L’avenir des moules est compromis dans l’étang de Thau. 

Comment les chercheurs scrutent les impacts des vagues de chaleur sur la faune et la flore de Méditerranée : « Nous sommes entrés dans un monde inconnu »

Face aux fortes chaleurs, la lagune de Thau se transforme à toute vitesse. Certaines plantes progressent, d’autres dépérissent. L’avenir des moules y est compromis. 

Par Léa Sanchez (Mèze et Sète [Hérault], envoyée spéciale)

Publié aujourd’hui à 16h00, modifié à 18h42 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/07/comment-les-chercheurs-scrutent-les-impacts-des-vagues-de-chaleur-sur-la-faune-et-la-flore-de-mediterranee-nous-sommes-entres-dans-un-monde-inconnu_6721498_3244.html

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Un scientifique de l’Ifremer remonte un casier d’huîtres pour étudier les conséquences du réchauffement des eaux dans l’étang de Thau, près de Sète (Hérault), le 2 juillet 2026.
Un scientifique de l’Ifremer remonte un casier d’huîtres pour étudier les conséquences du réchauffement des eaux dans l’étang de Thau, près de Sète (Hérault), le 2 juillet 2026.  GABRIEL BOUYS/AFP

« Il y a encore des survivantes. » Marion Richard, de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), se rassure comme elle peut. Les moules méditerranéennes que la chercheuse élève à Mèze, dans l’Hérault, sont mal en point. Une odeur âcre se dégage des coquilles sombres entassées à ses pieds, dans des caissettes en plastique. Les animaux ont souffert du coup de chaud de l’étang de Thau, intense et précoce, du début de l’été.

Le 28 juin, près du mas expérimental du comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM), la lagune a atteint 30,6 °C en moyenne sur le rivage. Trop pour les moules que les scientifiques font grandir là, aux côtés d’huîtres, dans un conteneur de marchandises converti en laboratoire. C’est l’étang, au bord duquel est posé le caisson blanc, qui alimente ses bassins. « On reproduit les mêmes conditions que la lagune », surchauffe comprise, souligne Amaël Bossan, ingénieur d’études du CRCM, chaussé de bottes orange.

L’expérience ne s’arrête pas là : une partie des coquillages sont soumis à un environnement plus hostile que celui de l’étang – dont une température rehaussée de 1,1 °C à l’aide d’une pompe à chaleur. C’est l’un des travaux menés par l’Ifremer, avec d’autres organismes comme le CNRS, pour comprendre les effets du dérèglement climatique d’origine anthropique sur la Méditerranée. Ses écosystèmes sont bouleversés par le réchauffement graduel de l’eau, doublé de vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Les lagunes, semi-fermées et peu profondes, sont particulièrement exposées à ces flambées du thermomètre et au manque d’oxygène qu’elles favorisent.

Dans le conteneur de Mèze, même dans les bacs qui reçoivent l’eau à température ambiante, près de 20 % des moules ont déjà péri, au 1er juillet. Quant aux cuves volontairement surchauffées, elles n’abritent presque plus de rescapées. C’est là une partie du travail : compter les défuntes. « On fait aussi comme des autopsies, puisqu’on les pèse, décrit Marion Richard, en effleurant les coquilles. Elles meurent d’épuisement. A ces températures, elles ne bougent plus, elles respirent beaucoup, elles perdent de l’énergie… »

Le futur de l’espèce est compromis dans la lagune. Sans surprise : l’équipe de chercheurs a déjà conclu, dans une étude parue en 2025, à sa mortalité « presque totale dans toutes les conditions futures de température et de pH »  celui-ci diminue sous l’effet de la dissolution du COdans l’eau, ce que l’on appelle l’acidification de l’océan. Les huîtres résistent mieux, mais leur croissance est amputée. La nouvelle expérience en cours dans le conteneur les soumet à une pression hydroclimatique de plus : des inflexions de la salinité, celle-ci augmentant quand l’eau vient à manquer.

Conséquences sur l’emploi

D’autres travaux ont été lancés pour observer les réactions de la faune et de la flore aux fortes chaleurs. En 2022, par exemple, les surchauffes de la Méditerranée ont déclenché les floraisons massives d’herbiers de posidonie observées dans ces eaux, au risque d’épuiser les plantes. Reste de nombreuses inconnues. Il y a « des besoins de connaissances qui sont immenses et vitaux, rappelle l’océanographe Nathaniel Bensoussan, depuis les locaux de l’Ifremer de Sète, à l’ouest de la cité portuaire. La Méditerranée, c’est un point chaud du changement climatique et, en même temps, un hotspot de biodiversité. Ces deux éléments combinés, ça fait un cocktail assez explosif. »

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Dans la station scientifique sétoise, bordée par un canal, l’inquiétude se répand. « La communauté scientifique a alerté sur le fait qu’au-delà de + 1,5 °C [de réchauffement global de la planète], on rentrait dans un monde inconnu : nous y sommes », insiste Franck Lagarde, coordinateur du réseau d’observation conchylicole Ecoscopa, qui a enregistré fin juin des niveaux de température jamais vus en de nombreux points de l’Hexagone, par exemple à Arcachon.

