Fin de vie : le Parlement approuve définitivement le droit à l’« aide à mourir » ; Emmanuel Macron salue un « débat respectueux » et un « engagement tenu »
Pour entériner cette promesse du président de la République maintes fois retardée, le gouvernement avait donné le dernier mot à l’Assemblée nationale, qui a approuvé le texte par 291 voix contre 241, mercredi 15 juillet.
Le Monde avec AFPPublié le 15 juillet 2026 à 19h32, modifié hier à 07h41
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Le Parlement a définitivement adopté, mercredi 15 juillet, la proposition de loi visant à créer un droit à l’« aide à mourir », qui permettrait à certains malades atteints de pathologies graves d’obtenir sous conditions l’administration d’un produit létal.
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Pour entériner cette promesse d’Emmanuel Macron maintes fois retardée, le gouvernement avait donné le dernier mot à l’Assemblée nationale, qui a approuvé le texte par 291 voix contre 241, sous les yeux de partisans et d’opposants au texte, présents dans les tribunes.
La France rejoint ainsi le cercle relativement restreint des pays ayant ouvert ce droit, de la Belgique aux Pays-Bas en passant par la Suisse, le Canada ou encore l’Uruguay.
Dans un message publié sur X quelques minutes après ce vote historique, le chef de l’Etat a salué « un débat constructif et respectueux » sur « cette question aussi intime que grave ». « En 2022, j’avais pris l’engagement d’ouvrir ce chemin avec les Français. Avec gravité, avec humilité et dans le plein respect de notre démocratie, cet engagement est tenu », a ajouté le président de la République, affirmant aussi avoir « une pensée pour toutes celles et ceux qui m’ont personnellement interpellé » sur la fin de vie : « Leurs histoires, leurs doutes, leurs convictions et leurs espérances. Leurs témoignages ont profondément nourri ce texte. »
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« Un grand texte pour notre République »
« Il y a des souffrances que plus rien n’apaise (…) qui empêchent de vivre », a déclaré à la tribune Camille Galliard-Minier, la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, à l’ouverture des débats dans l’Hémicycle, en appelant à regarder « cette réalité (…) en face, avec respect et avec humilité ».
« C’est un grand texte pour notre République (…) tant attendu par nos compatriotes », a salué devant des journalistes la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet.
Si la gauche et les macronistes ont majoritairement voté pour, et la droite et l’extrême droite contre, chaque groupe a laissé ses membres libres de leur vote, sur un sujet mêlant l’intime au politique. A la tribune, Brigitte Liso (Renaissance) a salué une loi qui « marquera notre histoire » : « Je pourrai dire à mes petits-enfants “j’y étais” ». Le député Rassemblement national (RN) Christophe Bentz a tenté une dernière fois de convaincre les députés de « voter contre ce texte de mort ».
Scrutin public n° 8280 sur l’ensemble de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (lecture définitive).

Les représentants de l’Eglise de France ont, de leur côté, dénoncé dans un communiqué un texte marquant, selon eux, « une rupture grave dans l’histoire de notre pays ».
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Un très long chemin législatif
Sur le sujet le processus parlementaire a connu depuis bien des vicissitudes. A un projet de loi gouvernemental, interrompu par la dissolution de 2024, ont succédé deux propositions de loi d’origine parlementaire, l’une sur les soins palliatifs et l’autre sur le droit à l’aide à mourir. Elles ont cheminé, en dépit des réserves, voire de l’hostilité personnelle à l’aide à mourir des trois premiers ministres successifs, Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu.
A l’unisson de plusieurs ténors de la droite, comme le candidat à l’Elysée Bruno Retailleau (Les Républicains), le Sénat a rejeté par trois fois l’aide à mourir. Mais le gouvernement a décidé de donner le dernier mot à l’Assemblée, comme il en a la possibilité.
Tenant compte des oppositions qui persistent, surtout à droite, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel, en cas d’approbation.
Mercredi soir, sur BFM-TV, Bruno Retailleau a appelé les membres du Conseil constitutionnel à « se déporter » s’ils ont « pris fait et cause » pour l’« aide à mourir », tout en évoquant un référendum pour consulter les Français sur le sujet s’il était élu l’an prochain. Il a cité nommément les cas de Jacques Mézard et de Laurence Vichnievsky qui avaient « participé aux travaux qui ont été le préalable de la loi » qui vient d’être adoptée. « On ne peut pas être juge et partie », a ajouté le sénateur vendéen.
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Le Monde avec AFP
Le choix de sa fin de vie, ultime liberté
Éditorial
Le Monde
Publié le 15 juillet 2026 à 20h07 (republication de l’article du 01 juillet 2026 à 11h30) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/15/le-choix-de-sa-fin-de-vie-ultime-liberte_6717514_3233.html
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Cet éditorial est une version actualisée de l’éditorial publié le 1er juillet 2026, au lendemain de l’adoption en troisième lecture de la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir.
Un pas décisif a été franchi vers la prise en charge par la société française de la hantise suprême de chaque être humain – la peur de la souffrance insupportable au moment de la mort – et la conquête d’une nouvelle liberté, celle de choisir sa fin de vie indépendamment de l’Etat ou des religions. En adoptant définitivement la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir pour des malades atteints d’une affection grave et incurable, les députés ont montré, en ces temps d’instrumentalisation des débats parlementaires, qu’ils sont capables de délibérer sereinement sur un sujet des plus complexes et de dépasser les clivages partisans afin de satisfaire une demande sociale.
Si le nouveau texte s’inscrit dans la lignée de la loi de 2005 qui a permis la « limitation ou l’arrêt » de traitements inutiles et de celle de 2016 instaurant un droit à la « sédation profonde et continue pour les malades en phase terminale », il franchit un cap décisif en instaurant un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, autrement dit en donnant à certains patients, dans des conditions très encadrées, le dernier mot, l’ultime liberté. La France, après d’autres pays, abolit le tabou qui entoure souvent les fins de vie douloureuses, et rompt avec l’hypocrisie inégalitaire qui conduit des personnes à l’achat clandestin de produits létaux ou à des voyages à l’étranger.
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La légalisation de l’aide à mourir choque, dans son principe, une fraction de l’opinion pour des raisons religieuses ou par critique de son libéralisme. Pourtant, le texte se veut un point d’équilibre. Ses modalités concrètes incluent, sous réserve d’une future évaluation, des garde-fous nécessaires pour assurer le respect des patients mais aussi des soignants, protégés par une clause de conscience.
Loi de compassion
Le droit de choisir sa mort, comme celui d’avorter, n’oblige personne à l’exercer. Il ne retire rien à ceux qui le rejettent, pas plus qu’il ne devrait entraver l’accès aux soins palliatifs, condition essentielle pour que des malades ne demandent pas à être aidés à abréger leur vie faute d’avoir reçu des soins pouvant alléger leurs souffrances. La promesse d’un accès pour tous à ces soins ultimes, contenue dans une proposition de loi distincte votée en mai, doit être tenue.
Les cinq critères cumulatifs exigés par la proposition de loi, la procédure collégiale aboutissant à la décision d’un médecin, résultent de débats longs et nourris. Quant à l’idée de laisser au patient le choix entre suicide assisté et euthanasie, elle a été rejetée. Le principe sera l’autoadministration du produit létal, l’administration par un médecin ou un soignant l’exception, réservée aux patients physiquement incapables d’accomplir ce geste.
La proposition de loi sur l’aide à mourir se caractérise aussi par sa genèse. Promesse faite sur un mode prudent par le président de la République, le texte s’est construit au fil des discussions d’une convention citoyenne, qui ont été prises en compte, puis des travaux parlementaires qui ont permis à l’opinion de se l’approprier. Elle restera aussi, dans un contexte d’instabilité politique, comme l’un des rares engagements d’ampleur concrétisés du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Non comme l’effrayante « rupture anthropologique » que dénoncent ses détracteurs, mais comme une avancée sociétale attendue depuis des années, une loi de compassion qui tente de concilier liberté individuelle et fraternité.
Le Monde
Fin de vie : ce que contient le texte sur l’aide à mourir, soumis au dernier vote des députés
Au terme de son parcours parlementaire, la proposition de loi franchit un cap, mercredi, en instaurant un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, dans des conditions très encadrées, pour les malades atteints d’« affection grave et incurable » et présentant une « souffrance » constante liée à cette affection.
Par Béatrice JérômePublié le 14 juillet 2026 à 08h06, modifié le 15 juillet 2026 à 08h28 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/14/fin-de-vie-ce-que-contient-le-texte-sur-l-aide-a-mourir-soumis-au-dernier-vote-des-deputes_6723270_3224.html
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« Avec ce texte, on regarde la mort en face », avait déclaré Emmanuel Macron le 10 mars 2024. Plus de deux ans après, l’Assemblée nationale s’apprête à voter, mercredi 15 juillet, en lecture définitive, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Avec l’adoption probable de ce texte, la France rejoindra les 11 pays au sein desquels des personnes gravement malades peuvent accéder, sur prescription médicale, selon des critères différents d’une législation à l’autre, à un produit létal.
Le « modèle français de la fin de vie », selon la formule d’Emmanuel Macron en 2023, est dans sa genèse issu de la volonté du chef de l’Etat. Mais sa conception est le fruit des travaux des seuls députés – le Sénat a rejeté le texte à trois reprises – au terme de quatre lectures. Ses partisans vantent un texte « équilibré » et « sécurisé » qui apporte les garanties pour que le recours à l’aide à mourir reste une « exception ». Ses détracteurs estiment à l’inverse que les « garde-fous »prévus ne sont pas suffisants pour éviter des « dérives ».
Lors de l’élaboration du texte, les députés ont été animés par une obsession : faire en sorte d’éviter des demandes d’aide à mourir par défaut d’accès aux soins palliatifs. La copie qui sera soumise aux députés mercredi prévoit que « le médecin s’assure » que toute personne qui demande une aide à mourir « puisse avoir accès à des soins palliatifs », « si elle le demande ».
Un autre rempart a été dressé par le Parlement contre ce risque : le vote à l’unanimité de la proposition de loi sur l’égal accès aux soins palliatifs, promulguée le 26 mai. L’exécutif a également pris, en avril 2024, l’engagement que les moyens alloués à la médecine palliative seraient augmentés de 60 % d’ici à 2034 (5,5 milliards d’euros supplémentaires en dix ans). Une promesse dont le respect va toutefois dépendre de la volonté des gouvernements à venir.
Critère temporel écarté
Les débats sur le texte de loi ont été sous-tendus par trois questions sur lesquelles les députés se sont affrontés. Jusqu’où reconnaître la liberté individuelle de décider de sa mort pour qu’elle ne devienne pas un droit inconditionnel ? Comment être certain qu’une personne dispose d’une autonomie de décision pleine et entière pour vouloir qu’il soit mis fin à ses jours ? Comment protéger les plus vulnérables face à la tentation de demander à mourir ?
En définitive, le texte tente d’encadrer un nouveau droit en énonçant plusieurs conditions d’accès à l’aide à mourir, qui se veulent strictes. Etre majeur, de nationalité française, souffrir d’une « affection grave et incurable » qui « engage le pronostic vital en phase avancée ou en phase terminale », présenter une « souffrance physique ou psychologique constante liée à cette affection », « réfractaire aux traitements ou insupportable ».
Les députés ont écarté le critère de l’espérance de vie du malade qui figurait dans le projet de loi initial d’Emmanuel Macron. Les médecins ont été nombreux à expliquer qu’évaluer le temps qu’il reste à vivre à un malade est quasi impossible. La Haute Autorité de santé a dressé le même constat. Fixer un critère sous forme temporelle risquait surtout de rendre inéligibles à l’aide à mourir des personnes atteintes notamment de la maladie de Charcot ou d’autres pathologies neurodégénératives, qui n’induisent pas une fin de vie proche.
