Il ya un retour de bâton contre les causes maladies

Cadmium, PFAS, microplastiques… Comment expliquer le déni autour des pollutions environnementales ?

Propos recueillis par Stéphane Foucart

Publié hier à 06h00, modifié hier à 16h01 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/04/comment-expliquer-le-deni-autour-des-pollutions-environnementales-les-analyses-du-biologiste-marc-billaud-et-du-medecin-jean-david-zeitoun_6720617_3232.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=mail

Entretien

Parce que leurs effets sur la santé sont souvent diffus et à retardement, les alertes sanitaires mettent souvent longtemps à susciter une réponse publique. Dans un entretien au « Monde », le biologiste Marc Billaud et le médecin Jean-David Zeitoun s’interrogent sur les mécanismes contradictoires qui aboutissent aux reculs ou aux avancées des normes de protection.

II y a un an, la pétition contre la loi Duplomb, « visant à lever les contraintes au métier d’agriculteur » rassemblait deux millions de signatures en quelques jours, et propulsait la santé environnementale au rang des grandes préoccupations des Français.

Cadmium, PFAS (polluants éternels), pesticides, dioxines, microplastiques ou encore polluants industriels : les alertes se succèdent et trouvent un écho grandissant au sein de la population, à mesure que se confirme l’augmentation de l’incidence de maladies liées à des contaminants environnementaux – cancers précoces, troubles de la fertilité, de l’immunité, du métabolisme ou du neurocomportement, maladies neurologiques, etc.

Pour autant, la santé environnementale demeure le parent pauvre des politiques de santé publique.

Un mouvement sans précédent d’attrition des normes est même en cours, à l’échelle de l’Union européenne (UE) comme en France.

Pour Le Monde, le médecin et épidémiologiste Jean-David Zeitoun, auteur d’un essai remarqué sur le sujet (Le Suicide de l’espèce. Comment les activités humaines provoquent de plus en plus de maladies, Denoël, 2023), et le biologiste Marc Billaud, chercheur (CNRS) au Centre de recherche en cancérologie de Lyon et fondateur du département de sciences humaines du Centre Léon-Bérard, explorent les ressorts de ce paradoxe.

L’Assemblée nationale vient de voter, contre l’avis du gouvernement, une loi destinée à réduire la teneur en cadmium dans les engrais. D’où vient ce sursaut ?

Marc Billaud : Je ne parlerais pas de sursaut. Ce vote résulte d’une coalition parlementaire de circonstance autour d’un enjeu sanitaire incontestable, ce qui n’enlève rien au mérite des deux députés à l’origine du texte [Benoît Biteau (Les Ecologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L’Après, Seine-Saint-Denis)].

Eu égard aux alertes des médecins libéraux, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire et de Santé publique France, il était difficile de s’y opposer, compte tenu de la dangerosité avérée du cadmium et du niveau élevé d’imprégnation de la population française, les enfants étant les plus exposés. La réforme était aussi plus acceptable parce qu’elle pouvait être présentée comme un rattrapage. En effet, elle rapproche la France de standards déjà appliqués ailleurs en Europe. Ce « sursaut » dit en réalité la gravité du retard pris par notre pays.

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Ce vote, comme celui sur la loi relative aux PFAS [en février 2025], montre que des avancées restent possibles lorsqu’elles peuvent être présentées comme des mesures de protection bénéficiant à l’ensemble de la population. Cependant, la fenêtre se referme dès qu’elles heurtent des intérêts sectoriels et économiques puissants, soutenus par le bloc de droite à l’Assemblée nationale et défendus au nom de la souveraineté, qu’elle soit agricole ou industrielle. D’ailleurs, cette loi sur le cadmium a été votée dans un contexte de recul marqué des politiques environnementales en France, dans l’UE et, plus largement, à l’échelle internationale, alors même que la demande de protection de la santé est forte dans la société française et que les effets de la crise climatique se font sentir, comme en témoigne la multiplication des épisodes caniculaires.

Jean-David Zeitoun : Concernant le cadmium, il y a eu une dynamique combinant quatre éléments. D’abord, après les alertes sur des polluants ou des pesticides, le cadmium a été perçu comme le problème de trop : l’histoire de la santé publique est jalonnée d’épisodes qui font basculer l’action politique. C’est parfois ponctuel, mais cela peut constituer un tournant.

Ensuite, il a beaucoup été question de l’imprégnation des enfants, qui sont des « cibles émotionnelles », et de liens probables avec le cancer du pancréas, une maladie non seulement très grave, mais aussi en progression.

Le troisième point tient à l’identité du lanceur d’alerte, un collectif de médecins libéraux ayant pour ambassadeur un cardiologue qui n’est pas parisien et qui parlait de sa relation avec ses patients. Enfin, il y a eu un élan de médiatisation. Ce n’est pas suffisant, mais cela reste indispensable pour sensibiliser les dirigeants politiques.

Ces éléments-clés suffisent-ils à transformer une alerte en action politique ?

J.-D. Z. : Non. D’abord, en matière de santé comme ailleurs, les catastrophes lentes entraînent des réponses mineures, voire une absence de réponse, alors que les chocs, eux, sont mieux traités. Ensuite, quand on demande au sociologue du risque Paul Slovic pourquoi les réactions sont si faibles face aux atrocités de masse, il donne deux explications : les statistiques ne provoquent pas d’émotions et l’ampleur des dommages crée un sentiment d’impuissance. Je pense que ces deux explications s’appliquent aux risques environnementaux et alimentaires, même si les responsables politiques surestiment leur propre impuissance. Enfin, il y a une question économique, avec l’idée erronée que les changements nécessaires seraient hors de prix.

Les responsables politiques ont face à eux deux types d’intervenants : des experts qui ne parlent que de science, et des militants qui leur font la leçon. Je ne vois pas ce que cela apporte de vilipender les élus en laissant croire qu’ils seraient nuls ou cyniques. C’est inefficace et contre-productif. En privé, les parlementaires ou les ministres ont les mêmes préoccupations que vous et moi. Ils ont des enfants, ils ont perdu un proche d’un cancer à un âge anormal, ils se rendent compte que quelque chose ne va pas. Toutefois, quand ils jouent leur rôle public, des contraintes apparaissent.

C’est à nous, scientifiques et médecins, de produire des arguments au-delà de la santé. Parler uniquement des maladies ne fonctionne pas. Ils ne voient pas les morts, ni en vrai ni dans les comptes de l’Etat, lacune qu’il faudrait d’ailleurs mettre en lumière. Il faut adopter leur langage : la faisabilité technique, le rendement économique, le gain politique.

Au-delà du monde politique, l’idée que nous ne sommes pas, ou peu, touchés par la pollution de notre environnement ou de l’alimentation est très répandue. A quoi cela tient-il ?

