Réforme Pass/LAS : les doyens veulent limiter le nombre d’étudiants entrant en première année via Parcoursup
Deux mois après la présentation de la réforme de l’accès aux études de santé par le Gouvernement, la Conférence des doyennes et des doyens alerte sur un projet qu’elle estime difficilement applicable dans les délais et nécessitant plusieurs ajustements. Impossibilité de redoubler, augmentation de l’importance du bloc santé… La CDD rappelle ses doléances tout en demandant le report de la réforme « au-delà de la rentrée 2027 ».
Par Alexis Vignais
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Il y a déjà plus de deux mois, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, accompagnée de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, dévoilait le contenu de la nouvelle réforme de l’accès aux études de santé, mettant fin au système Pass / LAS. Une réforme « nécessaire », selon la Conférence des doyennes et des doyens, réunie lors d’une conférence de presse lundi 29 juin, qui estime toutefois que la copie proposée par les ministères est insuffisante.
Cela en commençant par les crédits alloués à ces évolutions. En effet, les doyens estiment que la réforme n’est tout simplement « pas soutenable financièrement et humainement en l’absence d’engagements fermes de moyens pluriannuels alloués à sa mise en place ». En effet, la réingénierie pédagogique initiée par le nouveau modèle proposé (reposant sur trois blocs : un bloc santé, un bloc hors santé et un bloc transversal) serait bien trop lourde à supporter sans ressources supplémentaires.
La comparaison avec le soutien proposé pour la mise en place de la précédente réforme, en 2020, est rapidement faite. « Là, pour une réforme de la même ampleur […], à ce jour, c’est quelque chose qui va se faire sans moyens », déplore la Pre Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et des doyens (CDD). L’attribution de moyens financiers et de personnels (enseignants chercheurs et personnels non soignants), « pour tenter d’assurer la soutenabilité du dispositif », figurent donc en bonne place parmi les demandes.
La CDD souhaite également « la diminution du nombre d’étudiants entrant dans cette première année via ParcourSup ». »“On n’a aucune certitude que le nombre d’étudiants entrant puisse être réduit, de façon à permettre cette réingénierie sans dégrader en parallèle la qualité de la formation », s’inquiète la présidente de la CDD.
Le redoublement en question
Au-delà des questions d’effectifs, le contenu de la réforme pose aussi problème. L’une des grandes évolutions annoncées, et qui attire les critiques des doyens, est la possibilité de redoubler. Pour rappel, à ce jour, les étudiants pourront redoubler une seule fois mais il ne sera pas possible de candidater aux études de santé sur cette année de redoublement. La deuxième chance n’interviendra donc qu’après un passage en deuxième année.
« Ce redoublement, nous le questionnons, pour à la fois une raison liée au nombre d’étudiants et d’étudiantes dans cette première année, mais également pour des raisons pédagogiques, en sachant que l’un des principaux intérêts de la réforme de Pass / LAS de 2020, c’était d’avoir mis en place ce qu’on appelle la marche en avant« , détaille Isabelle Laffont. « Ce redoublement est une revendication étudiante, donc on l’entend. Mais cette revendication étudiante, elle ne doit pas aboutir à doubler les effectifs dans les études de santé », ajoute le Pr Marc Humbert. L’impact sur les UFR hors-santé, qui assumeront une partie des enseignements, est aussi questionné. « J’en parle tous les jours avec les composantes hors santé », souligne le vice-président de la conférence des doyens et des doyennes de médecine.
Toujours concernant le contenu de la réforme, la conférence des doyens et des doyennes souhaite « remettre la santé au cœur du projet pédagogique ». Cela passant, notamment, par « l’augmentation du nombre d’ECTS du bloc santé de cette première année au-delà de 30 ECTS ». « Diminuer le volume d’enseignement en santé qui vont être proposés aux étudiants et aux étudiantes en première année, ça veut dire que derrière il va falloir trouver un moyen pour rééquilibrer l’ensemble du cursus, sans surcharger nos étudiants et nos étudiantes qui ont déjà des études très longues », prédit la présidente de la CDD.
Méthode de sélection
La méthode de sélection des étudiants en deuxième année est également critiquée. « L’ensemble de l’année et des disciplines sera pris en compte pour classer ou interclasser les étudiants », précisait Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, en avril dernier. Les doyens préfèreraient que la sélection des étudiants repose « principalement sur les notes du bloc santé », ce qui favoriserait la « lisibilité » de la réforme.