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Les députés opposés au texte, mais aussi des soignants, se sont toutefois élevés contre des critères qui ouvrent l’accès à l’aide à mourir « à un grand nombre de malades ». Parmi les potentiellement éligibles, selon eux, figurent les personnes qui souffrent de certaines affections de longue durée (diabète, insuffisance rénale aiguë) ou en situation de handicap. Les artisans du texte ont rappelé que tout malade qui souhaite une aide à mourir doit présenter des souffrances physiques ou psychologiques liées à leur affection. Les conditions d’éligibilité sont, en outre, indissociables et doivent être toutes remplies.
Délai de réflexion
Pour accéder à une aide à mourir, le texte dispose que la personne qui la demande doit être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ». Son « discernement » ne doit pas être « gravement altéré ». Le jour de l’administration du produit létal, « le médecin vérifie » que la personne maintient bien sa décision. « En cas de pression constatée » sur le malade par le médecin pour « procéder à l’aide à mourir », il « suspend la procédure et signale sans délai les faits au procureur de la République ».
Les points les plus controversés lors des débats ont porté sur les procédures d’instruction des demandes et les délais d’acceptation des malades. Le médecin saisi d’une demande d’aide à mourir prend sa décision seul mais après avoir demandé l’avis consultatif d’un autre médecin, spécialiste de la pathologie, et d’un aide-soignant qui connaît le malade. Il peut demander l’avis d’autres médecins ou d’un psychologue à condition qu’ils « interviennent déjà dans le traitement du malade ». Le médecin qui instruit la requête peut recueillir à sa demande l’avis de la personne de confiance ou d’un proche aidant.
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Il dispose de quinze jours au plus pour rendre sa décision. Une fois informé, le malade doit respecter un délai de deux jours avant de confirmer son souhait. La rapidité de la procédure est la condition pour que l’aide à mourir puisse être effective, ont plaidé les défenseurs du texte, puisqu’elle est destinée à s’appliquer à des personnes qui peuvent être en toute fin de vie.
Deux jours de réflexion laissés au minimum au malade pour confirmer sa demande sont un laps de temps trop court, ont, à l’inverse, fait valoir les députés opposés au texte. Quarante-huit heures ne sont pas suffisantes pour lui donner le temps de changer d’avis, alors que le désir de mourir, ont-ils rappelé, est fluctuant et ambivalent chez les personnes gravement malades. Le médecin n’aura pas le temps non plus de s’assurer pleinement que le malade ne subit aucune pression extérieure.
Clause de conscience
Autre disposition âprement débattue dans l’Hémicycle : le mode d’administration de la substance létale. Le texte dispose que le malade s’administre le produit létal, sauf s’il « n’est physiquement pas en mesure de le faire ». Dans ce cas, le geste est accompli par un médecin ou un infirmier. Les députés socialistes et de La France insoumise ont bataillé pour que le texte laisse le « choix » au malade de se tourner vers un soignant pour accomplir l’acte. En vain. La proposition de loi ne dit toutefois pas sur quels critères le malade sera jugé inapte « physiquement » à prendre seul le produit mortel.
Les médecins et les infirmiers qui ne souhaitent pas participer à la procédure d’aide à mourir pourront invoquer une clause de conscience. Dans ce cas, ils devront fournir le nom d’autres professionnels de santé disposés à la mettre en œuvre.
Le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a annoncé son intention de transmettre le texte, s’il est adopté, au Conseil constitutionnel. « Le gouvernement n’a pas proposé et défendu les garde-fous » nécessaires, « notamment sur un sujet majeur pour moi, qui était la clause de conscience des établissements », a-t-il déclaré au Figaro, le 8 juillet. Des établissements de soins ou des Ehpad – dont une majorité sont propriétés de congrégations religieuses – souhaitent en effet que le texte prévoit une clause de conscience collective qu’ils pourraient invoquer pour refuser de pratiquer l’aide à mourir. Le Conseil constitutionnel aura un mois pour se prononcer.
Fin de vie : l’adoption d’une loi « historique », l’émotion des députés, la retenue du gouvernement
Partisans et opposants du texte ont débattu une dernière fois, mercredi 15 juillet. La proposition de loi a été adoptée avec une courte majorité, par 50 voix d’écart, avec une position très en retrait de l’exécutif. Sébastien Lecornu a annoncé qu’il allait saisir le Conseil constitutionnel sur trois points.
Par Béatrice JérômePublié hier à 10h25, modifié hier à 10h35 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/16/fin-de-vie-la-loi-historique-sur-l-aide-a-mourir-adoptee-definitivement-au-cours-d-un-debat-teinte-d-emotion_6723752_3224.html
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Un public venu nombreux, des tribunes combles, des travées d’abord clairsemées qui se sont garnies peu à peu, des applaudissements épars puis de plus en plus nourris, et, soudain, une larme de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), émue à l’annonce du résultat du vote : le Palais-Bourbon a vécu, mercredi 15 juillet, un « grand jour » selon les dires de nombreux orateurs, un « moment grave », « historique ».
Au terme d’un vote solennel, les députés ont définitivement adopté la proposition de loi créant l’aide à mourir, par 291 voix pour, 241 contre et 29 abstentions. Le texte dispose qu’une personne atteinte d’une affection grave et incurable pourra demander à un médecin de lui prescrire un produit létal, si elle respecte certaines conditions strictes d’éligibilité.
A gauche, les socialistes et La France insoumise ont voté pour à la quasi-unanimité. Quelques communistes ont voté contre ou se sont abstenus. Plus des trois quarts des députés macronistes et la plus grande partie du centre droit ont soutenu le texte. Les groupes de droite ont voté contre, comme la quasi-totalité des députés du Rassemblement national (RN).
Par ce scrutin définitif, les députés confirment leur vote lors des trois lectures précédentes. Mais avec une majorité chaque fois plus resserrée : 50 voix d’écart mercredi, contre 63 le 30 juin, 73 voix le 25 février, et 106 voix lors de la première lecture, le 27 mai 2025. « Encore deux lectures, et le texte était rejeté ! », ironisait, mercredi, le député (Les Républicains, LR) des Hauts-de-Seine Philippe Juvin, farouche détracteur du texte.
« Je pourrais dire : j’y étais »
Après le scrutin, les partisans de la loi se gardaient de pavoiser. « Il n’y a pas d’esprit de victoire ni de triomphe lorsque l’on parle de la dernière étape d’une vie », avait affirmé, avant le vote à la tribune, la députée (Horizons) de la Seine-Maritime Agnès Firmin Le Bodo. « Ce texte touche à ce que chacun de nous porte de plus intime, a-t-elle rappelé, la peur de souffrir, le désir de rester digne, l’amour de ceux qui nous entourent, et la liberté de pouvoir leur dire adieu. »
La plupart des députés qui se sont exprimés ont choisi le registre de l’émotion pour défendre le texte. Tel Frédéric Valletoux, président de la commission des affaires sociales. « Au crépuscule de nos vies, quand le corps se rappelle seulement à nous par la souffrance qu’il inflige, il n’y a pas plus grande liberté que de choisir de vivre ou de mourir pour cesser de subir », a déclaré le député (Horizons) de Seine-et-Marne. Corapporteuse du texte, Brigitte Liso (Renaissance, Nord) s’est dite « fière » d’être dans l’Hémicycle pour ce vote. « Je pourrais dire : j’y étais !, s’est-elle exclamée. Comme j’aurais aimé dire : “j’étais là lors de l’abolition de la peine de mort, lorsque les femmes ont obtenu de choisir avec l’IVG, lorsque la République a ouvert le mariage pour tous”. »
Du haut des tribunes réservées au public, Olivier Falorni, ancien rapporteur général du texte – avant d’être élu maire de La Rochelle, en mars, et de devoir démissionner de son mandat de député (Les Démocrates, Charente-Maritime) –, n’a pas perdu une minute des débats. Celui qui a fini par incarner, parmi les parlementaires, le combat pour « l’ultime liberté, celle de choisir sa mort », a reçu des « hommages » de plusieurs députés en séance.
A son tour, Yaël Braun-Pivet a improvisé quelques mots devant les micros et les caméras après avoir déclaré qu’elle-même avait voté le texte – bien qu’elle s’abstienne, en principe, de participer aux scrutins. Elle a salué un « grand texte pour notre République ».
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L’émotion était aussi palpable parmi les opposants au texte. « Je vous parle le cœur lourd, le cœur serré, le cœur blessé, contre une loi qui va arracher des vies humaines (…), une loi permissive et expéditive, un texte de mort », a lancé, la voix nouée, Christophe Bentz (RN, Haute-Marne). Justine Gruet (LR, Jura) a préféré un ton plus solennel : « Nous sommes le 15 juillet, le jour où le Parlement français décide qu’il peut être mis fin légalement à une vie humaine. L’histoire nous regardera. »
Du côté du gouvernement, en revanche, l’heure était à la retenue, voire à la discrétion maximale. Sur les bancs des ministres, seuls étaient présents Laurent Panifous, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, et Camille Galliard-Minier, ministre déléguée à l’autonomie et aux personnes handicapées. Deux des ministres les plus favorables au texte au sein du gouvernement, qui compte par ailleurs dans ses rangs beaucoup d’opposants, à découvert ou non. Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a par exemple récemment affirmé qu’elle aurait « voté contre ».
Manifestement plus attachée à défendre le texte que Stéphanie Rist, la ministre de la santé, Camille Galliard-Minier a été missionnée pour porter la voix de l’exécutif à la tribune. « Le texte que vous examinez », a-t-elle souligné, est né « d’un engagement clair, pris devant les Françaises et les Français par le président de la République : celui de tracer un chemin français de la fin de vie ».
Puis elle s’est efforcée d’expliquer les raisons de la saisine par le premier ministre, Sébastien Lecornu, du Conseil constitutionnel sur le texte, annoncée la veille du vote par Matignon. « Le premier ministre saisira le Conseil constitutionnel pour bien sécuriser certains sujets du texte largement débattus et s’assurer que l’application de la loi, une fois votée, se fasse dans le plein respect de nos principes fondamentaux et particulièrement de la dignité humaine », a tenté de justifier Camille Galliard-Minier à la tribune. « En saisissant le Conseil, le premier ministre nous conforte dans les critiques sur ce texte. Dommage qu’il ne se soit pas manifesté avant », relevait, de son côté, Philippe Juvin.
Délai de rétractation
Yaël Braun-Pivet a jugé dommage, a contrario, que Sébastien Lecornu s’exprime aussi tôt… « C’est important que le Conseil constitutionnel se prononce sur un tel texte, a-t-elle réagi à l’issue du vote. J’ai trouvé simplement que le communiqué de presse publié par Matignon aurait pu attendre que nous ayons fini l’examen du texte et procédé au vote. » Mais c’est un « petit détail dans la chronologie et dans le timing », a-t-elle relativisé. Elle n’est toutefois pas près de pardonner à Matignon ce qui, à ses yeux, était de nature à semer le doute parmi les députés au moment de se prononcer sur le texte.
Le premier ministre a saisi le Conseil constitutionnel sur trois points. Il souhaite qu’il se prononce sur le délai de rétractation du malade, une fois reçu l’accord du médecin pour procéder à une aide à mourir. Le texte dispose que le malade doit attendre au minimum « deux jours » avant de confirmer son souhait de mourir. Pour les opposants au texte, c’est un laps de temps trop court pour lui permettre de se raviser, alors que le désir de mort est souvent ambivalent chez les malades gravement atteints. Le premier ministre a également demandé aux membres du Conseil de se prononcer sur l’accès à l’aide à mourir des personnes majeures protégées sous tutelle. Il entend enfin recueillir leur avis sur la constitutionnalité d’une « clause de conscience d’établissement » que souhaiteraient pouvoir invoquer certaines institutions médicales souvent liées à des congrégations religieuses. Ce qui leur permettrait d’être légalement autorisées à refuser de pratiquer une aide à mourir dans leurs murs. Le Conseil constitutionnel a un mois pour rendre son avis.
