Mesure de la qualité de vie dans les villes de plus de 50 000 habitants.

Le top 30 des villes les plus agréables à vivre : un indicateur alternatif du bien-être urbain

EXCLUSIFSÉRIE 1/7

Alternatives Economiques lance l’IBV, l’indice de bien-être en ville, un indicateur alternatif pour mesurer la qualité de vie dans les villes de plus de 50 000 habitants.

Laurent Jeanneau,

le 29 juin 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/le-top-30-des-villes-les-plus-agreables-a-vivre-un-indicateur-alternatif-du-bien-etre-urbain?utm_campaign=hebdo_tous&utm_medium=email&utm_source=emailing&utm_content=260705

 9 min

© CHARLES MONNIER

Si vous cherchez un bon plan pour investir, vous consultez le mauvais magazine. Dans nos colonnes, pas d’astuce pour maximiser votre pouvoir d’achat, mais une réflexion sur le pouvoir de bien vivre qu’offrent les différentes villes de France. Et ce ne sont pas forcément les communes les plus riches qui s’en sortent le mieux.

C’est ce que révèle un nouvel indicateur, calculé par Alternatives Economiques : l’indice de bien-être en ville, ou IBV, qui mesure la qualité de vie dans les communes de plus de 50 000 habitants. 

Chômage, pauvreté, accès à un médecin, part du vélo dans les déplacements, mortalité routière, tissu associatif, démographie, investissement public, loyers, nature… 133 communes ont été passées au crible de 38 variables, regroupées en 15 grandes dimensions.

Verdict : La Rochelle arrive en tête, suivie d’Angers et Bordeaux. Un podium qui consacre des cités de tailles très différentes – respectivement 80 000, 160 000 et 270 000 habitants –, toutes trois situées sur la façade atlantique.

Indice de bien-être en ville : le top 30

Indicateur alternatif de bien-être urbain créé par Alternatives Economiques. Ce classement agrège 38 indicateurs répartis en 15 dimensions. L’indice synthétique est calculé pour 133 villes françaises de plus de 50 000 habitants.

Albi 6ème

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Source : Alternatives Economiques

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En première position, La Rochelle présente un profil remarquablement homogène : elle domine plusieurs dimensions sans être catastrophique nulle part – la quintessence de la ville moyenne. Ses points forts : les mobilités douces (4e rang), la culture (5e) et la santé (10e). Une ville où l’on pédale, où l’on sort au ciné et où l’on trouve un médecin sans galère. Selon la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), c’est la 3e ville moyenne la plus cyclable de France1

L’Insee souligne, de son côté, une offre de soins de santé « abondante » et un territoire bien doté en services de proximité2. Principal bémol : le vieillissement de sa population, les jeunes retraités plébiscitant le littoral tandis que les actifs et les familles s’éloignent vers des logements moins chers.

Le profil d’Angers est différent. Ce qui la distingue, c’est le poids de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans l’emploi (5e place) et un tissu associatif dense (2e rang). L’Insee confirme3 que « les liens sociaux y sont peu fragilisés », avec le faible isolement des personnes âgées et une pratique sportive assidue. 

Autre point fort : la nature à portée de main. C’est l’une des grandes villes qui disposent de la plus importante surface d’espaces verts : 24 m² de parcs et jardins par tête, répartis plutôt équitablement, les ménages pauvres en logement collectif y ayant davantage accès que les résidents en maison individuelle4

Les Angevins ont aussi de la place : avec 240 habitants au km², c’est l’une des villes les moins denses de France, ce qui se traduit par des logements plus spacieux et des prix raisonnables. Principales ombres au tableau : un chômage élevé et des revenus inférieurs à ceux des villes comparables.

Quant à Bordeaux, la seule métropole du trio, son score repose sur deux piliers : l’éducation (13e rang) et la mobilité (3e). Mais le logement reste son talon d’Achille (83e place). Le boom métropolitain des années 2010, suivi par l’ouverture de la ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux en 2017, a fait exploser les prix, tandis que l’accès au parc social reste tendu. De quoi alimenter la gentrification de la cité bordelaise, et le creusement des inégalités spatiales, notamment entre rive droite et rive gauche5. Une qualité de vie enviable, mais de plus en plus difficile à s’offrir.

Le classement alternatif du bien-être urbain : où se situe votre ville ?

Indicateur alternatif de bien-être urbain créé par Alternatives Economiques. Ce classement agrège 38 indicateurs répartis en 15 dimensions. L’indice synthétique est calculé pour 133 villes françaises de plus de 50 000 habitants.

