Marguerite Cazeneuve : « L’Assurance maladie représente pour moi le symbole de ce que la France sait faire de mieux »
Système de santé – 18 juin 2026

De McKinsey aux plus hautes responsabilités de l’Assurance maladie, Marguerite Cazeneuve a construit un parcours au service de l’intérêt général. A 37 ans, elle est aujourd’hui engagée auprès de Raphaël Glucksmann dans la préparation de l’élection présidentielle, et entend bien porter ses convictions sur la santé, la protection sociale et l’avenir de l’action publique. Portrait d’une jeune femme engagée au service de notre modèle social.
Par Laure Martin
Si à la sortie d’HEC en 2013, Marguerite Cazeneuve débute sa carrière au sein du cabinet de conseil en stratégie McKinsey, pour autant, « la question du sens de mon engagement me travaillait profondément », confie-t-elle. Déjà pendant ses études elle avait pris une année de césure pour rejoindre une ONG, Planète d’Entrepreneurs, devenue Improve. Alors que c’étaient les débuts de l’économie sociale et solidaire, elle travaillait sur l’impact social des décisions économiques, avec la méthode d’évaluation de projets de l’économiste Esther Duflo.
« A HEC et, plus globalement, dans le cadre des hautes études, nous nous questionnons principalement sur la valeur économique des actions entrepreneuriales, explique-t-elle. Pourtant, je ressentais ce besoin de m’interroger différemment et de mesurer la valeur sociale de nos décisions économiques. » Et de poursuivre : « J’avais cette fibre en moi ; j’avais cette idée que je devrais à un moment faire autrement. J’avais conscience d’avoir été privilégiée dans mon parcours et qu’il fallait casser cette linéarité. Dix ans plus tard, des millenials diplômés des grandes écoles ont eu le courage de prendre une décision beaucoup plus radicale à savoir refuser d’entrer dans des entreprises contribuant à la destruction écologique. »
S’engager dans des missions à impact
A la fin de ses études, elle se cherche un peu, hésite à préparer les concours administratifs sans être totalement sûre que « ce soit fait pour elle ». « Alors je suis retournée chez McKinsey, où j’avais effectué un stage pendant mes études, car il faut reconnaître que cette structure était formatrice et particulièrement bien réputée à l’époque », rappelle-t-elle. Assez rapidement, elle cherche à s’orienter vers des missions « à impact » : des missions pour des administrations publiques, ou pro bono pour des associations. C’est à l’occasion d’une mission pour la Direction de la sécurité sociale qu’elle passe le cap. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que je devais bifurquer, se souvient-elle. Dans mon entourage, personne n’a compris ma décision. Pourtant, même si je gérais des dossiers intéressants au sein du cabinet de conseil, je me sentais décalée. »
Des ministères à l’Assurance maladie
Elle intègre la sphère publique en devenant Secrétaire Générale du Comité de pilotage de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam), au ministère des Affaires sociales et de la Santé (2015-2016), puis conseillère en charge des comptes sociaux au sein du cabinet du ministre de l’Economie et des Finances Michel Sapin et du secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert entre 2016 et 2017, conseillère en charge de la protection sociale aux cabinets du président de la République, Emmanuel Macron et du Premier ministre Edouard Philippe entre 2017 et 2021, et finalement cheffe du pôle « Santé, solidarité, protection sociale » à Matignon auprès de Nicolas Revel pendant la crise sanitaire.