Selon l’Elysée, cette saisine a été décidée en concertation avec le chef de l’Etat : il s’agit d’« aller jusqu’au bout du processus démocratique ». Quelques minutes après le vote, mercredi, Emmanuel Macron a salué, sur X, un « débat constructif et respectueux » sur « cette question aussi intime que grave ». « En 2022, j’avais pris l’engagement d’ouvrir ce chemin avec les Français. Avec gravité, avec humilité, et dans le plein respect de notre démocratie, cet engagement est tenu », s’est-il plu à rappeler.
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Pour certains, c’est une « révolution » qui va dans le bon sens, pour d’autres, un « vertige éthique ». Les professionnels de santé, qui disposeront d’une « clause de conscience », vont se retrouver en première ligne, après l’adoption de la proposition de loi, mercredi 15 juillet.
Par Béatrice JérômePublié le 15 juillet 2026 à 10h14, modifié hier à 02h39 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/15/fin-de-vie-les-soignants-divises-sur-l-aide-a-mourir-apprehendent-l-entree-en-vigueur-de-la-nouvelle-loi_6723526_3224.html
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Cédric Chaissac, chef de service de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital Jean-Jaurès (Paris 19ᵉ), à Toulouse, le 14 juillet 2026. ALEXANDRE OLLIER POUR « LE MONDE »
La santé des malades qu’ils soignent est entre leurs mains, parfois jusqu’à leur dernier souffle. Demain, leur mort pourra l’être aussi. La proposition de loi créant une « aide à mourir », votée solennellement mercredi 15 juillet par l’Assemblée nationale, dispose qu’un médecin pourra provoquer intentionnellement le décès d’un patient « atteint d’une affection grave et incurable » à sa demande, sous réserve de multiples conditions prévues par le texte. « Une révolution » dans l’exercice de la médecine « qui va dans le bon sens », selon certains médecins, qui suscite « un vertige éthique » chez d’autres. Le texte prévoit que ceux qui ne souhaiteront pas pratiquer une aide à mourir pourront invoquer une « clause de conscience ».
Depuis que le président de la République, Emmanuel Macron, a ouvert ce chantier en 2023, les soignants s’affrontent. Entre ceux pour qui « donner la mort ne sera jamais un soin » et ceux prêts à cet « ultime geste d’accompagnement », le clivage est violent. Il traverse le corps médical depuis longtemps. Dans ce débat autour du suicide assisté et de l’euthanasie, une partie des médecins hostiles à « toute mort provoquée » se voit renvoyée à des « convictions religieuses », qui, selon les partisans de la loi sous-tendent leur opposition. La plupart s’en défendent. Ils considèrent que c’est leur éthique de soignant qui est mise à mal.
A la veille du vote à l’Assemblée nationale, Le Monde a interrogé des médecins aux opinions divergentes. Certains confient leur « malaise », leur « trouble », leur « fébrilité ». D’autres, au contraire, leur « soulagement » face à « cette avancée pour les malades ». Qu’ils soient pour ou contre, tous se projettent dans l’application de la nouvelle loi avec« appréhension ».
« Epreuve de l’attente »
Cédric Chaissac se dit « prêt ». A la tête de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Jean-Jaurès, dans le 19e arrondissement de Paris, il fait partie d’une minorité de soignants en soins palliatifs – qui regroupe plutôt des « anti » – à s’affirmer en faveur de la future loi.
Dans son service qui accueille une cinquantaine de nouveaux patients chaque mois, le plus souvent au terme de leur vie, Cédric Chaissac pratique chaque année une dizaine de « sédations profondes et continues jusqu’au décès ». La loi Claeys-Leonetti de 2016 autorise à endormir définitivement certains patients au seuil de la mort – avec leur accord, s’ils sont en état de l’exprimer. Un jour, raconte le praticien, « un patient m’a demandé à quoi servait le temps entre le moment où j’allais l’endormir et celui où il allait mourir » : « Je lui ai répondu : “Ce temps protège la société et le médecin qui est devant vous. C’est tout.” »
A quoi bon, pour le malade, dormir avant de mourir, s’interroge Cédric Chaissac. « La seule question qui vaille à mes yeux est : “Pourquoi un patient condamné par la maladie devrait-il aller jusqu’au bout et vivre une fin de vie terrible ?” » Et aussi : « Comment faire en sorte que le passage de vie à trépas soit le plus doux possible ? » A ses yeux, dans bien des situations, l’administration d’un produit qui provoque instantanément la mort répondrait à ces deux objectifs moins douloureusement qu’une sédation terminale. « Comment être sûr qu’un patient ne souffre pas pendant qu’il est sédaté ?, demande-t-il. L’attente, parfois de plusieurs jours lors d’une sédation profonde [avant que la mort advienne], est souvent vécue comme une épreuve par des familles. »
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Pour anticiper la façon dont il appliquerait la loi, Cédric Chaissac s’est rendu en 2024 avec son équipe en Belgique et au Luxembourg, deux pays qui ont légalisé l’euthanasie – le premier en 2002, le second en 2009. « On a pu vérifier, raconte-t-il, à quel point, dans les établissements visités, la pratique [de l’euthanasie] était intégrée dans le soin et réalisée de façon apaisée par les soignants. »
Le médecin, qui l’a accueilli dans son service à Liège (Belgique), viendra « initier » son équipe à Paris. « Si un malade demande à bénéficier d’une aide à mourir, on prendra le temps qu’il faut pour être sûrs de sa volonté solide, étayée, vérifiée », prend bien soin de préciser Cédric Chaissac qui se défend d’être « un fervent défenseur de l’euthanasie ». « J’espère, au contraire, dit-il, que la légalisation de l’aide à mourir va challenger les équipes palliatives qui vont chercher toutes les solutions pour soulager un malade et éviter qu’il ne la demande. »
En juin, Christine Raynaud-Donzel s’est rendue elle aussi avec son équipe en Belgique à l’hôpital de Tournai où sont pratiquées, chaque année, une quinzaine d’euthanasies. Cheffe du service de soins palliatifs de l’hôpital d’Argenteuil (Val-d’Oise), elle raconte la grande « surprise » de cette visite : « Là où nous imaginions de la violence et de la brutalité, les collègues belges nous ont parlé de douceur, de gratitude et de sourires. »
Christine Raynaud-Donzel cite le témoignage de Jean-Michel Delperdange, chef du service de soins palliatifs de l’hôpital de Tournai. La première fois qu’il a pratiqué une euthanasie, il avait les larmes aux yeux, lui a-t-il confié. En sortant, il ne savait pas exactement pourquoi. Avec le temps, c’est devenu moins intense, mais c’est resté un moment prenant. Ce sont souvent des gens que les médecins connaissent, qu’ils ont suivi. Ça se passe en douceur, dans le calme. Des soignants en Belgique « pratiquent des euthanasies depuis vingt-cinq ans sans travailler en soins palliatifs différemment de nous ! Mais en France, on nous promet l’apocalypse ! », ironise cette pneumologue convaincue qu’« il est possible de concilier soins palliatifs et aide à mourir ».
« Quitter la vie en bons termes »
François Guillemot ne compte plus le nombre de fois où il était allé en Belgique. Ce gastro-entérologue de 70 ans, membre du collectif Accompagner mon choix de fin de vie, y a accompagné une soixantaine de malades français pour y être euthanasiés. En France, il a aidé de « nombreux » malades à mourir. « Il serait plus exact de dire, précise-t-il, que j’ai pratiqué une sédation profonde et brève quand elle avait été explicitement demandée de façon répétée avec l’information de la famille. » Certains de ces malades étaient atteints d’un cancer du pancréas, d’une cirrhose, d’une maladie du foie. « Il était devenu impossible de soulager leurs douleurs physiques. » D’autres ont voulu mourir en Belgique avant que la maladie « ne les terrasse et les dégrade totalement ». « Ils ont préféré quitter la vie en bons termes », conclut-il.
Quand l’aide à mourir aura été légalisée en France, espère François Guillemot, il compte bien répondre aux sollicitations des malades. Médecin dans un centre de santé à Roubaix (Nord), il ne s’attend pas pour autant à « beaucoup plus de demandes qu’avant la loi ». Savoir que leur souhait de mourir peut être exaucé va suffire, prédit le médecin, à en rassurer beaucoup qui trouveront ainsi la force de continuer à vivre.
Médecin dans une équipe mobile de soins palliatifs à Montpellier, Olivier Maillé fait partie, à l’inverse, des opposants à la proposition de loi. « Valider le souhait de mourir d’une personne sera pour moi impossible », affirme le vice-président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs. « Ce n’est pas parce que c’est un interdit biblique, précise-t-il. Je n’ai ni conviction ni obédience religieuse. »

Olivier Maillé, responsable de l’équipe médicale de l’unité mobile de soins palliatifs du centre hospitalier universitaire de Montpellier, ici à Saint-Vaury (Creuse), le 14 juillet 2026. VALERIE TEPPE POUR « LE MONDE »
Sa position est plutôt le fruit son « expérience clinique ». Elle lui a appris qu’« une demande de mourir ne devait pas être prise au mot, tel un besoin qui appelle un passage à l’acte ». Quand un malade dit au médecin « Fais-moi mourir », il lui adresse aussi un message en creux : « Toi qui me regardes debout, alors que je suis malade, couché dans un lit, est-ce que ma vie vaut encore la peine d’être vécue ? », poursuit le praticien, auteur du livre La Place du sujet en médecine(Sauramps Médical, 2013).
La personne gravement malade « doute de la valeur de son existence et de sa place dans ce monde. Si, dans mon for intérieur, je suis convaincu que la seule façon de l’aider, c’est que sa vie s’arrête, je ne peux que la confirmer dans son doute », analyse-t-il : « Mon métier consiste à rester inventif dans la relation soignant-soigné pour soulager, reconnaître et accompagner la personne dans la dernière partie de sa vie. » Olivier Maillé en déduit qu’« entendre la complexité d’une demande de mourir est conditionné au refus de sa validation ».
Ancienne présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (2016-2019), Anne de la Tour assure aussi que « ce ne sont pas des convictions religieuses » qui l’animent. « Ma position de personne et de médecin fait que je ne me vois pas tuer un autre être humain même s’il me le demande », déclare l’ancienne présidente de la commission médicale de la Maison médicale Jeanne-Garnier, à Paris. Etablissement créé par des femmes laïques, il y a cent cinquante ans, ce pôle de soins palliatifs, un des plus grand d’Europe, compte au sein de son conseil d’administration des membres de la congrégation religieuse La Xavière. La charte de la maison Jeanne-Garnier proscrit l’acharnement thérapeutique et la mort provoquée, souligne Anne de la Tour. « Nos équipes adhèrent pleinement à cette charte », rappelle Isabelle Lesage, présidente de l’établissement.
« Une très grande majorité des médecins considère l’aide à mourir comme un acte violent. Ils sont totalement en désaccord avec l’idée de la pratiquer. Mais cette position n’a aucun lien avec la religion », affirme encore Laurence Cristol. Cette onco-gériatre a été corapporteuse, en 2024, du projet de loi sur la fin de vie dont est tiré, en grande partie, le texte adopté par les députés mercredi. L’ancienne députée Renaissance de l’Hérault, battue en juin 2024, se fait toujours l’avocate de la légalisation de l’aide à mourir. Mais, en 2025, les députés ont modifié les critères pour y accéder, prévus dans le projet de loi initial. Ils ont été « élargis », regrette-t-elle, au risque que le texte « ne protège plus assez contre des dérives ».