Source : Alternatives Economiques

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Au-delà du podium, l’IBV consacre nettement les villes moyennes de l’Ouest. 19 des 30 premières appartiennent à la façade atlantique et à ses arrière-pays (Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire, Bretagne, Centre-Val de Loire, Normandie). Ces communes cumulent les avantages du service public à la française (densité d’équipements, santé, sécurité) sans les pathologies des grandes métropoles : prix immobiliers prohibitifs, inégalités criantes, insécurité. L’ancrage de l’ESS dans ces territoires est également discriminant : la Bretagne et les Pays de la Loire sont les deux régions où son poids dans l’emploi est le plus élevé.

A l’inverse, l’Ile-de-France est la grande absente : le rang moyen des 45 villes franciliennes de plus de 50 000 habitants est de 95 – Versailles étant la mieux placée, à la 52e position. La région Paca sous-performe également, avec un rang moyen de 60. Deux signaux qui montrent que ce classement bouscule les hiérarchies habituelles, valorisant le lien social et les services de proximité, au détriment du produit intérieur brut (PIB) par habitant, c’est-à-dire de la richesse moyenne créée par personne.

Evidemment, ce résultat est la conséquence des choix éditoriaux que nous avons faits en construisant cet indicateur. Que mesure-t-on exactement ? L’IBV est un indicateur composite de quinze dimensions et 38 sous-indicateurs (voir le détail de notre méthodologie). Par exemple, la dimension « revenus » se décline en trois variables : l’indice de Gini, qui mesure les inégalités, le revenu disponible médian6 et le taux de pauvreté. La dimension « services », quant à elle, mesure la part de la population éloignée des équipements de proximité, l’accessibilité des crèches et le montant des dépenses d’équipement par habitant.

Dans quel domaine votre ville se démarque-t-elle ? Explorez les différentes dimensions de l’indicateur

Indicateur alternatif de bien-être urbain créé par Alternatives Economiques. Ce classement agrège 38 indicateurs répartis en 15 dimensions. L’indice synthétique est calculé pour 133 villes françaises de plus de 50 000 habitants.

Source : Alternatives Economiques

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L’IBV n’est donc pas un indice de bien-être subjectif, mais plutôt de bien-être collectif, qui repose sur des données objectives. Il ne s’appuie pas sur des sondages de satisfaction, mais décrit des conditions socio-économiques plus ou moins favorables à l’épanouissement de chacun. C’est une distinction fondamentale, qui oppose deux écoles. Une approche par les capacités, développée par l’économiste Amartya Sen, dans laquelle s’inscrit l’indice d’Alternatives Economiques, et une approche subjective, défendue notamment par le centre Wise de l’OCDE  ou, en France, par l’Observatoire du bien-être du Cepremap.

Alimenter le débat

Son directeur, Mathieu Perona, ne cache pas son scepticisme : « Méthodologiquement, un indicateur qui ne repose pas sur un ensemble de questions directes sur le bien-être subjectif me pose problème », nous a-t-il répondu. Pour lui, par exemple, inclure la part des moins de 25 ans va à l’encontre des préférences d’une partie de la population, notamment des retraités qui migrent massivement vers les communes littorales du Var et votent pour des programmes directement opposés aux politiques en faveur de la jeunesse. « La construction d’un index fondé sur des dimensions externes comporte une forte part normative », ajoute-t-il.

Il n’a pas tort : choisir les dimensions d’un indicateur est toujours normatif, et nos arbitrages en matière de pondération peuvent tout à fait être discutés. C’est même souhaitable : l’un des objectifs de notre démarche est d’alimenter le débat sur ce qu’il faudrait compter autrement. Nous n’avons pas de vérité à graver dans le marbre, mais des partis pris éditoriaux à défendre. Par exemple valoriser les dynamiques solidaires plutôt que le repli sur soi.

Un indicateur du « well-being »

Dans une récente note de recherche sur la « ville du bien-être »7, l’économiste Eloi Laurent insiste sur la nécessité de distinguer trois notions, que l’anglais permet de différencier quand le français les confond : wellnesswell-being et welfareWellness, c’est le bien-être réduit au soin personnel du corps et de l’esprit. Le well-being, c’est l’inverse : le bien-être est collectif, et ce sont les structures sociales qui le déterminent en grande partie. Le welfare, enfin, c’est l’institutionnalisation du well-being, via des politiques publiques spécifiques. 