M. B. : D’abord à l’histoire de la médecine et de la santé publique. Les grands progrès sanitaires des XIXe et XXe siècles ont été obtenus grâce à la lutte contre les maladies infectieuses, à l’amélioration de l’hygiène, à la vaccination puis aux traitements médicaux. Cette histoire a d’ailleurs aussi reposé sur des interventions sur l’environnement, qu’il s’agisse de l’assainissement des eaux contre le choléra ou de la transformation des milieux favorisant la transmission du paludisme. Néanmoins, le rôle des expositions environnementales a longtemps occupé une place secondaire dans la pensée médicale, et la santé environnementale demeure relativement marginale dans la formation des médecins.

A cela s’ajoute une difficulté conceptuelle propre aux pollutions contemporaines : leurs effets sanitaires sont souvent diffus, multifactoriels, à retardement et probabilistes. Ils peuvent également dépendre de périodes particulières de vulnérabilité, notamment au cours de la grossesse ou de l’enfance, voire être transgénérationnels, c’est-à-dire que l’exposition d’une génération aura une incidence sur la suivante. C’est tout l’objet des recherches émergentes sur les origines développementales de la santé et des maladies. En bref, établir un lien causal univoque entre une exposition donnée et la survenue d’une maladie demeure particulièrement difficile et peut, dans certains cas, se révéler impossible.

Cela suffit-il à expliquer le déni ?

M. B. : Non, il existe aussi une dimension psychologique. Admettre que l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons ou les aliments que nous consommons peuvent affecter notre santé revient à reconnaître une forme de vulnérabilité face à des expositions largement subies, invisibles, et souvent difficiles à éviter individuellement. Il est sans doute plus rassurant de les minimiser que d’en accepter les implications.

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Enfin, reconnaître les effets sanitaires et environnementaux des pollutions implique de remettre en cause certaines pratiques agricoles, industrielles et commerciales, notamment lorsqu’elles reposent sur l’usage massif de substances toxiques comme les pesticides, mais, plus largement, sur une logique économique fondée sur l’extraction et la consommation croissante de ressources naturelles et la dépendance aux énergies fossiles.

Cette remise en question entre en conflit avec des intérêts économiques puissants mais aussi avec la défense de certains secteurs d’activité et d’emplois présentés comme étant menacés par la transition écologique. Elle s’attaque aussi à la soutenabilité de modes de vie consuméristes profondément ancrés dans les sociétés occidentales.

J.-D. Z. : Je dirais que la société est partagée. S’il existe une dynamique, ce n’est pas celle du déni, au contraire. Il y a une prise de conscience que nous produisons trop de risques qui gâchent nos efforts. Le vocabulaire de l’opinion s’est élargi. Les gens connaissent les nouveaux polluants, ils parlent de PFAS, de mercure, de cadmium, d’aliments ultratransformés. Tout cela est nouveau. En consultation, ils nous posent des questions très pertinentes sur ces risques, et ils ont compris que tout cela formait une équation terriblement complexe.

Pourquoi la société n’est-elle pas plus mobilisée ? Comme pour n’importe quel problème, nous sommes tentés de le refouler, surtout face à des préoccupations concurrentes comme l’économie ou la géopolitique. Notre espace mental d’inquiétudes n’est pas infini.

Comment faire le tri dans cette multiplicité de risques faibles, très différente des effets d’une épidémie virale, par exemple ?

J.-D. Z. : Quand il y a trop d’ennemis, on devient défaitiste. Deux autres éléments à prendre compte sont la vélocité et la visibilité. Une épidémie virale se propage rapidement, ce qui accentue le sentiment de menace, et elle produit des morts évidentes. Ces deux caractéristiques motivent les responsables politiques à agir. Les cancérologues devraient avoir un grand rôle à jouer, mais ils ont parfois du mal à se positionner, entre un discours centré sur les avancées technologiques (réelles) qui néglige de parler des causes nouvelles et une dramatisation, quand le directeur d’un grand centre de santé parle de « tsunami de cancers précoces » [en 2024], ce qui est mathématiquement faux.

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Il est tout aussi faux de parler d’explosion, et on n’a pas besoin de ça. Je pense que beaucoup de cancérologues ou d’épidémiologistes qui ont commencé à travailler au XXe siècle n’ont pas complètement fait évoluer leur logiciel, encore parasité par le tabac et l’alcool. Il est difficile de vivre avec deux modèles du monde, mais c’est la réalité actuelle. Il y a les risques classiques, qui sont forts et qui baissent, et les nouveaux risques, qui augmentent et qui sont plus faibles, mais avec un effet d’échelle immense.

M. B. : Nous ne sommes qu’au début de la cartographie de l’imprégnation de nos corps et des écosystèmes par les substances chimiques. Par l’alimentation, l’air ou l’eau, nos corps sont devenus les réceptacles d’éléments toxiques issus de l’activité industrielle, agricole ou minière. Ces expositions généralisées, chez les humains comme chez les autres espèces, sont indissociables des formes historiques d’organisation de la production et du travail propres au capitalisme.

Entre 100 000 et 150 000 de ces molécules ont jusqu’à présent été mises sur le marché (d’aucuns avancent même le chiffre de 350 000) et nous ne disposons de données toxicologiques solides que pour une minorité d’entre elles. Les progrès accomplis dans ce domaine doivent beaucoup aux études de biosurveillance, même si celles-ci ne mesurent qu’une fraction de ces substances. Certains retards restent pourtant difficilement justifiables : autorisés depuis les années 1990, les néonicotinoïdes viennent tout juste d’être intégrés au programme national de biosurveillance, tandis que d’autres familles de pesticides, comme les SDHI [succinate dehydrogenase inhibitors, « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase »], pourtant suspectés de toxicité, n’y figurent toujours pas.

Ces données sont anxiogènes, mais elles peuvent aussi être à l’origine de puissantes mobilisations citoyennes et d’actions en justice, comme on l’a vu avec le chlordécone aux Antilles ou les PFAS dans le « couloir de la chimie », au sud de Lyon. D’autres conflits de grande ampleur se dessinent déjà autour de la disponibilité et de la qualité de l’eau potable. Les pouvoirs publics sous-estiment sans doute l’ampleur que pourraient prendre ces contestations, à mesure que les dégradations environnementales affecteront des ressources vitales.

La dégradation de l’environnement au sens large a-t-elle un effet déjà visible sur l’espérance de vie ?

M. B. : Les dynamiques de santé dans les pays riches résultent de forces contradictoires : des facteurs favorables comme les progrès médicaux ou la baisse du tabac et de l’alcool, et d’autres, plus défavorables, tels que l’obésité ou certaines expositions environnementales. Le résultat global peut donc masquer des évolutions importantes. Les effets sanitaires des expositions environnementales sont souvent lents et inégalement répartis, et ne se traduisent pas immédiatement par une baisse générale de la longévité, d’autant plus que ce sont souvent les travailleuses et les travailleurs modestes qui sont le plus exposés à des substances toxiques et cancérogènes.