Début 2021, Marguerite Cazeneuve est nommée Directrice générale déléguée de la Caisse nationale d’assurance maladie. Avait-elle à l’origine, une appétence pour la santé ? « Pas spécifiquement, répond-t-elle franchement. Car tout m’intéresse. J’aime l’écologie, l’éducation, la justice. L’action publique dans son ensemble est passionnante. »
De ses cinq années à l’Assurance maladie, elle en tire une vraie satisfaction. « L’Assurance maladie représente pour moi le symbole de ce que la France sait faire de mieux, analyse-t-elle. Le monde entier nous envie notre système, qui repose sur un socle universel, source de cohésion sociale. L’Assurance maladie fait tenir notre société en permettant à tous d’être égaux face à l’accès aux soins. Et même si aujourd’hui, le système de santé ne va pas très bien, il est encore garant de solidarité et de vivre-ensemble. »
L’engagement dans des actions concrètes
Cette période au sein de l’Assurance maladie lui permet, aux côtés du directeur général, Thomas Fatome, de travailler sur la prévention, notamment le dépistage organisé des cancers, le lancement de Mon Espace Santé et la concrétisation de la transition numérique du système de santé, ou encore d’enclencher sa transition écologique. « Nous avons essayé le plus possible d’améliorer l’accès aux soins, notamment via les négociations conventionnelles avec les professionnels de santé, rappelle-t-elle. L’Assurance maladie permet d’être dans l’opérationnel, d’aller sur le terrain, de rencontrer des soignants, de faire bouger des choses concrètement. »
Cette période a aussi été propice à dénoncer ce qu’elle considère comme une constante dans la société française : taxer l’administration publique d’être déconnectée de la réalité. « Les personnes qui tiennent ces discours méconnaissent le travail des agents publics et des caisses de sécurité sociale, défend-elle. Nous sommes loin d’être dans notre tour d’ivoire et l’essentiel de nos efforts vise à alléger les difficultés que traversent les assurés, les professionnels de santé et les acteurs du terrain. Il ne faut cependant pas oublier que l’Assurance maladie est le payeur et que son rôle est de veiller à la bonne utilisation de l’argent public, tout en se plaçant à l’écoute des acteurs de la santé. Il est vrai que notre système a des défauts, mais une grande entreprise est-elle vraiment plus efficace ? Si l’on veut se battre pour moderniser l’action publique, critiquer les agents qui s’y engagent n’est pas la solution. C’est vraiment fatigant de devoir tout le temps justifier l’intérêt d’un système et d’une institution. »
Pour une plus grande communication des actions publiques
N’ayant pas fait l’Ecole nationale de l’administration, Marguerite Cazeneuve s’est d’ailleurs un peu affranchie de cette contrainte de neutralité du service public. « Il est certes important que les agents et le service public soient neutres, mais je considère que dans certaines situations, cette obligation a été sur-intégrée, regrette-t-elle. Cette façon qu’ont les politiques de faire trimer les administrations pour ensuite les accuser de tous les maux, m’insupporte. » En réponse à la résilience des agents publics, dont elle est « admirative », elle plaide pour un plus grand droit de communication sur les actions qu’ils mènent, « d’autant plus que la stratégie inverse peut laisser penser qu’il ne se passe rien ».
Lutter contre le RN
En 2025, Marguerite Cazeneuve a quitté l’Assurance maladie pour rejoindre le parti de Raphaël Glucksmann, Place Publique, et l’accompagner dans sa course à l’élection présidentielle de 2027. « J’étais à l’Assurance maladie lorsqu’il y a eu la dissolution de l’Assemblée nationale, et pendant ces deux semaines, on s’est vraiment demandé si le Rassemblement national (RN) allait arriver au gouvernement, se souvient-elle. Exercer au sein de la sphère publique avec cette épée de Damoclès au-dessus de notre tête a été particulièrement désagréable. » Et de poursuivre : « Je suis inquiète pour 2027, et dans ce contexte particulier, je me sens plus utile à travailler à la construction d’un programme politique. » Pour autant, cette orientation reste ponctuelle, une réponse à la situation du moment. L’après, elle n’y pense pas tellement. « Tout va dépendre des résultats des élections présidentielles, mais il est sûr que si le RN passe, je ne retournerai pas travailler dans la sphère publique », fait-elle savoir. « J’ai cette chance, en tant que contractuelle, d’être libre », ajoute celle qui a en parallèle rejoint l’agence de conseil en communication, Bona fidé.
En attendant, elle coordonne le programme de Raphaël Glucksman, avec l’ambition de donner à la recherche, à la santé et à la protection sociale une vraie place.
Elle entend également lutter contre des contrevérités qui nuisent au débat public sur le système de santé.
Elle souhaite davantage mettre en avant l’importance à accorder aux enjeux de santé publique et à la prévention. Quant à la question de l’accès aux médecins, la priorité des Français, « il s’agit d’un des seuls sujets qu’on ne peut pas résoudre uniquement par de l’argent », soutient-elle. « Si l’on veut tenir cette promesse, il va falloir repenser l’axe organisationnel, sinon, nous serons face à un problème de contrat social », conclut celle qui est pressentie pour succéder à Elisabeth Hubert à la présidence bénévole de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (FNEHAD).
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
Un choix que je ne partage pas, car Glucksmann est un libéral atlantiste, qui a partagé la quasi totalité des choix de l’Union Européenne. Il refuse la primaire de la gauche, c’est une façon de montrer qu’on n’est pas très à gauche.
Il rejette LFI tout autant que le RN.
Sans les électeurs de LFI la gauche ne peux pas gagner.
L’opterai plutôt pour François Ruffin ou Clémentine Autain.
Voir l’émission du Média sur le dernier meeting de Glucksmann oú on notait la présence de nombreux anciens macronistes et des membres de l’aile droite du PS.
