Les responsables politiques en plein déni des enjeux de l’adaptation au réchauffement

La France termine la semaine dans la fournaise. Pourtant, alors que commence la campagne présidentielle pour 2027, tout se passe comme si la plupart des candidats à la présidentielle vivaient dans le déni. « Faites les Andalous, sortez dehors plus tard », a dit le leader « insoumis » Jean-Luc Mélenchon vendredi 19 juin, quand samedi, le chef du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, faisait carrément l’impasse sur le sujet lors de son meeting, au Parc floral de Paris. Après avoir nié l’existence de tout réchauffement climatique d’origine humaine, le Rassemblement national a mis en avant son plan nébuleux pour la climatisation, sans chiffrage. Les Ecologistes ont mis de l’eau dans leur vin. Ils affirment désormais que la climatisation n’est « ni un tabou ni la réponse à tout ». Mais ce débat sur la climatisation masque mal le manque de vision climatique de long terme de bien des candidats à la présidentielle. Les chantiers sont colossaux, et la forte instabilité gouvernementale des dernières années n’a pas aidé à les lancer. Mais surtout, les moyens ne suivent pas. 

Lire l’article : Canicule : à un an de la présidentielle, les politiques en plein déni des enjeux de l’adaptation au réchauffement *

Un procès en impréparation auquel ont tenu à se défendre Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu. Pour le président de la République, le « gros du travail (…) a été fait » sous ses deux mandats. « Mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire », a-t-il balayé devant la presse, en marge du sommet franco-italien qui se tenait à Antibes (Alpes-Maritimes), jeudi. Dans une lettre aux maires de France, Sébastien Lecornu a, de son côté, répondu plus précisément aux attaques. « Je veux aussi être très clair face à ceux qui, depuis quelques jours, se transforment en inspecteurs des travaux finis et expliquent que la puissance publique n’aurait rien fait pour adapter le pays au changement climatique. C’est faux », a renchéri le premier ministre. 

Lire l’article : Canicule : accusés de n’avoir pas préparé la France au réchauffement, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu sur la défensive **

*Canicule : à un an de la présidentielle, les politiques en plein déni des enjeux de l’adaptation au réchauffement

Alors qu’une sévère vague de chaleur bouleverse le quotidien des Français, l’adaptation au changement climatique reste un angle mort des politiques et des candidats pour 2027. 

Par Raphaëlle Besse DesmoulièresJulie Carriat et Mariama DaramePublié le 22 juin 2026 à 06h01, modifié le 22 juin 2026 à 10h26 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/22/canicule-a-un-an-de-la-presidentielle-les-politiques-en-plein-deni-des-enjeux-de-l-adaptation-au-rechauffement_6706433_3244.html?M_BT=53496897516380

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Lors d’une vague de chaleur, à Paris, le 21 juin 2026.
Lors d’une vague de chaleur, à Paris, le 21 juin 2026.  CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Cela fait quelques semaines, déjà, que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 est lancée, de visites en meetings, de déplacements en matinales. Aucun grain de sable ne vient enrayer la mécanique déjà bien installée des candidats, et surtout pas la deuxième vague de chaleur de l’année, qui plonge la France dans la fournaise alors que l’été commence à peine. Si bien que nombre de candidats semblent en passe de contourner le sujet.

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Il y a ceux qui l’abordent avec légèreté. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), en visite vendredi 19 juin au salon VivatTech, tenait surtout à défendre la tenue du concert organisé dimanche par les « insoumis » à Paris pour la Fête de la musique, sous 36 °C. « Faites les Andalous, sortez dehors plus tard, la Fête de la musique si vous la décalez un peu, hé ça ira, il y aura moins de soleil », a-t-il déclaré.

Il y a ceux qui font l’impasse. Samedi après-midi, au Parc floral de Paris, dans le bois de Vincennes, c’est dans une salle climatisée, mais où nombre de militants Les Républicains (LR) avaient tombé la veste, que Bruno Retailleau a tenu son premier meeting de campagne. « Merci d’avoir bravé la canicule », a dit le candidat de LR à ses militants. Et ce fut tout sur le sujet. Prônant « une écologie de droite, qui ne punira pas », Bruno Retailleau n’a pas craint de saluer dans son public « des milliers de cœurs qui brûlent pour la France, prêts à s’enflammer pour la France ».