J.-D. Z. : Les sociétés sont, en effet, soumises à des forces opposées et le bilan mathématique de ces tendances contraires est complexe. L’espérance de vie est un indicateur bien trop épais, un peu comme le produit intérieur brut en économie. Il faut désagréger les données si l’on veut cerner les problèmes, car les moyennes ne peuvent pas nous parler des régressions localisées, ni des inégalités. L’espérance de vie a diminué aux Etats-Unis à partir de 2015, mais cette décrue recouvre des réalités disparates. Il n’y a pas de baisse à New York ou en Californie, alors qu’un déclin s’observe dans beaucoup d’Etats centraux – trumpistes, et ce n’est pas sans lien –, à cause des overdoses, des suicides, de l’alcool et de l’obésité.

En France, l’espérance de vie augmente un peu, mais les inégalités sociales de santé se sont accentuées. Selon l’Insee, entre la période 2012-2016 et la période 2020-2024, l’espérance de vie des 25 % les plus modestes de la population a globalement reculé, alors que celle des personnes les plus aisées a progressé. Si l’on compare les 5 % les plus riches aux 5 % les plus pauvres, on voit que l’écart de longévité entre les femmes les plus favorisées et les hommes les plus modestes de France est aujourd’hui de dix-sept ans. C’est énorme.

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Enfin, l’espérance de vie ne bouge qu’avec un décalage, car les phénomènes épidémiologiques sont inertiels. Quand elle baisse dans une population, il est trop tard pour corriger la situation à court terme. Il faut regarder d’autres indicateurs pour se rendre compte des anomalies. Les données signalant l’impact de l’environnement et de l’alimentation sur la santé s’accumulent et vont toutes dans le même sens. Il y a, par exemple, une incidence accrue des cancers précoces, c’est-à-dire avant 50 ans, pour une quinzaine de localisations tumorales, souvent des cancers digestifs, ce qui suggère un lien avec l’alimentation, en particulier ultratransformée.

Il y a, en outre, une recrudescence des cancers pédiatriques d’au moins 1 % par an, soit plus de 30 % de hausse en trente ans. La mortalité cardio-vasculaire progresse de nouveau dans certains pays riches, probablement à cause de l’obésité. Des maladies neurologiques comme celle de Parkinson augmentent de manière anormale. Les troubles du neurodéveloppement (autismes, troubles de l’attention, etc.) se multiplient aussi, avec des arguments incriminant les polluants, bien que les scientifiques débattent encore pour savoir si cette augmentation est réelle ou s’il s’agit d’un rattrapage diagnostique. Tous ces éléments forment des alertes sérieuses qui auront un retentissement sur l’espérance de vie si on ne les traite pas.

Face à la montée de ces préoccupations, quels contre-discours voit-on émerger ?

M. B. : On voit se diffuser des discours qui, au nom du doute scientifique et d’une conception restrictive de la causalité, soumettent les travaux en épidémiologie environnementale à des exigences de preuve inatteignables. Ils mobilisent la science comme argument d’autorité, sans discuter sérieusement des incertitudes et des limites méthodologiques inhérentes à toute activité scientifique. La science ainsi invoquée est le contraire de ce qu’elle est réellement, à savoir un processus collectif, critique, créatif et en révision permanente.

Ces discours correspondent très précisément à ce que nous avons identifié, avec mon collègue hématologue Pierre Sujobert [professeur à l’université de Lyon], comme un retour de bâton contre la reconnaissance des causes environnementales et professionnelles des maladies, en particulier des cancers. Ils construisent une opposition artificielle entre, d’un côté, une science prétendument objective, rationnelle et neutre, et, de l’autre, une science présentée comme bâclée, adossée à des travaux méthodologiquement fragiles, militants ou instrumentalisés par les marchands de peur et l’hystérie médiatique.

Cette mise en scène est bien connue des sociologues des sciences. Elle a été forgée, dès les années 1950, dans les stratégies de communication de l’industrie du tabac, puis recyclée dans d’autres crises sanitaires comme celle de l’amiante. Pour les promoteurs de ces discours, il ne s’agit pas de faire progresser les connaissances, mais de délégitimer les savoirs gênants et de freiner la mise en œuvre de politiques préventives ou le recours au principe de précaution. Ce qui frappe, c’est la similitude de ces discours avec ceux des climatosceptiques et, plus largement, avec toutes les rhétoriques de fabrication du doute visant à protéger des intérêts économiques et industriels et l’ordre social auquel ils sont liés. A mesure que les crises sanitaire, écologique et climatique s’imposeront dans le débat public, notamment à l’approche d’échéances électorales, ces stratégies de disqualification ont toutes les chances de se renforcer.

J.-D. Z. : On sait pourquoi les industriels mentent : pour différer au maximum les interventions juridiques et économiques contre eux. Ce qui est plus étonnant, c’est de constater le même discours de la part de médias ou de personnes qui n’ont aucun intérêt économique à détruire la santé nationale, mais qui reprennent pourtant les éléments de langage des industriels. C’est encore plus dommage quand une ancienne ministre de la santé [Agnès Buzyn] donne l’impression de minimiser les conséquences des pesticides. Il s’agit, bien souvent, de déplacer la conversation sur le terrain de l’emploi, ou de mettre l’accent sur les incertitudes inhérentes à l’épidémiologie environnementale ou nutritionnelle. Si vous avez un millier d’études qui montrent qu’un produit est dangereux et une étude, ou une pseudo-étude, qui conclut qu’il est inoffensif, cela revient souvent à 50-50 dans l’opinion. Le doute est toxique dès la première dose. Or, tout cela influence l’opinion, laquelle peut elle-même déterminer le traitement politique qui est le seul réellement efficace à l’échelle du problème.

Quels sont les leviers d’action ?

J.-D. Z. : Il faut déconstruire trois erreurs que commettent les décideurs. La première est qu’ils pensent qu’il est compliqué de moins polluer ou de mieux nourrir. Or, ce n’est pas toujours vrai. Il y a des produits ou des ustensiles non polluants qui existent, toutes choses étant égales par ailleurs. Et c’est une manière de nous rendre plus souverains. Deuxièmement, ils pensent que cela est plus cher, alors que c’est souvent l’inverse. La santé publique cumule deux avantages qui n’existent normalement jamais dans la grammaire de l’investissement : il n’existe aucun risque à la favoriser et elle rapporte toujours beaucoup d’argent. Elle ne coûte rien ou très peu, et elle fait économiser des soins et améliore la productivité de la population. Lutter contre les pollutions, c’est prévenir des maladies et, donc, une machine à faire baisser la dépense publique.

La dernière croyance est que ce serait impopulaire, ce qui est également faux. Les enquêtes d’opinion montrent à la fois que la santé est une préoccupation prioritaire et que l’environnement, que l’on mélange parfois avec le climat, est perçu comme un sujet important. Ces inquiétudes sont aussi valables à droite du spectre politique, même si les responsables de droite, eux, continuent de surjouer un discours antiécologie déconnecté des attentes de leur public.