Enfin, les doyens estiment que, de toute façon, la mise en place de la réforme dans les délais impartis sera très difficile. « Pour ouvrir une année de licence en septembre 2027, il faut que l’offre de formation figure dans Parcoursup au mois de décembre 2026 », rappelle Isabelle Laffont. Si les doyens se disent « au travail », l’interrogation sur le respect des délais est bien présente. « On rentre dans une période de turbulence et d’incertitude », lance Isabelle Laffont.
Pour toutes ces raisons, la conférence des doyens et des doyennes de médecine demande le report de la réforme de l’entrée en études de santé « au-delà de la rentrée 2027 ». « Nous ne cautionnons pas la mise en place à marche forcée d’une réforme précipitée et non consensuelle qui expose les universités et nos UFR à une désorganisation pédagogique importante, à une dégradation de la qualité de la formation et à des difficultés financières », tonne la présidente de la CDD.
Auteur de l’article
Journaliste de la rubrique « étudiants »
Première année de médecine : réformer oui, mais pas trop vite
Quentin Haroche
02 juillet 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/première-année-médecine-réformer-oui-pas-2026a1000mjj?ecd=wnl_all_260707_jim_top-jim_
La conférence des doyennes et des doyens de médecine a demandé que la réforme de la première année de médecine envisagée par le gouvernement soit reportée à la rentrée 2027.
Le 17 avril dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a satisfait aux demandes de la majorité des syndicats d’étudiants et des doyens de faculté de médecine en annonçant une réforme d’ampleur de la première année d’études de santé. Fini le système PASS/LAS mis en place en 2019 : la ministre a annoncé le retour à un système plus classique de licence santé unique, où les étudiants pourront choisir, à la fin de la première ou de la deuxième année de licence et selon leurs classements, s’ils se tournent vers la médecine, la maïeutique, l’odontologie, la pharmacie ou la kinésithérapie (MMOPK).
Cette annonce aurait dû normalement satisfaire les doyens de faculté de médecine, qui réclamaient depuis de nombreuses années l’abandon du système PASS/LAS, jugé illisible et injuste. La décision du gouvernement était d’autant plus satisfaisante pour les doyens que la ministre a également annoncé le quasi-abandon des oraux de fin d’année, très critiqués pour leur caractère inégalitaire.
Les facultés de médecine ne seront pas prêtes pour la rentrée 2026
Pourtant, ce lundi, la conférence des doyens (et doyennes) des facultés de médecine s’est une nouvelle fois inquiétée non pas du fond de la réforme, qu’elle soutient dans ses grandes lignes, mais de son calendrier. Alors que le gouvernement souhaite que la réforme s’applique dès la rentrée prochaine, les doyens estiment que ce projet n’est « pas soutenable, pas réaliste et impossible à organiser ». Ils demandent donc que l’entrée en vigueur de la réforme soit reportée à la rentrée 2027 et que le système PASS/LAS soit maintenu une dernière fois pour l’année universitaire 2026/2027.« Nous ne sommes pas conservateurs mais nous demandons juste une réforme faisable » a ainsi fait savoir la Pr Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyens, lors d’une conférence de presse.
La spécialiste de médecine de réadaptation rappelle ainsi que la réorganisation complète de l’offre de formation universitaire en l’espace de quelques mois « est extrêmement lourde ». « Elle nécessitera des moyens humains et financiers importants. Or, à ce jour, cette réforme nous est annoncée sans moyens opérationnels comme ça a été le cas pour la précédente réforme » insiste la doyenne de la faculté de Montpellier. Elle s’inquiète notamment de la volonté du gouvernement que tous les étudiants de première année suivent un enseignement dit disciplinaire, c’est-à-dire non strictement médical, afin de pouvoir éventuellement se réorienter dans une autre licence. Un tel système « est beaucoup plus demandeur en moyens financiers et en moyens humains, notamment en nombre d’enseignants-chercheurs, que le système actuel » prévient-elle.