Une réflexion collective nécessaire

Tout se passe comme si la plupart des candidats à la présidentielle vivaient dans le déni de cet épisode climatique, qui bouleverse pourtant le quotidien des Français travaillant en extérieur, logeant dans des bouilloires thermiques, passant des examens dans des salles surchauffées, sans parler des personnes âgées isolées et des enfants. A l’approche de l’élection présidentielle, la question est pourtant éminemment politique. A l’heure où l’exécutif redoute que cette canicule, similaire à celle d’août 2003, ne débouche sur une crise sanitaire, Emmanuel Macron s’en tient pourtant à des conseils de bon sens. « Veillons les uns sur les autres. Soyons collectivement attentifs à nos aînés, à nos enfants et aux personnes isolées ou fragiles », a répété dimanche 21 juin, sur X, le chef de l’Etat.

Dans un Ehpad, à Strasbourg, le 20 juin 2026.
Dans un Ehpad, à Strasbourg, le 20 juin 2026.  PASCAL BASTIEN POUR « LE MONDE »

Or, comme le dit Sophie Dubuisson-Quellier, directrice du Centre de sociologie des organisations (Sciences Po Paris), plutôt que de faire « comme si le problème venait de nos choix individuels », cet énième épisode extrême appelle une réflexion collective « pour adapter nos modes de fonctionnement – et pas seulement nos modes de vie, mais la manière dont on produit, dont on enseigne, dont on soigne – à ce climat qui change ».

Dans ce paysage politique pauvre en discours sur l’adaptation, Marine Le Pen a fait entendre, comme à l’été 2025, une défense de la climatisation. « C’est une décision de santé publique que d’équiper massivement l’ensemble de nos locaux publics en commençant par ceux qui accueillent les plus faibles », a-t-elle déclaré à la presse depuis le salon VivaTech. Un temps, l’ancienne présidente du Rassemblement national était seule à prêcher en ce sens, face à une gauche condamnant la climatisation comme une « mal-adaptation ».

Au fil de la montée des températures, Les Ecologistes ont mis de l’eau dans leur vin. Ils affirment désormais que la climatisation n’est « ni un tabou ni la réponse à tout »« Il y a des endroits où on ne peut plus se passer de clim », a reconnu, dimanche sur LCI, Marine Tondelier, numéro un du parti. « Pour les écoles, les bâtiments publics, bien sûr qu’il faut la climatisation. Elle doit être installée en vertu d’une décision collective », poursuit la députée écologiste de Paris Léa Balage El Mariky, tout en se prononçant contre sa généralisation au niveau individuel en ville.

Pas assez de moyens

Ce débat sur la climatisation, qui ne suffira pas pour s’adapter à une France à + 4 °C en 2100, masque mal le manque de vision climatique de long terme de bien des candidats à la présidentielle. Pour le sociologue Jean-Baptiste Comby (Centre nantais de sociologie), l’heure n’est plus aux leçons de morale individuelles. « Quand les gens entendent que le président de la FIFA parcourt 20 000 kilomètres en avion en une semaine, ils peuvent se dire que le problème ce n’est pas leur climatisation… et d’ailleurs ils seraient sans doute prêts à s’en passer si l’alternative était là », poursuit-il. Mais le fait est que la France a pris beaucoup de retard en matière d’adaptation.

A cet égard, les archives sont cruelles pour les responsables politiques. Lors d’une vague de chaleur en 2019, Edouard Philippe, alors premier ministre, répondait ainsi à une question de l’opposition à l’Assemblée nationale : « Au-delà des mesures d’urgence, nous devons nous adapter, adapter notre bâti, notre urbanisme, nos services publics. Nous le faisons, avec des mesures ambitieuses qui produiront leurs effets dans le temps », disait-il.