M. B. : Il faut à la fois mieux identifier les risques, mieux les prévenir et mieux sanctionner les atteintes à la santé et à l’environnement. Nous sommes, je crois, à un stade critique de relégation des enjeux climatiques, environnementaux et sanitaires par les gouvernements, l’UE et, plus largement, par une partie des responsables politiques occidentaux.

Dans ce contexte, l’implication des scientifiques et des médecins dans le débat public est indispensable, qu’il prenne la forme d’un travail d’expertise comme celui du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat]ou d’un engagement plus direct comme certains scientifiques investis dans des mouvements comme Scientifiques en rébellion. Ils ont la responsabilité directe de faire connaître leurs travaux avec précision. Il n’y a aucune contradiction entre la position du chercheur et la prise de parole sur des sujets aux implications sociales ou politiques, dès lors qu’elle s’appuie sur la littérature scientifique évaluée par les pairs et sur le consensus des experts du domaine. L’invocation d’une prétendue « neutralité scientifique » sert moins à protéger la science qu’à neutraliser les scientifiques eux-mêmes.

Toutefois, cet engagement ne suffira pas. Pour s’en tenir au cas français, il faut renforcer les dispositifs de surveillance, d’expertise et d’alerte afin d’anticiper les risques plutôt que d’en constater les effets. Cela suppose de cesser d’inféoder les agences sanitaires au pouvoir politique et de garantir leur indépendance afin qu’elles puissent exercer pleinement leurs missions d’expertise. La protection de la santé publique et de l’environnement requerrait aussi la création d’une autorité indépendante chargée de défendre ces impératifs et dotée de pouvoirs procéduraux, à l’image du Défenseur des droits dans son domaine. Enfin, l’infraction d’écocide demeure trop limitée et pas assez dissuasive face à des atteintes irrémédiables à l’environnement et à la santé.Stéphane Foucart

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Les chiffres préoccupants des cancers chez les moins de 50 ans

Par Sandrine CabutPascale Santi et Gary DagornPublié le 03 mars 2025 à 17h23, modifié le 04 mars 2025 à 15h30

Temps de Lecture 15 min.

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EnquêteLe nombre de nouveaux cas de cancers d’apparition précoce a, dans le monde, bondi de près de 80 % en moins de trente ans. La tendance est la même en France. Cette hausse concerne en premier lieu les tumeurs digestives et du sein. Les chercheurs se mobilisent pour déterminer les causes d’un phénomène que certains qualifient d’« épidémie émergente ».

C’est un nouveau clignotant dans la hausse préoccupante des cas de cancers dans les jeunes générations. Pour la première fois en France, une recherche a été menée sur leur incidence et leur évolution chez les adolescents et jeunes adultes (AJA) de 15 à 39 ans. Ce travail, rendu public lundi 3 mars, montre que l’incidence de six cancers est en hausse constante entre 2000 et 2020 : carcinomes colorectaux (+ 1,43 % par an en moyenne), du sein (+ 1,60 %), du rein (+ 4,51 %), lymphomes de Hodgkin (+ 1,86 %), glioblastomes (+ 6,11 %) et liposarcomes (+3,68 %). Financée par la Ligue contre le cancer, l’étude a été menée en partenariat avec Santé publique France (SPF), l’Institut national du cancer (INCa), le réseau des registres de cancers Francim et les Hospices civils de Lyon.

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D’un bout à l’autre de la planète, les signaux d’alerte se multiplient sur la progression des cancers « précoces », définis comme survenant chez des moins de 50 ans. Certes, les tumeurs malignes restent avant tout une pathologie des seniors, après 65 ans. Mais ces early-onset cancers, selon le terme anglo-saxon, sont de plus en plus visibles. De nombreux jeunes patients témoignent, les cancérologues de terrain disent en soigner de plus en plus dans leurs hôpitaux. Un constat que confirment les études épidémiologiques.

Le cancer précoce est-il une épidémie mondiale émergente ?, s’interrogeaient, en 2022, des scientifiques dans Nature Reviews Clinical Oncology.

A l’échelle du globe, le nombre de nouveaux cas chez les moins de 50 ans a bondi de près de 80 % en moins de trente ans, passant de 1,82 million en 1990 à 3,26 millions en 2019, selon un article paru dans le British Medical Journal Oncologyen 2023. Ce travail a été réalisé à partir des données de la Global Burden of Disease Study (« fardeau mondial des maladies ») portant sur 29 cancers dans 204 pays. Cette hausse peut toutefois s’expliquer en partie par la croissance démographique.

Une étude publiée en août 2024 dans The Lancet va dans le même sensEn s’appuyant sur des données américaines, les chercheurs retrouvent une incidence croissante de 17 cancers – sur les 34 étudiés – dans les cohortes de naissance les plus jeunes. Par exemple, celle des tumeurs du pancréas et du rein est deux à trois fois plus élevée chez les Américains nés en 1990 que chez ceux nés en 1955. Dans neuf localisations, comme le côlon-rectum ou encore l’ovaire, l’incidence a augmenté dans les jeunes générations, alors qu’elle a décliné dans les cohortes de naissance plus âgées.

Une « épidémie émergente »

En dessous de 50 ans, toutes les tranches d’âge peuvent être en réalité concernées. Ainsi, en 2022, plus de 1,3 million d’adolescents et jeunes adultes de 15 à 39 ans ont été touchés par un cancer, selon une étude internationale (The Lancet Oncology, 2024). Celle-ci a été réalisée à partir des données de la base mondiale Globocan du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, agence de l’Organisation mondiale pour la santé). Si l’incidence et la mortalité sont très variables selon les pays, l’épidémiologiste Miranda Fidler-Benaoudia (Calgary, Canada) et ses coauteurs soulignent aussi les particularités de profil des tumeurs des 15-39 ans. Il y a, d’une part, des carcinomes classiques chez l’adulte (sein, côlon-rectum…) et, d’autre part, des cancers plutôt pédiatriques (du sang, du cerveau et du système nerveux central).

A quel point cette progression est-elle préoccupante ? Pour Jean-David Zeitoun, médecin et épidémiologiste, « de nombreuses données montrent que les early-onset cancers, en particulier entre 35 et 50 ans, augmentent dans de très nombreux pays du monde pour une quinzaine de cancers, dont beaucoup sont digestifs ». Salvatore Vaccarella, épidémiologiste au CIRC, est moins affirmatif. « L’augmentation des cancers chez les moins de 50 ans n’est pas généralisée dans tous les pays. Les preuves d’une augmentation dans cette tranche d’âge sont plus solides pour le cancer colorectal et le cancer du pancréas – bien que cela ne soit pas observé dans tous les pays – en raison de l’occidentalisation du mode de vie », estime-t-il.

