« Une nouvelle signature du tabac retrouvée dans l’ADN de nombreux cancers »
Date de publication : 17 juillet 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=49f7ebf7b05f95e12036d621bf7b44df&id_newsletter=24088&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=24088&from=newsletter&slnk=6
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Pierre Kaldy note dans Le Figaro que « la fumée de tabac présente au moins 60 substances dont l’effet cancérigène a déjà été montré aussi bien sur des cellules en culture que chez l’animal. Ces substances induisent souvent des mutations caractéristiques dans l’ADN, qui commencent à être explorées systématiquement. Et elles permettent d’expliquer l’apparition de certains cancers sur des organes pourtant non exposés directement à la fumée ».
Le journaliste évoque ainsi les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), « des composés présents dans les goudrons de la fumée.
En 2016, une signature de mutations particulières des HAP est identifiée dans les cancers du poumon et du larynx, les organes les plus exposés à la fumée de tabac, et dans une moindre mesure dans le cancer du foie, suite à la comparaison du génome du cancer de plus de 3000 personnes ayant fumé ou pas ».
Pierre Kaldy relève que « cette vaste étude, pilotée par des chercheurs américains et britanniques, a révélé la présence de ces mutations réparties par milliers dans le génome des fumeurs et qui se renforcent avec le nombre d’années d’exposition à la fumée du tabac. Elle a aussi confirmé le rôle direct des HAP dans le déclenchement de cancers chez l’être humain ».
Le journaliste fait savoir qu’« une deuxième signature de mutations induite par les nitrosamines, les substances cancérigènes les plus importantes dans la fumée de tabac avec les HAP, vient d’être découverte par des chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS, à Lyon ».
Pierre Kaldy explique que « ces produits, qui se forment à partir de la nicotine au cours du séchage des feuilles de tabac, induisent des cancers en provoquant des mutations spécifiques dans l’ADN des cellules et par le biais d’autres mécanismes biologiques ».
Il indique que « les chercheurs dirigés par Jiri Zavadil ont […] dans un premier temps caractérisé la signature des mutations induites par les nitrosamines dans le génome de cellules en culture ou d’animaux exposés à ces produits. Puis ils l’ont recherchée dans les génomes de près de 7000 cancers humains stockés dans les collections de l’International Cancer Genome Consortium Pan-Cancer Analysis of Whole Genomes (ICGC PCAWG) et du Cancer Genome Atlas (TCGA) ».
« Le résultat a surpris les chercheurs, car il a encore élargi la gamme des cancers où la trace délétère du tabagisme est retrouvée », remarque le journaliste.
Paul Hofman, médecin chercheur qui dirige l’IHU RespirEra à Nice, déclare que « cette étude importante a révélé la participation des nitrosamines dans des cancers tels que certains cancers du rein, du pancréas, du sein, de la prostate et même des lymphomes. […] Nous avons une vraie preuve mécanistique de la responsabilité du tabac dans l’apparition de ces cancers, et plus précisément des substances capables de les provoquer suivant les tissus ».
Pierre Kaldy observe que « le rôle du tabac dans certains cancers du sein, déjà suggéré par des études épidémiologiques, se trouve ainsi démontré par la trace de l’action cancérigène des nitrosamines parfois décelée dans leur génome. Dans le cas du cancer du pancréas, les auteurs ont parfois retrouvé la même signature des nitrosamines dans son ADN, ce qui renforce la suspicion d’un rôle du tabac dans le déclenchement ou la progression de cette maladie ».
Paul Hofman ajoute que « la recherche de signature de mutations dans les génomes va peut-être fournir un nouvel outil pour déceler aussi un effet cancérigène possible de l’usage de la cigarette électronique sur le poumon. Un effet que l’on commence à soupçonner ».