Aide à mourir : des malades témoignent du « lien souvent ténu » entre l’attachement à la vie et l’acceptation de sa fin
Alors que la proposition de loi sur l’aide à mourir est soumise au vote solennel des députés, mercredi 15 juillet, « Le Monde » est allé à la rencontre de personnes souffrant de maladies graves, certaines engagées dans le combat pour l’obtention d’un droit à l’euthanasie ou au suicide assisté, d’autres non.
Propos recueillis par Mattea Battaglia
Publié le 14 juillet 2026 à 06h00, modifié le 15 juillet 2026 à 07h58
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Dans les débats qui ont émaillé le long parcours parlementaire de la proposition de loi sur l’aide à mourir, on a entendu les politiques s’opposer, leurs formations se diviser, et des soignants – et associations de soignants – monter au créneau… Les voix des malades, pourtant au cœur du sujet, au-delà des réseaux associatifs et militants, ont été plus discrètes. Peut-être parce que la mort, y compris pour ceux qui s’en approchent, relève encore du tabou. Ou parce que leur énergie, leur combat se portent sur un autre terrain.
Alors que le texte de loi, relancé après la dissolution de l’Assemblée nationale, en 2024, doit être soumis aux députés pour un vote solennel, mercredi 15 juillet au Palais-Bourbon, Le Monde leur donne la parole. Laurent, Marc, Geneviève, Cyrille, Christophe, Henriette… Ils sont une poignée, par essence « non représentative », à avoir accepté de témoigner ; certains très au fait de la séquence législative et de son aboutissement, parce qu’ils sont engagés dans des associations ou des collectifs ; d’autres moins informés du changement qui se dessine, bien qu’ils puissent le soutenir.
Au-delà du débat « pour » ou « contre » le suicide assisté ou l’euthanasie, ils racontent leur parcours de patients, leurs doutes et leurs questionnements, quand la maladie et les souffrances s’aggravent. Les espoirs mis dans les traitements, la crainte de l’« acharnement », le dialogue avec les médecins. Le choix, pour certains, de programmer leur mort à l’étranger. Et le lien, « souvent ténu », disent-ils, entre l’attachement à la vie et l’acceptation de sa fin.
Marc, 79 ans, le répète dans un sourire : « J’ai eu une très bonne vie. » Un métier, professeur de mathématiques, qu’il a « adoré exercer ». Une épouse, deux filles « aimantes » qu’il a vues grandir. « Que puis-je espérer d’autre, à part la meilleure mort possible ? », interroge cet habitant des Yvelines, qui a requis l’anonymat (comme toutes les personnes citées). Depuis quatre ans, il souffre d’un cancer du poumon de stade 3 (non métastasé), venu s’ajouter à une arythmie chronique avec fibrillation auriculaire – une pathologie cardiaque.
« Je suis heureux d’être encore là pour voir que la législation bouge, la France est arrivée à un moment charnière », estime-t-il. Mais le temps et les critères d’éligibilité, « trop restrictifs », à ses yeux, pour pouvoir obtenir une aide à mourir, jouent contre lui. Sans compter un « changement de cap politique » après la présidentielle de 2027, que le septuagénaire redoute. Il a donc « pris [s]es dispositions » en Belgique, sur les conseils de l’association Le Choix – Citoyens pour une mort choisie, à laquelle il a adhéré, avec son épouse, sans aller jusqu’à fixer la date d’une « possible »euthanasie.
Plus que le cancer et l’insuffisance cardiaque, Marc s’inquiète des complications qui pourraient le priver de ses facultés cognitives. « J’ai fait trois accidents ischémiques transitoires en 2023, des micro-AVC, explique-t-il. Puis trois autres encore en 2024. Il se passerait quoi si une nouvelle salve d’attaques affectait mon cerveau, et que je ne pouvais plus dire à mon médecin “stop” ? C’est gravé dans le marbre de cette [proposition de] loi : le patient doit pouvoir exprimer sa volonté de manière libre et éclairée. Mais moi, si j’attends encore, je ne pourrai plus être entendu… Pourquoi la constance de ma demande et mes directives anticipées ne vaudraient-elles pas ? » Il y voit une « carence » du texte de loi.
« Savoir qu’il y a une fin me soulage »
Les parlementaires se sont accordés sur d’autres conditions cumulatives pour qu’un malade puisse prétendre à une aide à mourir : avoir 18 ans, être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France, et être atteint d’une maladie grave et incurable à un stade avancé entraînant des souffrances inapaisables.
Sur cet autre point, aussi, l’ancien enseignant se sent tout à la fois « privilégié » et « pas dans les clous » de la future loi. « Mes médecins se sont surpassés, le cancer a été stabilisé, et je réagis bien aux traitements. En même temps, on sait, eux comme moi, que la tumeur est inopérable, les métastases arriveront un jour ou l’autre. Et quand elles iront se loger dans la structure osseuse, je souffrirai beaucoup. Pourquoi vivre avec un horizon de souffrances ? »
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L’horizon de Laurent, 56 ans, se comptait en jours lors de notre échange : à l’heure du vote des députés, mercredi, il devrait déjà avoir reçu une injection létale, prévue tôt le matin, dans un hôpital belge. « Hasard du calendrier », souffle l’Alsacien, habitant d’un petit village près de Mulhouse. « Avoir choisi l’euthanasie me permet de vivre ces dernières journées en étant mieux, rapporte-t-il. En dépit des douleurs qui m’accablent, savoir qu’il y a une fin, ça me soulage. »
Ces derniers mois ne lui ont pas laissé le temps d’envisager ce que pourrait changer, pour lui, l’adoption de la proposition de loi : moins d’un an est passé entre les premiers symptômes ressentis (une douleur au genou, une « patte folle », une grande fatigue), le diagnostic d’une maladie neurodégénérative incurable, et la détérioration de son état. Laurent souffre d’une sclérose latérale amyotrophique (ou SLA), également appelé maladie de Charcot, devenue emblématique des débats sur la fin de vie : avec environ 2 250 nouveaux cas chaque année, pour 8 000 au total, la SLA provoque une paralysie progressive de tout le corps – jusqu’aux muscles respiratoires.
« A l’hôpital, la neurologue m’a parlé d’une espérance de vie entre trois et cinq ans, parfois, c’est plus… mais parfois, c’est moins. » Lui l’assure : il a su « instantanément » qu’il ne « subirai[t] pas » cette maladie. « La période a été chargée », explique simplement l’ancien responsable d’un bureau d’études dans le bâtiment. « J’ai dû monter le dossier pour la Belgique, tout expliquer à ma famille – qui m’a compris –, m’occuper des papiers, de la succession, mettre en vente la maison que j’avais construite il y a trois ans. » L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qu’il a sollicitée, lui a « facilité les choses, dans le process, l’organisation de l’“après”, les pompes funèbres, la crémation, énumère-t-il. Tout ça, c’est quand même contraignant… »
Cela a aussi un coût, qu’il estime à plusieurs milliers d’euros, en additionnant trois à cinq jours d’hospitalisation à l’étranger, l’incinération du corps, le transport et l’hébergement des proches – ses deux filles, sa mère, sa marraine, une tante et deux oncles qui l’accompagnent en Belgique. « J’en veux un peu à la France de ne pas avoir facilité tout ça… »
L’entente avec les soignants
La facilité est un mot qui a disparu du quotidien de Cyrille. En 1997, le jeune père de famille, ingénieur, a été victime d’un très grave accident sur une route de Bretagne. Le médecin qui l’a réanimé annonce alors à ses proches qu’il ne passera pas la nuit. Mais il survit, et le diagnostic est posé au fil des transferts hospitaliers, des examens, des phases de coma et d’éveil, des complications : il souffre d’une section du tronc cérébral, à l’origine d’un locked-in syndrome (ou syndrome d’enfermement) avec une paralyse complète des muscles, à l’exception de ceux des yeux et d’une main, et d’un traumatisme crânien. Ses fonctions cognitives sont présentes, bien qu’altérées.
Près de vingt-neuf ans sont passés, et Cyrille, 61 ans, accueilli dans un établissement de soins palliatifs parisiens, s’apprête à mourir de mort naturelle, avec l’option d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès, en cas d’asphyxie, comme l’autorise la loi Claeys-Leonetti (2016), explique son épouse, Magali Jeanteur, elle-même médecin et coprésidente des Eligibles et leurs aidants. Cette association, qui rassemble des personnes « éligibles » aux critères de la future aide à mourir, a mené un plaidoyer intense auprès des parlementaires contre la légalisation de l’euthanasie, au nom de la « solidarité due aux plus vulnérables » et du « droit à vivre plutôt qu’à mourir ».
« A cinq reprises, la question de la poursuite ou de l’arrêt des soins s’est posée pour Cyrille, rapporte Magali Jeanteur. Il a toujours fait comprendre qu’il souhaitait se battre et que je veille à ce qu’il soit bien soigné. L’accident l’a laissé lourdement handicapé, mais l’homme dont je suis tombée amoureuse est resté le même, bienveillant, gai, communicant. »Une « communication singulière », concède-t-elle, par un mouvement de la main, et même, jusqu’en 2018, par la désignation de lettres, mais désormais, surtout, par l’expression du visage et un mouvement du pouce.
Une affection bactérienne, résistante aux antibiotiques, a fini par prendre le dessus. « Il est arrivé au bout du bout de sa vie… On ne va pas lui faire d’injection létale ; comme moi, il pense que la vie est sacrée, mais il pourrait être sédaté, profondément, s’il présentait des symptômes d’inconfort. Et nous l’acceptons. »
Une prise en charge palliative qui passe par l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, « mais qui répond à l’anxiété et à la douleur », avance son épouse. « Après, est-ce qu’il aurait été aussi bien pris en charge si je n’étais pas moi-même médecin ? Je ne crois pas », alerte-t-elle, en rappelant qu’une vingtaine de départements ne disposent toujours pas d’unités palliatives.
La question de la réponse à la douleur et de l’entente avec les soignants revient d’un témoignage à l’autre. « Quand j’ai dit au neurologue, au psychologue, à l’assistante sociale que je ne voulais pas continuer à vivre de cette manière, j’ai senti un blocage, reprend Laurent, atteint de la maladie de Charcot. Ils me répétaient que j’avais encore du temps, que je pouvais réfléchir, alors que moi, je me voyais devenir grabataire. Les traitements antidouleur, j’ai essayé… Ils m’ont transformé en zombie. Je préfère encore souffrir et rester moi-même, jusqu’au bout. »
« Garder le contrôle »
Christophe, 52 ans, a « vécu indirectement » un parcours comme celui de Laurent : sa tante est partie mourir à l’étranger, après quarante ans de « douleurs insupportables » liées à une pathologie auto-immune. Lui le répète : il est « chanceux ». « Même au plus fort de la maladie, j’ai toujours eu une option thérapeutique, j’ai toujours essayé de me raccrocher aux nouveaux traitements, aux progrès de la recherche… Peut-être par déformation professionnelle », explique cet ingénieur en électronique, soigné à Marseille, à qui a été diagnostiqué, en 2017, un chondrosarcome métastasé. « Un cancer dans les cartilages, simplifie-t-il. En principe, la maladie est rapidement mortelle, mais je suis encore là, c’est inespéré. Les métastases ont régressé. C’est un peu comme si mon cancer devenait chronique. »
Reste qu’au plus fort des douleurs, avant l’amputation du bras, qu’il a réclamée, il confie avoir « perdu l’envie de vivre ». « Une tumeur me grignotait le nerf. Ça a duré huit mois, c’était à devenir fou, à vouloir se flinguer… »Rétrospectivement, il se pose la question : « Si on m’avait permis d’appuyer sur le bouton stop, à ce moment-là, est-ce que je ne l’aurais pas fait ? Quand on souffre autant, on n’a pas vraiment de position de principe… »
« Sur ce sujet, chacun a un avis, mais je crois qu’il faut être à la place du malade pour comprendre le lien souvent ténu entre l’envie de vivre et l’envie de mourir », témoigne Foued, 69 ans, soigné lui aussi à Marseille. Ce professeur de musique à la retraite vient de se voir diagnostiquer une tumeur dismoïde, invasive mais non métastatique, et qui se soigne, mais après plusieurs mois d’« errance médicale » et de douleurs réfractaires magré la morphine. Mi-août, il bénéficiera d’un « traitement innovant » – une cryochirurgie.