Alors que dans les prochains jours, les nombreux néo-bacheliers souhaitant tenter des études de médecine devront confirmer leurs choix sur le système d’admission universitaire Parcoursup, la Pr Laffont indique que de nombreuses facultés ne sont pas en capacité de proposer une offre de formation claire pour la rentrée 2026. « Quand une offre de formation est publiée sur Parcoursup, nous devons être capables de dire combien il y aura d’heures de cours, de travaux dirigés et quels enseignants assureront ces enseignements, c’est un travail colossal » alerte-t-elle.
Les doyens opposés au droit au redoublement
Sur le fond également, la conférence des doyens exprime quelques réticences. Ces professeurs de médecine s’inquiètent notamment du fait que seulement un tiers des enseignements des étudiants seront consacrés à la santé, puisqu’ils devront également suivre des enseignements dits disciplinaires et transversaux (centrés sur les compétences psychosociales et l’éthique). « Il faut offrir aux étudiants un socle commun et suffisant de connaissances scientifiques en lien avec la santé » martèle Isabelle Laffont.
Les doyens ne voient pas non plus d’un bon œil la volonté du gouvernement de rétablir le droit pour les étudiants en première année de médecine de redoubler, droit qui avait été supprimé en 2019. « C’est une revendication étudiante, nous l’entendons, mais il faut être très prudent » prévient la Pr Laffont. « On ne peut pas dire à tous les lycéens qu’ils pourront accéder aux études de santé, leur promettre aussi qu’ils pourront redoubler, avec un nombre de places qui restera très limité ensuite ». De manière générale, les doyens souhaitent que le nombre de places ouvertes dans les études de médecine soit diminué, à mille lieux de la volonté du gouvernement d’augmenter le nombre de médecins formés pour lutter contre les « déserts » médicaux.
Si le gouvernement s’obstine à mettre en place la réforme de la première année de médecine dès la rentrée prochaine, les doyens craignent que l’année universitaire 2026-2027 ne soit une promotion « crash-test », qui devra essuyer les plâtres d’une réforme décidée à la va-vite, comme ce fut malheureusement souvent le cas ces dernières années avec les différents changements de cap des études de médecine. « Nous entrons dans une période de turbulences et d’incertitudes qui nécessite beaucoup d’agilité » conclut la Pr Laffont.
« Il va falloir qu’on simplifie » : les doyens veulent faire évoluer les Ecos
Plus de 10 000 étudiants ont passé les examens cliniques objectifs structurés nationaux (Ecos) début juin. Si les doyens se félicitent d’une organisation menée « sans incident majeur », ils estiment que le dispositif atteint ses limites et plaident pour une évolution des épreuves.
Par Alexis Vignais
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Ecos, saison 3, épisode 2. Il y a quelques semaines, les 2 et 3 juin, 10 716 étudiants en médecine se sont lancés à l’assaut des examens cliniques objectifs structurés nationaux (Ecos). Un chiffre jamais atteint jusqu’alors depuis la mise en place de la réforme du deuxième cycle des études médicales. « C’était l’année de tous les risques », confirme la Pre Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyens et des doyennes de médecine, à l’occasion d’une conférence de presse suivie par Egora.
Pour encadrer les candidats aux postes d’internes, qui étaient 1500 de plus que l’année passée, 2829 enseignants chercheurs ont endossé le rôle d’examinateurs. 55 % d’entre eux ont été mobilisés en dehors de leurs universités d’origine. « Nous avons mobilisé pour ces épreuves, comme à chaque fois, 100 % du personnel administratif des UFR de médecine. » 250 circuits d’Ecos ont été fabriqués dans les 35 UFR engagées (dont deux UFR ultramarines, La Réunion et les Antilles, une première).
Et cela « sans incident majeur », se réjouit Isabelle Laffont. « Le déroulement a été plutôt fluide. […] On a eu quelques problèmes informatiques [et] une crainte de rupture d’égalité un petit peu en amont ce qui a fait qu’on a changé une station », détaille la doyenne qui parle de ces Ecos comme d’une « prouesse ». L’exploit est aussi à retrouver du côté des étudiants puisque 10 434 (sur 10716, donc) ont été reçus et seront donc internes en novembre prochain. Le taux de réussite dépasse les 90 %. Parmi les échecs, on note 32 doublants et 12 triplants. « Pour ces jeunes-là, on va se poser la question soit de leur proposer, en tout cas pour les doublants, une nouvelle autorisation d’inscription exceptionnelle, soit se poser la question de la réorientation. »
« Il faut sécuriser ces épreuves »
Si les doyens saluent la réussite de ces Ecos, ils appellent aussi à la vigilance. « Il y a des sites où tous les bureaux administratifs ont été occupés, [où] tout a été mobilisé, on ne pouvait pas faire plus », souligne Isabelle Laffont. « Va-t-on être capable de reproduire l’exceptionnel sur la durée ? Je ne sais pas. » Si la Conférence des doyens et des doyennes ne remet pas en cause le principe même des Ecos, elle pousse pour une « évolution » de ces épreuves. « Je n’imagine pas ce qui se serait passé si les Ecos avaient été la semaine dernière, avec la vague de chaleur qu’on a eue », relance le Pr Marc Humbert, vice-président de la Conférence. « Il faut sécuriser ces épreuves […] il va falloir qu’on simplifie, qu’on ne se retrouve pas un jour avec une rupture de faisceau, avec un site sur les 35 qui est défaillant et qui peut mettre tout en difficulté. »
« Ces trois dernières années, il y a eu trois quasi-accidents. Il y a eu une université qui a failli évacuer son bâtiment où se passaient les Ecos pour des problèmes d’odeurs avec les pompiers qui étaient venus. Il y a une université qui a eu une cyberattaque et qui a réussi à quand même faire les Ecos, et une université qui a eu une inondation », détaille le Pr Bruno Riou, doyen de la faculté de médecine de Sorbonne Université.
Pour faire évoluer ce modèle, les doyens ne sont pas avares en propositions. Ils mettent sur la table la mise en place d’Ecos « numériques », la « désynchronisation des Ecos » qui reposerait davantage « sur la base d’une évaluation de la compétence » ou encore « l’utilisation des notes obtenues dans les stages ». Reste à voir ce que pensera le ministère de ces propositions.
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Journaliste de la rubrique « étudiants »
Quatrième année de médecine générale : les doyens alertent sur le financement
À l’approche de la mise en place de la réforme de la quatrième année d’internat en novembre 2026, la conférence des doyens de médecine exprime plusieurs inquiétudes, principalement liées au sujet financier.
Par Alexis Vignais
La réforme de la quatrième année de médecine générale se dessine au fur et à mesure que le sablier s’écoule. En novembre 2026, environ 3600 internes obtiendront le statut de docteurs juniors. Une nécessité selon la conférence des doyennes et des doyens qui se dit « extrêmement engagée » sur le sujet. Toutefois, plusieurs limites apparaissent selon ces derniers. « La première vigilance, c’est les flux financiers, indique Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyens et des doyennes de médecine, à l’occasion d’une conférence de presse. Actuellement, l’argent destiné à payer ces praticiens agréés transite par les CHU. Donc, cela passe par l’ARS, puis par le CHU et enfin par l’université. Cette étape CHU n’a pas d’intérêt puisque les CHU ne rémunèrent pas [les MSU]. » Les doyens réclament donc que l’argent arrive directement dans les universités.
« Les difficultés financières des universités sont telles qu’il est impensable d’avancer l’argent s’il ne nous est pas adressé en amont. Et cela suppose que l’argent nous soit versé directement« , poursuit la présidente de la CDD qui prévient : « Si rien n’est fait […] ça peut aller jusqu’à des retards de rémunération des PAMSU. »
Rémunérer correctement les Pamsu »
Toujours sur le volet financier, les doyens sont également inquiets au sujet des primes qui sont censées former une bonne partie de la rémunération des MSU. « Nous demandons que l’ARS, et notamment la caisse d’assurance maladie, nous préparent à cette sélection des primes et nous donnent l’information en amont pour pouvoir rémunérer correctement les Pamsu. Sans quoi nous n’arriverons pas à le faire au niveau des universités. »
Enfin, ultime point de vigilance : la soutenabilité du système. Le financement des MSU nouvellement recrutés va « incomber aux universités et aux UFR de santé sans qu’aucun moyen supplémentaire ne nous soit alloué, en particulier en frais de gestion, en personnel administratif et en flux financiers. »
En plus de ces sujets, les doyens disent avoir un regard sur le recrutement des MSU et sur leur répartition. « C’est très hétérogène d’une région à l’autre, il y a des régions où la répartition territoriale des PAMSU peine un peu à se mettre en place, malgré les efforts déployés par les UFR et leurs départements. »
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