Des serviettes installées aux fenêtres du 8ᵉ étage pour se protéger de la chaleur, à Bavilliers (Territoire de Belfort), le 21 juin 2026.
Des serviettes installées aux fenêtres du 8ᵉ étage pour se protéger de la chaleur, à Bavilliers (Territoire de Belfort), le 21 juin 2026.  PASCAL BASTIEN POUR « LE MONDE »

Une promesse qui n’a pas suffi. Certes, la forte instabilité gouvernementale des dernières années n’a pas aidé à lancer ces chantiers colossaux. Mais surtout, malgré les grandes ambitions affichées par les ministres de l’environnement successifs, les moyens ne suivent pas. « C’est là où ça pèche, juge Adèle Tanguy, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales, très peu de mesures du plan national d’adaptation au changement climatique ont des enveloppes budgétaires nouvelles. » Quant au fonds vert, son enveloppe est passée de 2,4 milliards d’euros en 2024, à 837 millions pour 2026 dont près de 20 % ont été gelés récemment.

Autre sujet politique, l’échelon d’action pour cette adaptation. Aux avant-postes du réchauffement climatique sur leurs territoires, les élus locaux n’en font pas tous la même priorité, que ce soit pour rénover les écoles ou proposer des lieux rafraîchis pendant les pics de chaleur. « Pendant la canicule de mai, on s’est tourné vers l’Etat, qui a au final assez peu de moyens d’action, souligne François Thomazeau, expert à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), on a laissé les maires relativement tranquilles alors que ce sont eux qui sont en première ligne. »

« Impréparation indigne de la République »

Si l’adaptation est si mal engagée, c’est peut-être aussi parce que, même parmi les scientifiques, le sujet a longtemps été le parent pauvre de la politique climatique. Les efforts étaient mis au service de l’atténuation, qui consiste à tenter de limiter les risques futurs. « J’avais l’espoir qu’on réussirait, collectivement, à limiter ce réchauffement de façon à ce que l’adaptation reste facile. Ce n’est pas le cas », a regretté le climatologue Jean Jouzel, 79 ans, en ouverture d’un colloque sur le sujet, le 10 juinIl a fallu attendre l’accord de Paris en 2015 pour qu’atténuation et adaptation soient mises sur le même plan. En Europe, les premiers pays à s’y attaquer sont ceux qui ont été frappés de façon précoce, les Pays-Bas par des inondations, l’Espagne et la Grèce par les fortes chaleurs.

Boulevard de la Chapelle, à Paris, lors d’une vague de chaleur,  le 21 juin 2026.
Boulevard de la Chapelle, à Paris, lors d’une vague de chaleur, le 21 juin 2026.  CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

En France, à l’inverse, reste le sentiment, à chaque nouvel épisode de canicule, que le pays n’est pas prêt. Devant la gravité de l’épisode en cours, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a dû revoir son organisation interministérielle. A la demande du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, une cellule de crise – réunissant pas moins de 14 ministres – a été installée samedi, à la veille de la Fête de la musique, Place Beauvau, pour « territorialiser » la gestion de la canicule. De l’interdiction de la consommation d’alcool sur la voie publique à la fermeture des établissements scolaires, « cette cellule doit nous permettre de nous coordonner pour savoir ce que l’on met en place au fur et à mesure de l’évolution de la crise », appuie-t-on dans l’entourage de M. Nuñez.

« Comme si la canicule était un événement inattendu », a déploré samedi la députée (Génération écologie) des Deux-Sèvres Delphine Batho, candidate déclarée à la présidentielle, dénonçant une « impréparation indigne de la République ». Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, estime quant à elle qu’un « formidable déni » occulte le sujet. « Ce qu’il faut faire est massif, mais comme il ne faut pas emmerder les Français, ce n’est pas dicible, alors on fait comme si ça n’existait pas », juge l’ancienne ministre du logement de François Hollande.

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Alors même que, pendant l’été 2025, 5 700 personnes sont mortes à cause de la chaleur, selon Santé publique France, les canicules restent un « sujet saisonnier », regrette Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre). « On subit et après on oublie », déplore-t-il, se disant « atterré » du peu de sensibilité face à cette surmortalité qui touche bien souvent « des personnes âgées qui meurent à domicile ». Et contrairement aux idées reçues, les plus âgés sont loin d’être les seuls à en souffrir : selon les données de Santé publique France, la canicule précoce de mai a affecté la santé des jeunes (moins de 15 ans) et des adultes de manière plus marquée que d’habitude, et ces deux populations ont concentré les hyperthermies et coups de chaleur.

