Un appel à promouvoir une société égalitaire et qui prenne soin de la jeunesse.

« Pour une maternité choisie, accompagnée et soutenable » : l’appel d’un collectif d’associations et de personnalités

Tribune

Collectif

Le jour de la Fête des mères, un collectif composé de représentantes associatives, de militantes, de journaliste et des comédiennes Laure Calamy et Julie Gayet appelle, dans une tribune au « Monde », à la mise en place de politiques publiques « tournées vers la protection des écosystèmes, le soin, l’éducation et la défense du système de santé ».

Publié aujourd’hui à 13h30, modifié à 14h23 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/31/pour-une-maternite-choisie-accompagnee-et-soutenable-l-appel-d-un-collectif-d-associations-et-de-personnalites_6695571_3232.html

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Nous, mères, parents, associations et personnes engagées, appelons, en ce jour de Fête des mères, à promouvoir une société égalitaire et qui prenne soin de la jeunesse. Dans un moment où l’avenir semble incertain, où les désirs de puissance croissent, où les sols et l’eau s’épuisent, où la violence et l’instabilité s’installent, nous appelons à construire un monde durable pour la jeunesse, où toutes les enfances se valent et sont protégées.

Alors que les discours natalistes se teintent de vocabulaire militaire et nous enjoignent à l’urgence de « réarmer » la nation, nous voulons remettre au cœur du débat celles qui portent, élèvent, accompagnent, nourrissent, soignent et veillent, souvent seules, trop souvent dans l’épuisement, presque toujours invisibilisées. Nous appelons à créer les conditions d’une maternité choisie, accompagnée et soutenable.

Nous exigeons tout d’abord la sécurité matérielle et alimentaire réelle des femmes – en particulier des plus précaires –, mais aussi la protection des droits des mères au travail, la revalorisation des métiers de l’éducation et du soin, et l’égalité salariale entre femmes et hommes, pilier de leur émancipation économique. Lorsque le niveau de vie des mères recule, ce sont les enfants qui en paient immédiatement le prix : leurs conditions d’existence se dégradent et les inégalités sociales se reproduisent et s’ancrent dès l’enfance.

Pour les familles monoparentales, dont plus de 80 % sont des mères, cela se ressent particulièrement : 40 % des enfants concernés vivent sous le seuil de pauvreté. Or, les pensions alimentaires sont encore considérées comme un revenu imposable des mères et non comme ce qu’elles sont : des dépenses essentielles pour l’enfant auxquelles le parent absent contribue. Pour cela, nous appelons à la création d’un statut de parent isolé, du temps et un droit effectif au répit des mères et des pères, des modes de garde améliorés, ainsi qu’une politique d’accueil de l’enfant égalitaire et bien indemnisée.

Nous refusons une société qui exige des mères qu’elles tiennent debout sans leur en donner les moyens. Nous refusons également qu’au sein de notre société les enfants soient traités différemment ou aient accès à un service public dégradé en fonction de leur origine, de leur couleur de peau, de leur confession ou de leur quartier. Le racisme fracture et fabrique des enfances inégales dès la naissance : on refuse à certains l’innocence que l’on accorde si facilement à d’autres.

Nous revendiquons la justice reproductive : le droit de chaque personne à avoir des enfants ou à ne pas en avoir, à les élever dans des conditions sûres et dignes. Ces droits ne peuvent être effectifs sans un accès réel à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse sur l’ensemble du territoire, alors que les violences gynécologiques et obstétricales persistent, que les femmes en situation de handicap, les personnes racisées ou trans sont entravées dans l’accès à la parentalité.

La paix comme priorité

Ces droits ne peuvent être effectifs tant que les violences conjugales et sexuelles demeurent le quotidien de centaines de milliers de femmes et d’enfants : 160 000 enfants sont victimes chaque année en France de violences sexuelles. Le plus souvent, elles sont incestueuses, répétées sur plusieurs années et commencent quand les victimes sont très jeunes, dès 8 ans en moyenne, avec des conséquences dramatiques sur le développement de l’enfant. Lorsque les mères les protègent, elles en paient le prix. Nous demandons une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants qui comprenne une vraie politique de protection. Une société qui abandonne ses mères et ses enfants est une société qui renonce à elle-même.

Les enfants ne peuvent s’épanouir sans un écosystème vivable. L’exploitation sans limite des corps, de la terre et du travail reproductif relève d’un même système. Ce système épuise les femmes comme il épuise la terre. Nous lui opposons une société qui place la soutenabilité de la vie au cœur de ses choix. Nous demandons des politiques publiques tournées vers la protection des écosystèmes, le soin, la défense du système public de santé, l’éducation et la transmission. Les mères et les personnes aidantes sont souvent les premières témoins de l’impact de la dégradation des écosystèmes et leurs conséquences sur la santé de leurs proches et l’habitabilité du monde.

Nous revendiquons enfin la paix comme priorité. On ne peut pas appeler à faire naître des enfants et, dans le même souffle, les destiner à un monde en guerre. Nous exigeons un engagement résolu en faveur de la prévention des conflits, de la diplomatie et du multilatéralisme. Les mères savent ce que la guerre coûte. Elles savent aussi que les enfants n’en sont jamais épargnés. Nous appelons de nos vœux une société qui écoute les enfants, qui les considère comme des citoyens à part entière et non comme des projections utilitaristes : futurs consommateurs, futurs cotisants ou futurs soldats.

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Nous affirmons que prendre soin de l’enfance, c’est prendre soin du monde et que soutenir les mères, c’est soutenir la société tout entière. Ensemble, construisons une société digne qui protège, qui soutient, et qui permet à chacune et chacun de vivre, et de grandir.

Afaf Abounouadar, directrice exécutive Make Mothers Matter ; Olivia Barreau, fondatrice Moi & Mes Enfants ; Laure Calamy, actrice ; Monia Douadi, fondatrice et présidente de l’Association des familles monoparentales ; Sarah Durocher, présidente du Planning familial ; Julie Gayet, actrice ; Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes ; Marie-Christine Ménard-Chevalier, présidente de la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles ; Mélissa Theuriau, journaliste. La liste complète des signataires est à retrouver ici. 

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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