Sur la loi ouvrant droit au suicide assisté, lui qui n’est pas militant évoque, prudemment, une « évolution à double tranchant » qui nécessitera un « contrôle fort ». « Je sais, aujourd’hui, que ma maladie n’est pas incurable, souligne-t-il.Mais sans être en situation de fin de vie, j’ai compris, pour l’avoir vécu, qu’on peut préférer mourir plutôt que de continuer à souffrir, ou de se sentir devenir un poids pour sa famille. Perdre le contrôle de sa vie, c’est insupportable. »
Geneviève, 79 ans, témoigne aussi de son souhait de « garder le contrôle sur sa vie ». « Etre au plus mal sans avoir d’autre recours que d’aller aux urgences, sans savoir sur quel médecin on peut tomber, et attendre la mort sur un brancard… c’est ma grande peur », souffle la Toulousaine. Si elle s’autorise à parler du monde hospitalier, c’est qu’elle y a exercé. « J’ai travaillé, un temps, comme infirmière en chirurgie gynécologique, à une époque où l’acharnement thérapeutique était fréquent, ça laisse des traces », affirme la septuagénaire, adhérente de plusieurs associations, dont Le Choix – Citoyens pour une mort choisie.
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Quand un cancer de l’ovaire « très agressif » lui a été découvert, il y a deux ans, elle s’est rapprochée de la Suisse pour déposer une demande de suicide assisté. Cette démarche à l’étranger lui a permis, assure-t-elle, de « mieux supporter » les opérations qui ont suivi.
Depuis, elle connaît un « répit ». « Je suis en rémission, j’en remercie mes médecins. Mais je sais que j’ai 80 % à 90 % de risque de récidive. Ce que je redoute, c’est une aggravation brutale de mon état, avec des complications nécessitant une hospitalisation en urgence. Je ne serai alors plus en mesure de partir en Suisse, sans être pour autant éligible à une aide à mourir en France… Ne vous y trompez pas : je ne suis pas abattue, je tiens à la vie ! Mais l’option suisse me permet d’être plus sereine, d’avoir un peu moins peur de ma mort. »
Si Geneviève emploie le possessif, c’est qu’elle veut rappeler qu’elle parle « en [s]on nom ». Marc, l’enseignant de mathématiques retraité, le souligne aussi : « Ma mort, mon choix ne devraient engager que moi. Et en même temps, je comprends qu’une loi doit valoir pour tous. On marche sur une ligne de crête… »
« Devoir de vivre »
Henriette, 80 ans, parle d’une « période d’incertitudes » qui fait écho à ce qu’elle vit : cette fille de pasteur raconte ressentir une « envie de mourir », mais aussi un « devoir de vivre », « pour mes enfants », dit-elle, et non par conviction religieuse. Elle défend de longue date le « libre choix », pour la fin de vie comme pour d’autres causes, et a adhéré à l’ADMD. Cet hiver, un cancer – son quatrième –, localisé dans le larynx, l’a amenée jusqu’aux « limites de l’étouffement ». Une trachéotomie lui a été faite, en urgence, « sinon, je serais morte dans la nuit », dit-elle.
« J’avais prévenu ma famille, je n’avais pas envie de mener ce combat encore une fois. En parallèle, je voyais mon mari s’éteindre dans des conditions terribles, placé en établissement, touché par la maladie à corps de Lewy [une maladie neurocognitive], attaché dans un fauteuil roulant… Une fin insupportable. »
En consultation, le 27 novembre 2025, son oncologue la trouve « encore bien, pleine d’énergie », il insiste pour qu’elle accepte une « thérapie ciblée », lui promet qu’il ne la laissera pas « mourir étouffée ». « La date compte », dit-elle : ce jour-là, alors qu’elle sort du rendez-vous, à l’hôpital de Marseille, son téléphone sonne. « On m’annonçait que mon mari était mort. Je me suis dit que c’était un signe, qu’il me libérait, pour que j’affronte la maladie. Mes enfants ne devaient pas perdre leurs deux parents coup sur coup. »
Elle regrette, dans le même temps, la lenteur des débats en France. Et confie songer « très souvent » au suicide. « J’ai un ganglion qui est apparu au foie. Ce n’est pas bon. Je traverse des phases, j’ai des moments de joie, en famille, auxquels succèdent des moments de désespoir. Vers quoi vais-je ? J’espère vers une mort rapide, en fraternité. »
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Les réactions dans le milieu des soins palliatifs:
FIN DE VIE : «LA LOI QUI ARRIVE NE VA PAS DÉVELOPPER LES SOINS PALLIATIFS, ELLE VA LES DÉGRADER», DÉPLORE CLAIRE FOURCADE
Publié le 10/07/2026 à 11:32 – Mis à jour le 10/07/2026 à 11:32
Fin de vie : « L’euthanasie n’est pas un soin, elle vient interrompre le soin » (Claire Fourcade)
https://www.youtube.com/watch?v=V_vHHJp-FNU
Claire Fourcade, médecin, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs et auteure de « Journal de la fin de vie » chez Fayard, répond aux questions de Sonia Mabrouk au sujet de la fin de vie.
FIN DE VIE : CLAIRE FOURCADE APPELLE À RÉSISTER À LA TENTATION DE L’AIDE À MOURIR
Un article rédigé par Alexis Mercier – RCF, le 12 mai 2026 – Modifié le 13 mai 2026
Le Grand TémoinClaire Fourcade : « L’euthanasie, plus on en parle, moins on l’aime »
ÉCOUTER (16 MIN)
Le Sénat débat à nouveau des propositions de loi sur la fin de vie. L’ancienne présidente de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs, Claire Fourcade, met en garde contre une réforme qu’elle juge dangereuse pour les plus vulnérables.
Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et ancienne présidente de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs © RCF
Si le texte sur les soins palliatifs fait consensus, celui sur l’aide à mourir continue de fracturer profondément le débat public. Au micro de RCF Notre Dame, Claire Fourcade défend une position de rupture avec la logique portée par le projet de loi, qu’elle combat depuis des années, au nom de la protection des patients.
« Cette ligne est impossible à tracer »
Les parlementaires s’interrogent notamment sur les critères d’accès à l’aide à mourir. Le projet de loi tente de définir quelles souffrances pourraient justifier une assistance médicale à mourir. Une démarche vouée à l’échec selon l’ancienne présidente de la SFAP.
« Cette ligne est impossible à tracer de façon claire », affirme la médecin. La souffrance « n’est pas mesurable », appuie-t-elle. Qui pourrait décider qu’une douleur psychique vaut moins qu’une douleur physique ? Pourquoi certains patients seraient-ils exclus du dispositif et d’autres non ? Pour la praticienne, le texte crée surtout « une loi du pouvoir médical » où le médecin devient celui qui autorise ou refuse l’accès à la mort.
La promesse impossible de supprimer la souffrance
Claire Fourcade démonte ce qu’elle considère comme une illusion politique : celle de faire disparaître la souffrance grâce à la loi. « On est partis sur de mauvais rails », estime-t-elle, la promesse de supprimer toutes les souffrances de la vie humaine reste « impossible ».
La seule promesse tenable est celle de ne pas abandonner le malade
« La seule promesse tenable est celle de ne pas abandonner le malade et de tout faire pour le soulager », rappelle-t-elle, en s’appuyant sur ses vingt-six années d’expérience auprès de patients en fin de vie.
Une réalité souvent absente du débat public : les demandes persistantes d’euthanasierestent extrêmement rares. « En 25 ans, sur 15 000 patients accompagnés, j’ai eu trois demandes de mort persistantes », explique-t-elle.
Une loi qui interroge le message collectif
Pour Claire Fourcade, le débat dépasse largement le cadre médical. Ce qui se joue, c’est le message envoyé aux personnes fragiles. « Si tu veux mourir, on est d’accord », résume-t-elle pour décrire ce que porterait symboliquement la loi.
Le texte traduirait aussi un déséquilibre entre accès aux soins et accès à la mort. « Le système de santé devra se réorganiser pour répondre plus vite à la demande de mort qu’à la demande de vie », affirme-t-elle, alors même que seule une moitié des patients nécessitant des soins palliatifs y a aujourd’hui accès.
Dans son ouvrage « Fin de vie, manuel de résistance », Claire Fourcade défend « une société de l’entraide » face à une banalisation du geste létal. Une conviction nourrie quotidiennement au chevet des patients : « Je ne travaille pas dans un mouroir, mais dans un vivoir », confie-t-elle.
Cet article est basé sur un épisode de l’émission :
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La loi, l’Eglise de France et le Vatican:
Loi fin de vie votée : face à un choix de rupture, renouveler notre engagement au service de la vie (Conférence des évêques de France)
Publié le 15 juillet 2026 https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/572621-vote-fin-de-vie-reaction-eveque-france/
Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l’histoire de notre pays. En choisissant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, les députés ont inscrit dans la loi française la possibilité de provoquer la mort. Ce choix rompt avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d’accompagner chaque personne jusqu’au terme naturel de sa vie.
Depuis quatre ans, avec les évêques de France, nous avons participé de façon sérieuse et responsable au débat sur la fin de vie, par l’expression de nos convictions et en dialogue avec tous. Forts de l’expérience multiséculaire de l’Église dans l’accompagnement des personnes malades, des mourants et de leurs familles, nous avons tenu à partager nos réflexions sur la dignité de toute vie humaine. Le Président de la République avait annoncé un débat serein, éclairé et respectueux mais force est de constater que les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition. Une question aussi essentielle pour notre pacte social méritait pourtant que les conséquences humaines, médicales, éthiques et sociales de l’euthanasie et du suicide assisté soient pleinement considérées.
Les effets d’une telle législation ne se mesurent pas encore mais ils se dessinent déjà. Notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie, changera. Le lien de confiance entre les générations mais aussi entre les soignants, les patients et leurs familles sera dégradé et le regard de la société sur la fragilité, abîmé. Les plus pauvres risquent d’être les premiers à en payer le prix : ne voulant pas être une charge pour leurs enfants ou petits-enfants, les personnes âgées en précarité pourraient se sentir poussées à partir. En outre, l’expérience d’autres pays montre que les critères d’accès à l’aide à mourir tendent toujours à s’élargir, au détriment des soins palliatifs.
Par-delà la désapprobation, ce vote du 15 juillet nous appelle donc à un engagement renouvelé, avec les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations, les aumôniers, pour témoigner qu’une autre voie est possible, celle d’une présence fidèle et d’un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque.
La Conférence des évêques de France exprime sa profonde gratitude à tous ceux qui, chaque jour, servent les personnes malades, handicapées, âgées ou en fin de vie. Elle encourage aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine.
Enfin, elle suivra avec attention les saisines annoncées du Conseil Constitutionnel ainsi que les contributions volontaires associatives, afin que soit garanti en particulier le respect de l’éthique des établissements engagés dans l’accompagnement de personnes en fin de vie et qui excluent le recours à l’euthanasie ou au suicide assisté.
