Électricité : accords et désaccords à un an de la présidentielle
Une table ronde politique a été organisée dans le cadre du colloque annuel de l’UFE. L’occasion, pour les principales forces politiques en course pour la prochaine élection présidentielle, de présenter leur vision du mix électrique de demain.
Energie | 23.06.2026 |https://www.actu-environnement.com/ae/news/electrification-mix-nucleaire-enr-taxes-cout-programmation-48196.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDAzNg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© UFELes sept représentants politiques ont présenté rapidement leur vision du système électrique de demain, mardi 23 juin, lors du colloque de l’UFE.
LES POINTS À RETENIR
- Tous les partis s’accordent sur l’électrification de l’économie française.
- Le nucléaire reste le principal point de fracture entre formations politiques.
- Plusieurs partis proposent de réformer en profondeur le marché européen de l’électricité
« La bonne nouvelle, c’est que nous posons tous le même cap, celui de l’électrification, s’est félicité Dominique de Villepin, potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle, après un premier tour de parole, lors de la table-ronde politique organisée au colloque de l’Union française de l’électricité, le 23 juin à Paris. Si on avait tendance à oublier cette urgence, le thermomètre, les guerres et l’IA, avec sa poussée extraordinaire de ces derniers mois, nous le rappelleraient ». Effectivement, les sept représentants politiques réunis par l’UFE pour présenter leur vision du futur mix électrique se sont rejoints sur le diagnostic : la nécessité de décarboner l’économie et d’électrifier les usages. Mais le consensus s’est arrêté là, tant les moyens pour y parvenir divergent d’un parti à l’autre.
Nucléaire : des visions irréconciliables
Le gros point de désaccord est la place accordée au nucléaire dans le mix énergétique de demain. Il y a, d’un côté, ceux qui veulent pousser le curseur à fond, quitte à désinvestir les filières renouvelables, et, à l’opposé, ceux qui souhaitent juste s’appuyer sur le parc existant dans l’attente d’un développement massif des ENR.
Impossible de réconcilier ceux qui défendent le nucléaire comme un fleuron industriel français exportable, et ceux qui s’interrogent sur ce pari franco-français, quand le reste du monde déploie massivement les renouvelables.
Au centre, les courants proches de la majorité présidentielle poursuivent le « en même temps », en s’appuyant sur ces deux piliers pour construire un mix électrique décarboné.
À l’instar de Christophe Béchu, secrétaire général d’Horizons, qui souhaite à la fois prolonger le parc nucléaire existant et lancer de nouveaux investissements dans la filière, tout en développant les ENR (en mettant l’accent sur le stockage, les flexibilités et la géothermie). Une vision assez similaire de celle de l’ancienne ministre en charge de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher : « Notre position, avec Gabriel Attal, est de défendre la neutralité technologique, à condition qu’elles soient pilotables et décarbonées, a-t-elle défendu. Et de préciser : La pilotabilité est valable sur l’éolien et le photovoltaïque aussi, les technologies existent ». Un positionnement assez proche finalement de celui de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Celui-ci défend un doublement de la production électrique française à 2050, en s’appuyant à la fois sur le nucléaire (notamment les nouvelles générations) et sur les ENR.
Électricité abondante versus priorisation des besoins
« 600 térawattheures sont déjà dans les tuyaux, c’est beaucoup trop, oppose Bruno Retailleau, président des Républicains. Soyons raisonnables, ça sert à quoi de produire toujours plus, c’est du gaspillage ». Ce dernier souhaite s‘appuyer sur le nucléaire (avec un prolongement du parc existant, 6 EPR2 et la relance d’Astrid), l’hydroélectricité et cesser de subventionner les ENR, qui « sont arrivées à maturité ».
Le nucléaire et l’hydroélectricité sont également la priorité de Jean-Philippe Tanguy (RN).