Au parc des Sources, à Vichy (Allier), le 21 juin 2026.
Au parc des Sources, à Vichy (Allier), le 21 juin 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Faute de mesures d’adaptation, les effets des canicules sont par essence inégalitaires, et touchent au devoir de protection que notre société s’impose ou non. Adaptation des écoles, des hôpitaux, des logements, des infrastructures, des transports : les défis sont colossaux et les besoins financiers immenses… Encore faut-il que les candidats se saisissent de ces enjeux. « Des mesures structurantes sont nécessaires, note Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement, mais elles ne sont pas assez séduisantes pour des politiques en campagne qui ont besoin de mesures à court terme. »

Pour approfondir  (1 article)

Raphaëlle Besse Desmoulières,  Julie Carriat et  Mariama Darame

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**Canicule : accusés de n’avoir pas préparé la France au réchauffement, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu sur la défensive

Le chef de l’Etat et le premier ministre assurent avoir fait le nécessaire, face aux critiques qui se multiplient sur le manque d’anticipation des gouvernements successifs

Par Mariama Darame et Nathalie Segaunes

Publié aujourd’hui à 05h29, modifié à 08h52 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/26/canicule-emmanuel-macron-et-sebastien-lecornu-sur-la-defensive_6715673_823448.html?M_BT=53496897516380

Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, lors d’une cérémonie commémorative marquant le 86ᵉ anniversaire de l’appel du 18 juin, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine), le 18 juin 2026.
Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, lors d’une cérémonie commémorative marquant le 86ᵉ anniversaire de l’appel du 18 juin, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine), le 18 juin 2026.  SIMON WOHLFAHRT VIA REUTERS

Alors que la France métropolitaine a atteint, jeudi 25 juin, le pic de l’épisode caniculaire commencé une semaine plus tôt, le président de la République et le premier ministre sont montés au créneau. Sur la défensive, critiqués pour leurs manquements dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’adaptation du pays à cette nouvelle réalité, les deux têtes de l’exécutif ont tenté de réhabiliter leur bilan. Pour Emmanuel Macron, le « gros du travail (…) a été fait » sous ses deux mandats. « Mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire », a-t-il balayé devant la presse, en marge du sommet franco-italien qui se tenait à Antibes (Alpes-Maritimes), jeudi.

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Dans une lettre aux maires de France, Sébastien Lecornu a, de son côté, répondu plus précisément aux attaques sur l’impréparation du pays au changement climatique, qui se sont multipliées ces derniers jours. « Je veux aussi être très clair face à ceux qui, depuis quelques jours, se transforment en inspecteurs des travaux finis et expliquent que la puissance publique n’aurait rien fait pour adapter le pays au changement climatique. C’est faux », a renchéri le premier ministre. « Il est normal qu’il y ait une fronde contre ce gouvernement, qui n’a pas été à la hauteur des enjeux », rétorque la députée (Les Ecologistes) de Paris Eva Sas.

Piqué au vif par ces accusations en inaction, l’exécutif veut prouver à l’opinion qu’il est encore crédible sur ce thème de la transition écologique, érigée en priorité du second quinquennat. Dans sa missive, le premier ministre défend sa gestion de crise, qui « repose sur la confiance entre les maires et les préfets, sur la connaissance du terrain et sur la capacité à prendre rapidement les bonnes décisions au bon endroit », justifie-t-il, prenant l’exemple du relatif bon déroulement de la Fête de la musique.

Mais la longévité et l’intensité de cette vague de chaleur font peser un risque d’embolie du système hospitalier. Les médecins anticipent la recrudescence inévitable des pathologies et de la mortalité liées aux fortes températures. Sébastien Lecornu a donc activé le niveau 3 du plan Orsan (pour « organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles »), qui permet de réorganiser la prise en charge de cet afflux de patients. « Nous sommes dans une phase de crise », a estimé, jeudi, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, en visite à l’hôpital Paris-Saclay.

En raison de la « saturation » des hôpitaux dans l’agglomération parisienne, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a décidé d’interdire à partir de vendredi la consommation et la vente d’alcool dans la capitale. D’autres préfets pourraient suivre son exemple, et même interdire certaines manifestations publiques d’ici à la fin de la semaine.