Quid de la France ? Si la prudence reste de mise, du fait d’effectifs modestes dans les tranches d’âge jeunes, les statistiques nationales semblent confirmer cette tendance pour plusieurs tumeurs, comme le montrent les données traitées par Le Monde. Ce travail s’est appuyé sur les données du réseau Francim, qui travaille en collaboration avec SPF, l’INCa et les Hospices civils de Lyon.

Médecins et chercheurs se mobilisent. « Il faut se préparer à un tsunami », déclarait le 22 janvier le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave-Roussy (IGR), lors d’une conférence de presse. L’IGR, qui a lancé plusieurs programmes de recherche sur ces sujets, souligne que 15 000 personnes âgées de 20 à 40 ans en France ont été touchées par un cancer en 2022. Entre 1998 et 2017, dans cette tranche d’âge, ce sont les cancers colorectaux (+ 5,4 %) et du pancréas (+ 4,3 %) qui ont connu l’augmentation annuelle d’incidence la plus marquée chez les femmes ; et chez les hommes, ceux du pancréas (+ 5,4 %) et du rein (+ 5,3 %).

Les nouvelles données tout juste dévoilées amènent un éclairage un peu différent. Si les cancers chez les adolescents et jeunes adultes restent rares, leur incidence a augmenté de 1,62 % par an entre 2000 et 2014, puis baissé de 0,79 % par an entre 2015 et 2020, selon l’étude coordonnée par le docteur Emmanuel Desandes (Registre national des cancers de l’enfant, Nancy). Au total, 54 735 diagnostics de cancer ont été comptabilisés entre 2000 et 2020. « Notre travail, qui porte sur 19 départements et couvre 24 % du territoire, ne peut être extrapolé à l’ensemble de la population », avertit l’épidémiologiste.

« Spécifique aux AJA, la méthode de classification, utilisée pour la première fois, couple la topographie des cancers (l’organe touché) avec, et c’est ce qui est sa principale originalité, la morphologie (sa nature histologique) », précise-t-il. Des types de cancers très variés sont retrouvés. L’étude a tenu compte des éventuelles évolutions des classifications. « Ces résultats qui, pour la plupart, confortent d’autres données, vont permettre d’orienter les recherches, notamment pour mieux cerner d’éventuels facteurs de risque. Cela permettra de mieux orienter les stratégies de prévention », espère le docteur Desandes.

Cette épidémie émergente est un nouveau défi. « Un cancer à 30 ans n’a pas les mêmes répercussions en termes d’années de vie perdues, d’impact sur la vie socioprofessionnelle et familiale », indique le dossier de presse de l’IGR. Un autre enjeu est d’en identifier les causes, pour agir. Les cancers précoces sont-ils dus à des facteurs de risque traditionnels : l’alcool, le tabac, l’obésité ? Ou encore à la sédentarité dont les effets se feraient sentir plus tôt ? Quelle est la part de responsabilité des pesticides, des perturbateurs endocriniens, voire de facteurs environnementaux encore totalement inconnus ? Tour d’horizon (le cas très particulier des cancers pédiatriques ne sera pas traité ici).

Explorez les données sur l’évolution des cancers en France

Les projections sont produites par des modèles et représentent le taux d’incidence qui serait attendu (sans la crise sanitaire dûe au Covid-19), les données des registres mettant plusieurs années à être consolidées.

Sources : Santé Publique France, Francim, INCa, HCL

Cancer du sein

C’est, chez les femmes, la tumeur la plus fréquente et la première cause de décès par cancer, avec de grandes disparités selon les régions du monde. Si son pronostic s’améliore, du moins dans les pays riches, l’incidence du cancer du sein y a augmenté des années 1980 aux années 2000, avant de se stabiliser, voire de diminuer. Ce reflux a été attribué principalement à la baisse de prescription des traitements hormonaux substitutifs de la ménopause au début des années 2000, et possiblement à un plateau dans la participation au dépistage. Puis, depuis une quinzaine d’années, le taux d’incidence est reparti à la hausse dans un certain nombre de pays.

Lire aussi le tribune |  « Face à la progression constante des cancers du sein, nous appelons à donner plus de moyens à la recherche afin de mieux cibler les facteurs de risque »

Le fardeau de ces cancers reste bien supérieur chez les plus de 50 ans (71 % des nouveaux cas, 79 % des décès) que chez les plus jeunes, selon une étude menée dans 185 pays (Nature Medicine, 24 février), à partir des données 2022 de la base Globocan. L’incidence des cancers du sein précoces est quant à elle très hétérogène. En Afrique, par exemple, près de la moitié d’entre eux (47 %) surviennent avant 50 ans, contre 20 % en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie. Leur mortalité va de 8 % en Europe à 41 % en Afrique.

En France, qui détient désormais le triste record mondial de l’incidence du cancer du sein (105,4 pour 100 000 femmes en 2022), cet indicateur est à la hausse dans toutes les tranches d’âge, sauf chez les 55-69 ans. Le nombre de nouveaux cas a, lui, doublé depuis 1990, avec 61 000 cas en 2023. L’accroissement de la population et son vieillissement expliquent respectivement 30 % et 23 % de cette augmentation des cas, le reste serait lié aux facteurs de risque.

« Beaucoup ont été identifiés, dont la plupart ont un effet modeste, précise la docteure Florence Molinié, présidente du réseau Francim. Parmi les principaux, il y a les facteurs hormonaux et reproductifs, dont l’âge élevé au premier enfant et un petit nombre d’enfants, qui évoluent défavorablement en France. L’alcool, le surpoids, la sédentarité et le tabac ont aussi un rôle établi. » Selon des données du CIRC de 2015, 37 % des cancers du sein seraient évitables, dont 15,1 % liés à l’alcool, 8,4 % au surpoids, 4,4 % au tabac, 4,3 % à un régime trop pauvre en fibres…

Questionner les contraceptifs hormonaux

Chez les moins de 50 ans, le nombre de nouveaux cas est, lui, passé de 7 642 en 1990 à 11 754 en 2023. Or, les femmes jeunes sont plus susceptibles de développer un cancer du sein plus agressif, au pronostic plus défavorable.

En France, « l’augmentation des cancers du sein n’est pas plus marquée avant 50 ans que dans les autres tranches d’âge », tient à préciser le professeur Norbert Ifrah, président de l’INCa. Pour la cancérologue Suzette Delaloge (IGR), un certain nombre de causes peuvent être écartées. A commencer par le dépistage, à l’origine de surdiagnostics, mais peu pratiqué avant 50 ans. Rappelons que le programme national s’adresse aux 50-74 ans, avec une mammographie tous les deux ans. « Quant à l’obésité, c’est un facteur de risque reconnu, mais qui n’intervient qu’après la ménopause », poursuit la cancérologue.

