Les quantités d’eau diminuent, au moment où les usagers en veulent davantage

La canicule fait grimper la consommation d’eau et met les réseaux d’approvisionnement à rude épreuve

Les volumes consommés ont progressé de 10 % à 50 % en juin par rapport à la même période en 2025, contraignant les infrastructures fragilisées à tourner à plein régime, tandis que les réserves souterraines et les rivières s’affaiblissent. 

Par Léa SanchezPublié aujourd’hui à 05h30 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/12/la-canicule-fait-grimper-la-consommation-d-eau-et-met-les-reseaux-d-approvisionnement-a-rude-epreuve_6722854_3244.html?srsltid=AfmBOoqw6SYxggzwUVut6o6sk0Hk7bTrsamlNPxoTIhvRKusD8PZZ63n

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Des spectateurs de Roland-Garros, à Paris, le 25 mai 2026.
Des spectateurs de Roland-Garros, à Paris, le 25 mai 2026.  BENOIT TESSIER/REUTERS

La température n’est pas la seule courbe qui s’envole. Celle de la consommation d’eau potable, elle aussi, grimpe en flèche. « Toutes nos usines sont à fond », observe Denis Guilbert, directeur de Vendée Eau, le syndicat qui organise la production et la distribution de l’eau potable dans le département.

La semaine du 22 au 28 juin, lors du deuxième épisode de chaleur intense de l’année, ce service public a distribué près de 206 000 mètres cubes par jour en moyenne. Soit 25 % de plus que les valeurs enregistrées quinze jours plus tôt, avant la flambée du thermomètre. Ce volume très élevé n’est atteint d’ordinaire que plus tard dans l’été, au plus fort de l’afflux touristique.

Qu’en sera-t-il dans les jours à venir alors que la Vendée est placée en vigilance rouge canicule dimanche 12 juillet, à l’instar de trente-six autres départements de l’Hexagone ? « Les températures remontent, donc nous sommes de nouveau en tension, indique M. Guilbert. La différence par rapport à fin juin, c’est que nous avons les touristes qui arrivent », ce qui induit une demande en eau supplémentaire. C’est autant à produire et à distribuer, alors même que les infrastructures souffrent de la canicule et que les barrages du syndicat subissent une baisse sensible de leurs niveaux – liée en partie à l’évaporation, qui croît avec les fortes chaleurs.

La Vendée n’est pas le seul département sous pression. Un peu partout en France, les épisodes caniculaires qui s’enchaînent depuis la fin du mois de mai mettent à rude épreuve les opérateurs de l’eau et leurs salariés. Il faut notamment faire face aux pics de demande : douches supplémentaires, arrosages, besoins en eau accrus dans les élevages pour l’abreuvement mais aussi pour refroidir les animaux… Suez, Veolia et Saur font état auprès du Monde de consommations ayant progressé de 10 % à 50 % lors de la vague de chaleur de juin, selon les endroits et les entreprises, par rapport à la même période en 2025.

Ces hausses importantes mettent « l’infrastructure sous tension », explique Pierre Ribaute, directeur général eau France auprès de Veolia. « Les usines de production sont dimensionnées sur un facteur qui s’appelle la “pointe”, qui n’est pas faite pour être tenue trop longtemps », ajoute-t-il. Autrement dit, les installations ne peuvent pas tourner à plein régime pendant de longues semaines sans qu’il y ait un risque de panne.

Eau de Paris a ainsi décidé, lors de la canicule, de limiter momentanément sa production d’eau, en misant sur les capacités de stockage de la capitale pour encaisser la baisse. « Nos usines fonctionnaient à fond depuis quatre jours, expose Frédéric Rocher, directeur du centre de pilotage de la régie parisienne. A un moment donné, il faut réduire le rythme pour que les exploitants vérifient que tout va bien. Par exemple, qu’il n’y a pas d’échauffement dans les postes électriques. »

Plusieurs installations françaises ont d’ailleurs subi des coupures de courant ou des arrêts de sécurité. La température a tant grimpé dans un local électrique de Vendée Eau que le syndicat a dû stopper ses deux pompes. « Nous avons commencé par en arrêter une, puis nous avons été obligés d’arrêter la deuxième, parce que c’était trop chaud », raconte M. Guilbert, qui indique engager des réflexions quant à une ventilation ou une climatisation plus importante.

Le syndicat a aussi dû envoyer, fin juin, un SMS aux habitants de plusieurs communes : le réseau de distribution était trop sollicité. « On est habitués à avoir beaucoup de consommation sur le littoral, mais, dans ce qu’on appelle le bocage, qui est l’arrière-pays de la Vendée, rien n’est dimensionné pour ces pics-là, précise M. Guilbert. Les usagers en fin de tuyau se retrouvent avec moins de pression, et moins d’eau, tout simplement. »

Même la nuit, il y a eu des ponctions plus importantes que la normale sur le réseau, se reflétant sur les niveaux des châteaux d’eau, ajoute Jean-Pierre Le Ponner, vice-président (sans étiquette) chargé de l’eau et de l’assainissement de Pontivy Communauté (Morbihan et Côtes-d’Armor). Avec, in fine, des difficultés pour remplir ces réservoirs, et des entreprises qui ont dû être mises à l’arrêt, dont les usines où sont produites les chips Brets.

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D’autres problèmes liés à la chaleur et à la sécheresse sont recensés par les adhérents de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, comme des casses ou des déboîtements des canalisations. « Le retrait-gonflement des argiles peut abîmer les maisons : les canalisations, c’est pareil », résume Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau de l’association. « Il faut faire en sorte que le patrimoine enterré soit le mieux renouvelé et entretenu possible, plaide Olivier Cornu, directeur des opérations de Saur France. Ce sont des éléments qui, en cas de sécheresse extrême, pourraient être déterminants dans le fait qu’on passe ou non le cap. »

« L’été sera difficile à passer »

Pour l’heure, les deux premiers épisodes de chaleur ont été surmontés sans trop d’encombre – grâce, entre autres, à la bonne recharge des nappes durant l’hiver. Mais les réserves souterraines et des rivières s’affaiblissent, un peu partout en France, sous les effets conjugués des fortes chaleurs, du manque de pluie et des prélèvements. Les arrêtés préfectoraux limitant les usages de l’eau potable se multiplient : 77 départements étaient concernés samedi par des restrictions, soit vingt de plus que début juillet.

Des camions-citernes ont dû approvisionner d’ores et déjà plusieurs communes de l’Aveyron, de la Marne ou encore de la Côte-d’Or. De nombreuses structures appellent à la sobriété. « Manifestement, cet été sera difficile à passer. Les quantités d’eau diminuent, au moment où les usagers en veulent davantage. C’est une espèce d’effet ciseau, observe Arnaud Bazire, vice-président exécutif de Suez, chargé des activités eau de l’entreprise en France. Il faut qu’on adapte nos services d’eau et d’assainissement aux nouvelles configurations climatiques. »

Les enjeux liés au dérèglement climatique, et aux bouleversements qu’il implique sur le cycle de l’eau, sont multiples. Se pose, par exemple, la question de la qualité des écoulements pompés par les usines. Quand les débits des rivières s’épuisent, les polluants se concentrent. Par ailleurs, le réchauffement des cours d’eau et des retenues alerte plusieurs spécialistes. « Le risque, c’est, par exemple, le développement d’algues, et en particulier de cyanobactéries, pouvant rendre compliquée la potabilisation », relève Régis Taisne, de la Fédération des collectivités concédantes et régies.

Alors que les canicules vont continuer de se multiplier dans les années qui viennent, y compris au sortir d’hivers secs, les collectivités tablent, entre autres mesures, sur les interconnexions entre les réseaux d’eau pour sécuriser l’approvisionnement. « Nous essayons de les renforcer au maximum, depuis une dizaine d’années, pour alléger la pression sur certains équipements ou ressources », souligne Nathalie Picard, de la direction de l’eau de la communauté urbaine du Grand Reims (Marne), où les nappes frôlent, voire atteignent, les niveaux les plus bas enregistrés.

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En Ile-de-France, Eau de Paris mise aussi sur la prévision des consommations, d’autant que les deux premiers épisodes caniculaires sont survenus avant que la demande ait commencé à décroître du fait des vacances d’été. « Il va falloir continuer à adapter nos rapports à l’eau, nos pratiques, nos usages, nos réseaux, nos ressources », plaide Pierre Ribaute, de Veolia.

Léa Sanchez

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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