L’Ifremer et le CNRS ont livré les résultats de leurs travaux sur les effets de l’éolien en mer sur la biodiversité (Esco).

Éoliennes en mer et biodiversité : une expertise scientifique inédite fait le point

L’Ifremer et le CNRS ont livré les résultats de leurs travaux sur les effets de l’éolien en mer sur la biodiversité (Esco). Ils analysent les principales pressions sur le milieu marin, les mesures ERC et pointent les aspects moins connus, à approfondir.

Energie  |  30.06.2026  | https://www.actu-environnement.com/ae/news/eolien-mer-biodiversite-expertise-cnrs-ifremer-48236.php4

 S. Fabrégat

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Éoliennes en mer et biodiversité : une expertise scientifique inédite fait le point

© Hanjo HellmannLes scientifiques demandent un meilleur accès au suivi des parcs et aux sites pour améliorer les connaissances.

LES POINTS À RETENIR

  • Les effets sur les mammifères marins et les oiseaux sont particulièrement étudiés
  • Les pressions existent à tous les stades de vie d’un projet

C’est une expertise scientifique qui était attendue. « L’état des lieux le plus complet à ce jour des effets des éoliennes sur la biodiversité marine », selon Thierry Dauxois, PDG du CNRS. Alors que le Gouvernement mise sur l’éolien en mer pour décarboner son mix énergétique, avec l’ambition de déployer 45 gigawatts (GW) d’ici 2050, le CNRS et l’Ifremer ont présenté les résultats (1) de leurs travaux sur les liens entre biodiversité et éolien offshore, réalisés sur saisine des ministères en charge de l’écologie, de l’énergie et de la mer. « Il s’agit de documenter de manière rigoureuse les effets associés au développement de l’éolien en mer, afin d’éclairer les conditions dans lesquelles les trajectoires d’évolution des systèmes énergétiques peuvent être conciliées avec les objectifs de préservation du vivant », souligne le préambule de l’étude.

Pendant deux ans et demi, 25 chercheurs issus de 13 établissements ont passé en revue 4 500 publications, pour en retenir près de 400 à analyser et décrypter. L’objectif : identifier les principales pressions observées sur les milieux aux différents stades de vie d’un projet, l’efficacité des mesures d’évitement, de réduction et de compensation (ERC) mais aussi l’état des lacunes de connaissances. Un livrable de plus de 1 000 pages sera in fine publié pour éclairer la décision politique et les acteurs économiques.

Trois principales pressions documentées

Trois pressions sont particulièrement détaillées aujourd’hui par les études scientifiques.

La première est l’effet barrière : les éoliennes constituent un obstacle physique aux déplacements des oiseaux. Certains d’entre eux, comme les fous de bassan, optent pour l’évitement ou le contournement, avec à la clé un risque de perte d’habitat, un report sur un habitat moins adapté, ou une dépense énergétique supplémentaire.

Au contraire, d’autres espèces, comme les goélands ou les chauve-souris migratrices, peuvent être attirées par les éoliennes. Là, le risque de collision est grand. Des mesures sont mises en place dans certains parcs pour réduire les risques. Il s’agit de réaliser des arrêts périodiques à certaines heures ou périodes de l’année pour permettre le passage des individus, avec un risque moindre.“ Il est important d’avoir des approches globales, au-delà de certaines espèces, et d’aller voir au-delà des parcs, avec les effets cumulés des différents parcs construits ou des autres activités ”Nathalie Niquil, copilote de l’étude pour le CNRS

La deuxième pression documentée porte sur les fondations des éoliennes, qui constituent un nouveau substrat artificiel dur, apporté dans un milieu plutôt sableux. Les fondations attirent de nouvelles espèces à l’aise dans les milieux rocheux, comme les moules communes, et donnent ainsi naissance à de nouvelles communautés (anémones, crabes, morues, cabillauds), qui viennent s’y nourrir. Les scientifiques ont pu observer également des changements de taille, de masse ou de régime alimentaire chez certaines espèces. Les chaines alimentaires et l’organisation de l’écosystème sont donc modifiés par l’effet récif.

Enfin, la troisième pression particulièrement surveillée par les scientifiques intervient pendant la phase des travaux, et le battage des pieux notamment. Le bruit occasionné, bien au delà du périmètre du futur parc, peut engendrer des réactions physiologiques ou comportementales chez les mammifères marins, les poissons et les mollusques. Le marsouin commun opte pour la fuite. Les scientifiques notent cependant le côté temporaire de cette pression. Plusieurs mesures existent également pour l’atténuer. « Ce peut être l’utilisation de la montée en puissance sonore progressive pour laisser le temps aux individus de s’éloigner de la zone (le marsouin par exemple), explique Cédric Bacher, copilote de l’étude pour l’Ifremer. Des rideaux de bulles, qui consistent à pomper l’air pour faire une ceinture de bulle jusqu’à 500 m de long, permettent également d’atténuer la propagation de bruit ».

Les sujets à creuser

D’autres pressions sont listées dans l’étude, mais moins détaillées. L’étude Esco permet ainsi de mettre en lumière les sujets à étudier davantage à l’avenir.

Il s’agit de la modification des habitats des fonds marins (benthiques) et de la colonne d’eau (pélagiques) induite par l’installation des éoliennes, des émissions de substances chimiques liées à la structure, des champs électromagnétiques et de la chaleur diffusés par les câbles reliant les parcs, ou encore de la lumière de signalisation des mâts. Les évolutions du paysage, l’introduction d’espèces non indigènes (comme le moucheron japonais) ou la modification des usages et des activités sur le site, et notamment de la pêche, font également partie des pressions identifiées.

Autre point flou : les effets cumulés des parcs éoliens entre eux, mais aussi des parcs éoliens avec les autres usages ou infrastructures marins. Par ailleurs, la littérature scientifique documente surtout les effets de l’éolien en mer posé, notamment en mer du Nord et, dans une moindre mesure dans l’Atlantique nord, mais beaucoup moins les effets de l’éolien flottant et la mer Méditerranée. Idem pour le démantèlement : seulement trois parcs ont été démantelés à ce jour à travers le monde.

Globalement, l’étude souligne que les mesures de compensation sont peu étudiées et qu’elles restent surtout théoriques. En revanche, les mesures de réduction sont testées et évaluées. Les mesures d’atténuation portent surtout sur deux pressions (les obstacles et le bruit) et sur deux groupes biologiques, les mammifères marins et les oiseaux.

Les pistes pour améliorer la connaissance

« Il est important d’avoir des approches globales, au-delà de certaines espèces, en étudiant notamment les planctons, les phytoplanctons etc. et d’aller voir au-delà des parcs, avec les effets cumulés des différents parcs construits ou des autres activités.

L’étude souligne aussi l’importance que la recherche continue à travailler sur l’atténuation, quitte à faire évoluer les pratiques dans le temps », note Nathalie Niquil, copilote de l’étude pour le CNRS.

En conclusion, l’étude préconise le développement d’approches intégrées, multidisciplinaires, standardisées et multi-échelles, en s’appuyant sur des méthodes et protocoles harmonisés ainsi qu’un meilleur partage des données.

Les scientifiques devraient également avoir un meilleur accès au suivi environnemental des parcs, mais aussi aux sites, soulignent les chercheurs.

1. Consulter la synthèse de l’étude Esco
https://www.ifremer.fr/sites/default/files/2026-06/synthese_esco_eoliennes_mer_biodiversite_ifremer_cnrs-1.pdf

Sophie Fabrégat, journaliste intégrée
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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