Par ailleurs, « plus de 80 % des femmes qui déclarent un cancer du sein avant 40 ans n’ont pas de prédisposition génétique », note Suzette Delaloge. En revanche, il faudrait, selon elle, se poser des questions sur les contraceptifs hormonaux. « Les femmes d’une cinquantaine d’années sont la première génération à avoir pris autant d’hormones, pour certaines pendant toute leur vie d’adulte, sous forme de pilule, d’implants, de stérilets…, pointe-t-elle. Il est difficile d’avoir des données épidémiologiques précises, mais il est démontré que ces contraceptifs administrés de façon prolongée sont associés à un surrisque de cancer du sein. » Il serait de l’ordre de 20 à 30 %, selon une étude britannique de 2023, et concernerait les œstroprogestatifs et les progestatifs seuls, y compris sous forme locale.

Parmi les autres suspects : la pollution environnementale, les aliments ultratransformés et les perturbateurs endocriniens (bisphénol A, parabènes, phtalates…). Pour ces derniers, il s’agit d’expositions multiples, y compris dans l’alimentation, et qui peuvent débuter dès la vie intra-utérine, observe Suzette Delaloge. L’IGR démarre une étude pour chercher des liens entre biologie des tumeurs et expositions. « Il n’y a pas d’explication simple, mais la clé de compréhension, c’est l’exposome – avec une interaction évidente entre ce que vous mangez, vous respirez… », abonde André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé.

Le chimiste et toxicologue cite ainsi une étude publiée dans la revue de référence Environmental Health Perspectivesen 2024, qui a identifié 920 substances susceptibles d’amorcer ou de favoriser le développement du cancer du sein. « On sous-estime considérablement la question des perturbateurs endocriniens, qui a un effet sur la croissance des maladies chroniques de façon générale, certains cancers, la prématurité, etc. Les données sont nombreuses et on a pourtant du mal à se faire entendre. Cette question reste toujours quasi ignorée de l’INCa dans son dernier panorama et du monde de l’oncologie », déplore André Cicolella. Il appelle les pouvoirs publics à définir un plan pour atteindre l’objectif préconisé par les inspections générales (santé et développement durable) dans leur rapport de juillet 2024 « Pour une future stratégie “zéro exposition aux perturbateurs endocriniens” ».

Cancer colorectal

Le cancer colorectal (qui réunit les tumeurs du côlon et du rectum) est l’un des plus répandus en France (47 000 nouveaux cas en 2023, deuxième plus fréquent chez les femmes, troisième chez les hommes). Même si sa mortalité est en baisse continue depuis le milieu des années 1970, il reste l’une des principales causes de décès par cancer (17 000 décès annuels). Les données d’incidence publiées en 2023 confirment une tendance au recul chez les plus âgés.

« Le dépistage, pratiqué à partir de 50 ans, est le seul élément qui explique la baisse chez les plus âgés et la stabilité chez les 50-69 ans, explique le professeur Thierry Ponchon, hépato-gastro-entérologue et président du centre régional de coordination des dépistages des cancers en Auvergne-Rhône-Alpes. Il permet de les détecter à une phase précoce et/ou de les éviter en enlevant des lésions qui ne sont pas encore cancéreuses. » En parallèle, même si la couverture dudit dépistage organisé est loin des niveaux recommandés par l’Union européenne (34,3 % en 2022 vs 45 %), celui-ci contribue aussi à diminuer la mortalité associée à ce cancer.

Chez les moins de 50 ans, en revanche, le nombre de cas est en nette augmentation, particulièrement chez les moins de 30 ans, pour lesquels le taux d’incidence est passé de 0,3 nouveau cas pour 100 000 habitants en 1990 à 1,26 en 2018. « Quelqu’un né dans les années 1990 a un risque trois, voire quatre fois supérieur de développer un cancer colorectal que quelqu’un né dans les années 1950 », souligne Cristina Smolenschi, chercheuse en oncologie digestive à l’IGR. Et le phénomène est mondial : dans une étude publiée le 11 décembre 2024 dans The Lancet Oncology, l’incidence de ce cancer a augmenté chez les moins de 50 ans dans 27 des 50 pays étudiés, principalement là où l’indice de développement humain est très élevé.

Additifs alimentaires et autres substances

Mais les raisons d’une telle inflation de cas chez les jeunes adultes, autrefois rarissimes, sont difficiles à identifier. Si les facteurs génétiques sont surreprésentés dans cette population (de 5 % à 35 % des cas, contre 2 % à 5 % en général), ils ne peuvent pas tout expliquer. Restent alors les facteurs environnementaux et comportementaux. La consommation d’alcool et de tabac, le surpoids, l’obésité, un manque d’activité physique, des régimes alimentaires pauvres en fibres, en calcium et/ou riches en viande rouge, qui sont les facteurs de risque connus de la maladie, jouent probablement un rôle.

Epidémiologistes et oncologues s’intéressent à d’autres paramètres qui pourraient favoriser la carcinogenèse, comme certains additifs alimentaires (dioxyde de titane, glutamate monosodique) ou encore l’exposition dans l’enfance ou pendant la grossesse à certaines substances, comme les antibiotiques, qui peuvent modifier le microbiote. D’autres produits sont soupçonnés de perturber ce dernier, comme les pesticides, les microplastiques, les perturbateurs endocriniens ou encore les polluants atmosphériques, mais les données manquent. Des recherches suggèrent également que l’obésité dès l’enfance, voire l’obésité maternelle pourraient augmenter le risque de ces cancers.

L’enjeu de ces travaux est important, car le pronostic de ces cancers précoces est souvent moins favorable, ils tendent à répondre moins bien aux chimiothérapies et aux radiothérapies. Ils sont aussi découverts à des stades plus avancés, le diagnostic intervenant en moyenne 6,2 mois plus tard que pour les plus de 50 ans.

« La survie à cinq ans des patients avec un cancer du côlon est de 90 % quand ils sont diagnostiqués à un stade très localisé, à 70 % quand il y a un envahissement ganglionnaire. Au stade métastatique, c’est 13 % », confirme Alice Boilève, chercheuse en oncologie digestive à l’IGR et coresponsable, avec Cristina Smolenschi, d’un nouveau programme de recherche sur les cancers digestifs chez les jeunes. Ce différentiel ravive les discussions autour d’un éventuel abaissement de l’âge du dépistage de 50 à 45 ans. D’autant que l’incidence de ces cancers précoces devrait continuer à augmenter dans les prochaines années. Au niveau mondial, il est attendu, en 2030, qu’un cas de cancer du côlon sur dix et un cancer du rectum sur quatre seront découverts chez des moins de 50 ans.

Cancer du pancréas

C’est l’un des cancers dont le pronostic est le plus sombre, et dont la progression interpelle. A l’échelle planétaire, le nombre de cas annuels a plus que doublé en seulement deux décennies, selon les données de la Global Burden of Disease Study (base pilotée par l’université d’Etat de Washington). Malgré les progrès thérapeutiques, la mortalité reste très élevée. Car ces tumeurs sont souvent découvertes à un stade évolué, restant longtemps silencieuses sur le plan clinique. L’estimation en France est de près de 16 000 nouveaux cas en 2023 et d’environ 12 700 décès.

