« Une honte, un irrespect total », Graulhet perd deux médecins généralistes cet été, inquiétude et colère auprès des 400 patients suivis
Publié le 06/07/2026 à 15:31
l’essentiel
Alors que de nombreux médecins généralistes refusent de nouveaux patients, l’inquiétude et la colère montent auprès de plus de 400 personnes soignées à Graulhet (Tarn). En cause, le départ de deux médecins de la maison de santé cet été. Une décision qui intervient dans un contexte de fortes tensions sur la démographie médicale. Voici tout ce qu’il faut savoir.
La décision est actée : Graulhet (Tarn) perd ses deux médecins généralistes ainsi que leur secrétaire de la Maison de santé, cet été. Dans un courrier adressé aux patients, daté du 15 juin, la directrice du centre hospitalier informe que « le docteur Delagnes n’assurera plus ses consultations à compter du 30 juin, ainsi que le docteur Bonhoure à compter du 31 août ».

Malgré la diffusion d’une annonce pour un poste de praticien contractuel, « dans une cité tarnaise audacieuse et vivante où la douceur des rives du Dadou se mêle à l’énergie créative d’une ville de caractère », le centre hospitalier n’a pas trouvé de remplaçant. Les trois professionnels de la Maison de santé sont désormais réaffectés à d’autres missions. Le docteur Delagnes rejoint la Maison des femmes à Albi.
Le docteur Bonhoure est muté vers les Ehpad du centre hospitalier de Graulhet et la secrétaire médicale intégrera le service de long séjour de l’hôpital d’Albi. Ces départs privent plus de 400 habitants de leur médecin traitant, alors que de nombreux généralistes refusent déjà de nouveaux patients. « Le secrétariat est devenu le bureau des larmes et des pleurs », confie une patiente. « Les gens comme moi, sans véhicule, se retrouvent sans médecin et avec parfois de lourdes pathologies. Nous nous retrouvons devant le fait accompli, impuissants, sans savoir vers qui nous tourner. C’est inadmissible. »
Pourtant, en 2024, l’État, l’ARS et la municipalité s’étaient engagés « à soutenir le territoire et à renforcer l’offre de santé, en s’engageant à financer et à pérenniser le poste du docteur Delagnes ainsi que le secrétariat nécessaire à son activité dans le cadre du FIR et à financer un poste de coordonnateur du CLS (contrat local de santé) à 50 % ».
« Pas d’explications, pas d’excuses »
Depuis, les patients s’interrogent sur les responsabilités de l’hôpital, de la mairie et de l’ARS. En attendant, chacun se débrouille comme il peut, selon ses pathologies et ses moyens. « Je suis allé dans une association de médecins à la retraite à Albi, où ils ont pu me faire une ordonnance et me donner quelques soins de base, mais ils ne peuvent pas être médecins référents », témoigne un retraité. « Nous nous retrouvons devant une lettre nous informant simplement de leur départ. Pas d’explication. Pas d’excuse. Pas de liste de médecins. Pas d’aide quelconque. Juste venir avec une clé USB pour récupérer ses informations médicales. Il faut avoir peu de scrupules pour laisser sans médecin plusieurs centaines de patients. Une honte, un irrespect total des Graulhétois, une impolitesse flagrante », déclare Alain, un autre retraité, dans un courrier adressé à Emmanuelle Buisson, directrice du site du centre hospitalier de Graulhet.
Le centre hospitalier invoque la démographie médicale
Contacté, l’hôpital explique que cette décision intervient malheureusement dans un contexte de fortes tensions sur la démographie médicale. « Le centre hospitalier de Graulhet tient à exprimer ses regrets face à cette situation, dont il mesure pleinement les conséquences pour les patients concernés. La mission première d’un hôpital public est d’assurer des prises en charge hospitalières, spécialisées ou coordonnées, et non de se substituer durablement à l’offre de médecine générale de ville. Pour autant, dans un contexte local de fragilité de l’accès aux soins, l’établissement avait souhaité proposer une réponse de proximité, quasi unique dans la région, afin d’apporter une solution concrète à la population. »
L’établissement ajoute qu’il est conscient des inquiétudes suscitées par cet arrêt et assure rester attentif à l’accompagnement des personnes concernées durant cette période de transition. Il remercie également les docteurs Delagnes et Bonhoure pour leur engagement, ainsi que les professionnels de santé du territoire pour leur mobilisation. Enfin, il affirme demeurer pleinement mobilisé afin d’assurer la continuité du parcours de soins.
