« Les traitements contre l’obésité mettent en ébullition des pans entiers de l’économie »
Chronique
Isabelle ChaperonChroniqueuse au service Economie
Alors qu’un adulte américain sur huit s’est vu prescrire un analogue GLP-1, ces molécules qui coupent l’appétit, les industriels de l’agroalimentaire notent une chute de la consommation de chips et de soda, tandis que des investisseurs misent sur le renouvellement de la garde-robe d’une partie de la population, constate Isabelle Chaperon, chroniqueuse au service Economie du « Monde ».
Publié aujourd’hui à 11h00, modifié à 11h45 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/04/les-traitements-contre-l-obesite-mettent-en-ebullition-des-pans-entiers-de-l-economie_6697335_3234.html
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Un médicament peut-il influencer les ventes de soutiens-gorge, la taille des canettes de soda et la consommation de carburant dans les avions ? Peut-être. A mesure qu’ils se répandent dans les boîtes à pharmacie, les traitements anti-obésité, commercialisés notamment par les laboratoires Novo Nordisk et Eli Lilly, provoquent des changements de consommation, réels ou supposés, qui mettent en ébullition des pans entiers de l’économie.

Alors qu’un adulte américain sur huit s’est vu prescrire un analogue GLP-1, le petit nom de ces molécules révolutionnaires, les industriels de l’agroalimentaire sont aux premières loges pour observer le recul des ventes de chips, de sucreries et même d’alcool. Pepsi et Coca-Cola écoulent de plus en plus de mini-canettes. Le confiseur américain Hershey signale, lui, une hausse de 8 %, entre janvier et mars, des ventes de ses pastilles Ice Breaker, remèdes contre l’« haleine Ozempic », du nom d’un de ces médicaments.
Evidemment, les industriels tentent de se positionner sur les segments porteurs. Nestlé a annoncé, mercredi 3 juin, le rachat de la totalité du capital de l’allemand Yfood. Le suisse détenait, depuis 2023, 49 % de cette start-up qui fabrique des substituts de repas et vise à « remplacer la malbouffe ». En mars, Danone avait mis la main sur le britannique Huel, un autre acteur de la nutrition qui surfe sur les besoins des patients sous GLP-1 de compléter leur alimentation en protéines ou en fibres.
Transformation sociétale
Désormais, c’est l’univers de la mode qui cherche à identifier les gagnants et les perdants de ce nouveau phénomène. Mercredi, en présentant ses résultats, les grands magasins américains Macy’s déploraient une déprime dans les rayons « grande taille ». Mardi, la hausse supérieure aux attentes des ventes de soutiens-gorge Victoria’s Secret au premier trimestre a été saluée par une envolée de plus de 40 % du cours de Bourse, alors que les investisseurs voient dans la nécessité de renouveler sa garde-robe après une perte de poids un potentiel d’activité important.
Magasins de fitness et salles de sport se frottent les mains. Jusqu’aux compagnies aériennes qui pourraient économiser des centaines de millions de dollars de carburant, selon les analystes de Jefferies, en transportant des passagers plus légers.
Il est bien possible que l’effet GLP-1 soit surpondéré par rapport à la contrainte inflationniste ou à la recherche de bien-être en général. Mais on ne peut pas exclure que les traitements anti-obésité, au-delà des enjeux de santé publique, induisent une transformation sociétale profonde, à l’image de ce que la pilule contraceptive avait pu générer dans les années 1950. Rendre l’Amérique de nouveau sexy.
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