Hôpitaux surchauffés

A dix mois de l’élection présidentielle et dans un contexte budgétaire fortement dégradé, Sébastien Lecornu a recours à des dispositifs aux coûts limités pour parer à l’urgence. Il a annoncé, jeudi, la mobilisation des facteurs, afin qu’ils identifient, au cours de leurs tournées, les personnes isolées. Par ailleurs, le chef du gouvernement a décidé de dépenser 100 millions d’euros pour rafraîchir les hôpitaux surchauffés.

A plus long terme, le locataire de Matignon se projette vers une politique d’adaptation dont la concrétisation dépendra en réalité du volontarisme de son successeur en 2027. Présenté le 25 octobre 2024 par l’un de ses prédécesseurs, Michel Barnier, le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc) mettra des années à se déployer et est déjà jugé insuffisant par de nombreux acteurs de la cause climatique. En attendant, Sébastien Lecornu confirme le doublement de l’enveloppe dévolue à la rénovation énergétique des hôpitaux entre 2026 et 2035, de 300 à 600 millions d’euros.

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Mais il n’y a pas que les hôpitaux. Les établissements scolaires sont, eux aussi, mal préparés au réchauffement. Sur quelque 80 000 bâtiments, 8 000 ont vu leur fonctionnement perturbé depuis le début de la canicule et environ 1 800 ont dû fermer. « Il y a beaucoup d’écoles qui ont fait l’objet de beaucoup de travaux (…) mais quand on vous réduit les capacités de financement et qu’on vous dit de réduire vos dépenses, il ne faut pas nous demander en même temps d’augmenter les dépenses pour les écoles », a fustigé le président de l’Association des maires de France, David Lisnard (Nouvelle Energie, ex-Les Républicains), mercredi, lors d’une conférence de presse.

Sébastien Lecornu réplique dans sa lettre que, « depuis des décennies, les écoles relèvent de la responsabilité des communes, les collèges de celle des départements, et les lycées de celle des régions. C’est le cœur même de la décentralisation : personne ne peut le découvrir cette semaine »« Un comportement de cour de récréation, déplore l’eurodéputé (Renaissance) Pascal Canfin. Les Français ne méritent pas cela. Collectivement, personne n’a été à la hauteur. »

« Le même bateau »

En matière de gestion des phénomènes climatiques, « il n’y a pas l’Etat d’un côté et les communes de l’autre. Nous sommes dans le même bateau », assure cependant Sébastien Lecornu, invitant les élus à conduire « un effort majeur de rénovation du bâti scolaire, après des années de sous-investissement collectif »« L’Etat sera à vos côtés », promet-il, par le biais du fonds vert, créé en 2023 – et régulièrement amputé depuis le printemps 2024 – ou EduRénov. Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, assurait mardi à l’Assemblée nationale que « 6 200 projets » étaient soutenus par l’Etat.

Au passage, Sébastien Lecornu relativise les vertus de la climatisation, proposée par le Rassemblement national comme principale réponse au réchauffement. Celle-ci « ne doit être ni un tabou idéologique ni une réponse automatique », écrit-il aux maires, et doit être utilisée « là où elle protège réellement les personnes ».

L’exécutif n’a pas vu venir cette canicule, l’une des plus longues et les plus intenses que la France ait connues. Pourtant, « on le savait depuis longtemps, notamment grâce aux rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] », souligne, jeudi, la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, dans Le Parisien« On ne rattrape pas trente années de retard en quelques exercices budgétaires, se dédouane Sébastien Lecornu, et le bon sens commande de le reconnaître. »

Pour approfondir  (1 article)

Mariama Darame et  Nathalie Segaunes


Le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire (ici le 27 mai, lors d’une distribution de gourdes à des personnes sans abri, lors de la canicule, à Paris), appelle, dans un entretien au Monde, jeudi 25 mai, à accélérer l’adaptation aux vagues de chaleur par de « l’agilité » et du « bricolage »« Pour nous adapter, nous devons faire évoluer les rythmes de vie », estime l’élu, à la tête d’une ville particulièrement vulnérable aux chaleurs fortes, qui propose, par exemple, de modifier les horaires de travail dans le public et dans le privé pour éviter les heures les plus chaudes. Si l’édile assume d’avoir équipé une partie des écoles de climatiseurs, il nuance : « La climatisation individuelle est une plaie, elle amplifie le problème en réchauffant encore plus la ville. » Enfin, il appelle la société et les candidats à la présidentielle de 2027 à un sursaut, pour que l’enjeu climatique devienne une priorité. 