En attendant de retrouver un médecin, les patients doivent récupérer leur dossier médical en fournissant une clé USB neuve, sous emballage non ouvert, à la secrétaire médicale, qui procédera au transfert des données. Elle reste joignable au 05 63 42 30 22 jusqu’au 31 août. À compter du 1er septembre, les demandes de dossier médical devront être réalisées par courrier adressé à la direction du centre hospitalier ou par courriel à direction.hopital@hopital-graulhet.fr.
La Maison de santé, récemment développée, se retrouve désormais sans médecins généralistes. De quoi nourrir les interrogations sur l’attractivité de la fonction publique hospitalière après des jeunes praticiens.
______________________________________________
« Le centre hospitalier de Graulhet tient à exprimer ses regrets face à cette situation, dont il mesure pleinement les conséquences pour les patients concernés. La mission première d’un hôpital public est d’assurer des prises en charge hospitalières, spécialisées ou coordonnées, et non de se substituer durablement à l’offre de médecine générale de ville.
Pour autant, dans un contexte local de fragilité de l’accès aux soins, l’établissement avait souhaité proposer une réponse de proximité, quasi unique dans la région, afin d’apporter une solution concrète à la population. » L’établissement ajoute qu’il est conscient des inquiétudes suscitées par cet arrêt et assure rester attentif à l’accompagnement des personnes concernées durant cette période de transition.
Il remercie également les docteurs Delagnes et Bonhoure pour leur engagement, ainsi que les professionnels de santé du territoire pour leur mobilisation. Enfin, il affirme demeurer pleinement mobilisé afin d’assurer la continuité du parcours de soins. En attendant de retrouver un médecin, les patients doivent récupérer leur dossier médical en fournissant une clé USB neuve, sous emballage non ouvert, à la secrétaire médicale, qui procédera au transfert des données.
Elle reste joignable au 05 63 42 30 22 jusqu’au 31 août. À compter du 1er septembre, les demandes de dossier médical devront être réalisées par courrier adressé à la direction du centre hospitalier ou par courriel à direction.hopital@hopital-graulhet.fr. La Maison de santé, récemment développée, se retrouve désormais sans médecins généralistes. De quoi nourrir les interrogations sur l’attractivité de la fonction publique hospitalière après des jeunes praticiens. Pour accéder de nouveau à cet article
Voir aussi:
Graulhet : l’inquiétude grandit pour 500 patients bientôt sans médecin
Les pharmaciens sont habilités à soigner et prendre en charge les malades, souffrants de « petits maux ».DDM, Pierre Assémat – Apprentis photographes
Publié le 20/04/2026 à 16:31 https://www.ladepeche.fr/2026/04/20/graulhet-linquietude-grandit-pour-500-patients-bientot-sans-medecin-13335176.php
l’essentiel
Le départ du Docteur Delagnes en juin accentue les tensions sur l’accès aux soins.
Les patients du docteur Delagnes sont de plus en plus inquiets. Leur praticienne quitte la maison de santé au mois de juin prochain et il n’y a pas de remplaçant en vue. Plus de 500 patients sont suivis par cette médecin, qui fait de son mieux, avant son départ, pour les rassurer. Elle multiplie les mesures : ordonnances d’une durée d’un an, restitution des dossiers médicaux, conseils pour être suivis auprès d’autres confrères. La crainte de perdre leur médecin traitant grandit et inquiète fortement certains usagers qui ont besoin d’un suivi médical.
« Il ne faudrait pas mettre la charrue avant les bœufs, le Docteur Lucille Delagnes part pour des raisons professionnelles, mais depuis le début de l’année, l’hôpital est informé et je ne comprends pas qu’il ne trouve pas de solutions », s’inquiète un patient.
Interrogé, le centre hospitalier (CH) de Graulhet déclare faire face, depuis plusieurs années, à d’importantes difficultés de recrutement médical et indique que les efforts déployés récemment ont permis de maintenir une offre de soins qu’il considère initialement comme transitoire.
« En effet, bien que la médecine générale ne relève pas directement des missions premières de l’hôpital public, le CH a pris ses responsabilités. Conscient de l’enjeu crucial pour le territoire, l’établissement a participé activement au maintien de cet accès aux soins », précise Jérémy Luceno, le directeur de la stratégie, des affaires médicales et de la communication. « Toutefois, en cette période de pénurie médicale, nous devons impérativement concilier le service à la population avec nos besoins internes et les aspirations professionnelles de nos praticiens. Malgré la publication active de plusieurs offres d’emploi, celles-ci n’ont pas encore permis d’attirer de nouveaux candidats à ce jour ».
