Baisses de tarifs pour un montant de 300 millions d’euros dans les secteurs médicaux jugés les plus rentables.

La CNAM s’attaque à nouveau aux « rentes » du secteur sanitaire

Quentin Haroche

08 juillet 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/cnam-sattaque-nouveau-aux-rentes-du-secteur-sanitaire-2026a1000n1

L’Assurance Maladie se fixe un objectif de 300 millions d’euros d’économie en réalisant des baisses de tarifs dans les secteurs médicaux jugés les plus rentables.

Vous êtes médecins et vous vous demandez (peut-être) dans quel secteur vous pouvez gagner le plus d’argent à travers une société d’exercice libéral ? La CNAM a la réponse. Dans son dernier rapport « Charges et produits » publié jeudi dernier et qui a pour but de fournir des pistes au gouvernement dans la préparation du prochain budget de la Sécurité sociale, l’Assurance Maladie se livre à une analyse financière de plusieurs secteurs sanitaires où les sociétés privées sont particulièrement actives. Mais le but de la CNAM n’est évidemment pas de fournir des conseils financiers aux médecins, mais plutôt d’identifier les secteurs jugés « trop » rentables, dont la bonne santé économique traduirait l’existence de « rentes de situation » et de« tarifs potentiellement surévalués ». 

La CNAM s’est ainsi intéressée aux huit secteurs où des sociétés privées réalisent plus de la moitié de l’activité libérale totale en nombre d’actes, à savoir l’anatomopathologie, l’audioprothèse, la biologie médicale, la dialyse, la médecine nucléaire, l’officine, la radiologie et la radiothérapie. L’Assurance Maladie a ainsi étudié leurs chiffres d’affaires, leur rentabilité et l’évolution de ces paramètres.

Une rentabilité particulièrement élevée en radiothérapie et en médecine nucléaire

En termes de chiffre d’affaires, c’est le secteur de la biologie médicale qui tire le mieux son épingle du jeu, avec un chiffre d’affaires par société de 23,5 millions d’euros en moyenne en 2023. Suit ensuite la radiothérapie (chiffre d’affaires moyen de 12,9 millions par société) et la dialyse (9,8 millions) alors que l’officine (2,3 millions) et l’audioprothèse (1,2 million) sont loin derrière. 

Entre 2018 et 2023, c’est en revanche le secteur de l’anatomopathologie qui a connu la plus forte croissance, avec une hausse du chiffre d’affaires moyen par entreprise de 173 %, suivi de la biologie (81 %), tandis que les sociétés de médecine nucléaire, de radiologie et de radiothérapie ont connu une croissance d’environ 50 %. Seules les sociétés d’audioprothèses ont connu une baisse de leur chiffre d’affaires de 19 % sur la période, un repli qui « peut s’expliquer par le fait que ce secteur s’est fortement développé au cours de la période, avec un nombre d’unités légales actives passant de 1 500 à 2 200 entre 2018 et 2023 » avance la CNAM.

Alors que les entreprises françaises présentent une marge nette (ratio entre le résultat net et le chiffre d’affaires) comprise entre 3 et 5 % selon les secteurs, les sociétés du monde de la santé présentent une rentabilité bien plus élevée. Elle atteint ainsi 24,4 % en radiothérapie, 17,2 % en médecine nucléaire et 11,5 % en biologie médicale. En revanche, les pharmaciens d’officine ne réalisent une marge que de 4,7 %.

Entre 2018 et 2023, la rentabilité du secteur privé médical a connu des fortunes diverses selon les secteurs : elle a fortement augmenté en radiothérapie (+ 50 %), en radiologie (+ 35 %) et en médecine nucléaire (+ 30 %) alors qu’elle a chuté de 20 % pour les pharmaciens et de 30 % en anatomopathologie. Certains évènements contingents ont également pu jouer sur la rentabilité : la crise du Covid-19 et la multiplication des tests de dépistage ont ainsi fait doubler la rentabilité des sociétés de biologie entre 2018 et 2021, avant qu’elle ne retrouve son niveau d’avant crise en 2023. Même phénomène avec la mise en place de la réforme du 100 % santé en 2021, qui a fait exploser subitement la rentabilité des sociétés d’audioprothèse (+ 90 %), rentabilité qui a ensuite connu une chute presque aussi brutale dans les années suivantes.

La CNAM préconise 300 millions d’euros de baisses de tarifs, si nécessaire unilatéralement

Au vu de ces chiffres, la CNAM estime qu’en menant une politique de « régulation sectorielle », comprenez de baisses de tarifs dans les secteurs jugés les plus rentables (elle cite expressément la radiothérapie et la dialyse), l’Assurance Maladie pourrait économiser jusqu’à 300 millions d’euros par an. Pas une modique somme à l’heure où la CNAM affiche un déficit annuel de près de 16 milliards d’euros et cherche désespérément des sources d’économie. L’Assurance Maladie dit bien sûr espérer que ces baisses de tarifs puissent être négociées avec les représentants du secteur mais appelle, qu’en cas d’échec des négociations, à des « baisses unilatérales des tarifs ». 

Ce n’est pas la première fois que la CNAM préconise et a recours à ces méthodes quelque peu brutales visant les secteurs de la médecine libérale jugés les plus rentables. Plusieurs baisses de tarifs dans les secteurs de la biologie et de la radiologie ont ainsi eu lieu ces dernières années, la dernière en date pour l’imagerie le 1er juillet dernier. En juillet 2025, la ministre de la Santé de l’époque Catherine Vautrin avait même appelé à mettre fin « aux situations de rentes économiques qui se sont constituées dans des secteurs de la santé comme la radiologie, la biologie, la radiothérapie ou encore la dialyse ». 

Une politique de baisse tarifaire et une attitude hostile du gouvernement qui provoquent régulièrement la colère des médecins concernés. En novembre dernier, les radiologues avaient ainsi mené une grève, qui avait conduit la ministre de la Santé Stéphanie Rist à évoquer en janvier dernier la possibilité d’un moratoire sur la baisse des tarifs. Mais lors des dernières négociations conventionnelles, la CNAM a confirmé que les tarifs d’imagerie allaient bien continuer à baisser dans les prochaines années

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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