Emmanuel Grégoire, maire de Paris, sur la crise climatique : « Pour nous adapter, nous devons faire évoluer les rythmes de vie »

Le maire socialiste de la capitale, pour qui « la climatisation individuelle est une plaie », appelle à de « l’agilité » et à du « bricolage » pour répondre à l’urgence des canicules. 

Propos recueillis par Hélène Bekmezian et Matthieu GoarPublié hier à 05h33, modifié hier à 08h14

Temps de Lecture 4 min.

Emmanuel Grégoire distribue des gourdes lors d’une maraude sur le boulevard Bourdon, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris, le  27 mai 2026.
Emmanuel Grégoire distribue des gourdes lors d’une maraude sur le boulevard Bourdon, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris, le 27 mai 2026.  KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Elu en mars à la tête d’une ville particulièrement vulnérable aux chaleurs extrêmes, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste) appelle à être « pragmatique » et à « ne pas répondre à la crise climatique actuelle par des promesses d’un avenir meilleur dans dix ou quinze ans ».

Vous avez décidé d’avancer l’ouverture de la baignade dans le canal Saint-Martin et d’ouvrir les parcs municipaux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec la chaleur, les gens vivent plus dehors, certains font la fête, comment concilier cela avec la tranquillité des riverains ?

Ma tâche est de concilier ces enjeux. Pour nous adapter ensemble, nous devons faire évoluer les rythmes de vie. La trajectoire climatique de Paris fait que notre environnement ressemblera un jour à celui de Séville et, dans tous les pays confrontés à ces températures, les journées de travail comme les rythmes de vie sont différents des nôtres.

En alerte rouge, on doit pouvoir changer les horaires des services publics et ceux du privé également. Il faut commencer plus tôt, faire une longue pause le midi et travailler plus tard. Une conférence sociale sur ce sujet est nécessaire pour pouvoir y réfléchir avec les experts, les syndicats, les organisations professionnelles, le gouvernement… Il y a urgence à ce que nous sortions collectivement du déni. Les canicules sont encore trop souvent pensées comme des épisodes ponctuels et non comme un phénomène structurel amené à se répéter.

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Espérez-vous que cet enjeu soit au cœur de l’élection présidentielle alors que la campagne se déroule à l’automne, en hiver et au début du printemps ?

Il y a effectivement un risque que ces questions ne pèsent pas assez lors de cette échéance. J’appelle à un sursaut, à une mobilisation de la société et des candidats. La répétition et la brusquerie des phénomènes climatiques doivent pousser à une prise de conscience collective. Nous devons l’anticiper et c’est pour cela que je réunirai les acteurs du territoire, l’APHP [Assistance publique – Hôpitaux de Paris], la société civile, les gestionnaires d’Ehpad, le secteur privé, les gestionnaires de réseaux énergétiques et de transports dès lundi 29 juin autour de l’élaboration d’une trajectoire d’adaptation au changement climatique.

Nous ne pourrons y arriver que si tout le monde s’implique et est associé. Nous devons passer d’une gestion de crise à une anticipation efficace et une gestion pérenne de ces événements. Tout doit être préparé en amont avec des seuils de déclenchement actionnés par les préfets.

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A la Mairie de Paris, nous avons nous-mêmes un peu péché en évoquant l’atténuation et l’adaptation à l’horizon 2050. Il est temps d’écouter plus attentivement les scientifiques et experts qui ont des solutions et c’est la raison pour laquelle j’ai souhaité monter un conseil scientifique, qui s’est réuni une première fois il y a quelques jours. Nous ne pourrons pas tenir vingt-cinq ans sans agir encore plus maintenant.

La Ville de Paris est-elle prête à son niveau ?