Cette situation s’inscrit dans la durée. En avril 2024, à l’invitation du préfet du Tarn, le directeur régional de l’ARS, Didier Jaffre, s’était déplacé à Graulhet pour évoquer la situation médicale du bassin graulhétois avec Blaise Aznar, Michelle Lavit, Florence Bélou et Abderrahim Hammou-Kaddour, directeur départemental de l’ARS. Au cours de cette réunion « constructive », des engagements forts avaient été pris (article de la Dépêche du 15/04/24).
Dans l’immédiat, l’inquiétude des patients ne cesse de croître car s’il ne reste plus qu’un praticien, comment va-t-il faire pour assurer, par semaine, une journée à l’Ehpad et les trois autres jours à la MSP, avec un doublement de sa patientèle ? Un autre usager est perplexe : « Au mois de mai, le Docteur Bonhoure part en stage. Avec les jours fériés et les ponts, j’ai calculé qu’il ne reste plus que trois jours de consultation au Docteur Delagnes sur tout le mois. Mieux vaut ne pas tomber malade en mai ».
Enfin, le CH de Graulhet tient à préciser qu’il conserve une entière autonomie de gestion. Si des coopérations fortes et nécessaires existent avec les centres hospitaliers d’Albi et de Gaillac pour garantir une prise en charge d’excellence, il n’existe aucun lien de dépendance ou de vassalisation entre leurs établissements respectifs.
Graulhet : mobilisation générale pour sauver le poste de médecin
ABONNÉS
Rencontre le 11 avril à la mairie. Photo M. P.
Ajouter aux sources préférées sur Google
Publié le 15/04/2024 à 15:41 https://www.ladepeche.fr/2024/04/15/graulhet-mobilisation-generale-pour-sauver-le-poste-de-medecin-11892608.php
l’essentiel
À l’invitation du préfet du Tarn, le directeur régional de l’ARS est venu à la rencontre du maire Blaise Aznar pour renforcer l’offre de santé du territoire.
Les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) contribuant à assurer l’accès aux soins de la population, dans un précédent article nous avions contacté Abderrahim Hammou-Kaddour directeur de la délégation territoriale du Tarn de l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie pour lever le voile sur les rumeurs concernant une possible suppression de poste à la Maison de santé de Graulhet.
Celui-ci avait assuré : « Il n’est pas prévu de supprimer le poste du docteur Delagne. Élus et financeurs vont se rencontrer et chercher à mettre en place une solution pérenne et définitive avec le centre hospitalier ».
Les maisons de santé ont notamment pour objectif de lutter contre la désertification médicale en attirant et maintenant des médecins en zones sous-dotées ou fragiles en offre de soins.
La rencontre a bien eu lieu le 11 avril dernier. À l’invitation du préfet du Tarn, le directeur régional de l’ARS, Didier Jaffre s’est déplacé à Graulhet pour évoquer la situation médicale du bassin graulhétois avec Blaise Aznar, maire de Graulhet ainsi que Michelle Lavit et Florence Bélou. Était également présent Abderrahim Hammou-Kaddour, directeur départemental de l’ARS. Au cours de cette réunion constructive, des engagements forts ont été pris.
Ainsi, afin de soutenir le territoire et renforcer son offre de santé, l’État s’engage à accompagner la commune de Graulhet sur les points suivants : financement et pérennisation du poste du docteur Delagne ainsi que du secrétariat nécessaire à son activité dans le cadre du Fonds d’intervention régional de l’ARS (FIR), financement du poste de coordonnateur du contrat local de santé (CLS) à 50 %.
De son côté, la commune s’est engagée à travailler étroitement avec l’ARS afin d’élaborer dans des délais brefs le Contrat Local de Santé (CLS). Le CLS est un outil porté conjointement par l’agence régionale de santé et une collectivité territoriale pour réduire les inégalités territoriales et sociales de santé permettant d’acter une feuille de route commune sur le territoire.
Comme prévu dans le cadre du SEGUR de la santé, l’hôpital de Graulhet engagera prochainement les travaux de rénovation de l’ancien hôpital. Par ailleurs, une réflexion globale sera menée par le centre hospitalier de Graulhet pour offrir un plateau technique optimal permettant la continuité des prises en charge depuis l’hôpital de jour, le service de médecine, le service SMR et les EHPAD de l’établissement. Le travail partenarial avec le centre hospitalier d’Albi et la Fondation du Bon Sauveur sera également intensifié.
« Ces annonces sont une véritable avancée pour notre ville, a souligné Blaise Aznar, pleinement satisfait. Je tiens à remercier tous les acteurs locaux qui ont réagi rapidement sur ce sujet. Ces mesures concrètes auront un impact positif sur la population et se concrétiseront rapidement. »