Produire du clinker, matière de base du ciment, à partir d’oxygène pur à la place de l’air ambiant en émettant un CO2 concentré et simple à capturer

En Allemagne, quatre cimentiers européens s’unissent pour un projet de capture du CO₂

Le procédé vise à produire du clinker, matière de base du ciment, à partir d’oxygène pur à la place de l’air ambiant. Ce qui permet d’émettre du dioxyde de carbone plus concentré et plus simple à capturer, afin d’éviter les rejets dans l’atmosphère. 

Par Bastien Bonnefous (Heidenheim an der Brenz [Bade-Wurtemberg], envoyé spécial)Publié le 13 juillet 2026 à 11h00, modifié le 13 juillet 2026 à 16h37 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/13/en-allemagne-quatre-cimentiers-europeens-s-unissent-pour-un-projet-de-capture-du-co_6723071_3234.html?srsltid=AfmBOorzaFi_9pTEArPO6wlOFy5L5oJQMJg-lLZ0-q6SkD-ySGjxG5uw

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Le centre de recherche et de développement CI4C, dans la cimenterie du groupe Schwenk, à Heidenheim an der Brenz (Bade-Wurtemberg), le 15 juin 2026.
Le centre de recherche et de développement CI4C, dans la cimenterie du groupe Schwenk, à Heidenheim an der Brenz (Bade-Wurtemberg), le 15 juin 2026.  CI4C PLANT

L’entrelacs de tuyaux en métal étincelle dans le soleil de ce mois de juillet à Heidenheim an der Brenz, une cité industrielle de 49 000 habitants du sud de l’Allemagne, à une centaine de kilomètres de Stuttgart. Siège de l’équipementier automobile Voith, cette ville du Land de Bade-Wurtemberg abrite aussi une cimenterie du groupe Schwenk, construite au début du XXe siècle. C’est sur ce site qu’a été inauguré, le 8 juillet, le projet de recherche de capture du dioxyde de carbone (CO2) développé par quatre cimentiers européens. « Ici prend corps un projet industriel et environnemental à la fois, qui est un signal très important pour l’industrie cimentière », a déclaré Thekla Walker, ministre du climat et de l’énergie du Bade-Wurtemberg et membre des Verts allemands, présente lors de l’événement.

Le cœur du projet, baptisé « catch4climate », consiste à tester à une échelle semi-industrielle une technologie de rupture appelée « Oxyfuel ». Objectif : capturer les émissions de CO2 d’une cimenterie traditionnelle par un procédé économiquement soutenable. L’industrie du ciment-béton est une des plus émettrices de gaz à effet de serre, responsable de 7 % à 8 % du total des émissions mondiales. Environ les deux tiers sont dits inévitables, car produits lors de la réaction chimique de calcination qui transforme le calcaire en clinker, la matière de base du ciment – le tiers restant est lié à l’utilisation d’énergies fossiles (en majorité du gaz ou du charbon) pour réaliser la combustion.

Pour cuire le calcaire, on utilise l’air ambiant, composé à 78 % d’azote, ce qui dilue fortement le CO2 dans les fumées de cheminée (qui n’en conservent que 15 % à 30 %) et rend son captage complexe et énergivore. La technologie Oxyfuel remplace l’air ambiant par de l’oxygène pur injecté dans le four de la cimenterie. Comme il n’y a plus d’azote, les gaz échappés sont très concentrés en CO2, à plus de 90 % selon ses concepteurs. Isoler le CO2 devient alors plus simple.

Plus de 120 millions d’euros

D’habitude concurrents, les quatre cimentiers à l’origine du projet se sont unis en 2019 dans une joint-venture baptisée « CI4C » (Cement Innovation for Climate, « innovation dans le ciment pour le climat »). La composent le géant allemand Heidelberg Materials, parmi les premiers groupes mondiaux ; le groupe italo-allemand Buzzi Dyckerhoff, dans le top 15 mondial ; l’autre groupe allemand, Schwenk Zement, plus modeste, qui abrite le projet de recherche dans sa cimenterie d’Heidenheim ; et le groupe français Vicat, dernier cimentier tricolore à capital majoritairement familial, lui aussi classé dans les 20 premiers mondiaux.