L’IBV, c’est clairement un indicateur de well-being et non de wellness : il mesure des structures collectives, pas des satisfactions individuelles. Et il s’inscrit dans la tradition du welfare au sens où il évalue la capacité des institutions urbaines (via les services publics, la politique du logement, les infrastructures de transport ou de santé) à garantir collectivement les conditions du bien-être.

L’approche subjective n’en est pas moins légitime. Et elle recoupe en partie celle que nous avons privilégiée. Mathieu Perona le rappelle : « Les recherches sur le bien-être subjectif montrent que les principaux facteurs sont, dans l’ordre, la santé physique et mentale, la qualité des relations avec les proches, la stabilité des conditions de vie, le revenu et l’accès à des espaces naturels. » Une hiérarchie des préférences « qui est remarquablement stable dans le temps et dans l’espace ». Or, toutes ces dimensions figurent dans l’IBV.

Une note du Conseil d’analyse économique8 fait une synthèse intéressante entre ces deux approches. En croisant les déclarations subjectives de satisfaction dans la vie de plus de 24 000 Français avec les données communales de l’Insee, son autrice, Madeleine Péron, montre que « les conditions économiques de la commune jouent un rôle certain dans le bien-être des individus ».

Réfléchir sur ce qui compte vraiment pour les habitants 

Au fond, le but que l’on s’est fixé avec cet indicateur, c’est de mesurer ce que la ville rend possible de faire – ce qu’Amartya Sen appellerait les capacités offertes par le milieu urbain –, par exemple se déplacer sans voiture, accéder aux soins, participer à la vie associative, vivre dans un logement décent. 

Comme le résume le chercheur Eloi Laurent, qui a accepté de nous aider à mettre au point l’IBV, « c’est un indicateur de “pouvoir bien vivre” parce qu’il met l’accent, c’est sa spécificité, sur un bien-être dynamique et pas statique, sur les capacités offertes par les villes à leurs habitants ».

Bref, c’est un pas de côté que nous vous proposons de faire avec l’IBV. Une invitation à réfléchir sur ce qui compte vraiment pour les habitants, dans la lignée des recherches académiques sur les « nouveaux indicateurs de richesse », et notamment des travaux précurseurs de Dominique Méda, Florence Jany-Catrice ou Jean Gadrey. 

L’objectif est clair : faire tomber le sacro-saint produit intérieur brut (PIB) de son piédestal. C’est-à-dire contester le monopole qu’il détient comme seul thermomètre de nos économies, et l’influence qui en découle sur la détermination des politiques publiques.

L’IBV y contribue en montrant que le bien-être urbain n’a que peu à voir avec la richesse économique. La corrélation entre niveau de vie médian et score IBV est de 0,31. En clair : le niveau de vie n’explique que 10 % du bien-être des villes. 

Comme l’écrivait l’économiste Philippe Davezies, « les lieux de la croissance ne sont plus nécessairement ceux du bien-être : ils ne sont plus les plus attractifs du point de vue des choix de résidence, ni ceux qui luttent le plus efficacement contre la pauvreté, ni ceux où le revenu par habitant progresse le plus vite »9.

La richesse ne fait pas le bien-être

Revenu médian par unité de consommation, en euros, en 2021. 128 villes de plus de 50 000 hab. Survolez un point pour le détail

Source : Alternatives Economiques

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Plus révélateur encore : les villes les plus riches font moins bien que les villes simplement aisées. Si on découpe les 133 villes en cinq groupes, des 20 % les plus pauvres aux 20 % les plus riches, on observe une courbe en cloche, pas une droite : le bien-être croît avec le revenu du 1er quintile au 4e quintile, puis rechute au 5e quintile. Au-delà de 24 000 euros de revenu médian, le seuil minimum du quintile des villes les plus riches, chaque euro supplémentaire n’achète plus de bien-être collectif.

Au-delà de 24 000 euros, le bien-être décline

Moyenne du niveau de vie médian des villes de plus de 50 000 habitants par quintile, en euros, et score moyen du quintile de l’indice de bien-être en ville

Source : Alternatives Economiques

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A Neuilly-sur-Seine, Boulogne-Billancourt ou Levallois-Perret, les niveaux de vie médians culminent entre 34 000 et 48 000 euros, contre 22 000 euros en moyenne – mais ces communes décrochent les 82e, 96e et 67e places de notre classement. Ce qui les pénalise : un lien social défectueux, un secteur ESS quasi inexistant, des logements inaccessibles. Ce sont des villes où l’on est riche individuellement, mais pauvre collectivement.Partager

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Laurent Jeanneau

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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