La température de l’étang de Thau en 2026

Il y a certes eu une légère accalmie depuis. En Méditerranée, le vent y est pour beaucoup : depuis quelques jours, il ne cesse de rider ses flots bleutés. Ceux de la lagune aussi. Les vagues ballottent les petites embarcations employées par l’Ifremer pour parcourir ses étendues. Ce souffle puissant était très attendu : il permet de rafraîchir et d’oxygéner l’eau. L’étang affiche désormais près de 26 °C de moyenne journalière, au centre des tables conchylicoles de la commune de Marseillan. Trois de moins que le record de fin juin. Combien de temps durera l’accalmie, alors que le pourtour méditerranéen est à nouveau touché par une canicule ?

Face aux fortes chaleurs, la lagune se transforme à toute vitesse. La Cymodocea nodosa, une plante marine à fleurs, progresse. « On la reconnaît à son rhizome plutôt rouge. On la retrouve également en mer, et elle est extrêmement présente dans cette zone, précise Nicolas Cimiterra, ingénieur écologue, depuis un bateau bercé par les remous, près du rivage. Il y a quelques années, en 2019, on la voyait à peine. » Le plongeur scientifique s’empare d’une sorte de seau, à l’embout transparent. L’engin permet de voir les prairies sous-marines onduler sous l’effet du courant, au fond de l’eau. Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon aux évolutions thermiques – certaines dépérissent au-delà de 28 °C. A l’avenir, « les vagues de chaleurs marines vont moduler la composition des communautés d’herbiers », prévient Nicolas Cimiterra.

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Ces transformations risquent de se répercuter sur la faune. Cymodocea nodosa, par exemple, perd ses feuilles en hiver. Au risque de ne pas pouvoir héberger les nombreux jeunes poissons qui ont besoin d’un abri. Les liens entre espèces sont multiples, les humains étant eux aussi touchés par les bouleversements de la Grande Bleue et de ses lagunes. La conchyliculture de Thau représente quelque 2 000 emplois directs, percutés par le changement climatique. La profession prend les devants. « On relance la production de filières en mer », où l’eau est plus fraîche, met en avant Fabrice Grillon, le directeur du Comité régional de conchyliculture, entre autres adaptations.

Une scientifique de l’Ifremer analyse la température et la teneur en oxygène des eaux de l’Etang de Thau, près de Sète (Hérault), le 2 juillet 2026.
Une scientifique de l’Ifremer analyse la température et la teneur en oxygène des eaux de l’Etang de Thau, près de Sète (Hérault), le 2 juillet 2026.  GABRIEL BOUYS/AFP

Alors que l’océan enregistre des températures records pour la période, à hauteur de 21 °C à l’échelle globale, le phénomène naturel El Niño risque d’aggraver encore la situation des bassins océaniques. Des questions restent en suspens. Une en particulier parcourt la communauté scientifique de l’Ifremer : comment accélérer la prise de conscience de la population ? « Je crois qu’il faut ressensibiliser au vivant », assure Jérôme Bourjea, chercheur en écologie marine. L’art est l’une des options possibles. Marion Richard y croit profondément : « Comment les gens peuvent comprendre s’ils ne connaissent pas ? Nous, en tant que biologistes, on fait ça parce qu’on aime ce milieu. Peut-être, plutôt que de prendre l’angle classique de l’alerte, on peut montrer, émerveiller, fasciner ? »

Elle a, ces derniers mois, préparé une série de fresques urbaines avec Quentin Chaudat, un artiste francilien. A quelques kilomètres du conteneur expérimental où les moules sont mortes, en ce début d’été, le peintre a réalisé une grande œuvre murale. Elle s’étend sur deux façades de la Maison du temps libre, dans la commune de Mèze. Là, face à l’étang, des traits blancs et bleus donnent vie à une pieuvre. Il y a aussi des daurades royales et une grande nacre – un coquillage endémique de la mer Méditerranée. Et, un peu plus loin, devant des huîtres, un plongeur qui prend des notes.

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Léa Sanchez (Mèze et Sète [Hérault], envoyée spéciale)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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