A eux quatre, ils représentent une capacité de production de près de 260 millions de tonnes de ciment par an, soit environ 7 % de la production mondiale, quelque 200 usines dans le monde et un chiffre d’affaires combiné de plus de 30 milliards d’euros. A la seule échelle française, Heidelberg (huit sites) et Vicat (deux sites) possèdent 10 des 20 cimenteries épinglées parmi les 50 sites industriels les plus émetteurs dans l’Hexagone.

Plus de 120 millions d’euros ont été investis par le quatuor dans CI4C. « Le tout, sans subvention publique nationale ou européenne », précise le PDG de Vicat, Guy Sidos. Le financement couvre la construction d’une ligne de cuisson séparée avec une capacité de production de clinker de 450 tonnes par jour. Un nouveau four rotatif, long de 35 mètres, a été fabriqué par ThyssenKrupp et installé en 2024 à Heidenheim, en plus d’une tour de préchauffage de 60 mètres de haut. Pour alimenter le four en oxygène pur, six cuves de 60 mètres cubes chacune complètent le dispositif, approvisionnées par le groupe allemand Westfalen.

La phase de test doit durer jusqu’en 2028. En mai, du clinker a été produit « avec succès pour la première fois », font savoir les industriels. En fonction des résultats, le déploiement à grande échelle de la technologie Oxyfuel sera ou non décidé. Vicat envisage de l’utiliser dans sa cimenterie de Montalieu-Vercieu (Isère), la plus grande de France, avec une capacité de production de 2 millions de tonnes annuelles, où le groupe développe déjà VAIA, un autre projet de capture de CO2, par cryogénie (une technologie qui refroidit à très basse température le gaz pour le liquéfier), qui doit alimenter un système de transport du gaz jusqu’à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) pour être stocké dans des couches sous-marines en mer Adriatique.

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« On ne sait pas encore si on va choisir d’adapter nos lignes de production de Montalieu à la technologie Oxyfuel ou si on construira une nouvelle ligne autonome, mais la perspective d’avoir un CO2 pur est totalement complémentaire de VAIA », explique Eric Bourdon, directeur général adjoint de Vicat, chargé de l’innovation dans le groupe.

Carburant de synthèse

Pour l’instant, le CO2 de plus grande pureté produit à Heidenheim est stocké, mais il pourrait à terme être valorisé et servir de matière première dans l’industrie chimique ou la production d’engrais. Combiné avec de l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables, il peut être aussi transformé en e-fuel, un carburant de synthèse, pour fournir l’aviation. Mais le secteur de la défense apparaît de plus en plus comme un autre débouché important. « On pourrait fabriquer la totalité des besoins en e-kérosène pour l’aviation de défense française, c’est un vrai enjeu de souveraineté pour l’Europe à l’heure des tensions géopolitiques mondiales », précise Guy Sidos, qui dit discuter avec de nombreux groupes de défense français et européens.

Au-delà de l’efficacité technique du procédé Oxyfuel, la stratégie globale de décarbonation qu’il sous-tend est critiquée par des acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils estiment que les technologies de captage en « bout de chaîne » du CO2 permettent aux cimentiers de maintenir leur modèle du tout-béton, sans revoir le procédé de production du clinker, ni remettre en question la réduction globale de la production de ciment au profit d’autres matériaux de construction moins émetteurs.

Pour l’instant, l’industrie cimentière répond à l’impératif environnemental en utilisant moins d’énergies fossiles pour la combustion ou en diminuant le taux de clinker dans le ciment, mais pas question en effet de diminuer la production globale, bien au contraire. « Avec 10 milliards d’habitants annoncés pour 2050, la planète va avoir un besoin immense de nouvelles infrastructures dans les pays en développement et de renouveler ses infrastructures dans les pays développés, donc la baisse de la consommation de ciment n’est pas pour demain », affirme le PDG de Vicat.

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Bastien Bonnefous (Heidenheim an der Brenz [Bade-Wurtemberg], envoyé spécial)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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