Les catholiques de France continueront, avec beaucoup d’autres hommes et femmes de bonne volonté, croyants ou non, à servir la vie. Ils le feront animés par la ferme espérance que leur donne l’Évangile, sans esprit de résignation ni d’affrontement, convaincus que la grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout. Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie.
Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France
Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, vice-président de la Conférence des évêques de France
Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, vice-président de la Conférence des évêques de France
L’Église de France envisage des recours contre l’aide à mourir
À Paris, l’Assemblée nationale a définitivement adopté, mercredi soir 15 juillet, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Un texte auquel, tout au long des 4 dernières années de débat, l’Église s’est opposée, estimant qu’un frère ne peut donner la mort à d’autres frères.
Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican
Mercredi soir, peu après l’adoption définitive de la loi sur le droit à l’aide à mourir, l’Église de France regrettait un choix en rupture avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d’accompagner chaque personne jusqu’au terme naturel de sa vie. Les évêques rappellent leur participation au dialogue autour de ce débat depuis 4 ans, soulignant l’expérience multiséculaire de l’Église dans l’accompagnement des malades, des mourants et de leurs familles. Ils estiment que les effets d’une telle législation modifieront le rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie. Mais ils ne baissent pas les bras, l’histoire n’est pas terminée, estiment-ils. Un nombre significatif de recours est possible. Entretien avec Mgr Mathieu Rougé, évêque de Nanterre et porte parole des évêques de France sur la fin de vie.
Mgr Matthieu Rougé, concernant la clause de conscience, comment s’articule-t-elle pour les établissements catholiques?
La loi, telle qu’elle est votée, prévoit une clause de conscience pour les médecins. Cependant, il est dommage qu’elle ne prévoit pas une clause de conscience pour les pharmaciens qui, en cas de suicide assisté à domicile, serviront bon gré mal gré de lieu de dépôt du produit létal. En revanche, le point le plus préoccupant, au-delà du fait même de l’autorisation d’euthanasie assistée, c’est que les établissements dont la charte éthique ou le passé confessionnel réprouve la pratique d’euthanasie, seront tenus de l’accueillir dans leurs murs. Il ne s’agit pas d’une clause de conscience parce que la conscience touche la personne. Il s’agit d’une clause d’établissement.
Sur ce point, le gouvernement avait donné quelques assurances à l’épiscopat français qui n’ont pas pour l’instant été tenues. Il y a beaucoup de préoccupation de la part d’établissements congréganistes ou d’origine congréganiste. Je pense en particulier aux Petites Sœurs des pauvres, mais aussi aux sœurs de saint Thomas de Villeneuve, protecteur des maternités catholiques. Il y a aussi des établissements comme Jeanne Garnier à Paris. Il faut vraiment espérer que dans les semaines qui viennent, les différents recours permettront que soit effectivement établie une clause d’établissement, pour que les établissements dont l’histoire, le présent ou la charte éthique réprouvent la mort provoquée, puissent persévérer dans leur mission et dans leur éthique.
Quelle peut-être aujourd’hui la parole de l’Église de France?
Mercredi 15 juillet, la Conférence des évêques a publié un communiqué signé par le président et deux vice-présidents de la conférence, qui exprime à la fois notre tristesse et notre préoccupation. Dans ce genre de loi, on ne mesure pas toutes les conséquences en termes de fraternité, de vie en société, d’élargissement progressif des critères. Il faut donc une grande vigilance. Maintenant, il s’agit d’avancer, notamment en veillant sur la liberté effective des établissements, sur le respect de leur charte éthique, en encourageant et en suivant de très près tous les recours que j’ai mentionnés.
Il y a des personnes en situation de solitude, de faiblesse, de vulnérabilité, qui sont isolées, seules et qui ne peuvent pas être accompagnées. Devant une question fondamentale de la vie humaine, ces personnes vont se retrouver seules face à un choix en fin de vie: vivre ou mourir…
La réponse des chrétiens au vote d’une loi comme celle-ci n’est pas seulement une réprobation morale, c’est aussi une exigence d’engagement. Voilà pourquoi, dans le communiqué que nous avons publié mercredi soir et dans les différentes prises de parole des uns ou des autres, avant même le vote de la loi, mais plus encore après, nous encourageons au maximum les chrétiens à s’engager toujours davantage auprès des personnes en situation de fragilité, dans la solitude et la précarité. C’est d’abord par la fraternité active que nous répondrons au désir d’en finir, qui parfois traverse le cœur de personnes en grande difficulté et en grand isolement. Notre réponse n’est pas seulement de l’ordre de la posture morale, elle est fondamentalement de l’ordre de l’engagement fraternel. C’est vraiment cela que nous voulons dire. Que les chrétiens de France, au-delà de la loi qui n’est jamais que la loi, s’engagent toujours davantage sur un chemin de fraternité. C’est ce qui nous permettra d’éviter que la mort provoquée prenne une place démesurée dans notre pays.

13/07/2026
Soins palliatifs: prendre soin de la vie jusqu’au bout
Mercredi 15 juillet a lieu en France le vote solennel sur la fin de vie. Un projet de loi qui est loin de faire l’unanimité au sein des chambres parlementaires car il pose de …
Dans deux mois, la France recevra la visite du Pape Léon XIV. Quelle parole de sa part attendez-vous sur cette question?
Alors, je suis sûr que le Pape va nous dire des choses très importantes dans beaucoup de domaines, et notamment dans celui-là. Il a eu des paroles très fortes récemment à Rome, mais aussi en Espagne. J’ai beaucoup cité ces derniers jours une phrase très forte de don cyclique, Magnifica Humanitas, dans laquelle il déclare que le premier des droits, qui conditionne tous les autres, est le droit à la vie, et quand l’euthanasie est votée, ce droit à la vie est largement entamé. Je pense aussi à la déclaration du Saint-Siège, Samaritanus bonus, de 2020, qui est un texte très important sur ce sujet. Par conséquent, je suis sûr que le Pape va dire des choses fortes à la fois aux chrétiens, pour les aider à s’engager auprès des personnes en situation de fragilité, mais aussi à toute notre société. Bien sûr, nous aurions été heureux de l’accueillir dans un contexte législatif plus favorable, mais sa parole, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, va nous être très précieuse et nous l’attendons avec beaucoup d’impatience.
Fin de vie en France: l’Académie pontificale pour la Vie exhorte à aider à vivre
Alors que les députés français sont appelés ce mercredi à se prononcer définitivement sur une proposition de loi sur l’aide à mourir, l’Académie pontificale pour la Vie rappelle son opposition à toute forme d’euthanasie. Son chancelier, le père Ciucci, souligne l’importance d’aider à vivre au moment de la mort.
Entretien réalisé par Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican
«Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son terme naturel, quelles que soient les circonstances de son existence.» En ce mois de juillet, le Pape Léon XIV invite l’Église à prier pour le respect de la vie. Dans ses intentions de prière, il implore le pardon de Dieu face à des attitudes d’indifférence. Ses paroles résonnent de manière particulière alors qu’en France se joue ce mercredi 15 juillet un moment de vérité à l’Assemblée nationale, avec le vote sur la proposition de loi sur l’aide à mourir. L’Église de France n’a cessé d’appeler à la conscience et la responsabilité des élus, afin qu’il évite de faire un choix idéologique qui provoquerait un basculement anthropologique qui fragiliserait la société.
L’Académie pontificale pour la Vie se soucie aussi du vote définitif. Le père Andrea Ciucci, le chancelier de l’institution vaticane, livre une réflexion à quelques heures du vote.
La France s’apprête à voter définitivement une loi sur le suicide assisté. Ce sujet divise profondément la société, mais aussi les deux chambres du Parlement, qui ont reporté à plusieurs reprises l’examen du texte sans parvenir à un accord. Quel message l’Académie pontificale pour la Vie peut-elle adresser aujourd’hui à ceux qui sont chargés de ce vote?
Nous œuvrons au service de l’Église universelle, et n’avons pas d’autre mission que de proclamer le Royaume de Dieu. C’est notre mission. Le Royaume de Dieu, c’est Jésus qui guérit, c’est Jésus qui meurt pour que tous aient la vie. Et nous ne cessons de répéter ce qu’ont déjà affirmé les évêques français: des frères ne peuvent pas donner la mort à d’autres frères. La fraternité est au service de la vie, pas de la mort. L’Académie affirme qu’il s’agit d’une question extrêmement grave, et comprend aisément les processus législatifs complexes, détaillés, longs et sujets à débats. Et je dirais, heureusement, car cela signifie que nous sommes conscients de la gravité et de l’importance de cette question, et que nous devons parvenir à un large consensus. Le Pape a déclaré lors de son récent voyage en Espagne que ces questions sont un but de civilisation. Je comprends qu’établir des règles pour toute une civilisation n’est pas chose aisée, et c’est pourquoi l’Académie dit: prenons tout le temps et la sagesse nécessaires pour bâtir une civilisation qui protège la vie humaine.
Quand on parle du droit d’être «aidé à mourir», comment l’Académie interprète-t-il cette expression?
Je dis qu’aider à mourir est un droit pour tous, car il est certain que mourir est la chose la plus difficile de l’existence. Il serait donc grave de ne pas aider tout le monde à mourir. Mais je pense que je définirais mieux cela en disant que tout le monde doit être aidé à vivre au moment de la mort. Cette précision, je crois, peut peut-être orienter le sens: nous devons aider chaque femme, chaque homme à vivre même au moment de la mort, à être une femme et un homme, même au moment de la mort. Cela dit, il est clair que nous ne pouvons pas être naïfs. Un slogan ne suffit pas, et je crois que nous devons prendre deux choses au sérieux. D’abord, la demande: en effet, si une personne en arrive à un certain stade à demander la mort, c’est une demande sérieuse. Et les évêques français répètent sans cesse qu’il faut accorder un profond respect à cette demande. Nous devons donc la prendre au sérieux, puis nous devons prendre au sérieux les conditions et les contextes. Nous vivons à une époque où la technologie a profondément modifié la manière dont on naît et dont on meurt. Je comprends que la protection immuable de la vie humaine doive être déclinée, réfléchie et articulée dans un nouveau contexte. Là aussi, nous avons du pain sur la planche, du travail à accomplir.
L’Église en France dénonce le risque d’une dérive anthropologique qui affaiblirait tous les aspects de la société. Quelles sont les principales préoccupations soulevées par une législation de ce type?
Je crois que nous devons avant tout nous préoccuper de la solitude existentielle et culturelle, car si une personne, peut-être dans un moment de grande détresse, se retrouve même abandonnée à elle-même, c’est un péché qui crie vengeance. Mais aussi d’un point de vue culturel, car si, en fin de compte, la dignité de l’individu se résume à dire qu’on est seul pour prendre les décisions fondamentales de sa vie, je ne sais pas si c’est vraiment une bonne nouvelle. Nous sommes justement faits pour grandir et vivre ensemble, pour nous entraider. Nous sommes également préoccupés par les pauvres et les plus faibles qui n’ont pas accès à toute une série de possibilités. Nous sommes préoccupés par les différences sociales. Nous sommes préoccupés car derrière cette approche se cache le risque sérieux de voir réapparaître ce que le Pape François appelait la «culture du déchet», selon laquelle la dignité d’une personne n’est pas déterminée par sa personne elle-même, par le fait qu’elle existe et qu’elle est, disons, aimée de Dieu, mais par ses performances. Ainsi, lorsqu’une personne n’est plus capable d’accomplir davantage de choses, elle peut aussi être mise au rebut. Nous sommes préoccupés lorsque ce débat se réduit à des considérations idéologiques, c’est-à-dire lorsque nous nous attachons davantage à défendre des principes qu’à défendre des personnes.
On a tendance à présenter cette proposition de loi comme une forme de soulagement pour ceux qui sont aux prises avec leur propre souffrance. Quel soulagement réel l’Église peut-elle offrir?
