PFAS : le bassin Adour-Garonne se dote d’une stratégie en cinq axes
Le comité de bassin Adour-Garonne s’est doté d’une stratégie PFAS sur son territoire. Elle se décline en cinq axes avec un accent mis sur l’amélioration de la connaissance. Explications.
Eau | Aujourd’hui à 13h05 https://www.actu-environnement.com/ae/news/strategie-pfas-comite-bassin-adour-garonne-cinq-axe-48355.php4

L’étude Garbure a suivi 21 stations de mesures réparties le long de la Garonne et de ses affluents.
LES POINTS À RETENIR
- Les PFAS se concentrent dans les biofilms et augmentent près des zones urbaines et industrielles.
- La redevance PFAS ne rapportera que moins de 50 000 euros par an à l’échelle du bassin.
« L’amélioration de la connaissance reste le premier défi à relever sur les PFAS : sans une connaissance fine des sources de pollution, des mécanismes de transfert dans l’environnement et des impacts sur la santé et les écosystèmes, impossible d’agir efficacement », indique la stratégie d’actions contre les PFAS du bassin Adour-Garonne (1) . Voté en comité de bassin le 2 juillet, le document se décline en cinq axes. Le premier est donc le nécessaire renforcement des dispositifs de surveillance pour mieux comprendre cette contamination. « Un nouveau marché relatif à la surveillance des eaux et des milieux aquatiques sera mis en place sur le bassin pour la période 2027-2030 et prendra en compte les nouveaux enjeux analytiques », précise la stratégie.
En dehors de cette surveillance réglementaire, des outils de biosurveillance seront développés notamment à travers des partenariats avec d’autres agences de l’eau. Par ailleurs, un meilleur partage de l’information est prévu entre les eaux souterraines et superficielles mais également entre les résultats des contrôles sanitaires, pour l’eau potable, les stations d’épuration et les sites industriels. Un accent sera également mis sur le TFA pour compléter toutes les mesures réalisées dans le cadre des campagnes nationales dans les rejets de stations d’épuration et dans les boues.
Mobiliser un réseau d’animation sur les PFAS
Cette connaissance permettra notamment une meilleure caractérisation des contributions et donc de mieux cibler les actions de réduction à la source. « L’industrie, l’agriculture, les stations d’épuration urbaines sont autant d’émetteurs susceptibles d’être accompagnés dans la maîtrise de leurs rejets pour limiter les transferts vers les milieux aquatiques et les ressources en eau », note la stratégie.
Selon les milieux, les PFAS surveillés ne sont pas identiques© Agence de l’eau Adour-Garonne
Le second axe de la stratégie vise la prévention pour limiter la contamination et les expositions. Parmi les leviers identifiés figurent une plus grande mobilisation du réseau d’animation à destination des collectivités, du secteur de la santé et des industriels pour faire émerger des plans d’actions territoriaux qui intègrent les PFAS.
L’agence de l’eau continuera par ailleurs à accompagner financièrement les actions de prévention (pour les industriels, agriculteurs ou encore les boues). À noter également : la stratégie prévoit de dégager des moyens financiers pour améliorer la connaissance sur les potentielles conséquences concernant la présence de PFAS due à la pose de panneaux photovoltaïques dans les aires d’alimentation de captages.
Soutenir financièrement les traitements
Autre axe : le soutien et le développement de technologies de traitement pertinentes. « À Mont-de-Marsan, une expérimentation portée par le conseil départemental des Landes et accompagnée par l’agence teste des technologies de pointe pour mieux mesurer, traiter les micropolluants », illustre le document. L’objectif recherché est d’obtenir une comparaison technico-économique quantifiée des différentes configurations de traitement afin de disposer d’éléments d’aide à la décision pour les maîtres d’ouvrage du territoire dans le traitement des micropolluants dont les PFAS ».
Car le poids financier de ces solutions pèse lourd. Dans un rapport publié en octobre 2025, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (2) évaluait ainsi la facture – au niveau national – pour le seul traitement de l’eau potable à 1 133 millions d’euros et à 1 029 M€ pour la dépollution des sols.
Sur le bassin Adour-Garonne, des estimations (3) évaluent le coût à entre 140 M€/an (estimation basse qui intègre l’eau potable et les mesures préventives) à 1 400 M€/an (fourchette haute avec les coûts de traitement des eaux usées). Un des points potentiellement délicats concerne la gestion des boues non conformes avec la recherche de filières de traitement adaptées.
Parmi les grands chantiers de la stratégie figurent donc l’évaluation plus fine des besoins de financement pour la production d’eau potable, les industriels et les stations d’épuration mais également une réflexion sur l’accompagnement des coûts de fonctionnement.
Pour mémoire, la redevance PFAS prévue par la loi contre le risque PFAS sera mise en œuvre à partir du 1er septembre prochain. Mais les montants collectés en regard restent faibles. « Le ministère de la Transition écologique les avait estimés à 2,4 millions d’euros par an en mai 2024 », a noté le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan. Au niveau du bassin, ils s’élèveraient à moins de 50 000 euros.
À travers le 4e et 5e axe, la stratégie souhaite accompagner la recherche et l’innovation mais également de mettre en œuvre des outils de communication sur ce sujet.
« Cette stratégie s’est notamment appuyée sur une étude scientifique sur le bassin de la Garonne, a précisé lors d’une conférence de presse, Elodie Galko, directrice de l’agence de l’eau Adour-Garonne. Elle montre que nous sommes en dessous des seuils réglementaires sur le cours principal de la Garonne. » Ces travaux ont étudié la présence de PFAS dans l’eau et les sédiments de la Garonne et l’estuaire de la Gironde ainsi que leur transfert du milieu vers le biofilm. Les premiers résultats montrent que les PFAS sont détectés dans tous les échantillons et qu’ils se concentrent dans les biofilms. Autre constat : les concentrations augmentent dans les petits cours d’eau péri-urbains avec des pics autour de Toulouse et Bordeaux mais également à proximité des zones industrielles et aéronautiques. Le projet a également permis de constituer une boite à outils de métrologie des PFAS.
1. Télécharger la stratégie du bassin Adour Garonne
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48355-strategie-pfas-bassin-adour-garonne-connaissance-prevention-traitement-innovations-communications.pdf
2. Télécharger Les politiques publiques de santé environnementale Les PFAS du Haut Commissariat à la stratégie et au plan – octobre 2025
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47668-politiques-publiques-sante-environnementale-pfas-haut-commissariat-strategie-plan-octobre-2025.pdf3. De la commission européenne et IGEDD-IGAS-CGAAER
Dorothée Laperche, journaliste intégrée