« Financer l’innovation en déremboursant les médicaments essentiels : une menace pour l’équité d’accès aux soins des patients et la souveraineté sanitaire »
(Tribune)
Émis par : MedFrance, CDMO France, FSPF, USPO

A travers une prise de position commune, les syndicats de pharmaciens (FSPF et USPO), des principales PME et ETI du médicament (MedFrance) et des principaux sous-traitants pharmaceutiques français (CDMO France) « défendent une conviction forte : les médicaments essentiels ne doivent pas devenir la variable d’ajustement de notre politique du médicament. Un tel choix soulève des enjeux majeurs d’équité d’accès aux soins pour les patients, mais aussi de souveraineté sanitaire et de maintien d’une production pharmaceutique en France et en Europe ».
Lire leur tribune, parue sur www.la tribu ne.fr
OPINION. « Financer l’innovation en déremboursant les médicaments essent iels : une menace pour l’équité d’accès aux soins des patients et la souveraineté sanitaire »
Publié le 14 juin 2026 à 09:35 https://www.latribune.fr/article/idees/2858882948162314/opinion-financer-l-innovation-en-deremboursant-les-medicaments-essent-iels-une-menace-pour-l-equite-d-acces-aux-soins-des-patients-et-la-souverainete-sanitaire

Au-delà des débats budgétaires, la politique du médicament est un choix de société. Face aux défis démographiques, thérapeutiques et stratégiques, l’article décrypte pourquoi l’accès aux soins et la production locale sont des piliers de notre souveraineté sanitaire.
Notre politique du médicament est à la croisée des chemins. Dans les débats budgétaires, se joue en réalité une question fondamentale : celle de la souveraineté sanitaire. Depuis des années, le débat public se concentre sur une seule question : comment contenir la dépense ? C’est une question légitime. Mais le médicament n’est pas une dépense comme une autre. Il est à la fois un outil de santé publique, un facteur de cohésion sociale et une ressource stratégique pour notre pays.
Certains proposent de remettre en cause la prise en charge de certains médicaments essentiels sans toujours mesurer qu’en affaiblissant leur remboursement, c’est l’accès aux traitements de millions de patients, en particulier les plus modestes, qui se trouve fragilisé.
C’est aussi affaiblir les conditions économiques qui permettent aujourd’hui de produire une partie de ces médicaments en France et en Europe. La France dispose d’un tissu industriel pharmaceutique de premier plan : le défendre, c’est préserver des emplois, des savoir-faire et des capacités de production ancrés sur notre territoire. Mais produire en France s’inscrit également dans une logique européenne indispensable : sécuriser les chaînes d’approvisionnement, maintenir des capacités industrielles à l’échelle du continent et prévenir les pénuries pour garantir une continuité d’accès aux médicaments essentiels nécessitent des investissements durables et une vision de long terme. Refuser de regarder cette réalité en face, c’est prendre le risque d’une dépendance accrue vis-à-vis de productions situées hors d’Europe et d’une fragilisation de notre souveraineté sanitaire, française d’abord, mais également européenne.
C’est aussi à l’aune de ces enjeux sanitaires, sociaux et stratégiques que doit être pensée la politique du médicament de demain, tout en veillant à la soutenabilité du système de santé.
Financer l’innovation par les médicaments peu chers : les limites du système
La tentation est grande de réduire cette complexité à une opposition lisible : d’un côté, des médicaments « matures », anciens, souvent peu coûteux mais utilisés massivement par l’ensemble des Français, qui constituent la pierre angulaire de la prise en charge des maladies chroniques, du vieillissement ou de la douleur du quotidien ; de l’autre, des innovations thérapeutiques porteuses d’espoirs considérables, mais souvent onéreuses et réservées à un nombre limité de patients.