À l’opposé, le PS, LFI et les Écologistes défendent un développement massif des ENR pour réduire progressivement la part du nucléaire. « Les renouvelables sont inépuisables et non polluantes, souligne Olivier Faure. Le tout nucléaire pose un problème, au-delà du traitement des déchets, celui de la souveraineté », poursuit le secrétaire national du PS, sans toutefois fermer la porte aux projets d’EPR : « deux, trois ou quatre ».
Côté LFI, la députée Aurélie Trouvé (Seine-Saint-Denis) défend une sortie du nucléaire à terme : « Nous partageons les scénarios M0 et M1 de RTE. La France a pris beaucoup de retard sur la production des renouvelables. Ces scénarios demandaient une montée en puissance beaucoup plus forte », déplore-t-elle.
Marine Tondelier prône aussi un mix 100 % renouvelables, estimant que « le nucléaire n’est pas une alternative viable à terme : trop cher, trop long à développer » et pas forcément compatible avec les évolutions climatiques actuelles (canicules, débit des cours d’eau, recul du trait de côte…). La secrétaire nationale des Écologistes semble rejoindre Bruno Retailleau sur un point : les volumes d’électricité en jeu. « Il faut poser la question des priorités. Par exemple, la fin de l’avion illimité est incontournable. On peut parler aussi des data centers énergivores, ce n’est pas la priorité. Il faut arbitrer les besoins, il y a un sujet démocratique », estime-t-elle.
Les pistes pour réduire la facture
À ce sujet, tous ne défendent pas les mêmes outils pour porter la politique énergétique.
Christophe Béchu souhaite fusionner, dans une stratégie énergétique unique pour 2050, la PPE, la SNBC et le Pnacc. « On ne peut plus dissocier ce qui relève de l’atténuation et de l’adaptation. Il y a aussi une nécessité d’avoir un cap à plus de vingt ans », souligne-t-il.
« La politique énergétique nécessite de la constance », abonde Bruno Retailleau.
Aurélie Trouvé déplore que la programmation énergétique n’ait pas été soumise au vote du Parlement.
Dominique de Villepin défend la mise en place d’un grand pacte national autour de l’énergie, pour réconcilier les territoires et les générations. Il prône également l’inscription de la loi de programmation énergétique dans une loi de programmation économique pluriannuelle.
Sur l’économie justement, tous prônent une électricité abordable, sans toutefois opter pour le même chemin pour y parvenir.
livier Faure se dit prudent sur une baisse de la fiscalité de l’électricité, préférant investir massivement dans la décarbonation.
Bruno Retailleau cesserait de subventionner les ENR pour réaliser des économies.
Agnès Pannier-Runacher souhaite privilégier « les meilleurs projets ».
Fabien Roussel veut une « sortie du marché spéculatif de l’électricité » pour faire « baisser les prix de 30 % ».
Jean-Philippe Tanguy veut « sortir des règles de fixation de tarification d’électricité du marché européen » et restructurer la filière autour d’un acteur unique, EDF qui absorberait notamment RTE : « Nous voulons une simplification générale du marché de l’électricité et du gaz, que ça redevienne vertical, ça fonctionnait parfaitement avant. Ça coûtera beaucoup moins cher sans tous les parasites ».
LFI veut rétablir les tarifs réglementés pour tous.
Marine Tondelier dénonce la hausse des taxes sur l’énergie qui a, en parallèle, « permis de baisser les charges pour les entreprises et les plus aisés ». Elle souhaite un rééquilibrage des factures, dans lesquelles la part de l’abonnement pèse trop lourd : « Ce n’est pas normal : plus on consomme, plus on doit payer ».
Dominique de Villepin veut lui aussi plus de justice dans les factures d’électricité. L’ex-Premier ministre veut réintroduire une taxe carbone incitative, progressive, dont chaque euro serait restitué aux ménages via des projets de décarbonation. Il se dit favorable à « taxer davantage le carbone de luxe comme les yachts, les jets » tout en accompagnant davantage les moins favorisés, avec des aides à la chaleur, du leasingsocial…
Sophie Fabrégat, journaliste intégrée
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie