La France toujours très loin de ses objectifs de baisse des émissions de CO2
Le Haut Conseil pour le climat a présenté un bilan sévère des politiques publiques engagées face à l’urgence climatique. En contradiction avec l’accord de Paris, le rythme de la réduction des émissions de gaz à effet de serre a encore ralenti, passant de − 3 % en 2024 à − 2,1 % en 2025.
Le ton est grave, presque solennel. « Nous sommes dans une période un peu tragique », a d’entrée de jeu affirmé Jean-François Soussana, président du Haut Conseil pour le climat (HCC), en présentant le 8e rapport de l’institution analysant l’action climatique de la France en 2025. Il a dédié le rapport, publié jeudi 9 juillet, aux 2 025 mort·es recensé·esentre le 22 et le 28 juin par Santé publique France du fait de la vague de chaleur extrême.
Dans une capitale écrasée par la chaleur, les membres du HCC – institution créée en 2018 pour évaluer de façon indépendante les politiques publiques sur le climat – n’ont pas mâché leurs mots sur le fossé séparant la trajectoire actuelle de la France et la gravité des conséquences du dérèglement climatique.
Dix ans après l’accord de Paris sur le climat, le réchauffement planétaire dû aux activités humaines atteint 1,4 °C, et le seuil de 1,5 °C sera sans doute atteint dans quelques années, ont reconnu ces expert·es. Au niveau mondial, et particulièrement en Europe, qui se réchauffe deux fois plus vite, « les caractéristiques climatiques deviennent de plus en plus dangereuses pour la santé, pour les écosystèmes, pour les infrastructures et pour les activités économiques ».

Si la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre se poursuit, les progrès sont « trop lents et trop limités », a résumé la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a participé à ce rapport titré « Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités ». Tant que la neutralité carbone ne sera pas atteinte, le réchauffement se poursuivra, entraînant des conséquences de plus en plus cataclysmiques.
Si, au niveau mondial, la décarbonation du secteur électrique s’accélère, et que l’électrification des usages se poursuit – 25 % des véhicules neufs vendus dans le monde en 2025 étaient électriques, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) –, « la transition du système alimentaire reste le parent pauvre de la transition climatique », avec notamment une « surconsommation de protéines animales dans les pays développés ».
Menace de l’IA
Les émissions de CO2 du secteur agricole continuent de croître de 1,6 point par an. Le développement de l’intelligence artificielle (IA) représente par ailleurs une nouvelle menace qui reste à évaluer. En France hexagonale, où le réchauffement atteint 2,2 °C en moyenne depuis 2016, l’année 2025 est la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée, devant 2024 mais derrière 2022 et 2023. Le réchauffement s’y poursuit « à un rythme rapide », avec des épisodes de chaleur plus intenses et plus longs.
Le HCC relève, à ce titre, « la sévérité croissante des impacts », que ce soit dans la « perturbation de la scolarité des enfants, [la] surmortalité liée à la chaleur, [la] diffusion accrue de maladies vectorielles, [les] pertes agricoles, [les] tensions sur l’eau, [les] coûts élevés des dommages liés aux inondations et au retrait-gonflement des argiles, [l’]augmentation du coût des assurances, [le] recul du trait de côte », ou dans « [le] dépérissement des forêts et [le] blanchissement des coraux ». Nos infrastructures ont été aussi « dimensionnées dans un climat qui n’existe plus ».
« L’adaptation mise en œuvre actuellement en France est insuffisante pour contenir l’augmentation rapide des risques climatiques », avance le rapport. Par ailleurs, si l’adaptation au dérèglement climatique est urgente, elle ne peut évidemment suffire, a insisté Jean-François Soussana. « Les capacités d’adaptation de nombreux systèmes humains et d’écosystèmes atteignent des limites dès aujourd’hui », note le rapport. En poursuivant la trajectoire actuelle des émissions, la France doit se préparer à faire face à des « pertes de rendement agricole », à « des rationnements en eau en période de sécheresse » et à « des conditions d’habitabilité réduites ».
Les baisses d’émissions de GES sont pour moitié attribuables à la baisse d’activité dans l’industrie, et aux délocalisations donc, mais aussi à une baisse du cheptel.
Le rythme de la baisse des émissions en France a encore ralenti, comme l’an dernier, passant de − 3 % à − 2,1 %. En 2025, la France a émis 359 millions de tonnes équivalent CO2 (MtCO2eq), soit une baisse de 7,6 MtCO2eq par rapport à 2024. Le secteur des transports reste le premier contributeur, avec 34 % des émissions, suivi de l’agriculture avec 21 %, de l’industrie avec 16 % et du bâtiment avec 15 %.
Concernant l’agriculture, l’élevage représente 59 % des émissions de GES du secteur, soit 45,7 MtCO2eq, principalement sous forme de méthane, alors que les cultures représentent 27 % des émissions du secteur, avec 21,1 MtCO2eq.
Par ailleurs, les baisses d’émissions de GES sont pour moitié attribuables à la baisse d’activité dans l’industrie, et aux délocalisations donc, mais aussi à une baisse du cheptel. Les émissions importées représentent toujours la majorité de l’empreinte carbone de la France. En France, l’état des puits de carbone, indispensables pour viser la neutralité carbone, s’est dégradé sous l’effet du dérèglement climatique.
Des engagements de façade
Si le pays s’est doté, depuis l’accord de Paris, « d’un cadre juridique climatique progressivement plus dense », relève le rapport, structuré autour de textes comme la loi « climat et résilience » de 2021, il est loin de s’y tenir. Ou plus exactement, « les normes existent mais leur mise en œuvre souffre d’un manque de moyens administratifs et financiers, de dérogations nombreuses et d’une tendance récurrente à réduire la contrainte juridique dès qu’elle devient politiquement ou économiquement sensible ». Une formulation diplomatique mais limpide pour dire combien le peu d’avancées des politiques publiques a été systématiquement attaqué au fil des ans.
Si la France a bien inscrit l’objectif de la neutralité carbone à l’horizon 2050, « l’écart persiste entre l’ambition des textes et les résultats : émissions insuffisamment réduites, mise en œuvre partielle »,à l’image du « zéro artificialisation nette », miné de toutes parts. Les membres du HCC ont également fustigé le projet de loi d’urgence agricole, qui vient d’être adopté au Sénat, pour ses reculs écosystémiques majeurs.
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Si le HCC rappelle avoir salué l’adoption du troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), il souligne néanmoins que la « mise en œuvre des actions du Pnacc reste suspendue aux moyens financiers et leur impact tangible sur l’adaptation de la France reste à démontrer ». On est loin de l’exercice d’autosatisfaction du gouvernement sur le sujet, mi-juin, au cours duquel Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, avait affirmé que 80 % des mesures du Pnacc étaient « engagées ».
Pour compléter ce sombre tableau, le HCC pointe le fait que le dérèglement climatique s’accompagne d’inégalités croissantes, avec des précarités qui augmentent sur le plan énergétique, de l’accès à la mobilité à la précarité alimentaire. Les retards pris en matière d’atténuation aggravent les inégalités sociales, « l’exposition au stress thermique dans les logements, les écoles, les hôpitaux, les lieux de travail (non adaptés) touchant en premier lieu les ménages modestes ». Le HCC a présenté une France au pied du mur et souhaité que les grands choix qui l’attendent face au dérèglement climatique soient au cœur de la campagne présidentielle.
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