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Pour les moins de 50 ans, les tendances vont dans le même sens sur le plan mondial et en France. Le nombre de cas calculés à partir de la Global Burden of Disease Study a presque doublé entre 1990 et 2021, passant de 24 480 à 42 254. Cette tranche d’âge représente de « 5 % à 12 % de tous les cancers du pancréas, une proportion qui continue d’augmenter », indique l’étude parue début 2025 dans npj Precision Oncology. Toutefois, « le taux standardisé reste stable, la population mondiale ayant fortement augmenté ».

Comment expliquer cette tendance ? Outre les antécédents familiaux, plusieurs études ont montré le rôle des facteurs de risque tels que le tabagisme, le faible niveau d’activité physique, le diabète, l’obésité. « Les polluants et l’alimentation (la malbouffe, l’alimentation transformée…) sont les premiers accusés pour les cancers digestifs, dont le pancréas », estime Jean-David Zeitoun. Une étude publiée fin 2024 dans la revue European Journal of Epidemiology a établi pour la première fois un lien entre la répartition géographique du risque de contracter cette maladie et l’utilisation locale des pesticides sur le territoire métropolitain. « L’augmentation du cancer du pancréas en général, et notamment chez les jeunes, est très inquiétante et hors de tout contrôle », ajoute Jean-David Zeitoun. « Il est urgent que la santé publique se préoccupe de ces facteurs de risque », insiste-t-il.

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Cancer du poumon

C’est l’une des tumeurs malignes les plus fréquentes et les plus redoutables. Avec près de 2,5 millions de nouveaux cas dans le monde et 1,8 million de décès, le cancer du poumon est « la première cause de morbidité et de mortalité en 2022 », selon les données issues de la base Globocan du CIRC. A 80 % dus au tabagisme, les cancers du poumon sont en régression dans un certain nombre de pays riches, qui ont mis en place des politiques antitabac.

Du moins chez les hommes. Chez les femmes, où le tabagisme a été historiquement plus tardif, l’incidence est encore en augmentation dans de nombreux pays. C’est le cas de la France, où l’incidence (en taux standardisé sur la population mondiale) a diminué de 0,5 % en moyenne par an entre 2010 et 2023 chez les hommes, alors qu’elle a progressé de 4,3 % en moyenne par an chez les femmes.

Cette tendance à la baisse des cancers du poumon, mais avec une évolution contrastée entre hommes et femmes, se retrouve chez les moins de 50 ans, population où ces tumeurs sont bien moins fréquentes qu’après 60-70 ans. En France, les cancers précoces du poumon ont été étudiés dans le cadre de la cohorte KBP, qui a inclus, courant 2000, les patients pris en charge pour cette maladie dans les hôpitaux généraux, avec une étude tous les dix ans.

« Entre 2000 et 2020, le nombre de cancers chez les moins de 50 ans a diminué, ainsi que leur proportion globale dans l’ensemble de la cohorte (698 sur 5 667 en 2000, et 615 sur 7 051 en 2020), mais il y a une proportion croissante de femmes », souligne le docteur Lionel Falchero, pneumologue à Villefranche-sur-Saône (Rhône), qui a présenté ces résultats en congrès. Autre particularité, ces cancers précoces touchent plus souvent des fumeurs actifs. Surtout, ajoute Lionel Falchero, « on retrouve une forte proportion de fumeurs de cannabis : près de 30 % chez les moins de 50 ans (contre moins de 3 % chez les plus de 50 ans). Et leur consommation est importante : 117 joints par mois en moyenne, contre 80 chez les fumeurs de plus de 50 ans ». L’hypothèse d’un rôle du cannabis doit toutefois être confirmée.

Mélanome cutané et cancer du rein

Dans le monde, l’incidence des mélanomes cutanés (qui représentent environ 10 % des cancers de la peau) est six fois plus élevée qu’il y a quarante ans, mais la mortalité liée à ce cancer est restée stable, indique un article du New England Journal of Medicine de 2021« La progression de l’incidence est liée au dépistage plus fréquent et plus performant, et aux facteurs de risque, essentiellement l’exposition accrue aux ultraviolets et la mode des cabines de bronzage dans les années 1980-2000 », explique Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie à l’IGR. On retrouve cette augmentation chez les moins de 50 ans : entre 1990 et 2019, au niveau mondial, cet indicateur est passé de 1,4 pour 100 000 à 1,9 pour 100 000 (British Medical Journal Oncology, 2023).

Une progression qui est aussi constatée en France. En revanche, chez les 15-39 ans, après avoir augmenté de 4,67 % par an entre 2000 et 2010, cet indicateur a baissé de 3,05 % par an à partir de 2010, selon l’étude de SPF publiée lundi 3 mars, qui porte sur un quart de la population. Ce déclin tiendrait notamment aux actions de prévention. « Une exposition solaire excessive durant l’enfance est un facteur de risque majeur du mélanome à l’âge adulte », rappelle Emmanuel Desandes.

Le cancer du rein reste quant à lui relativement peu fréquent chez les moins de 50 ans, mais son incidence est en hausse ces dernières décennies dans le monde (de 0,9 pour 100 000 à 1,5 pour 100 000 entre 1990 et 2019, British Medical Journal Oncology, 2023). Cette tendance se retrouve en France. L’étude française sur les adolescents et jeunes adultes fait, elle, état d’une augmentation de 4,5 % par an de l’incidence du carcinome du rein. « L’obésité pourrait être un facteur explicatif de l’augmentation des cancers du rein, cela restant à démontrer », précise le communiqué des agences sanitaires.

De nombreux autres facteurs de risque de ce cancer ont été identifiés, mais leur éventuel rôle dans sa progression chez les moins de 50 ans reste à déterminer : tabac, hypertension artérielle, insuffisance rénale, prédisposition génétique, exposition à des radiations, à des solvants…

A lire en complément de cette enquête

A la tête d’une étude inédite sur une population de 25 000 adolescents et jeunes adultes atteints de cancers en Alberta, la spécialiste de ces pathologies chez les 15-39 ans explique, dans un entretien au « Monde », leurs évolutions récentes, sous-étudiées, et les conséquences à venir.

Les données d’incidence des cancers sont issues d’une trentaine d’organismes de recensement, qui mènent un travail minutieux de collecte. Leur direction alerte sur leurs difficultés de fonctionnement, faute de cadre juridique.

L’estimation de l’incidence nationale des cancers repose encore sur l’extrapolation des données recueillies par les registres du cancer, implantés dans seulement 28 des 101 départements français. Une proposition de loi pour la création d’un registre couvrant l’intégrité du territoire national a vu le jour, mais ses modalités structurelles et son calendrier parlementaire sont incertains.

