Santé : de la nécessité de repenser les dépassements d’honoraires »
Date de publication : 25 juin 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=69bba61ad519943ae034abd49a37b6ab&id_newsletter=23983&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23983&from=newsletter&slnk=8
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Libération publie une tribune de Florence Jusot, membre du Conseil d’analyse économique, professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine–PSL, chercheuse associée à l’Irdes et présidente du Collège des économistes de la santé, selon qui « si les tarifs des praticiens de secteur 2 doivent être régulés, ils doivent l’être en fonction de la structure des marchés et des mécanismes économiques en jeu pour ne pas générer de fortes inégalités ».
Florence Jusot écrit ainsi : « Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) vient de publier un rapport sur les dépassements d’honoraires des médecins spécialistes. Pour comprendre leur progression continue depuis 20 ans, il faut revenir à quelques mécanismes économiques simples. […] Lorsqu’un prix est fixé en dessous du prix d’équilibre, l’offre se contracte, le bien est rationné, et un second marché émerge où vendeurs et acheteurs se retrouvent à un prix plus élevé. Ce résultat simple, valable pour les loyers ou les devises, s’applique avec une précision troublante à la médecine spécialisée française ».
L’experte souligne que « depuis des décennies, les tarifs opposables de l’assurance maladie sont inférieurs à ce que le marché établirait librement. C’est cette érosion réelle, conjuguée à l’élargissement progressif des conditions d’accès, qui explique la migration massive des médecins vers le secteur 2, ce second marché légal où les honoraires sont libres ».
« Et la dynamique est à la hausse. Aujourd’hui les trois quarts des jeunes spécialistes choisissent de s’installer en secteur 2, et parmi eux 60% pratiquent des tarifs supérieurs à ceux du dispositif Optam, le dispositif de modération tarifaire introduit dès 2017 pour tenter d’encadrer les dépassements d’honoraires », ajoute-t-elle.
Florence Jusot constate que « ce marché dual est porteur de fortes inégalités. La grande majorité des médecins de secteur 2 pratiquent plusieurs tarifs pour le même acte, mais cette différenciation ne bénéficie pas ou peu aux patients les plus modestes : seuls 6% des médecins concernés appliquent plus souvent des tarifs inférieurs à leurs patients des communes les moins favorisées ».
« On pourrait penser que la concurrence entre praticiens limite naturellement les dépassements d’honoraires. Mais le marché des soins n’est pas un marché ordinaire : l’offre de médecins est réglementée, les patients disposent rarement d’une information complète et ils ne peuvent pas toujours comparer les prix ou changer facilement de praticien. Une étude récente montre d’ailleurs que quand un praticien de secteur 2 augmente ses honoraires dans une zone, ses confrères tendent à s’aligner plutôt qu’à baisser leurs prix », poursuit la professeure.
Elle ajoute : « Penser la régulation des dépassements d’honoraires apparaît ainsi urgent, car elle sera d’autant plus difficile à mettre en œuvre quand une part encore plus grande des spécialistes sera en secteur 2. Mais elle doit être pensée au regard de la structure des marchés et des mécanismes économiques en jeu ».
« Geler les tarifs pour contenir les dépenses publiques de santé a induit un transfert d’une partie du coût aux ménages et aux assureurs complémentaires. Cette économie publique s’est faite au prix d’une régression silencieuse de la solidarité. Réfléchir à la régulation des dépassements d’honoraires, c’est donc aussi assumer pleinement ce que ces choix ont produit et décider collectivement si l’on veut continuer dans cette voie », conclut Florence Jusot.
Commentaire Dr Jean SChEFFER:
Notre présidente du collège des économistes de la santé souhaite que les dépassements n’entraînent pas de « trop fortes inégalités « !
Mais dès qu’il y a dépassement, il y a inégalité.
Ces inégalités outre le montant du dépassement, peuvent résulter du lieu de vie.
L’exemple Albigeois est typique: plusieurs spécialités sont absentes a l’hôpital public: ophtalmologie, néphrologie, stomatologie, dermatologie, urologie, ORL,…
Dans ces conditions, vu la fréquence des dépassements en libéral et la faible application du « tact et lescure », les patients a faible revenus doivent aller a Toulouse ou à Castres ou bien renoncer aux soins.
Déjà un travail qui remonte à 2016 retrouvait de nombreuses villes ou l’absence de certaines spécialités a l’hôpital public étaient source de renoncements.
De plus en plus de spécialistes refusent de prendre en charge les patients ayant la complémentaire santé solidaire .