L’Église peut avant tout offrir la proximité, ce que fait Jésus, qui se fait proche de ceux qui souffrent et qui s’implique personnellement. Ensuite, parmi les réponses concrètes, les évêques français en soulignent une particulièrement puissante: celle des soins palliatifs, c’est-à-dire une discipline qui prend au sérieux la question qui habite le cœur de ceux qui vivent dans des situations particulièrement graves. Ensuite, aider les personnes à faire preuve d’un discernement avisé. La culture contemporaine a découvert la grandeur et l’importance de la conscience de chacun. Mais la conscience ne peut pas être, justement, au moment même où nous disons: «Tu es une conscience», nous ne pouvons pas abandonner cette personne, nous ne pouvons pas la laisser seule. Nous sommes frères et sœurs et nous vivons ensemble les événements de la vie. Y compris, bien sûr, la mort, qui est le passage décisif. Nous ne pouvons pas nous laisser seuls en ce moment. Et donc aussi un discernement avisé qui naît d’une fraternité réellement vécue.
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Avis divers:
Publié le 14 juillet 2026
Notes de lecture. Une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès (SPCMJD) n’est pas une euthanasie
Publié le 14 juillet 2026 https://free-geriatrics.overblog.com/2026/07/notes-de-lecture.une-sedation-profonde-et-continue-maintenue-jusqu-au-deces-spcmjd-n-est-pas-une-euthanasie.html
par Bernard Pradines
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Image issue de : https://www.leprogres.fr/actualite/2018/06/28/ce-que-dit-la-loi-claeys-leonetti
Quand Pascale Favre et Jean-Marie Gomas se situent au sommet de notre art et de notre science. Morceaux choisis, lucides.
« La méconnaissance de la loi Claeys-Leonetti est parfaitement montrée par notre étude nationale publiée en 2023. Plus de 60 % des infirmières de gériatrie et d’HAD (Hospitalisation à domicile, NDLR) ne savent pas ce que veut dire l’acronyme LAT (Limitation ou arrêt des traitements actifs, NDLR), et ne savent pas à quoi correspond une procédure collégiale. Par ailleurs 90 % des médecins n’ont jamais effectué de procédure collégiale correctement tracée selon les règles dans un dossier de patient. . . »
« … l’interruption de l’hydratation et de la nutrition est une logique clinique pour éviter l’encombrement néfaste du malade (sauf si la famille trouve cela insupportable) : la persistance d’un « tuyau » symbolique peut alors la rassurer. En pratique, on laisse une micro-perfusion d’hydratation inefficace certes, mais surtout, et c’est essentiel, non délétère pour le patient. »
« …le DrSchur a pensé et affirmé avoir euthanasié Sigmund Freud. . . alors qu’il se montrait incapable d’apaiser ses douleurs, utilisant des doses antalgiques très insuffisantes. En effet Freud n’a reçu que 20 mg 2 fois par jour de morphine par voie sous-cutanée pendant 36 heures et il est décédé le 23 septembre 1939 plus de 10 heures après la dernière injection. L’effet de la morphine sous-cutanée ne durant que 4 heures, il n’a donc pas été « euthanasié » ! Il est mort à son heure, littéralement écrasé par une douleur intense, cette dose de morphine étant notoirement infime pour calmer la nécrose maxillaire cancéreuse qui le faisait souffrir atrocement. Pauvre Freud. . . »
« …SPCMJD et euthanasie présentent clairement plusieurs critères qui les différencient absolument. Le combat à mener reste celui de l’information et plus encore de la formation des équipes soignantes, tant dans les services palliatifs que dans le secteur curatif.
Référence consultable en accès libre jusqu’au 31 août 2026 :
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1765462926000061
Notes de lecture sur « l’aide médicale à mourir (AMM) » au Québec
Publié le 12 mai 2026 https://free-geriatrics.overblog.com/2026/05/notes-de-lecture-sur-l-aide-medicale-a-mourir-amm-au-quebec.html
par Bernard Pradines
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Il me semble intéressant de se pencher sur un pays qui connait en pourcentage le plus grand succès de la planète en termes de morts programmées. Aussi, j’ai retenu quelques extraits d’un article paru dans la littérature journalistique québécoise le mercredi 6 mai 2026.
A propos du défaut de soins palliatifs :
« Il m’est arrivé de faire des AMM en sachant que, pour le patient, c’était un choix par manque de choix, alors que de mon côté j’étais démunie, je n’avais pas de ressources pour porter les autres options de fin de vie », témoigne Lauréanne Goulet-Plamondon, qui, jusqu’à l’an dernier, était la seule médecin affectée aux soins palliatifs dans la Municipalité Régionale de Comté (MRC) de Portneuf, un secteur rural au sud de Québec.
Faire de nécessité une vertu :
Par ailleurs, beaucoup ont déjà « intériorisé que l’AMM était la seule voie possible », se désole Lauréanne Goulet-Plamondon, qui estime pour sa part que la situation a atteint un point de dérive.
Il s’agit de personnes qui souhaitent « finir en beauté avec les gens qu’ils aiment autour d’eux, sans leur imposer le spectacle parfois traumatisant de la mort qui s’installe. »
Un exemple d’adaptation de l’individu aux impératifs de la société :
« Beaucoup ont désormais l’impression que l’AMM est un droit fondamental, soutient-il, tandis qu’au sens de la Loi, « c’est un soin administré lorsque c’est approprié de le faire ».
Il faut dire que la mort programmée tend à devenir peu à peu le trépas « idéal », d’après les observations de nombreux experts.»
Une extension d’éligibilité qui va bien au-delà de la souffrance réfractaire en période terminale de la vie :
« Face à la perspective de dépendre des autres, les hommes invoquent « une atteinte à leur identité », eux qui ont été conditionnés à ne pas exposer leur fragilité, tandis que les femmes mentionnent leur volonté de ne pas déranger. « Elles sont mal à l’aise de se retrouver dans la position de recevoir des soins plutôt que d’en donner », observe la chercheuse spécialiste des enjeux liés à la fin de vie.»
Le rapport de 2025 de l’Oregon (DWDA Oregon report 2025) corrobore le lien entre les motivations des « suicidés » et les arguments cités ci-dessus chez leurs voisins québécois.
Voici un article qui mérite d’être lu dans son entièreté : Les Québécois sont rendus champions de l’aide médicale à mourir. Derrière les chiffres, il y a des trajectoires humaines bouleversantes et une question troublante : s’agit-il d’un choix par d… https://lactualite.com/societe/aide-medicale-a-mourir-le-dernier-choix/
Chaque année, des milliers de personnes âgées meurent seules chez elles
Publié le 24 avril 2026 par Bernard Pradines https://free-geriatrics.overblog.com/tag/fin%20de%20vie/2
Un article de Coline Renault dans Charlie Hebdo
Comme je suis abonné à Charlie Hebdo, j’ai accès à l’intégralité de l’article. Du fait de son intérêt majeur pour la condition des personnes âgées, j’espère que mon journal préféré me comprendra.
« Chaque année, des milliers de personnes âgées meurent seules chez elles, sans que personne ne remarque leur absence. Leurs corps sont retrouvés des mois plus tard et laissent familles et voisins démunis. Le phénomène, versant du mur démographique, reste sous les radars des politiques et des scientifiques. Charlie a enquêté pour retracer le parcours de trois d’entre elles.
« Ce sont les chats qui nous ont alertés. Ces pauvres bêtes ne miaulaient pas : elles pleuraient. » Martine a été la première personne à s’inquiéter de la disparition de Gisèle, sa voisine. À Courtenay (Loiret), tout le monde connaissait pourtant l’octogénaire. Les commerçants et les habitués du zinc des cafés du centre repéraient sa 2 CV Charleston, son caniche et son carré, qu’elle avait longtemps porté blond. Pendant des décennies, Gisèle avait été « la femme du propriétaire du garage Renault », sur la route de Montargis, une secrétaire distante mais professionnelle, prompte à dépanner quiconque s’échouait sur une route de campagne.
Pourtant, lorsque les pompiers ont défoncé la porte de sa petite maison, ils l’ont découverte décédée depuis trois mois. Personne n’avait remarqué son absence. Elle s’était effacée du monde.
Courtenay ronronne dans le ventre de la France. Ses maisons en pierre, écrasées sous une mer de tuiles, évoquent un passé médiéval trop estompé pour attirer les touristes. Les habitants aiment critiquer leur commune et accusent les Parisiens venus coloniser leurs terres d’avoir fait disparaître l’ambiance d’autrefois. La mort de Gisèle a suscité une brève polémique. Des élus d’opposition ont reproché à la mairie son manque de réactivité après le signalement de Martine. Un court article d’Ouest-France a relayé l’affaire. Puis Gisèle est retombée dans l’oubli.
Près de trois ans plus tard, nous menons l’enquête pour comprendre qui était cette femme ; avant que son image ne disparaisse définitivement des mémoires et, avec elle, les traces de son passage sur terre. Chaque année, ils sont des milliers en France à mourir dans l’oubli, abandonnés à la poussière et au pourrissement, sans témoins, sans sépulture, figés dans le théâtre de leur vie quotidienne. La presse locale est truffée d’histoires de personnes âgées retrouvées chez elles des jours, des mois, et même des années après leur décès. À Paris, le 31 mars, les restes d’une femme morte depuis huit ans ont été découverts dans un appartement du 16e arrondissement. Huit ans. Ce phénomène porte un nom : la « mort solitaire ». En janvier 2026, l’association Petits Frères des pauvres a publié une enquête sur le sujet, assortie de l’annonce de la création d’un observatoire chargé d’en mesurer l’ampleur. Sont concernés les aînés retrouvés chez eux au moins sept jours après leur décès. La première revue de presse a permis d’identifier 13 cas en 2022. Plus de 30 en 2025.
« C’est une question sous les radars politiques et scientifiques, avance Yann Lasnier, délégué général de l’association. La réalité est immensément sous-estimée. Si on se fie aux études d’un pays comme la Corée du Sud, plus avancée que la France sur le sujet, on est possiblement à 3 000 cas par an, si ce n’est 4 000 ou 5 000. » Le Collectif Les Morts de la rue, à l’origine dédié aux personnes les plus précaires, mais qui, face à l’ampleur de la demande, a été missionné par la mairie de Paris pour finalement accompagner tous les morts isolés, évoque « une douzaine de corps non réclamés par semaine », rien que dans la capitale. « Le phénomène est invisible, explique Chrystel Estela, la directrice du collectif. Un policier recherche l’entourage premier dans un temps assez limité, car il n’y a pas d’enquête en cas de mort naturelle. Un notaire cherche s’il y a des biens. L’état civil cherche les proches pour ne pas payer les funérailles. Mais nul n’est sommé de trouver. Alors souvent, on ne pousse pas plus loin pour comprendre comment ces choses arrivent. »
« La mort solitaire, c’est le stade ultime de la mort sociale, poursuit Yann Lasnier. 750 000 aînés sont concernés. C’est le versant du mur démographique auquel nous faisons face. Les 75-84 ans vont augmenter de 50 % d’ici à 2030. Le vieillissement entraîne la paupérisation, et la paupérisation, la solitude. Il n’y a pas d’aides pour tous. Ce qui frappe, c’est que la plupart de ces décès solitaires surviennent dans des immeubles, avec des personnes qui vivent au-dessous et au-dessus. » Des gens normaux, connus, identifiés, pas des marginaux reclus dans une cabane au fond des bois.
Assise sur son canapé en Skaï rouge, dans un pavillon de plain-pied, à Courtenay, Martine en sait peu sur celle qui fut sa voisine pendant sept ans. Depuis sa fenêtre, elle voyait simplement la voiture aller et venir, sans jamais la croiser. « Gisèle nourrissait les chats du quartier. Elle ne m’a jamais laissée entrer chez elle. Ses deux sœurs habitaient en région parisienne. Mais après le Covid, elle s’est coupée du monde. Et puis… c’est tout, je n’en sais pas plus », regrette la retraitée.
Les voisins, derniers liens des morts solitaires. Avant de nous rendre à Courtenay, on a rencontré Élisa, à Paris. Une Italienne d’une quarantaine d’années, châle noir et lunettes de soleil, qui s’avouait « démunie » face à la subite disparition de sa voisine Stanislava.
Toutes deux habitaient une résidence près du Père-Lachaise. Alertée, la police a répondu que l’octogénaire était adulte et qu’il n’y avait pas lieu de signaler son absence. « Est-ce qu’il y a des mouches ? » avaient demandé les agents. Ce n’était pas le cas. « Et si on avait forcé sa porte pour rien, comment aurait-elle réagi ? Sa lumière était allumée, une des fenêtres était ouverte. On a douté », se souvient Élisa.
Élisa nous a montré une photo de la frêle grand-mère au visage de papier froissé, aux cheveux blancs et fins, tout sourire avec sa coupe de champagne à la main.
Été 2023. Elle a fini par consentir à souffler ses bougies avec ses voisines. Leur relation s’est construite sur le palier, à la lisière de l’intimité – comme Stanislava, dans ses vieux jours, s’est tenue au bord de sa propre vie. Élisa avait glané des fragments de confidences entre deux portes : les parents de Stanislava avaient quitté la Pologne pendant la guerre ; elle était brouillée avec ses frères et sœurs, sauf avec une sœur, qui ne venait jamais ; son fils était décédé d’une tumeur dix ans plus tôt. Il lui avait conseillé de quitter la capitale pour le Pas-de-Calais. Elle avait refusé. Elle aimait trop Paris, malgré son studio insalubre de 14 m2, ses toilettes à la turque, peu compatibles avec son arthrose.
Jadis, l’octogénaire était serveuse dans un troquet près du jardin du Luxembourg. À la retraite, elle y retrouvait toutes les semaines ses copines, après avoir traversé Paris en bus. L’aventure. Puis un jour, son vertige pathologique a eu raison de son équilibre et de sa vie sociale. Stanislava s’est recluse dans son lit, à regarder la télévision, une somnolence sans fin, entrecoupée de discussions avec Élisa, qui parfois s’éternisaient : « Stanislava était une femme très lucide, mais toujours au bord de la colère, enragée contre les hommes, ses proches et les autres en général, se remémore Élisa. Je pense qu’elle était seule depuis si longtemps qu’elle avait perdu goût à l’humanité. » Stanislava est décédée en octobre 2023, à 80 ans. Les pompiers ont trouvé son corps huit jours plus tard. Elle qui adorait Paris a été enterrée à Thiais (Val-de-Marne), à 20 km du Père-Lachaise, sur lequel donnait son studio.
À Courtenay, ce jour de mars 2026, l’enquête continue. Bernard rêvasse dans sa boutique d’électroménager vide. Des machines à laver sommeillent dans la pénombre. Il se souvient bien de Gisèle. « C’était une très belle femme, elle ressemblait à Catherine Deneuve. Je l’ai abordée, elle a ri, puis elle m’a éconduit poliment. J’étais chaud, à l’époque, vous savez. » Il secoue la tête. « Sa mort peut arriver à plein de monde. À moi, par exemple. Je suis seul. J’ai bien des copines à Tenerife, mais je ne sais plus rien faire, ni prendre le train ni l’avion. Mes enfants sont loin. Alors je continue à travailler. Comme ça, si je meurs, on me trouvera ici. »
Un peu plus loin dans la rue, un libraire nous invite à entrer. Il se rappelle avoir loué à la vieille dame une petite maison, « toujours très bien tenue ». Il nous apprend qu’elle était autrefois laborantine, issue d’une famille de pharmaciens de Fontainebleau. Un jour, Gisèle lui a ouvert sa porte et lui a payé un café. Sans prévenir, sans qu’il n’ait rien demandé, elle s’est confiée. « Je suis tombé des nues. Elle ne parlait jamais à personne. »
Ce matin-là, la garagiste retraitée avait livré à ce confident fortuit le souvenir le plus douloureux de sa vie. Ce jour où une femme est entrée dans sa concession pour faire réparer sa voiture. « Dès qu’elle a franchi le seuil de la porte, j’ai su qu’elle allait me prendre mon mari. Ça n’a pas loupé. Coup de foudre. Il est parti avec elle presque dans la seconde », a rapporté Gisèle à son interlocuteur sidéré. « Gisèle s’est retrouvée coincée, car elle vivait dans un grand appartement au-dessus du garage. Son entreprise, c’était tout ce qu’elle avait. Alors ils n’ont pas divorcé. Elle a morflé. »
La vente de l’établissement, bien plus tard, a été une libération. Que sait-on des années qui ont suivi ? Retraitée, Gisèle a été arnaquée des mois durant par des ouvriers qu’elle payait au noir pour retaper son domicile. Un jour, le libraire lui demande si elle se sent seule. « Je m’accompagne », répond simplement la vieille dame.
Étonnamment, ces morts solitaires ont souvent une famille, mais les liens sont distendus, usés par la distance géographique ou les accidents de la vie, qui rendent les circonstances de ces douloureux décès d’autant plus pénibles que pavés de non-dits. Contacté par téléphone, Arnaud, la cinquantaine, a trouvé son père, Patrick, allongé dans l’entrée de sa maison mitoyenne, près de la mer, dans un cossu village normand. La télévision hurlait. Son corps était dans un état de décomposition avancé. Selon la police, il était mort depuis plus de trois mois. « J’ai toujours su que ça finirait comme ça », souffle le fils.
Personne ne s’était inquiété : Patrick n’ouvrait déjà plus la porte quand on frappait. C’est un frère, en l’absence de mouvements sur ses comptes bancaires, qui a donné l’alerte. Arnaud raconte une enfance difficile, un père absent, électricien itinérant sur des centrales nucléaires. Après une séparation, à la cinquantaine, il sombre dans l’alcool. Des amas de déchets encombraient son domicile. Syndrome de Diogène. « Des bons souvenirs avec lui, je n’en ai presque aucun. On est allés quelques fois à la pêche. Le reste du temps, il regardait Questions pour un champion. »
Un autre frère se souvient d’un homme décalé, généreux parfois, violent souvent. Enfant, Patrick, doué pour le football, avait passé des sélections pour intégrer le Stade Malherbe de Caen. Il a été recalé, car « trop petit ». L’humiliation. « La vie, pour lui, ça a toujours été compliqué. Avec le temps, il s’est isolé. On ne savait plus quoi faire. »
Arnaud a vu son père pour la dernière fois six mois avant sa mort. Il venait lui montrer sa nouvelle moto. Patrick, ivre, titubait devant la porte. Il est reparti. Aujourd’hui, le décès solitaire de Patrick hante la famille. Un sentiment étrange. Difficile à expliquer. À la fois regret, impuissance, résignation. Deux ans plus tard, l’image du corps de son père s’est peu à peu effacée de l’esprit d’Arnaud. « Mais l’odeur est restée. Elle me suit partout. »
Au Japon, ceux qui meurent seuls ont un nom : les kodokushi. Demeure une question : entre les voisins impuissants et les familles éloignées, qui est responsable ? Les politiques publiques ou l’individualisme de nos sociétés ? « La préservation du lien social est un enjeu majeur, répond Yann Lasnier. On parle de la santé mentale des jeunes, mais celle des personnes âgées est aussi un problème de santé publique. Les liens se désagrègent. Il y a de moins en moins d’interactions. La société perd de la compétence sociale. Cela devrait être une préoccupation majeure, pourtant le sujet de l’isolement a été à peine évoqué lors des élections municipales. On ne sait pas faire face au vieillissement de la population, et à la nécessité d’organiser les bonnes conditions du maintien à domicile des personnes âgées. »
Fin 2020, à Agen, le corps d’une traductrice à la retraite est retrouvé chez elle, à 100 m de la mairie. Elle était décédée depuis deux ans. Le choc est immense. « Dans cette ville, tout le monde pensait se connaître », s’étonne Baya Kherkhach. La maire adjointe de l’époque décide de mettre en place un dispositif expérimental unique en France, Non à l’isolement de nos aînés agenais (Ninaa). Grâce aux listes électorales, toutes les personnes de plus de 80 ans sont recensées, puis visitées une par une pour évaluer leurs besoins potentiels. Piloté par le centre communal d’action sociale (CCAS), le programme mobilise différentes sphères de la population agenaise : associations, bénévoles, jeunes en service civique, élus. « La question du repérage est fondamentale, pour qu’il n’y ait pas de trous dans la raquette, explique Baya Kherkhach. Car certaines personnes sont depuis si longtemps déconnectées de toute interaction qu’elles ne s’en rendent plus compte, alors elles ne vont jamais demander de l’aide. La plupart disaient “Ça va”. Elles n’avaient pourtant vu personne depuis des mois. On n’est pas culturellement construits pour aller s’inquiéter pour nos voisins. Toquer à la porte d’un inconnu, c’est contre-intuitif. Notre démarche consiste à partir du principe que chacun a besoin d’aide. Et mettre en place un système qui mobilise toute la société. »
Marie Crognier, 64 ans, s’est engagée en tant que bénévole. De visite en visite, elle a appris à réparer ce lien social abîmé par la solitude. « Certains aînés ont de l’appréhension. Il faut les mettre à l’aise, avoir un petit mot pour les faire sourire, poser une main sur leur épaule, engager la conversation sur les choses du quotidien », explique-t-elle. En 2025, deux nouvelles personnes ont été retrouvées « momifiées » à Agen. Des septuagénaires non concernés par le dispositif. « On réfléchissait à l’élargir », reconnaît Baya Kherkhach. Depuis les élections municipales, personne ne sait si la nouvelle équipe poursuivra l’expérimentation.
Retour à Courtenay. Pas de pôle senior actif, un CCAS à l’abandon. Alors, Andrée Rodriguez, aide à domicile à la retraite, a décidé d’agir.
Dans sa résidence HLM, près de l’Intermarché, elle organise goûters et activités. Des mandalas décorent les murs. Des petits poussins jaunes en papier, l’entrée. « On apporte du gâteau à ceux qui ne veulent pas descendre », sourit-elle en montrant les petits paquets de chocolats qu’elle a elle-même fabriqués avec des gobelets en carton. En dix ans, quatre personnes ont été retrouvées mortes dans son bâtiment. « Ça m’a perturbée. Je l’ai vue, la solitude. Plus personne ne se connaît, ici. Même à Inter, je ne reconnais plus les visages. » Les habitants de son immeuble ont passé l’hiver à confectionner des guirlandes de fleurs en papier pour les chars du carnaval. Mme Rodriguez organise des sorties à Montargis, au restaurant-péniche sur la rivière. « Les habitants de mon immeuble n’iraient jamais par eux-mêmes à l’association des aînés. Il faut venir les chercher chez eux. Vous savez quoi ? Une voisine m’a dit : “Ça va mieux depuis que Dédée est là” », se réjouit-elle, pas peu fière.
Quant à Gisèle, qui était-elle vraiment ? Qu’aimait-elle manger ? Quelle était sa chanson préférée ? De quoi rêvait-elle ? Nous ne le saurons jamais. Elle est partie avec ses secrets. Peut-être parce que personne ne les lui a jamais demandés. Sur la route de Montargis, son ancien garage est à l’abandon. Derrière la vitre poussiéreuse, un bureau vide. Et, peinte sur un mur, une phrase : « Demain, je me lève de bonheur ».