Sandrine CabutPascale SantiGary Dagorn

Voir aussi:

« Le discours qui réduit les causes du cancer aux comportements individuels prend une place croissante »

Tribune

Marc BillaudDirecteur de recherche émérite CNRSPierre SujobertProfesseur d’hématologie

En occultant ou en minorant les déterminismes environnementaux, industriels et sociaux de la maladie, les tenants du « cancer backlash » légitiment la régression des politiques de santé publique, alertent Marc Billaud, chercheur en cancérologie, et Pierre Sujobert, professeur d’hématologie, dans une tribune au « Monde ».

Publié le 10 janvier 2026 à 05h45  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/10/le-discours-qui-reduit-les-causes-du-cancer-aux-comportements-individuels-prend-une-place-croissante_6661239_3232.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=mail

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Voici venu le « cancer backlash » [retour de bâton sur le cancer]. Une offensive idéologique qui réduit les causes du cancer aux seuls comportements individuels. Le tabagisme et la consommation d’alcool sont évidemment des facteurs de risque majeurs qui doivent faire l’objet de politiques de prévention ambitieuses, mais, une fois cette priorité reconnue, a-t-on pour autant tout dit ? Certainement pas. Pourtant, ce discours occupe une place croissante dans le débat public. Cette rhétorique est aujourd’hui relayée par des hebdomadaires généralistes, des blogs pseudo-démystificateurs, des réseaux sociaux, des revues se réclamant du rationalisme. Elle est aussi portée par certains acteurs du champ de la cancérologie.

Elle occulte les déterminismes environnementaux, industriels et sociaux du cancer au profit d’une lecture centrée sur les habitudes de vie, la génétique ou le hasard. La mise en évidence du rôle des conditions matérielles d’existence, environnementales comme professionnelles, relèverait ainsi d’une surinterprétation alimentée par une prétendue « hystérie médiatique ». Le cancer backlash a pris de l’ampleur avec l’accumulation des preuves scientifiques sur les causes environnementales du cancer. Il s’est intensifié en réaction à l’engagement des scientifiques, des médecins et d’associations contre l’arrêt du plan Ecophyto, à l’adoption par les parlementaires de la loi sur l’interdiction progressive des substances polyfluoroalkylées (PFAS) et à la mobilisation de plus de 2 millions de citoyens contre la loi Duplomb.

La question du cancer est ainsi devenue un enjeu politique, au-delà de sa dimension sanitaire, ce que le discours du cancer backlash cherche précisément à neutraliser en rabattant la responsabilité sur les individus. Cette vision structure le discours politique, qui présente les cancers dits « évitables » comme relevant avant tout de « comportements vertueux », pour reprendre les mots du président de la République. La prévention se résume ainsi à une moralisation des conduites individuelles.

Les tenants de cet argumentaire exploitent les contraintes épistémiques de l’épidémiologie environnementale. Celle-ci doit analyser des expositions multiples, difficiles à quantifier à l’échelle individuelle, mais susceptibles de produire une morbidité importante à l’échelle de la population. Elle doit aussi tenir compte de longs délais de latence, d’effets cumulatifs tout au long de l’existence et de l’absence de dose seuil clairement définissable pour de nombreux cancérogènes. Cela ouvre la voie à un argument bien rodé : tant qu’un lien causal irréfutable n’est pas établi, ou que le niveau de risque n’atteint pas celui du tabac, restreindre les expositions est jugé irrationnel.

Faux-semblants

Sous ces faux-semblants de doute méthodologique, l’exigence de preuve absolue devient un instrument de déni des expositions environnementales et de disqualification de toute action de politique publique. Or, le Centre international de recherche sur le cancer a classé la pollution atmosphérique comme un cancérogène certain, et les programmes de biosurveillance de Santé publique France révèlent une exposition généralisée de la population à de nombreuses molécules cancérogènes. Ces données ne couvrent qu’une fraction des composés chimiques mis sur le marché, laissant entrevoir l’ampleur de la contamination des corps, des sols, de l’eau et de l’air, qui frappe d’abord les populations les plus vulnérables.

Lire aussi décryptage |   Ce que coûte la pollution de l’air en France : un double « fardeau » sanitaire et économique

L’exposition professionnelle aux substances cancérogènes n’est ni marginale ni répartie au hasard : parmi les 2,73 millions de salariés concernés, plus de la moitié sont des ouvriers. Chaque année, en France, on estime qu’entre 16 000 et 34 000 cancers sont liés à des expositions professionnelles, un chiffre très probablement sous-estimé, dont à peine 1 800 sont reconnus en maladies professionnelles. Les protagonistes du cancer backlash concèdent volontiers le rôle cancérogène de l’amiante, désormais incontestable, mais gardent le silence sur l’ensemble des autres expositions professionnelles, pourtant massives et bien documentées.

Silence aussi sur les fortes inégalités face à la maladie. Sur les six années d’écart d’espérance de vie entre cadres et ouvriers, près de 40 % de la surmortalité masculine et 30 % de la surmortalité féminine sont imputables au cancer. A localisation et stade équivalents, les personnes issues des milieux modestes meurent du cancer plus souvent et plus rapidement.

Le cancer backlash se pare d’un vernis scientifique, mettant en scène de prétendues controverses. Derrière cette façade se déploie une vision réactionnaire qui légitime la régression des politiques de santé publique, en France comme en Europe. Elle banalise l’exposition à des substances toxiques pourtant reconnues comme cancérogènes : pesticides, PFAS, chlorure de vinyle monomère, oxyde d’éthylène, cadmium, édulcorants de synthèse ou aliments ultratransformés.

Ce discours discrédite les scientifiques alertant sur les risques environnementaux, qualifie leurs interventions de militantes, relègue toute mise en cause des responsabilités industrielles au rang de propagande et assimile l’invocation du principe de précaution à une forme de cancérologie punitive. Nommer ce cancer backlash, c’est dénoncer une stratégie qui voudrait faire croire qu’un bénéfice économique peut justifier un risque sanitaire, que tout serait choisi et rien subi.

Si la science est attaquée ouvertement outre-Atlantique, elle l’est plus insidieusement en France, notamment lorsque les connaissances scientifiques se traduisent en politiques de prévention susceptibles de menacer des intérêts économiques. Les mêmes logiques productivistes qui dérèglent le climat et dégradent la biodiversité fabriquent aussi une partie des cancers. Le nier, c’est choisir l’inaction au détriment de la santé publique.

Marc Billaud est directeur de recherche émérite au CNRS et dépend du Centre de recherche en cancérologie de Lyon. Il a effectué toute sa carrière de chercheur dans le domaine de la cancérologie.
Pierre Sujobert est professeur d’hématologie à l’université Claude-Bernard Lyon-I et aux Hospices civils de Lyon. Ses recherches portent sur les mécanismes de la cancérogenèse des leucémies et lymphomes, et sur le développement de nouvelles thérapeutiques.

Marc Billaud (Directeur de recherche émérite CNRS) et  Pierre Sujobert (Professeur d’hématologie)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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