L’insecticide la deltaméthrine, est nocive pour la biodiversité dans les milieux aquatiques et elle présente un risque élevé pour les abeilles

La deltaméthrine, insecticide utilisé lors des opérations de démoustication et pointé du doigt pour sa toxicité

« Sus aux moustiques ! » (3/4). La substance, depuis longtemps classée comme toxique en cas d’ingestion et d’inhalation, est également nocive pour la biodiversité dans les milieux aquatiques et présente un risque élevé pour les abeilles. 

Par Delphine Roucaute

Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 08h49 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/23/demoustication-la-deltamethrine-insecticide-pointe-du-doigt-pour-sa-toxicite_6730243_4355770.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260723&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_5

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Une voiture pulvérise de l’insecticide lors d’une opération de lutte contre les moustiques à Nice, le 10 octobre 2025.
Une voiture pulvérise de l’insecticide lors d’une opération de lutte contre les moustiques à Nice, le 10 octobre 2025.  VALERY HACHE/AFP

Après un été 2025 à haut risque sanitaire comptabilisant près de 840 personnes ayant contracté le chikungunya ou la dengue en France hexagonale, l’été 2026 s’annonce plus calme. Au 8 juillet, Santé publique France (SPF) comptabilisait65 personnes contaminées à l’étranger par le chikungunya, 206 par la dengue et 8 par le virus Zika, mais personne ne s’est encore contaminé directement dans l’Hexagone.

Ce calme relatif n’empêche toutefois pas les agences régionales de santé de procéder à des opérations de démoustication, appelées « traitements de lutte antivectorielle ». A l’issue d’enquêtes menées autour des cas importés ou autochtones, ces pulvérisations de produits biocides sont décrétées si la personne malade vit dans un environnement où la présence de moustiques-tigres est avérée et si ses déplacements ont pu entraîner une chaîne de transmission virale.

La molécule utilisée pour ces opérations est la deltaméthrine, un composé chimique de la famille des pyréthrinoïdes. Mais que sait-on précisément de sa toxicité ?

Quelle est sa toxicité pour l’environnement ?

La très grande toxicité de la deltaméthrine est connue de longue date. Selon la réglementation européenne, elle est identifiée comme très toxique pour les organismes aquatiques, avec des effets néfastes à long terme. Les invertébrés aquatiques y sont particulièrement sensibles, notamment les daphnies, des petits crustacés mesurant 1 à 4 millimètres de long et vivant dans les eaux douces et stagnantes qu’elles participent à filtrer tout en servant de nourriture aux poissons. Les poissons sont aussi concernés, à des concentrations plus élevées que les invertébrés. Malgré tout, la toxicité reste très aiguë dès quelques nanogrammes par litre, soit des niveaux plus bas que pour d’autres insecticides.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les protocoles qui encadrent la lutte antivectorielle indiquent que les opérateurs n’ont pas le droit de diffuser leur produit insecticide sur les plans d’eau et dans un périmètre autour de ces derniers de 25 à 50 mètres suivant le mode de pulvérisation.

Insecticide à large spectre, la deltaméthrine présente également un risque élevé pour les abeilles. C’est une des raisons pour lesquelles les opérations de démoustication doivent avoir lieu au milieu de la nuit, quand les abeilles sont au repos dans leur ruche.

Quelle est la toxicité de la deltaméthrine pour les humains ?

La deltaméthrine est depuis longtemps classée comme toxique en cas d’ingestion et d’inhalation. C’est d’ailleurs pour cette raison que les nébulisations de produits n’ont pas lieu le jour et qu’il est recommandé de ne pas consommer les fruits et légumes des jardins dans les trois jours suivant le passage des opérateurs.

En avril 2025, l’Anses a publié les travaux d’experts indépendants analysant des résultats des expertises collectives menées par l’Inserm en 2013 et 2021. Il en ressort une alerte concernant les pyréthrinoïdes, famille à laquelle appartient la deltaméthrine, associés à l’augmentation de troubles du comportement internalisés, tels que l’anxiété, chez les enfants dont la mère aurait été exposée pendant la grossesse.

Pendant des décennies, plusieurs institutions internationales, notamment le Centre international de recherche sur le cancer ont plutôt écarté l’hypothèse d’un effet cancérigène de la deltaméthrine. Mais l’expertise collective de l’Inserm de 2021 a également mis en évidence un risque accru de leucémies en lien avec une exposition professionnelle. Si l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pointe un « signal validé », il reste à être confirmé par d’autres instances réglementaires, notamment au niveau européen.

Comment la population est-elle exposée à la deltaméthrine ?

De récentes données de biosurveillance issues de l’étude Esteban menée par SPF révèlent que le métabolite spécifique de la deltaméthrine (le cis-Br2CA) est quantifié dans les urines de plus de 99 % des adultes et des enfants en France. Cette exposition massive ne s’explique pas uniquement par la démoustication, mais aussi par l’usage domestique qui est fait de la deltaméthrine dans les produits antimoustiques vendus dans les magasins, et son utilisation comme pesticide dans l’agriculture.

« En 2025, avec 60 % des cas de chikungunya de métropole en région PACA [Provence-Alpes-Côte d’Azur], plus d’une trentaine de foyers et les plus gros foyers jamais observés dans l’Hexagone, nous avons utilisé pour toute la saison environ 150 litres de produit formulé, ce qui est tellement peu que nous n’intéressons pas les vendeurs de produits », appuie Grégory L’Ambert, responsable du pôle de lutte préventive contre Aedes albopictus à l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen.

Plus précisément, Charles Tizon, directeur de la société Altopictus, qui s’occupe des régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, explique que pour une opération standard traitant 10 hectares, sont versés, dans le réservoir de 5 litres du pick-up nébuliseur : 4,25 litres d’eau ; 0,25 litre d’adjuvant Visiofume servant à porter les gouttelettes et à voir le nuage ; 0,5 litre d’Aqua K-othrine, principal insecticide vendu contenant de la deltaméthrine. Au total, 10 grammes de deltaméthrine sont effectivement diffusés.

Ces données sont à mettre en regard des 13 tonnes de deltaméthrine utilisées en France en 2023 dans un cadre phytosanitaire, c’est-à-dire pour traiter les cultures.

Est-il prévu de changer sa réglementation ?

Après une première prolongation en 2023, l’autorisation d’utilisation de la deltaméthrine était censée expirer au 31 mars. Mais l’Etat membre chargé de l’évaluation – la Suède en l’occurrence – ayant réclamé plus de temps, notamment pour examiner ses propriétés de perturbation endocrinienne, la Commission européenne a prolongé son approbation jusqu’au 31 mars 2028. La deltaméthrine va être ainsi commercialisée pendant encore deux ans sur la base d’une évaluation qui remonte à 2011, malgré toutes les données produites depuis.

« Mais c’est sûr que la deltaméthrine va disparaître du marché européen à terme, avance Pauline Cervan, toxicologue chez Générations futures. C’est la molécule la plus toxique pour les milieux aquatiques que je connaisse. » Elle avertit également sur le fait qu’une seule exposition peut avoir des impacts si elle survient à une période critique de la grossesse, ce qui devrait suffire à « appliquer le principe de précaution », et au minimum à alerter les femmes enceintes sur le risque associé à cette substance, également vendue dans le commerce.

En février, la Suède a notifié une intention de réviser la classification de la deltaméthrine, qui pourrait être classée comme reprotoxique et « PBT », c’est-à-dire persistante dans l’environnement, bioaccumulable et toxique. Une démarche qui devrait prendre plusieurs années, mais qui devrait à terme conduire à l’interdiction de la substance.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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