides et les perturbateurs endocriniens, dont le lien avec les pathologies cancéreuses est documenté.
Son moteur ? La colère, provoquée par ceux qu’ils nomment des « irresponsables politiques ». De consultations en santé environnementale jusqu’au blocage d’une usine, on a suivi le docteur Delarue dans ses multiples actions pour sensibiliser et lutter contre les pesticides. Dans ce nouveau portrait vidéo, on vous présente ce médecin, devenu « militant en santé publique ».