Dans le plan climat de la Ville, nous avons fait beaucoup de choses utiles et efficaces sur la sobriété de l’empreinte environnementale de la capitale, mais nous n’avons pas encore fait assez dans la gestion des épisodes caniculaires surtout de l’ampleur de celui que nous connaissons actuellement. Nous avons gagné la bataille des mobilités dans sa décarbonation et la bataille de la végétalisation de l’espace public et nous avons encore une grande bataille à remporter, celle du bâti : sa rénovation pour diminuer ses niveaux de consommation et l’adapter au chaud et la question du « mix » énergétique pour faire en sorte qu’il soit le plus décarboné possible.

Où en est la rénovation thermique des écoles ?

Nous avons déjà adapté 200 écoles sur 600, mais rénover l’ensemble du bâti scolaire est très consommateur de temps et de financements. Même si nous avions l’argent, les prestataires ne peuvent pas tout faire en quelques années. Notre rythme d’investissements et de rénovation mettra trop longtemps à se déployer pour répondre à l’urgence sociale imposée par les canicules.

Nous devons accélérer par de l’agilité, par du bricolage, j’assume le terme. Il s’agit d’être pragmatique, de ne pas répondre à la crise climatique actuelle par des promesses d’un avenir meilleur dans dix ou quinze ans. Nous avons déjà acheté des climatiseurs pour des écoles et j’assume ce changement de paradigme. Nous allons prendre des mesures d’urgence pour tous les établissements scolaires. Ce sera effectif dès 2027. Je vais demander un diagnostic pour chacune des écoles et nous allons installer des stores, des volets, des filtres antisolaires sur les vitres…

Faut-il que les habitants s’équipent, eux aussi, de la climatisation ?

Elle peut être utile pour rafraîchir des lieux collectifs, pour mettre à l’abri les populations les plus fragiles, mais la climatisation individuelle est une plaie, elle amplifie le problème en réchauffant encore plus la ville. C’est pour cela que les pouvoirs publics doivent aller vite sinon les gens ne vont pas attendre, ils vont acheter leur propre climatiseur et l’installer comme ils peuvent chez eux parce que c’est insoutenable. Il faut qu’on donne des réponses et des outils alternatifs.

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Subissez-vous le fait que les politiques nationales n’aient pas été assez ambitieuses ?

Il y avait de bonnes intentions au début du premier mandat d’Emmanuel Macron. Puis la transition écologique n’a pas été épargnée par les coupes budgétaires. Le fonds vert a été drastiquement réduit et, même à son maximum [1,4 milliard], il était famélique par rapport aux enjeux. La rénovation d’une école peut coûter jusqu’à 40 ou 50 millions d’euros. Si un candidat ou un président annonçait vouloir rénover tout le bâti de France d’ici à 2030, il mentirait car il n’en a ni l’argent ni les moyens.

Il faut répondre à l’urgence par des petites choses efficaces. Nous avons aussi besoin de l’Etat pour faire de la fiscalité écologique sur les passoires thermiques : la différence de prix n’est pas suffisamment importante entre un appartement rénové de catégorie C et la même superficie en D ou E, cela n’incite pas les propriétaires à faire des travaux et ils préfèrent vendre non rénové.

A Paris, les architectes des bâtiments de France (ABF) constituent souvent un frein pour modifier le bâti pour des motifs d’esthétique patrimoniale. Faut-il les réformer ?

Les ABF sont sous l’autorité du préfet de région et des ministères de la transition écologique et de la culture. Quand j’étais député, j’ai cosigné une proposition de loi pour intégrer la prise en compte des enjeux climatiques et de protection thermique contre le chaud dans les missions des ABF. C’est une bataille, mais il faut qu’ils intègrent ces problèmes.

A Paris, les deux grands exemples patrimoniaux en question sont les volets et les toits en zinc. Il faudra en changer bien qu’il existe aussi des moyens techniques de résoudre le problème autrement, par exemple en mettant un amortisseur thermique juste en dessous pour qu’il n’y ait pas de contact entre le zinc et le toit réel de la maison. Par ailleurs, à Paris, un tiers des toits sont de la surface plate et il est urgent de repenser leur utilisation. Il faut les utiliser, ils doivent devenir des espaces de vie utiles et accessibles lorsque cela est possible. C’est un chantier que j’avais évoqué lors de la campagne municipale.

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Hélène Bekmezian et  Matthieu Goar

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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